Résumé : Cet article, rédigé du point de vue du judaïsme, entend esquisser une histoire alimentaire mondiale à la lumière de la science hébraïque, et un projet politique alimentaire qui soit guidé par la Bible. Après avoir montré l’importance mondiale du soja, source majeure de protéines végétales, l’auteur trace les grandes lignes d’une alimentation saine et conforme aux règles du Lévitique. Il conclut en incitant les autorités juives à susciter le développement de l’agriculture biologique.


 

 

Brève histoire de l’alimentation

 

          1re période : Avant le déluge l’humanité est destinée à manger des graines.

          2e période : Tuer des animaux pour en manger la viande est permis, mais sans le sang (Genèse IX, 3-4). Les lois mosaïques restreindront drastiquement cette tolérance en réservant les sacrifices :

– à des sacrificateurs exclusifs, les prêtres (cohanim), descendants mâles de Aaron ;

– au Temple, à Jérusalem, uniquement. Toutefois, en cas d’éloignement, chaque communauté peut élever les animaux purs pour en manger la viande. De l’Antiquité post-diluvienne jusqu’au dix-huitième siècle[i], de l’Afrique à l’Europe et au Moyen Orient, les cheptels restent petits. Noblesse et hauts-clergés se nourrissent de venaison principalement et de céréales. Pour les autres classes, par exemple le Tiers Etat au Moyen Age : céréales. En Afrique et au Proche Orient, les pays chamito-sémites, quelque peu éleveurs, de moutons notamment, pratiquent la she’hitah (saignée jugulaire ante-mortem).

En Europe et en Asie, les pays japhétiques privilégiant leurs désirs (culte dionysiaque) se détournent de cette règle. Mais en Inde, la vache, symbole de vie, deviendra intouchable.

Aux Amériques dominent la chasse et la culture du maïs. En Extrême-Orient, c’est le riz et le soja bouillis à l’eau. De tous temps, les populations côtières se nourrissent  aussi de poisson, mais les moyens de pêche et de conservation limitent sa consommation. L’industrialisation récente de la pêche pose le problème de la reproduction des bancs de poissons. Donc, les sources planétaires de protéines sont très majoritairement les graines : céréalières et protéagineuses. Les protéines animales sont un luxe réservé aux privilégiés, mis à part les cohanim. La consommation massive de viande est un phénomène récent.

Mentionnons pour être complet : les levures ; les algues ; la synthèse artificielle des protéines à partir de minéraux. A noter que 6 kilos de protéines végétales (tourteau) sont nécessaires pour produire 1 kilo de protéines de poulet par exemple, ou de porc (dont les Gentils ouest-européens sont devenus gros mangeurs après la 2ème guerre mondiale). D’un point de vue strictement économique et écologique, l’obligation de ne manger que les bovins, ovins, et caprins, qui seuls synthétisent eux-mêmes les protéines, est très rationnelle.

          3e période : Détoxination du soja par la vapeur. En Extrême-Orient la cuisson par immersion dans l’eau bouillante sert de procédé anti-toxique. Mais, au-dessus de 60°, les protéines sont dénaturées et leurs qualités nutritives amoindries. L’an 5682 (1921 de l’ère chrétienne), survint une terrible famine le long des rives de la Volga, conséquence de la guerre. Ladislas Berczeller, savant juif hongrois, traite la fève de soja à la vapeur d’eau. Ce procédé stabilise les molécules, supprime ainsi la toxicité et empêche la fermentation de la fève (sans devoir la cuire). Ce traitement à la vapeur vaut aussi pour d’autres protéagineux (pois, lentilles, lupin). Alors pourquoi spécialement le soja ?

1° Alimentation humaine : La protéine du soja, la glycinine, a une valeur nutritive au moins égale à celles de la viande. Elle représente 40% environ de la graine de soja, contre 10% de protéine dans le grain de blé : plus de 3 fois plus.

Le soja peut remplacer l’apport protéinique du lait et de la viande, rares dans tout le bassin méditerranéen et subméditerranéen.

2° Alimentation animale : Partiellement déshuilé, le tourteau de soja, riche en protéine, sert à l’alimentation des animaux (monogastriques et polygastriques). Mais, généralisée, cette chaîne de production des protéines animales est dispendieuse et inutile.

3° Alimentation végétale et minérale : Le soja capte dans l’atmosphère et fixe dans le sol l’azote accumulé dans les nodosités de ses racines, engrais naturel nécessaire à la formation de l’humus (cycle de l’azote exogène à la biosphère). C’est un excellent précédent pour la culture des céréales.

Sur Berczeller existent : – l’article détaillé de l’ingénieur polytechnicien F.Arnoult dans la Revue de Médecine Hébraïque n°50, déc. 1960 ; – celui très synthétique du Professeur Henri Baruk dans Revue d’Histoire des Sciences Médicales, T.VIII n°2, avril 1974.

Berczeller, médecin nutritionniste austro-hongrois, fut professeur de bio-chimie à l’Université de Budapest, Signalons rapidement quelques épisodes de sa vie :

– Il travailla en Tchécoslovaquie avec Skoda pour la mise au point de son procédé

– En Allemagne Ansa Muhle de Hambourg exploita ses brevets ;

– En Angleterre, en 1924, Churchill publia des articles en faveur de l’alimentation au soja dont la farine traitée fut produite par Soyalk ;

– Il fut appelé à organiser l’industrie du soja en Union Soviétique en 1926 ;

– Il fit en France, en 1929, ses premières propositions au gouvernement français,

– Ayant épousé une Allemande pro-nazie, il s’en sépara en 1934 ;

– Après la guerre, sans aucun argent, en tant qu’Israélite spolié par Hitler, il tenta de faire valoir ses droits estimés à 5 millions de livres sterling (plus de 500 millions de Francs actuels), qu’il voulait consacrer à un projet de laboratoire de nutrition ;

– Malade du coeur, il est recueilli par le Pr Baruk en 1952  à l’Hôpital National de Charenton où il décède en 1955.

– Ladislas Berczeller est enterré dans le petit cimetière de Saint Maurice, proche de l’hôpital, concession faite par la commune pour une durée limitée mais renouvelée.

L’histoire de son hospitalisation puis de sa sépulture montre la pingrerie des grandes firmes américaines auxquelles son procédé rapporte des centaines de milliards. Le Professeur Henri Baruk fit une collecte auprès de l’industrie de transformation, afin que Berczeller puisse se faire soigner dans une clinique mieux adaptée à son cas. Il reçut 10 $ !

Sur l’alimentation à base de soja, je renvoie aux travaux sur la nutrition du Pr Gounelle de Pontanel (du Val de Grâce) et au Pr Baruk, (de qui je tiens tous ces précieux renseignements). En complétant le menu quotidien par 100 g de soja, les oedèmes de carences des grands sous-alimentés rescapés de la Shoah furent très efficacement réduits. De plus l’assimilation des autres aliments est sensiblement optimisée2. .

 

          Conclusion de ce rapide et schématique raccourci historique.

 

1° Jusqu’au 20ème siècle, la disette est endémique et les famines fréquentes.

2° Pour la quasi totalité de l’humanité, ce n’est pas la viande mais les graines céréalières qui fournissent les protéines nécessaires à la croissance et à la régénération des cellules. Les extrême-orientaux ajoutent le soja sans savoir le conserver autrement que bouilli. Ce qui malheureusement inactive ses protéines.

3° 1921-22, Berczeller découvre le traitement à la vapeur du soja, source naturelle maîtrisée d’azote et de protéine, ouvrant ainsi une ère agricole et alimentaire nouvelle :

 

 

 

– Sous l’impulsion de ce savant passionné, grand voyageur, les pays d’Europe commencent à développer l’agro-industrie  du soja.

– Après la deuxième guerre mondiale, quelques firmes américaines s’assurent la domination de ce marché en Europe de l’Ouest et aux Amériques. Les tourteaux de soja arrivent dans les ports français à un prix à peine supérieur à celui des céréales (beaucoup moins riches en protéines).

– A partir de 1974, les Américains lancent une grande offensive commerciale pour introduire les protéines de soja comme ingrédients dans tous les produits alimentaires industriels y compris le steak haché des hamburgers, considérant, vraisemblablement à tort, que « le goût de la viande est dans la bouche des européens ». Certes, le cheptel et la consommation de viande ont beaucoup crû depuis une quarantaine d’année. Mais ce phénomène n’est pas irréversible, à notre avis.

Je ne développerai pas plus cette stratégie de conquête commerciale et ses conséquences positives et négatives, car je veux terminer sur la crise de la vache folle et la solution que nous proposons.

 

Economie politique de l’alimentation

 

En France, pays en principe souverain, nous travaillons pour une production libre française de protéines, sur une triple base :     – céréales ; – légumineuses, – produits animaux, comme nous y autorise la Torah. Cependant, bien équilibrées avec des oeufs et du lait, les protéines des graines céréalières et protéagineuses, soja, lentilles, etc…, peuvent suffire sans carences métaboliques. Les produits carnés ne sont pas vraiment indispensables. En tout état de cette cause nutritionniste, la Torah nous incite au respect des animaux.

A- Est-ce respecter l’identité des espèces polygastriques que de les forcer à ingérer des farines carnées ? La Torah est un livre scientifiquement exact. A l’origine, aux animaux l’herbe des champs et aux hommes les graines.

 

Les ruminants aux sabots fourchus sont purement herbivores et synthétisent grâce à leur flore intestinale les acides aminés (protéines) à partir des substances azotées des fibres végétales ; ce dont sont capables les porcins et les volatiles. Bref, les polygastriques peuvent se passer d’apports de protéines puisqu’ils les produisent eux mêmes. Cette loi biologique révélée dans Genèse I, 29-30, semble vérifiée a contrario aujourd’hui  par la prolifération d’un nouveau conquérant, le prion, gagnant les tissus musculaires et nerveux des bovins. Symptôme : la tremblote.

B – Les sévices sur le bétail que nous consommerons, nous concernent. Les pratiques cruelles de vivisection telles le débécage ou l’écornage, les conditions concentrationnaires épouvantables et pathogènes ne sont pas tolérables, au regard de nos lois et de notre tradition.

C – Au contraire, nous devons humaniser la nature. C’est pourquoi il est de notre responsabilité d’exiger que le troupeau (behema) et la volaille (ÿof) soient bien traités et alimentés conformément à leurs organismes (en sélectionnant les éleveurs qui s’y engagent), et de vérifier qu’aucun mauvais traitement n’est commis au cours de l’élevage jusqu’à la she’hitah (jugulation). Par exemple, il est de règle hala’kique3 que la vache qui prend peur à l’approche du lieu de son sacrifice, soit épargnée. Sentiment humain vis à vis des bêtes et qualité de la viande marchent si bien de pair que le stress déclenche une toxicité de la chair (et notamment les travaux de l’Ecole vétérinaire de Maison-Alfort). Signalons que cette démarche est menée depuis plus de 50 ans par l’agriculture biologique. Au contraire, le productivisme pour le profit maximum conduit à la plus extrême inhumanité, qu’elle soit brutale ou sophistiquée.

Par conséquent, si nous voulons manger de la viande, rouge ou blanche, nous avons nous, juifs, en tant que communauté disposant de tous les moyens en France, la responsabilité d’organiser l’alternative.

Tous les moyens utiles sont là, à notre portée, nous pouvons décider dans nos instances statuaires de leur mise en oeuvre.

 

Voici la proposition que nous avons soumise le 7 novembre 1996 au Conseil d’Administration de l’Association Consistoriale et aux Commissions Administratives via les Présidents, ainsi qu’au Beth Din.

 

 

 

Devant la crise actuelle de la viande, pour rétablir  la confiance et parvenir à un rapport qualité/prix correct, il faut :

 

             1° Un cahier des charges consistorial excluant toute matière animale dans la ration des bovins, ovins, caprins ;

             2° Des contrats avec des éleveurs aux élevages sains depuis toujours ;

             3° Un contrôle strict, selon la Norme Européenne 45011 en force de loi.

             4° L’alternative étant ainsi organisée et réalisée4, un din5  pourrait alors réputer nevela6   toute viande qui ne répond pas aux 3 critères ci-dessus.

 

 

 

*                 *

 

 

[i] Avec la révolution industrielle, la guerre intermittente, locale et de métier, pour la souveraineté, devient permanente, mondiale et totale pour la conquête des marchés, conquête destructrice des peuples, des ressources, des conquérants eux-mêmes.

  1. Ndlr. A lire ces lignes on conçoit l’enjeu stratégique constitué par le soja transgénique. Hormis certains réseaux qui sont seulement en cours de constitution, il sera bientôt impossible de garantir qu’un lot de soja ne comporte pas de soja génétiquement modifié (dont rien ne garantit donc la conformité au plan divin sur la Création).

3 Ndlr. La hala’kah est l’ensemble des textes traditionnels relatifs à la législation et aux règles de la vie juive. Par opposition à la aggadah : textes à visée homilétique ou spirituelle.

4 Ndlr. En janvier 1998, le ministère français de l’Agriculture a lancé un plan pluriannuel de développement de l’agriculture biologique. Ces actions seront financée par des contrats de plan Etat/Régions sur la période 2000/2005, l’objectif étant que 4 % des terres ou prés français soient en « bio » pour 2006.

5 Tribunal rabbinique.

6 Impure, par opposition à « Kasher » (pure)

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