Revue du CEP numéro 35

Les transes du « scientifiquement correct » Dominique Tassot

Présentation : La montée en puissance des opposants au darwinisme est flagrante aux Etats-Unis. En Europe, deux ministres de l’Éducation ont tenté, mais en vain, de briser le faux consensus : en Serbie et en Hollande. En France, la récente projection par la chaîne de télévision Arte du film Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l’homme a déclenché une contre-offensive : peu d’arguments scientifiques, mais une grande violence verbale contre les personnes et les groupes qui nient l’existence d’un hasard organisateur. Le Monde puis le Nouvel Observateur ont publié chacun un numéro spécial afin de discréditer l’opposition, mais principalement par des arguments ad hominem : ce ne sont pas de « vrais » scientifiques mais des « créationnistes » ; ils sont croyants donc leur démarche n’est pas objective, car religieuse, etc.

Cette surréaction devant un si petit nombre d’opposants méritait d’être examinée de plus près, on le verra.

Rien n’est plus fort qu’une idée qui vient à son heure. À en juger par les protestations qui surgissent de divers côtés, la prise de position du cardinal Schönborn contre l’évolutionnisme a touché l’adversaire au point sensible et le débat, à l’évidence, est loin de se terminer. Mais qu’a-t-il pu dire de si désagréable aux oreilles, puisqu’il n’a pas (encore ?) nié le « fait » de l’Évolution ?

Comme on l’a vu dans Le Cep n° 33, l’article de mille mots qu’il avait donné dans le New York Times du 7 juillet dernier sortait des sentiers battus non par une manière originale d’opposer ou de composer la science et la foi, mais par son point de vue critique sur la science. Or l’autorité intellectuelle de la science avait traversé à peu près indemne le vingtième siècle. Aux yeux de nos contemporains, la science demeure le domaine exclusif des certitudes rationnelles, tandis que la religion et la philosophie seraient le domaine des convictions subjectives.

Les théologiens eux-mêmes semblent donner raison à cette approche, puisque l’apologétique[1] a disparu de leur enseignement. Pourtant, lorsque les penseurs de la Grèce antique opposaient « science » et « opinion », lorsqu’Hippocrate énonçait l’adage : « savoir, c’est la science ; croire savoir, c’est l’ignorance », la science dont il était question ne faisait que prolonger une réflexion issue des vérités générales de la métaphysique afin de mieux appréhender les faits sensibles. L’idée d’opposer science et philosophie aurait paru si absurde que Newton intitulait son grand traité de physique : « Les Principes mathématiques de la philosophie naturelle » (Philosophiæ naturalis principia mathematica), et que les docteurs ès sciences dans les pays anglo-saxons se signalent encore aujourd’hui par les prestigieuses initiales PhD (docteur en « philosophie »).

En contestant l’autorité propre que s’est arrogée la communauté scientifique, en affirmant sans ambages que « l’évolution darwinienne est (objectivement et nécessairement) fausse », le cardinal Schönborn a suscité d’autant plus de réactions que la société américaine voit la montée en force des créationnistes dans les écoles (avec quelques procès retentissants comme à Dover, en Pennsylvannie), découvre le développement de l’Intelligent Design[2]à l’université, et entend cette déclaration du Président George W. Bush le 1er août 2005 devant des journalistes texans : « Avant tout, les décisions doivent être prises au niveau local, celui de districts scolaires, mais je pense que les deux positions doivent être enseignées correctement afin que les gens saisissent la nature du débat (…) Une partie de la mission de l’éducation est de présenter aux écoliers les différentes écoles de pensée ».

À l’idée que l’Évolution pourrait ne plus être enseignée comme une certitude, les milieux rationalistes solidement campés dans les universités européennes ont pris peur et engagé une guerre préventive. Ainsi en Serbie, lorsque le ministre de l’Éducation a demandé que l’évolution soit enseignée comme une hypothèse contestable, il fut forcé de démissionner.

En Hollande, Madame Maria van der Hoeven, ministre des Sciences et de l’Enseignement, est restée en poste mais son parti (démocrate chrétien) ne l’a pas soutenue. En France, l’affaire du film documentaire Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l’homme, diffusé sur Arte le 29 octobre, s’avère fort instructive. Le réalisateur, Thomas Johnson, avait rencontré en 1998 un paléontologue du CNRS, Anne Dambricourt-Malassé, à l’occasion d’un documentaire pour France 2 sur les grands singes. Il avait retenu une phrase de son interview : « Nous sommes les grands singes de ceux qui nous succéderons. » « Une phrase courte, écrit-il, mais suffisamment forte et énigmatique, pour me pousser à retourner la voir afin de tenter de comprendre ses découvertes »[3]. Le moins qu’on puisse dire, est que cette phrase remarquable n’a rien d’antiévolutionniste ! Anne Dambricourt est d’ailleurs secrétaire générale de la Fondation Teilhard de Chardin, ce qui devrait suffire à garantir son « orthodoxie » évolutionniste…Mais tel n’est pas le cas : elle croit à une évolution dirigée convergeant vers le mythique point Oméga de l’univers teilhardien, qu’elle qualifie lyriquement de « grand

attracteur harmonique de l’évolution » (sic).[4]

Agir intelligemment, c’est agir en vue d’une fin. Reconnaître que les phénomènes de la vie sont orientés, que l’univers a un sens, c’est donc – même sans le dire- y apercevoir une intelligence à l’œuvre et frayer un chemin vers l’existence de Dieu.

Or toute allusion à une finalité, si ténue soit-elle, suffit à déclencher une réaction. Les juifs ne voulaient pas prononcer (en vain) le Nom de Dieu ; les athées militants qui occupent l’Université ne supportent même plus qu’on y pense ! Lorsque les rationalistes de l’état-major darwinien eurent vent de la projection du film de Thomas Jonhson, ils tentèrent aussitôt de l’arrêter : des messages de protestation orchestrés par Guillaume Lecointre, professeur au Muséum, parvinrent à la direction de la chaîne, mais trop tard pour le faire déprogrammer.

On assista ainsi à une première dans l’histoire de cette émission : le film fut suivi d’ un « débat » entièrement à charge, visant à détruire tant la personne d’Anne Dambricourt que sa thèse, sans un seul intervenant pour la défendre alors qu’il eut été facile d’en trouver : entre René Thom, le mathématicien, Henry de Lumley, ancien directeur de l’Institut de Paléontologie humaine, l’incontournable Yves Coppens, longtemps membre du comité d’administration de la Fondation Teilhard de Chardin, voire l’un ou l’autre scientifique de renom gravitant autour de l’Université Interdisciplinaire de Paris (dont Anne Dambricourt est un membre influent). Dès le lundi suivant (31 octobre) Le Figaro titrait sa page scientifique : « Un film soupçonné de néocréationnisme fait débat ». Des articles de cette page nous extrairons quelques phrases significatives.

Anne Dambricourt, paléanthropologue, avait constaté que l’os sphénoïde, à la base du crâne, donc lié au cerveau, différait entre singe, australopithèque, et Homo Sapiens. Il y a donc, pour elle, une « évolution », et comme le sphénoïde n’est pas un organe à proprement parler, il faut que l’information génétique qui préside au développement de l’embryon ait changé d’ellemême, sans interaction avec l’environnement. « Cela peut provenir d’une mémoire contenue dans le patrimoine héréditaire, écrit-elle (…) C’est donc l’information génétique qui évolue et on constate, dans le cas de notre lignée, qu’elle évolue sur plusieurs millions d’années entre deux transformations anatomiques. Je ne suis pas en mesure de dire comment cela est possible, puisque c’est en dehors du champ des compétences des paléontologues. Quant aux biologistes, ils étudient des périodes de temps trop courtes pour constater ce type de processus ».

On aura reconnu au passage les ingrédients habituels des thèses évolutionnistes : les millions d’années supposés, la charge de la preuve transférée aux spécialistes des autres disciplines, et enfin l’a priori de l’Évolution.

Pour se défendre de tout « créationnisme », elle a soin de préciser : « Je ne suis pas croyante à cause de cette découverte ou avant cette découverte. C’est historiquement profondément faux, puisque j’étais distante de toute religion ».

Or ces dénégations ne suffiront jamais à désarmer une opposition qui n’est pas de nature scientifique, mais idéologique. On va lui opposer les arguments classiques des rationalistes : un croyant ne peut être un « vrai » scientifique, puisqu’il a des « préjugés ». Affectons-lui donc une étiquette en «-iste » pour l’exclure du débat !..

Ainsi Jean-Jacques Jaeger, professeur de paléontologie des vertébrés à Montpellier : « C’est la description d’un phénomène évolutif, formulée par quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de science ». Guillaume Lecointre : « Ce documentaire est de la théologie déguisée en science, et le public est trompé ». André Langaney, directeur du laboratoire d’anthropologie biologique du Musée de l’Homme et professeur à l’Université de Genève : « Madame Dambricourt fait du finalisme pour faire plaisir aux intégristes. Ce qu’elle écrit relève de la falsification ».

Quant au réalisateur du film, Thomas Johnson, il se dit « opposé aux idées créationnistes » qu’il juge « ridicules », estimant qu’il peut y avoir « une direction donnée dans l’évolution qui ne soit pas finaliste » [sic !].

Nous laisserons le lecteur qualifier cette dernière formule ; l’important est ici de bien comprendre que cette dérive langagière des arguments démontre la nature foncièrement non-scientifique du débat. En réalité, c’est la question de Dieu, et elle seule, qui est en cause. Depuis plus de deux siècles, l’évolution a été conçue et propagée pour exclure la Création divine ; l’idée d’évolution a pour mission de se substituer dans les esprits à l’idée de Dieu. L’évolution n’est pas simplement une philosophie mais une contre-église, avec son catéchisme, ses lieux sacrés, ses fidèles, ses prêtres et ses donateurs. Nous laisserons aujourd’hui de côté la question de savoir si ses grands-prêtres y croient vraiment.[5]

Nous voulons simplement dire à ceux qui, au prix de quelques menus sophismes, croient pouvoir concilier évolution et création : vous êtes horssujet, vous vous trompez de porte et tous vos efforts resteront vains ! Les diplômes ou les travaux sont comptés pour rien, dès lors que l’impétrant refuse de croire au hasard organisateur. Et sur ce point la réaction du cardinal Schönborn mérite d’être méditée. Bien qu’il ne veuille pas (ou pas encore) contester la réalité historique de l’évolution, son récent article sur « La Finalité dans la Science »[6] dénonce avec à-propos la dérive idéologique de la science contemporaine. Il donne en exemple cette citation caractéristique de l’américain Will Provine6bis : « La science moderne suppose sans exception que le monde est organisé strictement en accord avec les principe déterministes ou le hasard. Il n’existe absolument aucun principe prémédité dans la nature. Il n’y a pas de dieux ni de forces intentionnelles rationnellement détectables ».

Face à cette prétention insensée, face à cette arrogance injustifiée, Christoph Schönborn a le courage intellectuel de réaffirmer : « Rien n’est intelligible, rien ne peut être saisi dans son essence par notre intelligence, sans avoir été d’abord ordonné par une intelligence créatrice. (…) Le monde naturel n’est rien d’autre qu’un intermédiaire entre des esprits : l’esprit sans limite du Créateur et notre esprit humain limité ». Et de conclure : « En réalité, mon argument était supérieur à un argument « scientifique » puisqu’il était basé sur des vérités et des principes plus certains et plus permanents. (…) Ce qui passe souvent pour de la science moderne, avec sa lourde accumulation de matérialisme et de positivisme, est simplement une vue erronée de la nature sur des points essentiels.

(…) Mon article était destiné à sortir les catholiques de leur sommeil dogmatique à propos du positivisme en général et de l’évolutionnisme en particulier. Il semble y être parvenu. »

Il semble que les évolutionnistes français sentent aussi le besoin de sortir de leur confortable tour d’ivoire. Le supplément au Monde du samedi 8 octobre s’intitulait « La nouvelle guerre civile américaine ; Dieu contre Darwin », avec deux thèses défendues : les partisans de l’Intelligent Design ne sont que des créationnistes déguisés, des « néocréationnistes » ; leur opposition à Darwin est donc en réalité de nature religieuse.

Puis en décembre 2005, le numéro hors-série du Nouvel Observateur, intitulé : « La Bible contre Darwin », admettait les « dérives créationnistes en France », allusion au film de Thomas Johnson et à l’UIP (Université Internationale de Paris). Ce qui frappe, dans ce numéro de 80 pages rédigées par des universitaires, c’est le ton méprisant et la violence des épithètes visant à déconsidérer sans aucune objectivité les antidarwiniens. En page 6 on peut lire un « appel à la vigilance » signé par une centaine de scientifiques, « face au retour insidieux du divin dans le travail des sciences ». Pour ces esprits attentifs, le « néocréationnisme » serait une « ineptie ». Pour Stéphane Hergueta, zoologiste, la « propagande antiévolutionniste » est une

« falsification » : « Falsifier, travestir, mentir, semblent bien être les maîtresmots de ces nouveaux mouvements créationnistes pour discréditer une science qu’ils refusent. » Pour le Nouvel Observateur, l’action des universitaires américains groupés autour du Discovery Institute n’est qu’un « débat pseudo-scientifique » dans « le combat politique qui vise à la cléricalisation de la sphère publique », ou encore une « idéologie parascientifique » (Patrick Tort)[7].

technologies de Lille, en collaboration avec l’Institut Schiller, une réunion sur le thème « Ce que les scientifiques peuvent apprendre des poètes ».

Un des enseignants vit dans cette réunion une « tentative d’infiltration créationniste », comme l’écrit Charlie, et alerta le président de cette université, Jacques Duveau, qui décida d’interdire la conférence le jour même où devait se tenir la réunion. Selon lui, le tract annonçant la conférence était « de nature à contrevenir au principe de l’objectivité du savoir, tel qu’il ressort de l’article L141,6 du code de l’éducation ». Décision qualifiée de « remarquable » par Guillaume Lecointre, le « responsable scientifique » de Charlie et auteur des propos cités plus haut.

Pourquoi nous diaboliser ? Parce que Guillaume Lecointre, qui travaille à l’Institut de Systématique, est un darwinien viscéral. Pour lui, comme pour Patrick Tort, grand prêtre du darwinisme en France, s’opposer à Darwin, c’est s’opposer à l’évolution et donc se rendre coupable de « créationnisme ». Lecointre et Tort collaborent à une nébuleuse d’associations – Libre-Pensée, Union rationaliste, Association française pour l’information scientifique, Union internationale humaniste laïque – qui prétendent défendre pêle-mêle laïcité, tolérance, justice sociale, raison, science et humanisme.

En ce qui concerne leur tolérance, nous la jugeons –pour l’avoir expérimentée– plutôt sectaire. Pour faire taire leurs contradicteurs, Lecointre, Tort et leurs amis ont organisé une véritable inquisition au sein de la communauté scientifique. Peu nombreux, mais bien organisés et influents, les humanistes à la sauce darwinienne prétendent décider de ce qui est scientifique et de ce qui ne l’est pas, s’auto-érigeant en gardiens du temple scientifique et en serviteurs de la déesse Raison.

Pour ce qui est du reste, cela fait partie du discours séducteur (et trompeur) adopté par les héritiers de Darwin pour faire passer sous un meilleur jour leurs desseins beaucoup moins recommandables, dont le malthusianisme et l’eugénisme sont les principaux traits communs. Déjà, les darwiniens comme Russell, Wells ou Huxley, dont nous parlons dans ce numéro de Fusion, revendiquaient des « méthodes humaines » pour diminuer la population sur Terre tout en accroissant sa « qualité biologique ». Le savoir « objectif » darwinien dont se réclament nos matérialistes, c’est celui qui prétendait hier prouver que les pauvres ou les Noirs étaient génétiquement inférieurs, celui qui, comme Lecointre, déclare aujourd’hui que l’idée d’une « spécificité humaine qualitativement supérieure à celle des autres organismes, (…) n’a pas de valeur scientifique. »

Enfin, ces humanistes » ne viennent-ils pas de lancer une pétition internationale pour défendre le clonage humain (qui ressort sans doute de l’ « objectivité du savoir ») et demandent à ce que les autorités religieuses juives, musulmanes et chrétiennes soient exclues du débat Pour eux, le clonage ne soulève pas de question morale particulière. Parmi les signataires, tous lauréats de l’Académie internationale de l’humanisme, on retrouve les fameux sociobiologistes Richard

Dawkins et Edward Wilson, chantres de la dictature du gène. (Emmanuel Grenier)

Pour Guillaume Lecointre, le créationnisme est « une véritable régression de la pensée rationnelle. » Pour le philosophe athée Yvon Quinion, « la science réfute définitivement le Dieu des religions révélées ainsi que l’image du monde et de l’homme qu’il contribuait à fonder ». Le jésuite François Euvé tente même de dédouaner Teilhard de l’accusation de finalisme : « Pour Teilhard, le rôle du hasard n’est pas niable. Il ne parle pas de « bricolage » mais de « tâtonnement ». Tout se passe comme si la nature ne savait pas à l’avance où se diriger. En apparence, aucun plan préconçu. Dieu le sait-il ? Sans doute, mais que sait-il ? (…) Teilhard a conscience que le Dieu « évoluteur » ne peut pas entrer dans les catégories des métaphysiques anciennes, sous la figure d’un « Être suprême », « surplombant » le cosmos et l’histoire, « maître et propriétaire [8]» (…) Nous sommes ainsi aux antipodes d’un Intelligent Designer, programmeur du cosmos et de l’histoire, ne laissant en quelque sorte à l’humanité qu’à mettre en application un plan conçu dès le commencement ». Nous laisserons ici le P.Euvé, sa « nouvelle face de Dieu » et son « néochristianisme », tout comme le Pr Roger Pouivet qui ne voit dans les créationnistes américains que « des littéralistes qui pratiquent une lecture superficielle et même stupide de la Genèse, ignorant la distinction entre ce qui est à prendre à la lettre, et ce qui ne l’est pas », ou encore Olivier Tinland qui conclut ainsi ce numéro hors-série : « Qu’un tel mélange de crédulité et d’ignorance prétende être la trace visible de la sagesse divine, tel n’est pas le moindre paradoxe du créationnisme contemporain ».

Je ne sais ce qui restera dans la tête d’un lecteur découvrant l’existence d’une opposition à Darwin à travers ces pages du Nouvel Observateur ? Probablement peu de choses, car l’idée que le darwinisme est scientifique lui a déjà été inculquée depuis l’école. Peut-être même sera-t-il intrigué par ces opposants mystérieux dont on dit tant de mal sans même les laisser parler. On pense à ces soviétiques qui en étaient réduit à collationner les citations bibliques dans les écrits de propagande marxiste, pour reconstituer, souvent avec pertinence, quelques filets d’eau vive où s’abreuver.

Ainsi les évolutionnistes ont pris peur et surréagissent, ce qui prouve leur désarroi et leur difficulté à comprendre la situation. Car l’affirmation répétée de leurs fausses certitudes n’aura aucune prise sur un adversaire qui connaît le prix du combat intellectuel et qui, lui, jouit d’une vérité acquise par la confrontation des thèses et des arguments. Que dans l’Église catholique on puisse dénoncer le faux consensus et descendre dans l’arène à la suite d’évangéliques, de baptistes, de juifs[9] ou de musulmans[10], est un signe encourageant, même s’il est beaucoup trop tôt pour discerner la suite des opérations. Mais nous croyons, nous, que Dieu n’est pas le pseudonyme d’un hasard organisateur et qu’Il sait, lui, par prescience, où son plan nous conduit.

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Nouveautés 2006 : les cassettes (ou CD) de la Journée du 28 février sont disponibles : Les chrétiens en situation de minorité o CD 0601 P. Edouard-Marie Gallez :

Origines historiques de l’esprit de domination dans l’Islam 7,5€ o CD 0602 Jean-Michel Alcader

Témoignages de musulmans convertis 7,5€ o CD 0603 Pr Magdi Sami Zaki :

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Une date à retenir dès maintenant :

Colloque du CEP à Paris (Chevilly-la-Rue)

Les 23 et 24 septembre 2006

Résister et construire

Avec les interventions de :

Pr Hubert Saget Le hasard et l’anti-hasard

Dominique Tassot Face à la mondialisation : émigrer sur place

Pr Jean-Didier Lecaillon La famille, source de prospérité

Michel Tougne La nature humaine malmenée par le management

Elisabeth Hatt Vers une psychologie chrétienne

Jean-Marie Mathieu L’avenir du christianisme :

la leçon de l’Afrique

Père Michel Qud Le combat de l’exorciste

Pr Eric Davoust Démystifier l’art moderne

Benoît Neiss Delenda Carthago

Les formulaires d’inscriptions seront joints au prochain envoi.

SCIENCE ET TECHNIQUE

« Les rationalistes fuient le mystère pour se précipiter dans l’incohérence » (Bossuet)

La Finalité dans la Science[11] Christoph cardinal Schönborn

Présentation : Dans Le Cep n° 33 nous avions signalé l’importance de la tribune libre publiée dans le New York Times le 7 juillet dernier par le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, ancien professeur de théologie à Fribourg, rédacteur principal du Cathéchisme de l’Église Catholique, et longtemps considéré comme successeur possible du cardinal Ratzinger à la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Pour la première fois depuis un demi-siècle, un homme d’Église en vue contestait la théorie de l’évolution, du moins sous sa forme néo-darwinienne qui est la seule enseignée. Les réactions fusèrent aussitôt, tant dans la grande presse (Le Figaro du 15 juillet, par exemple) que dans les revues religieuses. En particulier un physicien américain, spécialiste des particules, connu pour avoir publié un livre sur la foi et la physique moderne, Stephen M. Barr, écrivit dans First Things un long article critique. Pour lui, le « hasard » évoqué par la théorie darwinienne de l’Évolution ne contredit pas le gouvernement de l’univers par Dieu.

En répondant à S. Barr, le cardinal Schönborn prolonge la critique de la science qu’il avait amorcée dans le New York Times. Il montre comment les vérités supérieures de la raison, établies par la philosophie, sont plus certaines que les vérités scientifiques. En contestant le monopole de l’autorité intellectuelle, que les scientifiques s’étaient arrogé depuis un bon siècle, cet article rétablit a contrario la supériorité de l’autorité enseignante de l’Église, ce qui ne manquera pas de rejaillir, outre l’évolution, sur un grand nombre de débats contemporains.

En juillet 2005, le New York Times a publié mon bref essai

« Découvrir la finalité dans la nature. » La réaction fut extraordinaire, mais pas extraordinairement positive. Dans la livraison d’octobre 2005 de la revue First Things, Stephen Barr me fit l’honneur d’une réponse sérieuse assez représentative de la réaction de nombreux catholiques.

Je crains cependant que Barr ait mal compris mon argument et peutêtre pas bien saisi la question de savoir si l’intelligence humaine peut discerner la réalité de la finalité dans le monde des êtres vivants.

D’après l’article de Barr et d’autres réactions, il semble que mon argument a été fort mal compris. Dans Découvrir la finalité dans la nature, j’avais dit:

  • L’Église « affirme que par la lumière de sa raison l’intelligence humaine peut facilement et clairement discerner la finalité dans le monde naturel, y compris celui des êtres vivants. »
  • « Toute explication qui nie ou cherche à rejeter l’évidence aveuglante de la finalité en biologie, est de l’idéologie, pas de la science. »
  • Citant notre Saint Père feu Jean-Paul II: « L’évolution des êtres vivants, dont la science cherche à déterminer les étapes et à discerner le mécanisme, montre une finalité interne qui soulève l’admiration. Cette finalité, qui oriente les êtres dans une direction dont ils ne sont pas responsables, nous oblige à supposer un Esprit qui est son inventeur, son créateur. »
  • Citant encore Jean-Paul II: « Contre tous ces indices de l’existence de Dieu Créateur, certains opposent le pouvoir du hasard ou les mécanismes propres à la matière. Parler de hasard à propos d’un univers offrant une organisation aussi complexe de ses éléments et une finalité de sa vie aussi merveilleuse reviendrait à renoncer à toute explication du monde tel qu’il nous apparaît. En fait, ceci reviendrait à admettre des effets sans cause. Ce serait une abdication de l’intelligence humaine, qui refuserait ainsi de penser et de chercher une solution à ses problèmes. »
  • Citant le Catéchisme: « L’intelligence humaine est assurément déjà capable de trouver une réponse à la question des ‘origines. L’existence de Dieu le Créateur peut être connue avec certitude par ses œuvres grâce à la lumière de la raison humaine. (…)Nous croyons que Dieu a créé le monde selon Sa sagesse. Il n’est le produit d’une nécessité quelconque, d’un destin aveugle ni du hasard. » (CEC 286, 295)
  • Me référant à l’enseignement de l’Église sur l’importance et la portée de la métaphysique: « Mais à l’époque moderne, l’Église catholique est dans l’étrange situation de défendre fermement la raison également. Au 19ème siècle, le Premier Concile du Vatican enseignait à un monde récemment séduit par <la mort de Dieu>, que par l’usage de la seule raison, l’homme pouvait connaître la réalité de la Cause non causée, du Premier Moteur, le Dieu des philosophes. »

Mon argument ne reposait ni sur la théologie, ni sur la science moderne, ni sur « la théorie de l’intelligence intentionnelle. » Pour la théologie, bien que la capacité pour l’esprit de saisir l’ordre et la finalité de la nature soit adoptée, assumée et portée à de nouveaux sommets par la Foi, cette capacité précède la Foi, comme le montre clairement Romains 1 : 1920. Pour la science, la règle et la méthode sont telles, que la finalité, plus précisément les causes formelles et finales chez les êtres naturels, sont délibérément exclues de sa conception étriquée de la nature.

En réalité, mon argument reposait sur la capacité naturelle de l’intelligence humaine de saisir les réalités intelligibles composant le monde naturel, y compris, très évidemment, le monde des êtres vivants. Rien n’est intelligible, rien ne peut être saisi dans son essence par notre intelligence, sans avoir été d’abord ordonné par une intelligence créatrice. La possibilité de la science moderne est fondamentalement basée sur l’existence préalable d’une intelligence créatrice qui fait que le monde naturel est ce qu’il est. Celui-ci n’est rien d’autre qu’un intermédiaire entre des esprits: l’esprit sans limite du Créateur et notre esprit humain limité. Res ergo naturalis inter duos intellectus constituta : « la chose naturelle est constituée entre deux intelligences », comme le dit saint Thomas.

Bref, mon argument était fondé sur un examen attentif du témoignage de l’expérience quotidienne; en d’autres mots, sur la philosophie. Beaucoup de lecteurs vont sans doute être déçus. À tort ou à raison, il semblait que mon article initial traitait uniquement de la science, de la connaissance réelle, tangible et factuelle du monde matériel. Mais maintenant je reconnais parler la langue de la philosophie de la nature, cette manière démodée de comprendre le réel, qui disparut rapidement dans les oubliettes intellectuelles après l’arrivée de la nouvelle science de Galilée et de Newton. La philosophie survit, dit-on, seulement comme un métadiscours de la science moderne, n’apportant aucune connaissance positive par elle-même. En somme, je parais admettre que mon article était une sorte d’argument sans signification, ou au mieux subjective, tirée d’une discipline abandonnée et discréditée.

J’espère sincèrement que pour les lecteurs de First Things je n’ai pas besoin de répondre à cette caricature moderne de la philosophie. La philosophie est « la science du sens commun » qui assure notre saisie la plus fondamentale et la plus certaine de la réalité. Et, manifestement, c’est la connaissance philosophique de la réalité qui a le plus grand besoin d’être défendue à notre époque.

Aujourd’hui, le dualisme esprit-matière domine la conception chrétienne de la réalité. Par « dualisme esprit-matière » je vise la façon de concevoir la réalité physique d’après les prétentions réductrices de la science moderne (c’est-à-dire, le positivisme), associée mystérieusement à une croyance dans les réalités immatérielles des esprits humain et divin connues seulement par la foi (c’est-à-dire, le fidéisme).

Mais la raison humaine est bien davantage que la simple connaissance « scientifique » positiviste. En fait, la vraie science est impossible à moins que nous ne saisissions d’abord la réalité des essences et natures, qui sont les principes intelligibles du monde naturel. Nous pouvons avec beaucoup de profit étudier la nature en utilisant les outils et techniques de la science moderne. Mais n’oublions jamais, comme quelques savants modernes l’ont fait, que l’étude de la réalité par des méthodes réductrices conduit à une connaissance incomplète.

Pour comprendre la réalité comme elle est, nous devons revenir à notre connaissance pré- et post- scientifique, la connaissance implicite dans laquelle baigne la science, la connaissance qu’après examen critique nous appelons philosophie.

Stephen Barr m’accuse de confondre deux choses très différentes: la modeste théorie scientifique du néo-darwinisme (qu’il définit « l’idée que le ressort de l’évolution est la sélection naturelle agissant sur des variations génétiques aléatoires ») et ce qu’il appelle l’affirmation « théologique » que l’évolution est un processus « non guidé, non planifié ». « Ceci, dit-il, constitue le faux-pas capital de l’article du cardinal Schönborn. »

Supposons un instant que j’ai effectivement commis une erreur. Y at-il une excuse, une raison pour mon erreur ? Barr, traitant le darwinisme avec beaucoup de délicatesse, n’en dit rien. Mais il aurait pu en dire beaucoup. Il aurait pu citer des douzaines de pages de savants darwiniens faisant de telles affirmations « théologiques », avec intrépidité et sans aucune restriction, affirmant que l’évolution par variations aléatoires et sélection naturelle est un processus non guidé, non planifié.

Beaucoup de ces affirmations se trouvent dans les manuels et les journaux scientifiques, et pas simplement dans les articles pour le grand public. Je laisse à d’autres la compilation complète de ces citations. J’ai fait une modeste contribution de trois citations dans ma récente catéchèse sur la création et l’évolution dans la cathédrale St Étienne de Vienne. Voici l’une de ces trois citations, celle du savant américain Will Provine: « La science moderne suppose sans exception que le monde est organisé strictement en accord avec les principes déterministes ou le hasard. Il n’existe absolument aucun principe prémédité dans la nature. Il n’y a pas de dieux ni de forces intentionnelles rationnellement détectables. »

Barr prétend que de telles affirmations « théologiques » sont séparables d’une science du néo-darwinisme plus modeste. J’accorde qu’il y a une différence entre une science modeste du darwinisme et les grandes affirmations métaphysiques fréquemment faites en son nom. Mais laquelle des deux est la plus exactement appelée « néo-darwinisme » sans aucune restriction, comme je l’ai fait dans mon article ?

Je concède volontiers qu’une version métaphysiquement modeste du néo-darwinisme serait potentiellement compatible avec la vérité philosophique (et donc l’enseignement catholique) sur la nature. Si le darwinien, adoptant l’intention de Descartes et de Bacon de comprendre la nature uniquement selon les causes matérielles et efficientes, étudie l’histoire des êtres vivants et déclare qu’il ne peut voir aucun principe actif d’organisation de toutes les substances vivantes (causes formelles) ni aucun plan réel, dessein ou intention dans les êtres vivants (causes finales), j’accepte son point de vue sans surprise. Cela est évidemment compatible avec la vérité vraie que le monde des êtres vivants est saturé de formes et de finalité, car il n’est pas surprenant que la science réductionniste ne puisse pas reconnaître les aspects de la réalité qu’elle exclut – ou cherche à exclure – par le choix même de sa méthode.

Mais la biologie moderne, cherchant à rester fidèle à ses principes fondateurs, réussit-elle à exclure la considération rationnelle de la cause finale ? Une façon de saisir ce problème est d’examiner la notion d’ « aléatoire » et le rôle qu’elle joue dans la biologie évolutionniste moderne.

La notion d’ « aléatoire » est évidemment très importante. L’erreur technique au cœur de mon analyse du néo-darwinisme, dit Barr, est que je ne comprends pas comment le terme « aléatoire » est utilisé par la biologie darwinienne. « Si le mot <aléatoire> implique nécessairement l’idée que certains événements ne sont pas <dirigés> en ce sens qu’ils échapperaient à la Providence divine, nous devrions condamner pour incompatibilité avec la foi chrétienne beaucoup de la physique, de la chimie, de la géologie, de l’astronomie modernes ainsi que la biologie », écrit-il.

« Ceci est évidemment absurde. Le mot <aléatoire> tel que la science l’utilise, ne veut pas dire sans cause, sans dessein, ou inexplicable; il signifie sans corrélation. Mes enfants aiment regarder les plaques d’immatriculation des voitures que nous croisons sur l’autoroute, pour voir de quel État elles proviennent. La séquence des États montre un côté aléatoire: une voiture du Kentucky, puis du New Jersey, puis de Floride, etc. parce que les voitures sont sans corrélation: savoir d’où provient cette voiture ne nous dit rien sur la provenance de la suivante.

Et pourtant, chaque voiture se trouve à cet endroit, à ce moment, pour une raison. Chaque voyage est programmé, guidé, par quelque carte et quelque horaire. »

Je suis certes d’accord avec beaucoup de ce que dit Barr, et j’apprécie son charmant exemple. Je voudrais cependant suggérer qu’il oublie peut-être quelque chose à propos de la biologie moderne. Tout d’abord, nous devons observer que le rôle de l’aléatoire dans la biologie darwinienne est tout à fait différent de son rôle en thermodynamique, théorie des quanta et autres sciences naturelles. Dans ces sciences, l’aléatoire exprime notre incapacité à prédire ou connaître le comportement précis des parties d’un système (ou peut-être, dans le cas du monde des quanta, certaines propriétés intrinsèques du système). Mais dans tous ces cas, le comportement

« aléatoire » des parties est inscrit et assujetti dans une structure conceptuelle hautement mathématique et précise de l’ensemble, structure qui rend ordonné et intelligible le comportement d’ensemble du système.

L’aléatoire de la biologie darwinienne n’est rien de cela. C’est simplement l’aléatoire. La variation par mutation génétique est aléatoire. Et la sélection naturelle est également aléatoire: les propriétés de l’environnement en perpétuel changement, qui dirigent l’évolution par la sélection naturelle, ne sont également corrélées à rien, selon les darwinistes. Pourtant, de cette pagaille inintelligible et sans contrainte émerge, deus ex machina, le monde ordonné avec précision et extraordinairement intelligible des organismes vivants. Et ceci est le cœur de la biologie néo-darwinienne.

Quoi qu’il en soit, revenons à l’exemple des plaques d’immatriculation et voyons ce que nous pouvons en apprendre. Supposons que la famille Barr décide un voyage vers le sud à partir de leur maison dans le Delaware, et, tout en écoutant un bref discours introductif sur le véritable sens de l’aléatoire, les enfants commencent à noter l’État de chaque plaque. Au bout de quelques heures, les enfants font une pause et livrent le rapport suivant: Bien que chaque plaque de voiture semble être sans corrélation avec la précédente ni avec la suivante, ni avec quoi que ce soit de l’environnement immédiat, les données peuvent néanmoins manifester un schéma.

Au début, presque toutes les plaques venaient du Delaware. Un peu plus tard, la majorité passa au Maryland. Quelques heures plus tard il y eut une forte hausse des plaques du District de Columbia, faisant jeu presque égal avec les plaques du Maryland. Peu de temps après, les plaques de Virginie devinrent la majorité. Maintenant ils constatent une augmentation dramatique des plaques de Caroline du Nord. Y a-t-il là un schéma ? Y a-t-il une raison à laquelle on puisse penser pour ce schéma ?

Le biologiste darwinien considérant l’histoire de la vie fait face à une question rigoureusement analogue. S’il a une vision très étroite de la variation supposée aléatoire qu’il voit, il peut bien être impossible de la corréler à quelque chose d’intéressant, et la variation demeure ainsi simplement inintelligible. Il exprime alors son ignorance de tout schéma dans la variation par le mot assez respectable « d’aléatoire. » Mais s’il prend du recul et regarde l’ensemble de la vie, il voit un schéma évident, à vrai dire une organisation imposante. Les variations réalisées au cours de l’histoire de la vie sont exactement celles qui étaient nécessaires pour produire le jeu complet des plantes et animaux qui existent aujourd’hui. En particulier, il y eut la variation exactement nécessaire pour entraîner le grand coup d’évolution aboutissant à l’être humain. Si ce n’est pas là une corrélation puissante et pertinente, alors je ne sais pas ce que pourrait être une preuve contre le hasard dans l’esprit d’un observateur.

Certains pourraient objecter que ceci est une pure tautologie, pas un savoir scientifique, que j’ai présumé la conclusion, « truqué le jeu », etc. Mais ce n’est pas vrai. J’ai simplement rapproché deux faits indiscutables: l’Évolution s’est produite (du moins nous le présumerons, pour les besoins de cette analyse) et notre biosphère actuelle en est le résultat. Les deux faits sont parfaitement corrélés. Les faits ne sont pas des tautologies simplement parce qu’ils sont indiscutablement vrais. Si le biologiste moderne veut ignorer cette corrélation indiscutable, je n’y ai pas d’objection. Il est libre de définir sa science avec des règles aussi étroites qu’il le trouve utile pour obtenir un certain genre de connaissance.

Mais il ne peut pas ensuite faire demi-tour et nous demander, à nous qui ne sommes pas contraints par son auto-limitation méthodologique, d’ignorer les vérités évidentes de la réalité, telle que la nature clairement téléologique de l’évolution.

Revenons sur un mot révélateur de Barr. Il se réfère à ma compréhension prétendument trop large du néo-darwinisme comme étant une incursion injustifiée de la théorie dans le domaine de la « théologie ». L’usage de ce mot signifie-t-il que nous ne pouvons connaître la réalité de la téléologie dans le monde des vivants, que par référence à la vérité révélée ? Cela signifie-t-il que la raison humaine ne peut saisir sans aide, l’ordre évident, le dessein et l’intelligence manifestés si clairement par les vivants ? Cela signifie-t-il que nous rendons un culte à un Dieu injuste qui, comme l’enseigne Romains 1, 19-20, punit ceux qui ne respectent pas la loi naturelle, loi dit saint Paul, qu’ils ne peuvent manquer de reconnaître par l’ordre manifeste de la nature ?

L’article de Barr traite assez longuement la question de la finalité en biologie, mais il n’affirme pas clairement que la raison peut saisir la réalité de la finalité sans l’aide de la foi. Si ma lecture est correcte (et j’espère me tromper), Barr a ici suivi l’immense majorité des commentateurs catholiques de l’évolution néo-darwinienne, qui discutent volontiers sa compatibilité avec les vérités de foi, mais qui se soucient rarement de savoir si et comment elle est compatible avec les vérités de la raison.

Maintenant que le rôle du fidéisme est apparent, je puis peut-être utilement revenir à la question de la signification essentielle du mot « néodarwinisme ». Si, comme beaucoup semblent le croire, le néo-darwinisme constitue une hypothèse valable de rejet de la finalité au niveau de la raison humaine, mais n’est sauvé de conclusions finalement erronées que par l’intervention de la théologie, alors il semble que ma définition large est entièrement justifiée. Si la raison est incapable de saisir la réelle téléologie[12] dans les vivants et dans leur histoire, alors le néo-darwinisme – évidemment incapable de prendre en compte des vérités théologiques- peut véritablement être qualifié de théorie affirmant, selon les mots de mon article initial, que l’évolution est  » un processus ni guidé ni planifié de variations et de sélection naturelle aléatoires. »

Ce que tant de catholiques semblent penser, pour autant que nous puissions le conclure avec nos intelligences humaines non assistées, et même selon la version « métaphysiquement modérée » du néo-darwinisme, est qu’il n’existe pas de plan réel, de dessein ou de finalité dans les vivants, et absolument aucune orientation de l’évolution; cependant nous savons par la foi que ces choses sont vraies. En d’autres termes, un néo-darwinisme « métaphysiquement modéré » n’est pas si modéré, après tout. Il signifie un darwinisme n’entrant pas en conflit avec la connaissance de la réalité telle qu’elle est connue par la foi seule. Dans le débat sur la finalité dans la nature, sola fides (la foi seule) prend un sens entièrement nouveau.

La science moderne par elle-même peut bien être incapable de comprendre les vérités-clés de la nature qui sont serties dans la théologie et la morale catholiques. Et la théologie proprement dite ne livre pas non plus ces vérités-clés. Antérieurement à la science et à la théologie, il y a la philosophie, la « science du sens commun ». Son rôle en ces matières cruciales est indispensable.

Revenons au cœur du problème: le positivisme. La science moderne commence par exclure a priori les causes formelles et finales, puis elle analyse la nature avec la méthode réductrice du mécanisme (causes matérielles et efficientes), et elle déclare alors que les causes formelles et finales sont manifestement irréelles, et que sa méthode de connaissance du monde corporel a la priorité absolue sur toutes les autres formes de connaissance humaine. Étant mécaniste, la science moderne est également historiciste: elle prétend que la description complète de l’histoire des causes matérielle et efficiente d’une entité donne une explication complète de l’entité elle-même; en d’autres termes, comprendre comment une chose est produite, est similaire à comprendre ce qu’elle est. Mais la pensée catholique rejette la dichotomie appliquée au monde naturel et retient au contraire une vision holistique de la réalité basée sur toutes les facultés de la raison et sur toutes les causes évidentes dans la nature, y compris les causes « verticales » de formalité et de finalité.

Certains peuvent objecter que mon article initial du New

York Times était trompeur car on pouvait trop facilement le prendre pour un argument sur les détails de la science. En fait, je m’attendais à quelque incompréhension initiale. Même s’il avait été possible en mille mots de rédiger un texte extrêmement nuancé sur les relations entre la science moderne, la philosophie et la théologie, le propos aurait sans doute été rejeté comme « pure philosophie » ne faisant pas le poids pour contester l’hégémonie du scientisme. Il était d’une importance cruciale de revendiquer en faveur de la finalité dans la nature sous une forme qui ne fût en rien inférieure à un argument « scientifique » (au sens moderne). En réalité, mon argument était supérieur à un argument « scientifique » puisqu’il était basé sur des principes et vérités plus certains et plus permanents.

Le monde moderne a grand besoin d’entendre ce message. Ce qui passe souvent pour de la science moderne, avec sa lourde accumulation de matérialisme et de positivisme, est simplement une vue erronée de la nature sur des points essentiels. La science moderne est souvent, selon les mots de mon article, « de l’idéologie, pas de la science. » Les problèmes créés par le positivisme sont particulièrement nuisibles dans les implications fortement anti-finalité tirées de la théorie de l’évolution de Darwin. Devenue la nouvelle « philosophie première » du monde moderne, elle donne une description totale et fondatrice de la réalité allant bien au-delà du fondement justifié par la science réductrice et descriptive sur laquelle elle est basée. Mon article était destiné à sortir les catholiques de leur sommeil dogmatique à propos du positivisme en général et de l’évolutionnisme en particulier. Il semble y être parvenu.

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HISTOIRE

« Si l’homme est libre de choisir ses idées,

il n’est pas libre d’échapper aux conséquences des idées qu’il a choisies. » (Marcel François)

La chahada et son contexte historique[13]

Jean-Michel Alcader

Résumé : Pour beaucoup de musulmans, la prière consiste à répéter cinq fois la chahada : « Non, il n’y a de dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète ». Avec cinq prières par jour, on arrive à un total de 25 répétitions, et répétitions d’une formule étonnante pour un credo puisqu’elle commence par une négation. Cette répétition lancinante se comprend aisément à la lumière des circonstances historiques : il s’agissait pour Mahomet, chef de guerre, de détourner ses hommes des chrétiens, ces « associateurs » qui admettent une Trinité divine. On mesure par là les conséquences psychologiques et sociologiques qui interdirent à l’Islam de cohabiter paisiblement avec les religions environnantes.

Considérant le système de pression et d’intimidation qu’est l’islam, force est de se poser la question du « pourquoi » d’une telle volonté de domination ? Qu’est-ce qui pousse l’islam à de telles extrémités, et pourquoi donne-t-il ce visage intransigeant et fanatique qu’on lui connaît encore aujourd’hui ? Quelle est donc, finalement, la véritable « identité » de l’islam, comme sa raison d’être et de vivre ? Qu’est-il, en réalité et en lui-même, pour qu’il veuille défendre et protéger si violemment sa pérennité ? C’est ce que nous allons découvrir en étudiant sa profession de foi à la lumière du contexte historique des débuts de l’islam.

La chahada

Comme toute religion, l’islam exprime sa foi à travers des prières, et spécialement à travers une « profession de foi » appelée en arabe « chahada », de la racine « ch-h-d » qui signifie « témoigner ». Celle-ci, telle la profession de foi catholique appelée « Credo », résume en quelques mots la foi musulmane. Contrairement à la profession de foi catholique au contenu développé, la profession de foi musulmane ne comporte qu’une courte phrase, composée de deux parties. La voici dans son intégralité :

« Il n’y a pas d’autres dieux qu’Allah, et Mahomet est son prophète »

La proclamation de la chahada est encore aujourd’hui le signe de la « soumission » à Allah et elle représente, à elle seule, le signe de l’appartenance à l’islam. Pour être musulman il faut, et il suffit, en effet de la prononcer une seule fois devant deux témoins. Elle constitue encore le cœur de la foi d’un musulman qui doit la répéter cinq fois à chacune des cinq prières quotidiennes. Elle est par conséquent proclamée vingt-cinq fois par jour du haut des minarets.

Cette formule, « il n’y a pas d’autres dieux qu’Allah », et qui constitue la première partie de la chahada provient, comme bien des énoncés du Coran, de la Bible. Elle est souvent utilisée dans l’Ancien Testament, et citée pour la première fois dans le livre de Samuel :

« Il n’y a pas d’autre Dieu que YHWH » (1 Samuel 2, 2).

Mais elle est nettement détournée de son sens originel dans la chahada ainsi que nous l’allons voir. Les groupes hérétiques judéo-chrétiens, comme la plupart des sectes, ont en effet pour habitude de détourner le sens de la Parole de Dieu. C’est le cas par exemple des témoins de Jéhovah ou des mormons qui utilisent la Bible mais en déformant son message.

La chahada : une formule négative

La première partie de la chahada « il n’y a pas d’autre divinités qu’Allah » (en arabe : « La ilah ill’Allah« ) commence par la particule « la » qui marque dans une phrase la négation, indiquant par conséquent clairement son caractère d’opposition. Cette particule « la » signifie d’ailleurs également en arabe : « non ».

En effet, si la chahada stipule qu’il « n’y a pas d’autres dieux sinon Allah », c’est bien pour dire que certains prétendent le contraire, c’est-à-dire « qu’il y a d’autres dieux qu’Allah », et donc pour s’opposer à eux! Une négation n’a en effet de sens que par rapport à une affirmation. S’il n’y avait personne professant qu’il y a « d’autres dieux qu’Allah », quel intérêt l’islam aurait-il à dire et à répéter « qu’il n’y en a pas d’autres » ? S’ils « n’étaient pas », au moins aux dires de certains, quel intérêt y aurait-il même à en parler, et encore plus à s’y opposer, au point d’en faire sa « profession de foi », sa « chahada », et jusqu’à le crier vingt-cinq fois par jour du haut des minarets ?… Et quel intérêt Allah aurait-il eu à « révéler » à son « prophète », Mahomet, « qu’il n’y avait pas d’autres dieux que Lui » si, effectivement, tout le monde considérait « qu’il n’y en avait pas d’autres » ? Si Allah le « révèle » au « prophète » Mahomet, c’est bien qu’il l’appelle à dénoncer et à combattre ceux qui osent affirmer « qu’il y a d’autres dieux que Lui » !

L’identité des infidèles : de dangereux « mouchrikoun »

Quels sont ceux qui auraient osé affirmer, au début de l’islam, et qui affirmeraient encore aujourd’hui, qu’il y a « d’autres divinités qu’Allah » ? C’est ce que nous allons découvrir désormais à la lumière de cette brève étude des sources islamiques.

Qui sont-ils donc ceux qui, à l’époque de Mahomet comme encore aujourd’hui professent, selon les dires même du Coran, qu’il y a « d’autres dieux qu’Allah » ou qui, du moins, sont supposés professer tel blasphème ?

Le Coran lui-même répond :

Ce sont ceux qui « associent à Allah d’autres divinités

(S. 4, 48 ; 5, 72- 73 ; etc.)

Ceux qui « associent » à Allah d’autres dieux, le Coran les appelle « associateurs », (mouchrikoun, en arabe), c’est-à-dire ceux qui mettent sur le même plan qu’Allah d’autres divinités qui lui seraient comme associées. Alors qui donc peuvent bien être ceux qui, d’après le Coran et l’islam, « associent » ? S’agit-il, comme dans la Bible, des « idolâtres » qui adorent des idoles de bois ou de métal, appelés encore « polythéistes »‘ ? Il n’est nullement question de « polythéistes » dans le Coran et le terme « d’associateurs » ne les concerne en aucune façon. Ce dernier terme a en effet dans le Coran un sens bien précis et s’adresse à un groupe bien particulier, ainsi que nous allons le voir.

Eh bien, ceux qui « associent » et placent à côté de ce Dieu unique, Allah, « d’autres dieux » qui lui seraient comme « associés », sont tout simplement les chrétiens… Ils sont en effet appelés « associateurs » par le Coran puisque, selon lui, ils « associent » deux autres divinités à Allah : Jésus et sa Mère (!) :

«Ô Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit : Prenez-moi et ma Mère pour deux divinités ? » (S. 5, 116)

Ou encore:

« Oui, ceux qui disent « Dieu est le Messie (le Christ), fils de Marie  » sont des impies, car le Messie a dit: « Adorez votre Seigneur »… Allah condamne à la géhenne de feu ceux qui lui attribuent des « associés » » (S. 5, 72-73)

Un dogme en point de mire : la Trinité

L’on se doutera, après de tels versets, que le dogme de la Trinité ne saurait échapper aux foudres d’Allah :

« Oui, ceux qui disent « Dieu est le Messie, fils de Marie, sont des impies ( … ) Ils sont donc impies ceux qui disent: « Allah est le troisième de Trois » » (S. 5, 72-73)

Le terme « Trois » désigne clairement ici la Trinité professée par les chrétiens. Allah ne serait donc considéré par ces derniers que comme un dieu de « troisième catégorie », ou comme relégué en « troisième position » dans l’ordonnance de la divinité, après Jésus et Marie. La Trinité est donc manifestement dans le collimateur coranique ! Ne retrouve-t-on pas d’ailleurs encore, dans le Coran, d’autres « inepties trinitaires » telles que :

« Ô gens du Livre… le Messie, Jésus, est seulement prophète de

Dieu… Alors ne dites pas « Trois » «  (S. 4, 171).

Le « Livre », tel que ci-dessus mentionné, désigne dans le Coran la Bible, et l’expression « gens du Livre » les chrétiens ainsi qu’il est précisé à plusieurs endroits. Les chrétiens sont donc bien visés nommément par le texte et accusés d’adorer, dans la Trinité, plusieurs dieux, plus précisément : trois ! On ne saurait être plus clair : les « associateurs » sont bien les chrétiens qui sont considérés comme « tri-théistes »…

Mme Delcambre, comme de nombreux autres spécialistes de la question, l’a bien perçu ainsi : « En fait, ce que l’islam rejette et vomit, ce sont les chrétiens trinitaires, les catholiques donc, considérés comme des polythéistes, des trithéistes. Il semble que les « bons  » chrétiens du Coran soient les nazaréens. Mais pour les chrétiens trinitaires, il n’y a pas de pardon possible (S. 4, 51148). «  (L’Islam des interdits, DDB, p. 57-58).

Gare aux « associateurs tri-théistes » donc, appelés habituellement… « chrétiens » !

Trinité et non tri-théisme

L’islam objecte ainsi que les chrétiens sont comme des « trithéistes », professant la foi en  » trois dieux », (Jésus, Marie et Allah,) quand ils affirment le dogme de la Trinité ! Ce point de vue concernant la doctrine chrétienne, que l’islam répand parmi ses adeptes depuis ses origines, est une vision évidemment faussée du dogme chrétien de la Trinité puisque, d’une part, la troisième personne de la Trinité n’est pas Marie, mais l’Esprit-Saint et que, d’autre part, cette doctrine trinitaire n’a jamais professé « trois dieux », mais bien : « Un Seul Dieu en trois Personnes ». Il est d’ailleurs logique, par définition, qu’une hérésie s’oppose à la doctrine de laquelle elle est issue. Or, si l’islam provient, ainsi que plusieurs études l’ont montré, d’un groupement chrétien dissident, il est normal que, pour affirmer son existence, il s’oppose à celui-ci, notamment par des versets négatifs marquant l’opposition, tels ceux que nous venons de citer: « ne dites pas Trois », etc.

L’on retrouve bien ici les déviances et oppositions des premières hérésies chrétiennes, tels l’arianisme ou le nazaréisme (« ébionisme »), avec leur difficulté à saisir ce Mystère de la Trinité. L’islam, en tant qu’héritier direct de ces groupements, n’a pas échappé à cette logique.

D’autant qu’il faut reconnaître une difficulté supplémentaire, pour le monde arabe à saisir ce mystère trinitaire, puisqu’il n’a pas, dans sa langue, l’équivalent du mot latin « persona« . Le mot arabe le plus proche pour exprimer cette idée de « personne » étant le mot « charse » qui signifie littéralement : « statue » ! L’on comprend alors le problème qui se pose, en langue arabe, pour parler des trois Personnes divines de la Sainte Trinité, si on ne les imagine que comme des « statues » qui rappellent, de suite, les idoles de bois ou de métal fondu des idolâtres…

Le polythéisme coranique : des polythéistes détournés

Le véritable sens biblique du terme « polythéistes », désignant les adorateurs des idoles, a donc été détourné par l’islam pour lui donner le sens restrictif et erroné de « tri-théisme », faisant ainsi passer les chrétiens pour des idolâtres, ou plus exactement pour des « humanolâtres », ceux-ci adorant le Messie Jésus et sa Mère Marie, donc des êtres humains… Or, si les chrétiens ne font que vénérer Marie qu’ils considèrent comme une simple créature, ils adorent effectivement le Christ Jésus qu’ils considèrent comme de nature divine :

« Dieu fait homme », et de là : « vrai Dieu et vrai homme ».

Les chrétiens sont, par ce fait, davantage que les musulmans, les vrais adorateurs de Dieu, l’adorant en « esprit et en vérité ». Ils ne sauraient en revanche adorer quelque idole de bois ou de métal, fût-elle couverte d’or ou d’argent, et se prosterner devant elle à la façon des idolâtres car, tout comme les prophètes tels Isaïe ou Jérémie, ils affirment qu’elles ont :

« Une bouche et ne parlent pas, des oreilles et n’entendent pas, des yeux et ne voient pas »

Le mythe polythéiste

Il est d’ailleurs utile ici d’apporter une précision, concernant l’affirmation péremptoire de certains islamologues manifestement peu perspicaces. Le terme coranique « d’associateurs » ne saurait désigner en aucune façon les « polythéistes », ces derniers ayant complètement disparu de la quasi totalité du Moyen Orient avant son islamisation. En effet, tout le Moyen Orient et l’Afrique du Nord étaient depuis longtemps christianisés avant l’arrivée de l’islam et les groupes polythéistes devenus inexistants. Les apôtres avaient permis, par leur évangélisation, la christianisation de toute cette région et le christianisme avait, de fait, fait disparaître le polythéisme. Si bien que le « polythéisme bédouin », si « prisé » par quelques islamologues en mal d’exotisme, est un mythe. Mythe d’autant plus invraisemblable que les tribus arabes avaient été évangélisées très tôt, dès le deuxième siècle, mises en contact avec le christianisme par le fait de leur commerce caravanier. Ce commerce les mettait sans cesse en rapport avec les chrétiens d’Orient, comme le démontrent aujourd’hui beaucoup d’historiens de la religion.

Bref, on l’aura compris, le fameux « polythéisme » pré-islamique, auquel tiennent tant les islamologues occidentaux jusqu’à soutenir que « c’est à l’islam qu’est due sa disparition au Moyen Orient« , n’est rien d’autre que le christianisme trinitaire, considéré par l’islam comme un « tri-théisme ». Et finalement, en ce sens, ces islamologues occidentaux n’ont sans doute pas tort puisqu’on peut effectivement soutenir ce fait certain que « c’est bien à l’islam qu’est dû la disparition du christianisme au Moyen Orient »

Des mouchrikoun tri-théistes

Il n’est d’ailleurs que de lire le Coran pour se convaincre qu’il ne parle pas de « polythéistes » mais bien « d’associateurs » (en arabe : mouchrikoun), ce terme désignant directement les chrétiens accusés de tri théisme », ainsi que nous l’avons montré.

L’islam, moins aveugle lui-même que certains islamologues occidentaux, ne parle d’ailleurs jamais du péché de « polythéisme » mais de celui « d’associationnisme », appelé « chirk » en arabe.

Et ce péché d’associationnisme qui consiste, nous venons de le voir, à nier l’unicité de Dieu en plaçant près de Lui des « associés » est, de beaucoup, le plus grave en islam, et pour tout dire considéré comme irrémissible. Il est en effet le pire péché qui puisse être commis sur la terre comme au Ciel, et est pour cette raison absolument impardonnable : « Allah ne pardonne pas qu’il Lui soit donné des associés alors qu’il pardonne, à qui Il veut, les péchés autres que celui-là.  » (S. 4, 48).

Il voue, en effet, irrémédiablement à l’enfer éternel celui qui le pratique, à l’inverse de tous les autres péchés, tels le vol, l’adultère ou encore le crime, péchés qui ne vaudront à leur auteur, s’il est musulman, qu’une peine provisoire. Cela éclaire grandement sur la condition des chrétiens face à l’islam : ils sont considérés par celui-ci comme étant pires que des criminels et doivent ainsi être « combattus jusqu’à l’anéantissement« , selon les termes même du Coran.

Il est donc erroné de traduire le mot arabe « chirk » par « polythéisme », tout comme il est impropre de traduire celui de « mouchrikoun » par « polythéistes ». La traduction exacte du terme « chirk » est  » associationnisme « , et celui de « mouchrikoun » est « associateurs », tous deux dérivés du verbe charaka qui signifie « associer ». Ce verbe est d’ailleurs couramment utilisé de nos jours en ce sens dans le langage arabe, ainsi que ses dérivés tels charika (société), charik (associé), etc.

D’ailleurs, si les occidentaux sont trompés par ce terme de « polythéistes », les musulmans, eux, ne sont pas dupes : les associateurs visés par le Coran sont bien pour eux les chrétiens ! Si vous témoignez, en effet, devant un musulman, de votre foi chrétienne, il vous opposera immédiatement la chahada qui stipule « qu’il n’y a pas d’autres dieux qu’Allah ». Il connaît donc bien le lien entre celle-ci et l’affirmation « impie » des chrétiens à professer « trois divinités » !

Ce qui prouve bien que cette affirmation négative est, pour le musulman, la réponse directe à l’affirmation chrétienne de la Trinité. Les chrétiens des pays orientaux ont d’ailleurs bien saisi la difficulté et le danger à professer la Trinité en terre d’islam, et c’est pourquoi, à la fin de la doxologie (« Gloire au Père et au Fils et au St. Esprit ») ils ajoutent la formule « Ilahi’l wahid » qui signifie « Dieu Unique ».

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Nos membres publient: La deuxième guerre mondiale, un pacte avec Satan par Pierre

Dequènes

Après son « Histoire chrétienne de la Grande Guerre », Pierre Dequènes se devait d’affronter le second conflit mondial pour y porter le même éclairage surnaturel.

C’est désormais chose faite en 370 pages qui surprendront ceux qui ont gardé, avec les réminiscences scolaires, une vision plutôt manichéenne de ce conflit. Ainsi les bombardements massifs de villes furent déclenchés par Churchill à l’été 1940 (sur Berlin, Essen et Düsseldorf), contrairement à l’accord franco-anglais du 2 septembre 1939 qui limitait les bombardements aux objectifs strictement militaires. Qu’il s’agisse de Churchill, de Staline, d’Hitler ou de Roosevelt, bien des décisions prises restent inintelligibles par des considérations strictement politiques. De même que la guerre civile espagnole a aussi été une guerre religieuse (entre catholiques et communistes), de même le pacte signé entre Staline et Hitler reposait sur un même totalitarisme antichrétien.

(A commander chez l’auteur, 142 rue Roller,

F-83200 Toulon, 28€)

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La lutte des Hongrois contre les Turcs. Irène Archawski

Présentation : On connaît bien la victoire de Charles Martel sur les Sarrazins à Poitiers (732), ainsi que la bataille navale de Lépante (1571). Mais les combats incessants qui se livrèrent trois siècles durant à l’Orient de l’Europe sont peu connus, sans doute parce qu’il s’agissait en première ligne d’une nation différente par son origine (ni slave, ni germanique, ni latine) et par sa langue. Depuis saint Etienne (dont la couronne demeure le symbole du pays) jusqu’à sainte Hedwige (qui devint reine de Pologne et l’apôtre de la Lituanie) la Hongrie a pourtant montré et payé au prix fort ses convictions chrétiennes, on en jugera par cette sobre chronologie des combats qui firent de ce pays le rempart de la chrétienté.

Aujourd’hui où l’existence même de l’Europe est en danger mortel, nous pensons qu’il faut connaître et faire connaître les faits d’armes, la longue lutte du peuple hongrois contre les mahométans ; car ces faits font partie de notre histoire commune et parce qu’ils sont la démonstration qu’une cause n’est jamais perdue si l’on fait face aux adversités avec foi et courage.

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1389 -Les Turcs battent les chefs slaves de Sud à Rigèmezö (ville hongroise, appelée Kosovo de nos jours).

1394 – Les Turcs attaquent Barcasàg (région au sud de la Transylvanie (« Erdély » en magyar, actuellement en Roumanie)

1396 – Victoire turque par le sultan Bajazid 1er sur la grande armée européenne des croisés (90000 soldats) à Constantinople (Byzance, maintenant Istanbul).

1421 – Sac par les Turcs.de la ville de Brassò (en Hongrie) et de la région de Barcasàg

1427 – La mort de Pipò Ozoral, Bàn (voïvode) de Szörény, qui pendant 22 ans avait lutté contre les Turcs.

1438 – Le sultan Murad II : nouvelle attaque turque contre les villes hongroises de Transylvanie (Szàszsebes, Segesvàr, Megyes).

1440 – Défense pendant plusieurs mois de la ville de Nàndorfehérvàr (aujourd’hui: Belgrade) contre le Turc par le prieur hongrois de Vrna, Jànos Tallòci.

1440 – Par peur des Turcs, les habitants serbes (les « Ràcs »de la ville de Keve) transmigrent au sud de Pest et y fondent Ràckeve.

1441(été) –Victoire de Jànos Hunyadi[14] sur l’armée turque en Serbie, commandée par le Bey Isba.

1442.03.22 – Victoire de Jànos Hunyadi sur l’armée du Bey Mezid à Vaskapu (Porte de Fer), sud de la Transylvanie, près de Gyulafehérvàr.

1442 – Pacha Mezid attaque l’armée de Hunyadi à Nagyszeben. Par le sacrifice librement consenti de Simon Kermény, la vie de Hunyadi fut préservée et la victoire des Hongrois assurée.

1442 – 1443 automnesLa « campagne longue ». Victoires en série de Jànos Hunyadi sur l’armée du Sultan Murad II en Balkan. A la demande de ce dernier, traité de paix pour 10 ans.

1444.10.11 Vàma. La bataille finale de « la campagne longue ».Au début Jànos Hunyadi dispersa l’infanterie turque et attaqua avec les spahis. Le Roi de Hongrie et de Pologne, UIàszlò 1(1440-1444), ne respectant pas le plan de bataille, attaqua alors les janissaires avec les troupes polonaises de réserve. L’élite turque riposta et écrasa l’armée hongroise. Le roi, le Cardinal Giuliano Cesarini, – nonce apostolique – ainsi que l’Evêque d’Eger, Simon Rozgonyi, furent tués. Jànos Hunyadi, en rentrant de la poursuite des Turcs, ne put empêcher la dislocation de l’armée royale hongroise.

1448.17-19.10 Défaite à Rigòmezö (Kosovo). L’armée de J. Hunyadi, disperse les deux ailes de la cavalerie turque. Le lendemain le Turc contreattaque et le commandant Jànos Székely, allant trop loin, est tué. Le Voïvode valaque Vlàd passe à l’ennemi. La supériorité écrasante du Turc sur le Hongrois lui valut un triomphe : 9.000 Hongrois, 6.000 Valaques et 2.000 mercenaires étrangers furent tués. Les pertes turques montèrent à 34.000 hommes. Jànos Hunyadi fut capturé pendant sa fuite par le despote serbe traître, Georges Barankovics.

1453.05.29 Les troupes du sultan Mehmed II prennent Constantinople et mettent fin à l’Empire de Byzance qui avait duré 1000 ans.

1454.10.02 – Le Sultan Mehmed II attaque la Serbie. Jànos Hunyadi détruit son armée.

1456.07.21 -Victoire définitive de Jànos Hunyadi sur le Turc à Nàndorfehérvàr[15]. Sacrifice de Titusz Dugovics (au moment critique il jeta dans le précipice le soldat turc qui voulait mettre le drapeau turc au faîte de la tour, y périssant lui-même). Le Sultan perdit 50.000 hommes (plus 25.000 qui, pendant leur retraite, furent massacrés par les Serbes). Les Chrétiens perdirent près de 10.000 hommes.

Vu la grande menace pour la Chrétienté, et pour soutenir les combattants, le Pape Callixte III avait organisé une croisade spirituelle (« Bulla Oratorium »). Pour commémorer la victoire de Jànos Hunyadi, le Saint-Père lui accorda le titre de « Christianea fidei defensor » (Défenseur de la foi chrétienne). Il ordonna que toutes les cloches de la Chrétienté sonnent à midi tous les jours. Le « Te Deum » retentit dans toute l’Europe et le Saint Père accorda au peuple hongrois le titre de « bouclier de toute la chrétienté (Idem reenum totius christianitatis diceps).

1456 – À cause de la peste, survenue dans le camp des Hongrois, Jànos Hunyadi ainsi que son ami et compagnon, saint Jean de Capistrano[16] moururent quelques jours après la victoire.

  1. 10.13 – A Kenyérmezö (le «Champs du Pain », en Transylvanie) victoire d’Istvàn Bàthorl et de PàI Kinizsi sur le Turc. Pertes turques:

30.000 hommes, hongroises 8.000 soldats.

  1. – Le Roi (hongrois) Màtyàs en Bosnie, et PàI Kinizsi en Serbie attaquent le Turc.

1523.08.07 – A Nàndorfehérvàr l’archevêque PàI Tomori met en déroute les armées du Pacha de Rumélie et de Bey Bali.

1524.01.01 L’Empire allemand à Nuremberg promet une aide militaire de 10.000 soldats. Ils ne sont jamais arrivés en Hongrie.

1526 – L’armée du Sultan part d’Istanbul pour la conquête de la Hongrie. Les Serbes vivant en Szerémség (Sud de Hongrie, la meilleure terre du pays) remontent en masse au nord du Danube devant la menace turque.

1526 – Appels à l’aide militaire adressés par le Roi de Hongrie, Louis II: à l’Empereur romain germanique, à Charles V, aux Rois Henri VIII d’Angleterre Jean III du Portugal, au Prince héritier autrichien Ferdinand, au Pape Clément VII et à la République de Venise. Aucune réponse !

1526.08.29. A Mohàcs défaite de l’armée hongroise (25.000 hommes) devant l’armée turque de 75.000 soldats du Sultan Sulaiman. Le Roi Lajos II périt après la bataille[17].

1526.08.30 La femme du Roi Louis II, la Reine Marie s’enfuit à Pozsony avec sa cour, laissant Buda sans défense.

1526.12.17 Charles V, Empereur d »Allemagne, promet par lettre de défendre la Hongrie, royaume de son frère, Ferdinand I. Promesse jamais tenue.

1527.08.20 Le roi Ferdinand 1erentre à Buda avec son armée.

1529.09.03 Sulaiman 1er met le siège devant Buda.

1529.09.08 Contre la volonté du Capitaine Tamàs Nàdasdy, les mercenaires allemands abandonnent le chateau-fort devant le Turc.

1526.09.12 Les armées de Sulaiman 1er occupent Ô-Buda (Vetus Buda). Elles incendient Buda et Pest, pendant trois jours ils mettent le siège à la forteresse « des chars » dans les environs (Pilismaròt), puis convoquent les habitants de Buda et massacrent 70.000 civils hongrois.

1529.09.25 Sulaiman 1er pille le Château de Buda (statues, une partie de la bibliothèque Corvina, les trésors d’or et d’argent des églises) et quitte le pays à Nàndorfehérvàr.

1532.04.10 Sulaiman 1er part d’Istanbul contre Vienne avec une armée de 100.000 hommes

1532.08.30. Au château de Köszeg, Miklòs Jurisich (Baron, fidèle de l’Empereur Leopold Ier, Roi de Hongrie, capitaine du Château-Fort de Köszeg, mort en 1543) résiste au Turc pendant trois semaines et capitule devant l’ennemi, mais il ne quitte pas les lieux. Le temps passant, le Sultan rentre à Istanbul avec son armée. L’armée de l’Empire germanique, forte de 80.000 soldats, se disperse sans une action militaire.

1541 – 15 ans après une défaite à Mohàcs, par ruse, le Turc occupe le château-fort de Buda. Le règne des Turcs de 145 ans en Hongrie commence.

1544.05.07 -Promesse écrite de Charles V, l’Empereur allemand, adressée aux membres de la Diète de Hongrie, de venir, en personne, en tête de son armée, pour libérer le pays des Turcs. Promesse jamais tenue. Au contraire: il offre la paix aux Turcs!

1552.07.06 Après trois jours de défense héroïque, jusqu’au dernier homme, du château-fort de Drégely par György Szondy, défaite des Hongrois.

1552.09.09 – Deux armées turques unies, environ 150.000 hommes, mettent le siège devant le château-fort d’Eger. Les gardes hongrois sont environ 2.000. Leur chef est Istvàn Dobò. Après 38 jours de siège infructueux, l’armée turque abandonne la partie.

1566.08.091566.09.06 Les 100.000 hommes du Sultan Soliman 1er mettent le siège devant Szigetvàr, défendu par 2.500 hommes seulement, commandés par le Comte Miklòs Zrinyl.

Deux tiers du pays sont sous le joug turc. Le Sultan veut soumettre la Hongrie tout entière. Après un mois de batailles il conquiert la ville de Szigetvàr mais pas le petit château et meurt alors de colère.

Mais sa mort est cachée à l’armée qui incendie la forêt entourant le château et oblige les Hongrois à en sortir, pour mourir tous héroïquement. L’armée impériale de 50.000 hommes du roi Miksa (Maximilien II. 15641576) à Györ ne bouge pas. Elle se disperse sans coup férir. L’armée turque quitte la Hongrie.

1596.10.13 Les gardes allemandes – contre la volonté du Capitaine PàI Nyàràdy et les officiers supérieurs hongrois, capitulent à Eger devant le Sultan, après une semaine de bataille.

1598.03.27 Le Comte Miklòs Pàllfy reprend la ville de Györ aux Turcs, dans une bataille de nuit, avec sa troupe d’élites de 5.000 hommes.

1598 Eté. Le château de Vàrad est défendu avec succès par Pàl Nyàri.

1658 automne Les Tatares se ruent sur la Hongrie (Transylvanie) et tuent ou capturent environ 100.000 Hongrois.

1658.08.15 Une armée turque de 80.000 hommes, commandée par le Grand Vizir Ahmed Köprülü, unis aux Tatares et aux Voivodes de Moldavie, attaque les villes de Transylvanie (Gyulafehérvàr, Nagyenyed, Torda, Kolozvàr et Marosvàsàrhely) et tue ou fait prisonniers environ 100.000 Hongrois.

1658.09.20 -Le Turc attaque la forteresse de Vàrad pendant une semaine, mais sans succès.

1664.08.01 – La bataille de Szent-Gotthàrd. Le Grand-Vizir Köprülü veut traverser la rivière Ràba. Les troupes alliées françaises, croates et hongroises l’en empêchent. Le Turc va alors vers la ville de Szent-Gotthard, où se trouvaient les armées chrétiennes unies sur la rive gauche de la Ràba. Le Turc surprend les alliées la nuit (en traversant la rivière), prend le village Nagyfalva, disperse les régiments souabes, francs et saxons.

A l’ordre de Montecuccoli[18], une troupe de 6.000 Hussards hongrois, bien armés et commandés par le Comte Àdàm Battyàny, contre-attaque par l’Ouest et, unis aux autres troupes chrétiennes, disperse l’armée turque.

1664.08.10 La victoire éclatante à Vàrad fut suivie par le Traité de Paix honteux de Vasvàr, conclut par l’Ambassadeur impérial Reninger, suscitant l’indignation et l’exaspération générales en Hongrie. La raison en était que l’armée de 30.000 d’hommes de Montecuccoli s’était réservée à la défense exclusive des frontières de l’Autriche. D’autre part, Vienne craignait la reprise de forces hongroises. Elle cherchait donc à les affaiblir par tous les moyens.

Les Hongrois luttèrent contre les Turcs jusqu’à la fin du 17ème s.

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In memoriam : Maurice Conat (1920-2005)

Maurice Conat nous a quittés le 9 décembre. Après une aventureuse traversée de la guerre de 1940, une longue et ample expérience de militant l’avait conduit de

l’œuvre des Coopérateurs du Christ-Roi (où il fut le

secrétaire du P. Terrada en Espagne puis au Brésil), à la

Cité Catholique. De là sa passion pour une doctrine attentive à l’histoire et insérée dans la vie des sociétés. Il fondera une association pour l’aide au logement des

mères en difficultés (ALMD) et s’occupera aussi des AFC

(Associations Familiales Catholiques). Mais le sens pratique n’atténuait pas chez lui le regard spirituel : l’histoire s’éclaire par l’eschatologie ; et ceux qui l’ont

connu le retrouveront tout entier dans cet ouvrage pétri de la pensée de saint Irénée : Intelligibilité du

Christianisme. L’esprit aiguisé qui s’effaçait derrière ce titre un peu énigmatique est maintenant passé de l’autre côté du voile. Nul doute que la miséricorde divine lui

sera dispensée avec la même large mesure d’amour qui animait son dévouement sans compromis.

SOCIÉTÉ

« Il a plu à Dieu qu’on ne pût faire aucun bien aux hommes qu’en les aimant. »

(P. Le Prévost)

L’Intelligent Design ou Intelligence intentionnelle Claude Eon

Présentation : Le mouvement appelé « Intelligent Design » parvient aujourd’hui à la une des grands journaux, et il importe que les lecteurs du Cep en aient une idée précise et fondée sur les faits eux-mêmes. Compte tenu des multiples sens du mot « design », l’ID sera mieux rendu en français par « intelligence intentionnelle ». Car c’est bien la réfutation du hasard par Murrey Eden et Marcel Schutzenberger, en 1965, qui allait peu à peu fragiliser (et maintenant abattre) l’édifice de l’évolution darwinienne.

Déjà en 1973, Pierre-Paul Grassé avait montré combien la sélection naturelle restait insuffisante pour expliquer l’origine et l’évolution supposée du vivant. Mais c’est vers les années 1980, dans les universités anglo-saxonnes, que le mouvement devait se constituer puis se structurer. En 1988, paraît Of Pandas and People, sorte de manuel rectificatif des erreurs couramment enseignées. Puis Phillip Johnson, un juriste de Berkeley, comprit que les « preuves » du darwinisme ne pourraient emporter la conviction d’un juge, et que le fond du débat était en réalité philosophique : le présupposé naturaliste (qui exclut Dieu de la science par principe) est-il recevable en biologie (ou dans les autres disciplines) ? Telle fut la genèse de l’ID dont cet article donne la première description objective publiée en langue française.

« Eh bien! Il paraîtrait que si, quand nous faisons les choses de manière à ce qu’elles concordent pour un but déterminé, nous disons qu’il y a une intelligence intentionnelle de notre part, nous devons reconnaître dans l’ensemble des phénomènes naturels et leurs rapports déterminés pour des buts déterminés une grande intelligence intentionnelle. »

(Claude Bernard: Cahiers de notes (1850-1860), Paris,Gallimard 1965, pp. 58-59)

En anglais, le mot « design » signifie dessein, intention, projet, conception, but, finalité et leurs synonymes. Dans la mesure où, comme nous le verrons, ce mouvement de l’Intelligent Design (ID) se définit par opposition au mécanisme aveugle de la sélection naturelle de Darwin, la traduction la meilleure nous semble être celle qui souligne l’intentionnalité plus encore que la finalité. La citation mise en épigraphe montre que Claude Bernard, confronté au même phénomène, avait trouvé l’expression qui nous paraît être la plus fidèle à ce qu’entend exprimer le mouvement de l’Intelligent Design: l’intelligence intentionnelle. Nous l’adopterons.

Son étude se fera en deux étapes : la première sera une histoire du mouvement, permettant de faire connaissance avec ses principaux initiateurs et avec leurs œuvres ; la seconde procédera à une évaluation critique des thèses avancées et de leurs mérites.

I. Origine du mouvement.

La théorie de Darwin, depuis sa parution en 1859, et malgré une ascension foudroyante, n’a jamais fait l’unanimité chez les savants. Mais le courant d’opposition, parfois exposé devant les tribunaux (le procès Scopes en 1925), demeura sporadique et inorganisé jusqu’au début des années 1960. En 1961 parut aux États-Unis un livre qui fit beaucoup de bruit: The Genesis Flood, (« Le Déluge »). Il marqua véritablement la naissance d’un mouvement créationniste biblique et protestant, aujourd’hui en plein essor. C’est ainsi qu’en 1963 la Creation Research Society (CRS) vit le jour, suivie en 1972 par l’Institute for Creation Research. Beaucoup d’autres organismes similaires devaient se créer par la suite, surtout dans les pays anglo-saxons.

À cette opposition d’inspiration religieuse allait se joindre une autre contestation, cette fois, de nature entièrement scientifique. En 1965 Murray Eden, professeur au MIT (Massachusset Institute of Technology), et Marcel Schutzenberger, médecin et mathématicien français, construisirent un modèle de sélection naturelle des mutations aléatoires basé sur la théorie des probabilités. Malgré de nombreux essais de simulation du mécanisme darwinien, le résultat fut totalement négatif. Leur scepticisme sur la validité du mécanisme de mutation – sélection, parvint aux oreilles des biologistes évolutionnistes. Ceux-ci organisèrent alors une confrontation avec le groupe du professeur Eden en juillet 1966 au Wistar Institute, sur le campus de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie. La discussion ne manqua ni de chaleur, ni de confusion. Mais il en sortit une transcription des débats très instructive sous le titre bien scientifique de Mathematical Challenges to the Neo-Darwinian Interpretation of Evolution. Trois ans après Wistar, en 1969, Arthur Kœstler organisait le Symposium d’Alpbach rassemblant des biologistes confirmés, insatisfaits de l’orthodoxie darwinienne. A. Kœstler publia sous le titre même du Symposium, Beyond Reductionism (« Au-delà du Réductionnisme »), la synthèse des travaux de cette réunion.

On peut dire que Wistar et Alpbach marquent la naissance d’un scepticisme motivé envers l’évolution, scepticisme cette fois complètement indépendant des objections bibliques.

La bombe suivante fut française. En 1973 le professeur Pierre-Paul Grassé publiait L’Évolution du Vivant dont la traduction anglaise parut en 1977. En raison de la réputation du savant (« sa connaissance du monde vivant est encyclopédique« , reconnaissait Dobzhansky[19] dans sa recension), ce livre, qui attaquait vigoureusement le mécanisme de la sélection naturelle, jeta un grand trouble chez les darwiniens.

Durant la même période (fin des années 1960 et début des années 1970) La Structure des révolutions scientifiques de Kuhn[20] (1962) était largement lu, cité, discuté. Cela ne pouvait qu’encourager tous les contestataires du « paradigme » darwinien.

Dans cette rapide revue des précurseurs de l’intelligence intentionnelle, il faut encore citer Michael Polanyi, chimiste et philosophe qui, en 1967, affirma que « les machines ne peuvent pas se réduire à la physique et à la chimie » et que « les structures mécaniques des êtres vivants semblent y être également irréductibles. » Le biochimiste Michael Behe développera plus tard cette intuition avec son concept de « complexité irréductible. »

Polanyi influença aussi le premier ouvrage relevant de l’ID, The Mystery of Life’s Origin, (« Le mystère de l’origine de la vie ») paru en 1984 sous la triple signature de Charles Thaxton, chimiste, et de deux autres scientifiques, Walter Bradley et Roger Olsen. Ce livre démontrait l’impossibilité chimique des théories alors proposées (imposées ?) pour expliquer l’origine de la vie. En effet, depuis l’expérience, en 1952, de Miller qui avait produit un acide aminé à partir d’un mélange d’hydrogène, d’ammoniac, de méthane et de vapeur d’eau soumis à une décharge électrique, les espoirs de démontrer la possibilité d’une origine « abiotique » de la vie étaient très vifs. On imaginait qu’au sein d’une soupe chimique primordiale, des acides aminés se formeraient pour créer quelques macromolécules dont l’assemblage serait à l’origine de la première cellule vivante. Thaxton, Bradley et Olsen, voyant de très sérieux obstacles à de tels scénarios, procédèrent à une analyse quasi exhaustive de tous les aspects scientifiques de l’évolution chimique: l’atmosphère primitive, la géologie et la géochimie, les protocellules, la théorie de l’information, la thermodynamique et l’entropie, et même les protocoles des expériences récentes.

La conclusion des auteurs fut qu’ »un flux spontané d’énergie passant au travers d’une atmosphère et d’un océan primitifs est actuellement une explication terriblement inadéquate de la complexité incroyable des organismes vivants, mêmes les plus simples, et qu’elle est probablement fausse. »[21] Malgré la remarquable modération de cette conclusion, ce livre donna lieu à une belle cacophonie d’appréciations. Les créationnistes déploraient l’adhésion des auteurs aux 4 milliards d’années supposées de la terre. Quant aux évolutionnistes, certains furent troublés par l’épilogue, dans lequel, après avoir démontré que « l’évolution chimique était extrêmement improbable » (highly implausible) les auteurs proposaient cinq alternatives: 1) la découverte de nouvelles lois naturelles; 2) la panspermie, c’est-à-dire une origine extra-terrestre de la vie; 3) une panspermie dirigée…par quelque intelligence d’une galaxie; 4) une création spéciale par un créateur immanent au cosmos; et enfin 5) une création spéciale par un Créateur extérieur au cosmos. On imagine la levée de boucliers que la seule évocation de cette dernière hypothèse souleva ! Mais courageusement Thaxton n’hésita pas à rappeler quelques vérités, dont celle-ci qui se trouve dans le dernier paragraphe du livre: « …à moins qu’il ne soit fait quelque progrès pour reconnaître le rôle de la métaphysique et de son usage correct, le débat sur l’origine continuera à faire rage, comme il l’a fait dans le passé, les représentants de chaque camp ne parvenant ni à s’entendre ni à se comprendre. » [22]

Mystery of Life’s Origin appartient déjà au mouvement de l’ID car il en exprimait les deux caractéristiques. La première était l’approche purement scientifique du problème, sans aucune référence à une problématique religieuse. La seconde était le recours à la théorie de l’information. Ce qui caractérise les organismes vivants, c’est leur complexité et non pas simplement leur l’ordre. Mais la complexité requiert un grand nombre d’instructions pour spécifier la structure.

Or Thaxton montrait que le flux d’énergie supposé frapper la soupe (hypothétique!) de monomères ne pouvait pas apporter l’information indispensable pour créer une molécule aussi complexe que l’ADN ou une protéine. Ces composants du vivant sont nécessaires à sa reproduction, et il est généralement admis que la sélection naturelle ne peut agir que sur des organismes capables de se reproduire. Par conséquent, la formation du système ADN – enzymes par un procédé autre que la sélection naturelle devient une exigence évidente.

À partir de 1987 plusieurs savants, de plus en plus sceptiques envers l’Évolution, commencèrent à se réunir sous l’égide d’un Ad Hoc Origins Committee, dont la direction fut confiée à Charles Thaxton. Ce Comité décida d’organiser une conférence ayant pour thème: « Le mystère de l’origine de l’information génétique », à laquelle furent invités des spécialistes de plusieurs disciplines. Cette conférence de trois jours, intitulée « Les sources de l’information dans l’ADN », eut lieu à Tacoma (Washington) en juin 1988 avec environ 80 participants. Un des principaux buts de ces travaux était de tester les thèses de Thaxton pour qui les séquences d’information dans l’ADN incitent fortement à rechercher une cause intelligente que les scientifiques devraient avoir la liberté d’invoquer. Plusieurs conférenciers firent une profonde impression, et particulièrement Michael Denton, venu tout exprès d’Australie.

Michael Denton, biochimiste et médecin anglais résidant en

Australie, avait publié en 1985 en Angleterre Evolution: a Theory in Crisis. La conclusion du livre donne la mesure de cette crise: « Depuis 1859, pas une seule découverte empirique ni un seul progrès scientifique n’ont apporté la moindre validation aux deux axiomes de base de la théorie macroévolutionniste de Darwin : d’une part le concept de continuité de la nature, c’est-à-dire l’idée d’un continuum fonctionnel de formes de vie enchaînant toutes les espèces et remontant jusqu’à la cellule primordiale; et, d’autre part, l’idée que le projet adaptatif de la vie est entièrement le résultat d’un processus aléatoire aveugle.« [23] Nous verrons plus loin que l’ID présente une double face : la critique du darwinisme et la proposition d’une alternative. De ce point de vue le livre de Denton, plus encore que celui de Thaxton, car plus général et très accessible, est véritablement le livre fondateur de tout le mouvement de l’intelligence intentionnelle. Rejetant l’hypothèse de la création intelligente de la vie comme un concept métaphysique a priori et donc dépourvu de toute valeur scientifique… »au contraire, l’inférence de l’intelligence intentionnelle[24] (design) est une induction a posteriori qui procède inéluctablement de la logique de l’analogie. Même si la conclusion peut avoir des implications religieuses, elle ne dépend pas de présupposés religieux. » (p.352)

Denton ne prétend pas être un théoricien de l’ID, mais cette citation va au cœur de la différence entre le créationnisme et la théorie de l’intelligence intentionnelle. Celle-ci, faisant abstraction de toute préoccupation religieuse, se contente d’affirmer qu’une cause intelligente est la meilleure explication de certains phénomènes de la nature.

Dans le camp évolutionniste la perplexité fut extrême, mais le paradigme darwinien absorba plutôt bien le choc. Contre l’évidence même du livre –les critiques peuvent toujours espérer que leurs lecteurs ne liront pas le livre qu’ils recensent infidèlement– on essaya de faire de Denton un créationniste ! À court terme le livre n’eut pas l’impact que l’on aurait pu croire, mais par la suite son influence devint considérable, surtout à partir du jour où il tomba entre les mains de Phillip Johnson, comme nous le verrons… Encouragé par les résultats de la Conférence de Tacoma, Thaxton édita sans tarder un livre rédigé par Dean Kenyon, professeur de biologie à l’Université de San Francisco, et Percival Davis, professeur des sciences de la vie à Tampa (Floride), sous le titre Of Pandas and People (Des Pandas et des Hommes, 1989).

Traitant successivement de l’origine de la vie, de la génétique et de la macroévolution, de l’origine des espèces, des fossiles, de l’homologie et des similarités biochimiques, ce livre superbement illustré visait le public des étudiants et de leurs professeurs, comme un complément rectificatif du manuel officiel.

L’originalité d’Of Pandas and People était de présenter pour la première fois, ouvertement, dans un livre, l’intelligence intentionnelle comme une alternative légitime au modèle évolutionniste. Inutile de dire que l’ouvrage souleva quelques approbations, mais surtout de véhémentes protestations jusque dans Newsweek et en première page du Wall Street Journal.

À partir de 1990 le mouvement de l’ID va prendre une tout autre dimension avec l’entrée en scène de Phillip Johnson. En octobre 1987, Johnson, professeur de Droit pénal à Berkeley, débarquait à Londres pour une année sabbatique. Passant devant une librairie, il remarqua deux livres côte à côte: The Blind Watchmaker (L’Horloger aveugle) de Richard Dawkins et Evolution: a Theory in Crisis de Denton. Piqué par la curiosité, il constata, simplement en lisant les commentaires de la quatrième page de couverture, que ces deux auteurs soutenaient des positions diamétralement opposées. Anticipant une délicieuse joute dialectique dans un domaine qu’il ne connaissait pas vraiment, il fut surtout intéressé, en bon pénaliste qu’il était, par les méthodes d’argumentation des deux adversaires. Il acheta donc les deux livres.

Il comprit très rapidement l’importance de l’enjeu sur le plan socioculturel, et fut particulièrement impressionné par la qualité des arguments de Denton. Le livre de Dawkins, professeur à Oxford et athée militant, se référait à l’argument de « l’horloger » avancé par Paley, en 1802, dans sa célèbre Natural Theology[25], pour en contester la validité. Pour Dawkins, le grand mérite de Darwin avait été « de permettre à un athée d’être intellectuellement comblé » (to be an intellectually satisfied atheist).

Johnson réalisa très vite que le fondement du darwinisme n’était pas les preuves empiriques mais son présupposé métaphysique naturaliste.

Très désireux d’intervenir dans le débat, Johnson était parfaitement conscient de son manque de crédibilité. Que venait faire un professeur de Droit pénal dans un débat scientifique ? Il consacra donc son année sabbatique à s’informer, par la lecture et par des rencontres avec des scientifiques, de tous les aspects du problème de l’Évolution. Bien que chrétien, Johnson fut très soucieux de se démarquer des créationnistes et surtout de l’interprétation littérale de la Bible. : « Permettez-moi de m’appeler « théiste », avec l’espoir, sans doute futile, d’éviter la culpabilité par association. »

En août 1988, Johnson était de retour à Berkeley avec un manuscrit intitulé Science et naturalisme scientifique dans la controverse sur l’évolution. Il y traitait également des décisions judiciaires intervenues aux États-Unis à propos de l’enseignement de la création dans les écoles.

Dès le mois de septembre, Johnson organisait un séminaire à

Berkeley, où étaient invités des juristes et des scientifiques, afin d’y discuter son texte sur la science et le naturalisme, préalablement envoyé à tous les participants. Laissons Johnson lui-même donner la conclusion de cette réunion: « Finalement je considère que cette session fut un succès pour mon point de vue: l’affirmation auparavant impensable – que la théorie générale de l’évolution n’était pas vraie – fut mise sur la table, prise au sérieux et débattue comme s’il s’agissait de n’importe quel autre sujet académique. » Du fait que l’essentiel de la discussion avait porté sur le naturalisme dans la science, Johnson y vit une confirmation de sa thèse. Cette première réunion inaugurait une innombrable série de colloques, conférences et séminaires, poursuivie jusqu’à ce jour, où Johnson contesterait la validité scientifique de l’évolutionnisme. Elle fut également à l’origine de ce qui allait être publié en 1991 sous le titre de Darwin on Trial (Darwin en jugement).

Quelques mois plus tard, en décembre 1989, dans le Campion Center de Boston, Johnson affronta Stephen Jay Gould, le prestigieux défenseur de l’évolutionnisme, ainsi qu’une douzaine de savants de différentes disciplines. Gould fit preuve d’une agressivité qui étonna ses amis, mais Johnson sut répondre de façon convaincante aux attaques de son adversaire.

Cette confrontation démontrait que Johnson était capable de survivre aux attaques les plus virulentes de ses opposants, ce qui était de bon augure pour la suite de la bataille. Dans les numéros d’octobre et novembre 1989 de la revue catholique First Things, Johnson publia un résumé de la réunion de Boston sous le titre « Evolution as Dogma : The Establishment of Naturalism » qui fut immédiatement republié sous forme de brochure. Cette publication inaugurait les œuvres écrites de Johnson sur le thème de l’évolution et destinées au grand public. À cette époque il avait déjà rédigé un manuscrit plus important, sans lui trouver d’éditeur. Il dut attendre jusqu’en 1991 avant d’en trouver un qui voulut bien éditer Darwin on Trial.

Jusqu’alors les critiques de l’évolution, qu’ils fussent créationnistes ou non (comme Denton), s’étaient attachés à montrer la faiblesse des « preuves » du darwinisme en biologie. L’ambition de Johnson allait bien audelà, car il voulait démontrer que le darwinisme n’était qu’une pseudoscience. La question était de savoir si le darwinisme se fondait sur une évaluation honnête des faits scientifiques, ou bien s’il ne s’agissait que d’une autre forme de fondamentalisme. Redoutable accusation ! Cette fois, c’était bien le paradigme tout entier qui était visé. On peut résumer en quatre thèses les accusations développées par Johnson dans son Darwin on Trial.

  1. Les preuves biologiques et paléontologiques et les autres données scientifiques, à quelques très rares exceptions près, tendent à montrer la fausseté de la théorie darwinienne de la macroévolution et de l’origine chimique de la vie.
  2. La macroévolution darwinienne repose finalement sur l’option philosophique du naturalisme.
  3. Lorsque le darwinisme est contesté, il est défendu par le collage d’une étiquette au contestataire, par des manipulations sémantiques et par une logique fautive.
  4. Par conséquent, le darwinisme se comporte comme le mythe cosmologique central de la culture moderne, comme le centre d’un système quasi religieux, vrai a priori, plutôt que comme une hypothèse scientifique devant être soumise à des tests rigoureux. Le livre de Johnson abordait déjà deux des préoccupations majeures de ce qui deviendra le mouvement de l’ID. La première consiste à souligner la place culturelle centrale du problème de l’origine du monde, par création ou par génération spontanée. Il ne s’agit pas seulement d’une curiosité purement scientifique, mais d’un présupposé à toute vision globale du monde, avec toutes ses conséquences sociales et morales. Le renversement du paradigme darwinien constituerait une révolution intellectuelle comparable, mais de sens inverse, à ce que fut l’avènement des « Lumières ». Un des piliers de l’athéisme en serait durablement ébranlé. C’est d’ailleurs parce qu’ils sont bien conscients de ce danger que les scientifiques marxistes et athées, tel Gould, se battent contre tous les sceptiques envers l’évolutionnisme, créationnistes ou non.

La seconde ambition, d’ordre plus tactique, consiste à semer le doute, Johnson dit « introduire un coin », dans l’éducation à tous ses niveaux, mais surtout dans les universités, pour faire admettre que le matérialisme scientifique n’est pas forcément vrai et qu’il est donc légitime d’introduire une perspective théiste dans les programmes.

Cette dimension globale de la critique est la clé pour comprendre l’expansion de la rhétorique de l’intelligence intentionnelle au cours des années 1990. Pendant cette décade la diffusion du livre de Johnson se poursuivit activement, donnant lieu à de très nombreux articles, débats et autres conférences. Une aide précieuse provint des vidéos et tout particulièrement de celle de 1994 relatant le débat à Stanford entre Johnson et William Provine, historien de la biologie à l’université de Cornell. Ce débat fit avancer la cause de l’ID de deux manières.

D ‘abord en donnant un nouveau moyen de diffusion des preuves de Johnson contre l’évolution ; ensuite à cause du rejet par Provine du libre arbitre et de ses railleries envers la foi en Dieu de Johnson, illustrant ainsi que le darwinisme est tout autant un parti pris philosophique athée, qu’un cadre de recherche scientifique. Plusieurs collègues de Johnson commencèrent à s’exprimer sur les campus de plus en plus souvent, surtout après la parution du livre de Behe Darwin’s Black Box en 1996, que nous retrouverons plus loin.

Toutes ces conférences et vidéos renforcèrent beaucoup l’effet persuasif des livres s’inspirant du « design » et donnèrent finalement naissance à un véritable mouvement. En effet, de nouvelles recrues se manifestèrent dans le sillage de Johnson. Pour ne citer que les principales, mentionnons Michael Behe, biologiste, destiné à devenir un pilier de l’ID, David Berlinski, logicien; Alvin Plantinga, philosophe; Henry Schaeffer, célèbre chimiste.

En août 1992, la revue Scientific American publia une recension venimeuse du livre de Johnson signée par Gould. Celui-ci demanda aussitôt un droit de réponse qui lui fut refusé. Ce qui ne fit qu’accroître la stature de Johnson comme victime d’une « police de la pensée » scientifique. Le Ad Hoc Origins Committee décida alors d’envoyer à 5 000 universitaires professeurs de science la réponse en 4 pages de Johnson intitulée « The Religion of the Blind Watchmaker » (La religion de l’horloger aveugle) accompagnée d’une lettre signée par plus de 45 professeurs.

À la même époque, quatre jeunes étudiants achevaient leur doctorat dans des universités prestigieuses: Steven Meyer à Cambridge, William Dembski et Paul Nelson à Chicago, et Jonathan Wells à Berkeley. Baptisés « les 4 cavaliers », ils travaillaient ensemble, affûtant leurs idées, coordonnant leurs recherches et leurs écrits. Ils faisaient partie du groupe de discussion de Johnson sur Internet, où le nombre des participants passa de 75 en 1995 à plus de 200 en 2003 et par lequel transitaient tous les textes traitant de l’ID.

Les 4 cavaliers devaient jouer un rôle décisif dans l’essor du mouvement.

Ils publièrent leurs premières œuvres, avec d’autres auteurs, dans trois livres essentiels: Darwinism: Science or Philosophy ? (1993); The Creation Hypothesis (1994) et Mere Creation (1998). Très rapidement, Dembski, titulaire d’un PhD (doctorat) en mathématiques et d’un autre en philosophie, ainsi que de divers diplômes en statistique, théologie et psychologie, devait s’avérer le chef de file du mouvement.

Ces années 1991-92 furent les années charnières dans la formation de l’ID. Dans le numéro du 8 août 1991 de la célèbre revue Nature fut publiée, sous le titre The God of Galapagos, une recension très critique de Darwin on Trial.

Le professeur de philosophie des sciences David Hull y mettait l’accent sur l’aspect prétendument théologique de la thèse de Johnson. Hull assurait que les scientifiques  » ne peuvent pas avancer l’idée d’une cause divine: s’ils admettent une seule fois une référence à Dieu ou à des forces miraculeuses pour expliquer l’origine de la vie ou l’évolution des espèces, ils n’ont plus aucun moyen de limiter ce genre d’explication. »

Johnson n’eut aucun mal à dénoncer cette caricature de la position théiste: ce n’est pas parce que la science ne peut pas étudier Dieu que seules des forces matérielles aveugles peuvent être à l’origine de la création des vivants. Et il est évident qu’aucun théiste ne songe à faire appel à Dieu pour expliquer le magnétisme terrestre ou tout autre phénomène naturel. Beaucoup plus intéressante fut la publication d’un article anonyme dans la revue Science (26 juillet 1991). Cette revue est publiée par l’ American Association for the Advancement of Science (AAAS), repaire de scientisme sectaire. Le livre de Johnson y était qualifié de « potentiellement dangereux ». Les arguments sont toujours les mêmes: Johnson ne comprend rien à la science, ses convictions religieuses expliquent son hostilité au pur matérialisme et, d’ailleurs, les créationnistes aiment son livre! Mais l’article fut lu par un biologiste que nous avons déjà rencontré, Michael Behe. Très irrité, celui-ci envoya une réponse à la revue, qui la publia dans la livraison du 30 août. Behe déplorait qu’une fois de plus on attaquât avec des arguments ad hominem plutôt que de répondre aux objections.

Retournant les propres arguments de Science, Behe soulignait que des gouvernements fascistes avaient adopté le darwinisme, que la plupart des scientifiques ne sont pas des logiciens et que de nombreux évolutionnistes ont un préjugé en faveur du pur matérialisme. L’article disait, pour conclure, que « la communauté scientifique ferait beaucoup mieux de faire patiemment la liste des faits confirmant [l’évolution] et de reconnaître franchement les lacunes en fait de preuves.

Et ce plutôt que de soutenir avec paternalisme que la compréhension de la théorie de l’évolution est réservée aux prêtres de la science officielle ». (!)

Naturellement Johnson fut très content de cette réplique et Behe fut immédiatement adopté par les membres du club.

Michael Ruse, anglais d’origine, est un des plus célèbres philosophes de la biologie, qu’il enseigne à l’Université de Floride. Comme le montrent ses nombreux articles et ouvrages, c’est un défenseur acharné de Darwin. Il édite une revue intitulée Biology and Philosophy. Lorsqu’en 1988 Johnson envoya à la revue le texte qu’il avait écrit en Angleterre, la publication en fut (naturellement) refusée. Cependant, lorsque trois ans plus tard, les amis de Johnson l’invitèrent à être le principal orateur opposé à ce dernier dans un symposium académique sur Darwin on Trial, Ruse accepta la proposition. Ainsi, en mars 1992, onze scientifiques, cinq darwiniens et six représentants de l’ID, se réunirent à Dallas pendant trois jours pour un « Darwinism Symposium » officiellement intitulé Darwinisme: Inférence scientifique ou Préférence philosophique ? Les dix conférences présentées furent d’un haut niveau et firent l’objet d’un livre, Darwinism: Science or Philosophy ?[26] Ce fut aussi la première apparition en public de Behe et de deux des « 4 cavaliers », William Dembski et Steven Meyer. Mais le plus intéressant allait être la suite de cet événement.

En février 1993, lors de l’Assemblée Générale de l’AAAS à Boston,

Michael Ruse fut invité à faire une présentation au séminaire d’Eugénie Scott (redoutable virago évolutionniste) intitulé « The New Anti-evolutionism », destiné à comprendre ce mouvement naissant de l’Intelligent Design et à étudier comment faire face au défi qu’il représentait. Ruse fut invité à expliquer comment traiter le « problème lancinant de Phillip Johnson ». Il parla alors de son expérience de Dallas qu’il qualifia de très constructive, parce qu’on y avait surtout parler de métaphysique, des bases philosophiques, et très peu du créationnisme.

Puis Ruse figea son auditoire en déclarant qu’il avait examiné à nouveau le problème des bases philosophiques et qu’après sa participation au symposium, il avait changé d’avis sur un point crucial.

Les savants et autres intellectuels « devraient reconnaître, à la fois historiquement et peut-être philosophiquement, que l’élaboration de la science implique des hypothèses métaphysiques, qu’il n’est peut-être pas bon d’admettre devant un tribunal,[27] mais que, honnêtement, nous devrions reconnaître ».

Il poursuivit en disant son accord avec Johnson sur un autre point, le rôle quasi religieux du darwinisme pour certains évolutionnistes. Sans renier le darwinisme, Ruse n’en conclut pas moins que « l’évolution, analogue à la religion, suppose que l’on fasse certaines hypothèses métaphysiques a priori, qu’il n’est pas possible de prouver empiriquement…Et je crois que la façon de traiter le créationnisme, mais aussi l’évolution, n’est pas de nier ces faits, mais de les admettre et de voir où nous pouvons aller en partant de là. » Un silence glacial lui répondit.

Le discours de Ruse fut rapidement connu dans le camp du Design où il fut célébré comme une belle victoire. Chez les évolutionnistes, la riposte consista à distinguer entre ce que les savants doivent présupposer pour faire leur travail, un naturalisme méthodologique, et ce que certains savants affirment sur l’existence ou l’inexistence de Dieu, un naturalisme métaphysique, illégitime cette fois, à la différence de l’autre. À quoi les partisans de l’ID répondirent que cette distinction était sans valeur, puisqu’exclure les causes intelligentes dans la science revient à les exclure du monde réel. Le débat se poursuivit au cours des années suivantes, mais l’accent se déplaça vers la question de savoir comment prouver le « design » par des données factuelles et comment détecter empiriquement l’intelligence intentionnelle.

La réponse devait être donnée par Behe en 1996 avec son livre Darwin’s Black Box, suivi d’autres livres, articles et conférences ; puis par Dembski dans The Design Inference (1998), Mere Creation (1998) et Intelligent Design (1999).

Michael Behe est professeur de biologie à l’université Lehigh. La thèse de son livre Darwin’s Black Box (La Boîte noire de Darwin) est que certains faits biologiques ne peuvent pas être expliqués par la théorie darwinienne et qu’il faut nécessairement faire appel à une « causalité intelligente ».

Pourquoi cette notion librement discutée dans d’autres sciences, telle que l’astronomie ou la cosmologie, ne pourrait-elle pas être admise en biologie ? Allant donc bien au-delà d’une simple critique de la théorie de Darwin, Behe proposait un véritable nouveau paradigme en biologie: l’admission d’un recours à une intelligence intentionnelle pour expliquer certaines complexités observées chez les êtres vivants.

Pour désamorcer à l’avance les accusations de créationnisme, Behe, qui est catholique, prit soin de déclarer: »Je n’ai aucune raison de douter que l’univers a les milliards d’années que les physiciens lui attribuent. En outre, je trouve l’idée de descendance commune (que tous les organismes partagent un ancêtre commun) plutôt convaincante et je n’ai aucune raison particulière d’en douter. »[28] Précaution bien inutile auprès de très nombreux censeurs! Le succès de librairie fut immense: plus de 45.000 exemplaires vendus au cours de la première année, et en l’an 2000 il s’en vendait encore plus de 20.000 par an. Il fut traduit en quinze (15) langues, mais, curieusement (!), pas en français. Le livre fit l’objet de plus d’une centaine de recensions dans des revues savantes ou non.

Une bonne partie de sa popularité venait, malgré la difficulté technique de certaines pages, de la clarté et de la familiarité du style de l’auteur. Comment oublier l’exemple du piège à souris comme modèle de « complexité irréductible » ?

L’histoire de la biologie est une succession de « boîtes noires » où, dès que l’une est ouverte, la suivante apparaît. Par « boîte noire » il faut entendre un appareil ou système qui accomplit quelque fonction mais dont le fonctionnement interne demeure mystérieux, soit qu’on ne puisse pas le voir, soit qu’il reste incompréhensible. Les évolutionnistes pouvaient allègrement proposer leurs scénarios matérialistes parce qu’ils n’avaient aucune idée du fonctionnement de ces réalités biologiques: la cellule était pour eux une boîte noire. Or, Darwin a écrit: « s’il pouvait être démontré qu’il existe quelque organe complexe qui n’aurait pas pu être formé par de légères modifications successives, ma théorie s’effondrerait complètement. »[29] Ce que Behe va montrer, c’est qu’il existe en biologie beaucoup de boîtes noires, dont la complexité exclut la possibilité d’une formation progressive. Pour les désigner Behe a forgé l’expression de complexité irréductible. Par « complexité irréductible » je désigne un système unique composé de parties interactives bien ajustées contribuant à la fonction même du système, dans lequel la disparition de l’une quelconque de ces parties entraînerait l’arrêt du fonctionnement. »12

Dans son livre, Behe consacre cinq chapitres aux structures cellulaires ou intracellulaires particulièrement complexes comme le flagelle bactérien[30] ou la coagulation du sang. La question importante est de savoir comment discerner et reconnaître pour telle une complexité irréductible ? Il faut d’abord spécifier la fonction du système et de toutes ses parties: l’œil par exemple, qui est fait pour voir. Ensuite il faut vérifier que toutes les parties sont bien indispensables au bon fonctionnement de l’organe.

Alors, la complexité constatée conduit à la question de savoir si elle est compatible avec une formation progressive, évolutive, sachant qu’aucune partie n’a de sens en dehors du système et que celui-ci ne peut fonctionner que si toutes les parties sont en place.

L’intérêt de cette approche est que la conclusion d’une intelligence intentionnelle découle des faits eux-mêmes et non d’un livre sacré ni d’une croyance religieuse. L’intention intelligente se manifeste tout simplement par l’organisation des parties en vue d’un résultat. Et il n’est même pas nécessaire de connaître l’architecte. L’archéologue qui découvre des objets faits de main d’homme n’en connaît presque jamais l’auteur. La constatation d’une finalité peut être faite indépendamment de la connaissance de son créateur. La science déborderait d’ailleurs de ses limites si elle cherchait à déterminer celui-ci. Il revient en effet à la philosophie de réfléchir sur les implications de cette preuve de finalité et de chercher à connaître la nature de l’intelligence qui en est la source.

Après le « tremblement de terre culturel » du livre de Behe, publié en août, l’étape suivante fut, en novembre 1996, le rassemblement de 200 partisans de l’Intelligent Design à l’université Biola, à Los Angeles, pour la première grande conférence internationale sur la nouvelle théorie. Le point commun des participants était leur rejet du naturalisme pour la science et leur recherche d’une vision commune sur la création, unifiée par l’ID. Bien que la plupart d’entre eux eussent des convictions religieuses, aucun n’était un « créationniste » au sens, souvent péjoratif, de la presse et de l’opinion. Relevant de disciplines très diverses, l’objectif qui leur était proposé comportait : (1) la création d’une communauté de pensée; (2) le partage des idées et des connaissances; (3) l’unité sur une base commune; et (4) la communication avec les autres. Sous le titre de Mere Creation, « Simple Création », les 18 conférences furent ultérieurement publiées dans un volume de 475 pages édité par William Dembski. [31]

Nous y retrouvons plusieurs noms déjà connus: Behe, les « quatre cavaliers »: Stephen Meyer, Paul Nelson, Jonathan Wells et William Dembski, et naturellement Johnson dont le discours de clôture s’intitulait « Comment couler un cuirassé. »

Une des contributions significatives fut celle de Dembski sur la manière de détecter la finalité : Dembski proposa un « filtre » à trois étages. «Soit un objet que nous suspectons de finalité, nous le soumettons au filtre. S’il passe avec succès les trois étapes du filtre, alors nous avons le droit d’affirmer qu’il a été intentionnellement voulu. En gros, le filtre pose trois questions: Est-ce qu’une loi l’explique ? Est-ce que le hasard l’explique ? Est-ce que l’intelligence intentionnelle l’explique ? »15

L’auteur développa son idée dans The Design Inference publié en 1998, mais d’une lecture indéchiffrable pour le lecteur non mathématicien de haut niveau. L’année suivante Dembski publia son Intelligent Design, nettement plus accesssible!

Dembski fait remarquer que sa méthode est déjà utilisée par la médecine légale, l’instruction criminelle, l’archéologie et un programme de la NASA, le « SETI » (Search for Extra-Terrestrial Intelligence). C’est pour ce programme que des milliards de dollars sont dépensés dans l’espoir de trouver une trace de vie ou d’êtres intelligents quelque part dans l’univers…Dans tous ces cas il s’agit de discerner entre un événement fortuit, ou « naturel », (c’est-à-dire conséquence d’une loi déjà connue), et un événement délibérément causé par un agent intelligent. L’auteur affirme que son détecteur d’intelligence intentionnelle a une validité universelle, applicable à toutes les sciences et à toutes les situations ici-bas. Partageant l’enthousiasme pour cet instrument, un philosophe de l’Université du Texas, Rob Koons, n’a pas hésité à qualifier Dembski d’« Isaac Newton de la théorie de l’information et, puisque nous sommes dans l’Âge de l’Information, ceci fait de Dembski l’un des penseurs les plus importants de notre époque »16(sic !).

Au printemps de 2001, l’ID fit l’objet de deux articles en première page du Los Angeles Times et du New York Times, marquant ainsi la reconnaissance par les grands media de ce mouvement de pensée dans ses deux aspects de critique du darwinisme et de proposition d’un nouveau paradigme.

  1. Mere Creation : p.94
  2. 4ème de couverture d’Intelligent Design.

Encore plus importante fut la diffusion de deux documentaires vidéos, Unlocking the Mystery of Life et Icons of Evolution. Le premier montre en 65 minutes l’origine de l’ID en insistant sur l’aspect positif, sur les faits biologiques qui ont conduit à la formulation de la théorie. Le second, plus scolaire, relate les malheurs d’un professeur de biologie qui voulait montrer à ses élèves les faiblesses empiriques de la théorie de Darwin.

Icons of Evolution (Emblèmes de l’Évolution), sous-titré « Science ou Mythe? Pourquoi beaucoup de ce que nous enseignons sur l’évolution est faux », est aussi le titre d’un livre publié en 2000 par Jonathan Wells, l’un des « quatre cavaliers ». Dans ce livre, Wells passe en revue une dizaine de livres de biologie scolaire et en relève les erreurs et mensonges.

Sont ainsi examinées les prétendues « preuves » de l’évolution: l’expérience de Miller, l’homologie des membres chez les vertébrés, les embryons de Haeckel, l’archæoptéryx comme chaînon manquant, les pinsons de Darwin, l’évolution du cheval, etc., et pour couronner le tout, le passage du singe à l’homme! Sur la base des critères retenus et avec une échelle d’évaluation allant de 0 à 4, sept des manuels méritaient 0, et les trois autres 1 ! En étalant au grand jour la malhonnêteté intellectuelle des partisans de l’évolution, Wells faisait ressortir l’urgence d’une théorie alternative respectueuse de la réalité biologique. De façon typiquement américaine, Wells ne manquait pas, en outre, d’attirer l’attention des contribuables qui aimeront savoir que leurs deniers sont utilisés pour endoctriner leurs enfants avec un mythe.

Après toutes ces publications, le mouvement de l’ID se trouvait solidement implanté, tant dans les milieux scientifiques et intellectuels que dans le grand public. Beaucoup d’autres livres et articles ont paru à ce jour, suscitant toujours des réactions, parfois violentes et judiciaires. Le lecteur anglophone intéressé pourra consulter trois sites internet particulièrement riches, où il trouvera de très nombreuses références:

  • Access research network (arn): www.arn.org
  • Discovery Institute: Center for Science and Culture (site de S.

Meyer) www.discovery.org/csc

  • International Society for Complexity Information and Design (ISCID):

www.iscid.org

L’histoire du mouvement de l’Intelligent Design met en avant quatre noms, ceux des « Pères fondateurs »: Denton, Johnson, Behe, et Dembski, auxquels on peut joindre celui d’un précurseur, Thaxton. Tout était parti de la critique du darwinisme par Denton. Johnson comprit très vite que l’adhésion au darwinisme ne tenait pas à ses mérites scientifiques, notoirement défaillants, mais à un engagement préalable en faveur du naturalisme philosophique. D’ailleurs, dès son deuxième livre Reason in the Balance: the Case against Naturalism in Science, Law and Education (La Raison en cause: contre le naturalisme dans la science, le droit et l’éducation) publié en 1995, Johnson élargissait le débat.

Au-delà du seul darwinisme, il visait les ravages du naturalisme dans la science en général et dans bien d’autres domaines, théologie incluse. « Pour les modernistes, le concept important n’est pas la vérité mais la connaissance, et la connaissance vient de l’interprétation des données accessibles à nos sens d’après les critères d’une autorité comme celle des pontifes de la science (the scientific establishment). Les modernistes ne se demandent guère si le théisme est vrai; ils préfèrent se demander si un Créateur surnaturel est compatible avec la science. Mais évidemment il ne l’est pas, puisque la science s’est définie en excluant le surnaturel. »[32]

On ne peut pas blâmer Darwin d’avoir ignoré les découvertes de la microbiologie faites à partir des années 1950, mais celles-ci mirent finalement en évidence la faiblesse irrémédiable de sa théorie. C’est dans cette brèche que devait s’engouffrer Behe avec ses « complexités irréductibles. »

En un sens, l’ID est le fruit direct de l’incapacité pour le mécanisme darwinien, pour une évolution progressive aveugle, à rendre compte des réalités biologiques complexes dont tous les composants doivent exister simultanément.

Comme nous l’avons vu, Darwin lui-même pressentait la vulnérabilité de toute sa théorie à une démonstration de ce genre. Puisque des mutations aveugles suivies d’une sélection aveugle ne peuvent pas expliquer l’existence de ces réalités biologiques complexes, force est de recourir à une intelligence organisatrice. C’est exactement ce qu’affirme l’Intelligent Design en se gardant bien de désigner quelle est plus précisément cette intelligence. « L’ID est l’étude des structures de la nature dont la meilleure explication est d’être l’effet d’une intelligence. » (Dembski) Mais cela suffit pour remettre en cause le fondement de la science positiviste qui ne veut connaître que la seule matière. L’objectif de l’ID n’est pas d’introduire Dieu de force dans l’enseignement ; il est d’obtenir la liberté d’envisager toutes les hypothèses explicatives, y compris la possibilité « Dieu ». Ce qui est en jeu c’est un combat entre la science empirique authentique et la philosophie matérialiste déguisée en science.

Est-ce que la « Science » doit être simplement, par définition, la philosophie naturaliste appliquée? Si oui, le naturalisme est-il essentiellement la même chose que « la raison », ou peut-on rationnellement critiquer le naturalisme ? [33] Selon Johnson, le réalisme vaincra! Reality will win !

Pareille remise en question de « La Science » elle-même, on s’en doute, ne saurait laisser indifférents ni les scientifiques ni le public en général, ni surtout les parents d’élèves. Avant de prendre parti, il est indispensable de procéder à un examen attentif des thèses de l’Intelligence Intentionnelle. La question est essentiellement philosophique, car elle implique une certaine idée de la causalité: la cause finale n’existerait-elle (ou ne serait-elle décelable) que dans les phénomènes biologiques complexes ? Et d’ailleurs, s’agit-il vraiment de cause finale dans la mesure où une intelligence se substitue à une cause efficiente défectueuse, le mécanisme aveugle de la sélection ?

Que penser de la trilogie de Dembski: hasard, ou loi, ou bien intelligence intentionnelle ? Parti d’une critique de l’évolutionnisme darwinien, le mouvement n’est-il pas englué dans cet évolutionnisme qu’il ne renie pas vraiment ?

Une autre difficulté tient à l’incapacité du monde anglo-saxon protestant (et de quelques autres !) à distinguer entre le Dieu de la Foi et le dieu de la philosophie. D’où ces accusations de « religion », là où il n’y a qu’un raisonnement métaphysique rationnel. L’ID se voit ainsi accusé par les créationnistes de trahir la cause, et par les athées de vouloir introduire Dieu, pire encore la religion, dans la science! En vérité, à la base de ces difficultés on trouve une théorie de la connaissance intellectuelle déficiente, infectée de nominalisme, ainsi qu’une ignorance, entretenue depuis Descartes, de toute la philosophie de la nature. Mais, comme disait Kipling, ceci est une autre histoire, qui fera l’objet d’un prochain épisode.

(à suivre)

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La facture du temps[34]

Pr Dr Max Thürkauf

À la page du 23 novembre, Saint Clément.

Maintenant est arrivé le temps où Dieu remet aux hommes la facture de leur matérialisme. Les hommes devraient avoir le temps de payer à Dieu cette facture. Mais ils n’en ont pas le temps, parce qu’ils transforment le temps en argent. « Le temps, c’est de l’argent!» disent les commerçants. Ainsi ils ont beaucoup d’argent, mais pas le temps de payer la facture. Dieu sera miséricordieux et aidera les hommes à payer leur dette en leur enlevant leur argent. Ils auront alors le temps de prier. Souvent et à maintes reprises, le Christ a essayé de préserver les hommes de l’erreur du matérialisme. « Venez avec Moi,» dit-il depuis 2 000 ans déjà, «suivez-Moi!». «Nous n’avons pas le temps », disent les hommes. Pour gagner du temps, ils construisent des trains, des automobiles et des avions. Mais il leur arrive la même chose avec le temps qu’avec l’argent: plus ils en ramassent avec leurs machines, plus ils veulent en avoir encore. Ils écoutent le Prince de ce monde qui leur chuchote continuellement: « Le temps, c’est de l’argent!». Maintenant, les hommes ne peuvent pas payer la facture à Dieu, parce qu’ils ont de l’argent, mais pas de temps. Et bientôt arrive la Mort et elle dit: « Viens avec moi!» Les hommes répondent la même chose à la Mort qu’au Christ : « Nous n’avons pas le temps!» Alors, la Mort dit: « Qu’à cela ne tienne! Je vous ai réservé beaucoup de temps – toute l’éternité!»

Les beautés de l’éternité ne s’achètent qu’avec le temps que nous avons donné à Dieu ou avec l’argent que nous avons donné aux pauvres. (Traduit de l’allemand par Angelika de Pontcharra)

BIBLE

Galilée dans la sacristie Dominique Tassot

Résumé : Si Galilée est bien connu comme homme de science, on ignore souvent le rôle précurseur qu’il a joué en exégèse. Pourtant les règles implicites aujourd’hui en vigueur pour l’étude de la Bible, l’appréciation de sa validité et sa confrontation (ou plutôt sa non-confrontation) avec la science, ont été exposées très clairement par Galilée, alors « mathématicien » du Duc de Florence, dans deux textes célèbres : sa Lettre au Père Castelli, bénédictin (du 21 décembre 1613) et la Lettre à la Grande Duchesse Christine de Lorraine (en 1615). La doctrine exégétique de Galilée peut se résumer en 5 points. Essentiellement il s’agit d’un renversement de l’autorité intellectuelle de l’Ecriture Sainte (cantonnée au salut des âmes, dévalorisée par son langage simple « adapté au peuple inculte », et incertaine dans ses affirmations littérales), pour lui substituer l’autorité de la nouvelle science (rendue certaine par les mathématiques, et réservant aux seuls savants la connaissance vraie des lois divines de l’univers). Depuis quatre siècles, ces présupposés, inspirés à Galilée par une confusion dans son esprit entre la démonstration mathématique et la connaissance scientifique, ont faussé le dialogue entre science et foi.

Le Père Dubarle, exégète dominicain, s’est posé la question d’une « dépendance littéraire » entre les deux lettres de Galilée sur l’Ecriture et les positions actuelles de l’exégèse catholique. Galilée est qualifié par lui de « docteur de l’Eglise in petto », formule surprenante qui mérite quelque investigation.

Car Galilée a bel et bien posé des principes d’exégèse, nous allons les découvrir dans les textes : la lettre qu’il écrivit au Père Castelli, le 21 décembre 1613 ; et une lettre plus ample de 1615 dite Lettre de Galilée à la Grande Duchesse Christine de Lorraine. Il s’agissait de déterminer si la Bible avait ou non sa place, et laquelle, dans la querelle d’astronomie dont Galilée faisait sa grande préoccupation.

On peut en regrouper les arguments en cinq grandes affirmations.

1-Le sens littéral de l’Ecriture est destiné au vulgaire.

Galilée écrit à Don Castelli, un ancien élève devenu bénédictin :

« De même que dans l’Ecriture on trouve nombre de propositions qui, si l’on s’arrête au pur et simple sens des mots, semblent éloignées du vrai, mais sont présentées de la sorte pour s’adapter à la faible intelligence du vulgaire, de même, à l’intention des rares personnes qui méritent d’être séparées de la plèbe, il faut que de sages interprètes dégagent les significations véritables et fassent voir pour quelles raisons particulières elles ont été ainsi exprimées ».

Ces « sages interprètes » sont, bien entendu, les mathematici qui seuls connaissent la réalité des choses et peuvent la dévoiler aux « rares personnes » qui forment l’élite cultivée. A la hiérarchie par le savoir, intronisée par la Renaissance, Galilée surajoute une hiérarchie à l’intérieur du savoir : les démonstrations mathématiques doivent l’emporter sur le raisonnement discursif. Les théologiens se trouvent ainsi disqualifiés pour interpréter l’Ecriture, du moins dans les passages traitant des phénomènes naturels. Quant au peuple, il convient de le laisser croire au sens littéral :

« Que, traitant du repos ou du mouvement du Soleil et de la Terre, il était nécessaire pour s’adapter à la capacité du peuple, d’affirmer ce qu’expriment les paroles de l’Ecriture, l’expérience nous le montre clairement : même à notre époque où le peuple est moins fruste, (… ) on ne peut envisager de détourner le peuple de cette croyance, car il n’est pas capable de comprendre les raisons contraires qui dépendent d’observations trop délicates, et de démonstrations trop subtiles qui sont appuyées sur des abstractions qui demandent, pour être bien saisies, une capacité d’imagination qu’il n’a pas ».

Ainsi Galilée déclare-t-il de nulle valeur les raisons favorables au système de Ptolémée, au moment même où il ne sait apporter au cardinal Bellarmin aucune des preuves que celui-ci réclamait à l’appui du système de Copernic.

Surtout, il entend se situer dans une sphère si haute que les nécessités pédagogiques auxquelles sont tenus les prédicateurs, n’ont pas à être considérées. Il n’oppose pas le sens spirituel au sens littéral, comme le fait l’exégèse classique, mais un sens vrai (compris du seul savant) au sens obvie (conforme aux préjugés populaires). Il y avait là une dévalorisation du sens littéral qui finira par imposer sa marque sur toute l’exégèse moderne.

2. La certitude de ses démonstrations rend la science indépendante de la théologie.

Une fois écartée la contrainte du sens littéral, restait à se libérer de l’interprétation qu’en pratique les théologiens entendaient faire prévaloir par mode d’autorité. Galilée avance tout d’abord les deux prémisses de son raisonnement. L’éminence de la théologie provient de l’éminence de son objet propre ; elle doit donc restreindre sa portée aux questions spirituelles. Réciproquement, les sciences naturelles procèdent par démonstrations nécessaires que nul n’a pouvoir de changer. Les théologiens n’ont donc pas lieu d’opiner sur le mouvement de la terre: d’une part il ne s’agit pas d’une question de foi ; d’autre part il s’agit de faits et non d’opinion. Ces arguments sont exposés dans la Lettre à la Grande Duchesse Christine de Lorraine dont voici quelques extraits :

« La prééminence royale n’appartient à la théologie qu’en raison de la sublimité de son objet et de l’excellence de son enseignement sur les révélations divines, qui nous apportent des conclusions concernant essentiellement l’acquisition de la béatitude éternelle que les hommes ne peuvent pas acquérir et comprendre par d’autres moyens.(… ) Aussi, vouloir imposer aux professeurs d’astronomie de se défier de leurs propres observations et démonstrations, parce qu’elles ne pourraient être que des faussetés et des sophismes, est une prétention absolument inadmissible ; cela reviendrait à leur donner l’ordre de ne pas voir ce qu’ils voient, de ne pas comprendre ce qu’ils comprennent, et, lorsqu’ils cherchent, de trouver le contraire de ce qu’ils rencontrent. ( … ) Je voudrais prier ces Pères très prudents de bien vouloir considérer avec diligence la différence qui existe entre les doctrines opinables et les doctrines démonstratives.

Pour cela, se représentant bien avec quelle force nous pressent les déductions nécessaires, ils se trouveraient plus à même de reconnaître pourquoi il n’est pas au pouvoir des professeurs de science démonstrative de changer les opinions à leur gré, présentant tantôt l’une tantôt l’autre ; il faut bien apercevoir toute la différence qui existe entre commander à un mathématicien ou à un philosophe, et donner des instructions à un marchand ou à un légiste. On ne peut changer les conclusions démontrées., concernant les choses de la nature et du ciel, avec la même facilité que les opinions relatives à ce qui est permis ou non dans un contrat, dans l’évaluation fiscale de la valeur d’un bien ou dans une opération de change. » Galilée va donc beaucoup plus loin que de défendre l’autonomie de la science, fondée sur un objet et une méthode propres. Il revendique l’indépendance absolue de ses conclusions; il en nie la part d’interprétation. Il n’en soupçonne pas le caractère hypothético-déductif : il ne songe pas à dissocier le fait d’observation et la théorie explicative.

Il voit la théologie, science de l’infini, comme un monde clos ; il revendique d’avance pour la science moderne, pourtant réduite au mesurable, « tout ce qui dans le monde est connaissable ». Il y a donc ici, en germe, un véritable renversement des rôles, qui préfigure la place de plus en plus étendue attribuée à la science dans la gouverne des comportements humains.

3) L’Auteur de l’Ecriture n’a eu en vue que le salut des âmes.

Une fois circonscrit le domaine des théologiens, Galilée n’hésite pas maintenant à préciser l’intention de l’Auteur sacré. Puisque la science et la foi opèrent en des domaines séparés, puisque la Révélation vient soutenir la foi, il est clair à ses yeux que l’Ecriture sainte n’a en vue que le salut éternel des hommes. Il écrit au Père Castelli :

« Je croirais volontiers que l’auteur des lettres sacrées n’eut pas d’autre intention que d’enseigner aux hommes les articles et les propositions qui, nécessaires à leur salut et dépassant toute raison humaine, ne pouvaient être enseignés et rendus croyables sinon par la bouche même de l’Esprit

Saint. »

Dans la Lettre à la Grande Duchesse, il se couvre de la caution du savant cardinal Baronius, mort en 1607 : « Je dirai ici ce que j’ai entendu d’une personne ecclésiastique se trouvant dans un très haut degré de la hiérarchie, à savoir que l’intention du Saint-Esprit est de nous enseigner comment on va ciel et non comment va le ciel. »

Dans une polémique avec les théologiens dominicains, il est clair que quelques citations des Pères, assorties d’une boutade de Baronius, ne pouvaient guère impressionner. Que la Révélation ait pour objet propre un enseignement spirituel, nul n’aurait songé à le nier. Mais que Dieu, dont les voies ne sont pas nos voies, veuille restreindre ses intentions à ce seul objet propre, il y avait là une affirmation téméraire que l’Eglise du dix-septième siècle, à peine sortie d’une époque de chrétienté, ne pouvait admettre. Cette fois Galilée « entrait dans la sacristie » et provoquait l’Eglise à prendre position sur une question qui ne tenait plus seulement à l’astronomie.

La prétention de Galilée était exorbitante. La tradition juive, continuée sur ce point par la pratique des Pères de l’Eglise, n’envisageait aucune limite aux applications de l’Ecriture, aucune situation où il fût a priori exclu de l’invoquer. En reléguant la Bible au statut d’antichambre de la cité céleste, Galilée portait atteinte au fondement reconnu de la cité terrestre, au ciment social à ce point nécessaire que la paix d’Augsbourg (1555) avait érigé en principe la commune religion du prince et des sujets (cujus regio, eius religio).

  1. L’Ecriture n’est pas contraignante à l’égard des énoncés de la science. A l’indépendance de la science, Galilée ajoute un second privilège : la certitude de ses résultats. Après avoir confiné l’Ecriture dans le domaine spirituel, Galilée tient à en relativiser la force. Il opère donc un renversement complet de l’autorité dans l’intellect, sans entrevoir, semble-t-il, toute sa portée. D’un côté, il admet une distance entre le sens vrai de l’Ecriture et la compréhension que nous en avons ; de l’autre il méconnaît la distance qui demeure entre l’ordre de la nature et les lois par lesquelles l’homme s’en saisit.

Toute incertitude est absente, aux yeux de Galilée, des démonstrations de la nouvelle science mathématisée :

« Les effets naturels et l’expérience des sens que nous avons devant les yeux, ainsi que les démonstrations nécessaires que nous en concluons, ne doivent d’aucune manière être révoqués en doute ni a fortiori condamnés au nom de passages de l’Ecriture, quand bien même le sens littéral semblerait les contredire. Car les paroles de l’Ecriture ne sont pas astreintes à des obligations aussi sévères que les effets de la nature et Dieu ne se révèle pas moins excellemment dans les effets de la nature que dans les Ecritures sacrées ».

Ainsi la science finit-elle par être plus divine que la théologie : elle nous fait connaître Dieu directement, par une connaissance certaine de Ses oeuvres, tandis que Sa Parole, soumise à l’à-peu-près de la connaissance discursive, parfois mal interprétée par des commentateurs « plus attachés à leurs propres opinions qu’à la vérité », ne nous fait connaître, par elle- même, que des affirmations probables. Sous l’angle de la certitude, Galilée met ainsi la science au-dessus de la Bible. Il conserve l’argument d’autorité, en fait même un usage constant, mais il le confisque au profit de la science. Tel est le grand renversement qui justifie cette vénération dont les modernes ont toujours entouré Galilée.

  1. La charge de la preuve revient aux théologiens.

Galilée ne méconnaît pas la possibilité de conflits entre la science et l’Ecriture, mais il en nie la profondeur. Ce sont à ses yeux des conflits apparents, puisqu’il suffit de modifier l’interprétation de l’Ecriture pour les résoudre. La science n’a donc pas à s’en soucier, puisqu’ils ne la concernent pas. Il admet toutefois une circonstance, dans laquelle il pourrait s’agir d’un conflit réel. Se référant au commentaire de saint Augustin sur le verset « il a étendu le ciel comme une peau «  (Ps 103,2), Galilée écrit : « Il faut croire à l’autorité de l’Ecriture dans le cas où ce que déclarent les astronomes est faux ou fondé seulement sur les conjectures de l’infirmité humaine ». Or le système de Copernic n’était alors qu’une conjecture et nul ne s’opposait à son énoncé en tant qu’hypothèse.

Galilée aurait donc dû commencer par apporter ses preuves. Mais il n’en avait pas.

Le débat est ainsi rendu impossible par la position d’autorité que prennent les deux parties :

    • Autorité de la science chez Galilée : il s’estime en droit de tenir un discours scientifique indépendant et novateur, sans avoir à en assumer la cohérence avec les autres vérités admises. Position d’une « science dure » à laquelle les autres esprits doivent se conformer.
    • Autorité de l’Ecriture chez Bellarmin (qui avait enseigné l’astronomie dans sa jeunesse) : on ne doit pas abandonner l’interprétation commune de la Bible sans disposer de preuves en faveur d’une opinion contraire.

Saint Robert Bellarmin se révèle ici comme le premier énonciateur de la théorie du « modèle » scientifique (Lettre au P. Foscarini, du 12 avril 1615) :

« Si l ‘on avait une preuve vraiment: concluante que le Soleil est au centre de l’Univers, que la Terre est dans le troisième Ciel, et que le Soleil ne tourne pas autour de la Terre, mais la Terre autour du Soleil, dans ce cas nous devrions procéder avec la plus grande circonspection en expliquant les passages de l’Ecriture qui paraissent enseigner le contraire, et admettre que nous ne les comprenons pas, plutôt que de déclarer fausse une opinion qui est prouvée être vraie. Mais pour mon compte je ne croirai pas qu’il y a de telles preuves tant qu’on ne me les fera pas voir. Ce n’est pas une preuve de dire que le Soleil supposé être au centre de l’Univers et la Terre dans le troisième Ciel, toutes les choses apparaîtraient de même. Cette première sorte de preuve peut, je pense, être trouvée, mais j’ai les doutes les plus sérieux sur la seconde sorte, et dans le doute notre devoir est de ne pas abandonner l’interprétation du texte sacré qui nous a été donnée par les saints Pères ».

Derrière le conflit déclaré entre la physique moderne et la physique aristotélicienne, ce sont, en définitive, deux croyances qui s’affrontent : d’un côté, foi dans la démonstration abstraite ; de l’autre, foi dans le témoignage, ce qui ne pouvait laisser l’Eglise indifférente. Les théologiens scolastiques entendaient assumer cet héritage essentiel d’une pensée séculaire.

Plus encore que Galilée, ils avaient en vue les constantes de la raison humaine, et dans l’opposition entre Galilée et Bellarmin on n’aperçoit pas tant l’opposition entre la science et la théologie, que l’opposition entre une certaine science et une certaine philosophie.

Ainsi un monitum du Saint-Office, le 15 mai 1620, autorisa la lecture du livre de Copernic. On avait seulement corrigé les neuf passages où Copernic parlait de manière absolue du mouvement de la Terre (non ex hypothesi sed asserendo). Si le De Revolutionibus ne fut pas réédité avant 1854 (Varsovie), c’est qu’il ne trouvait pas de lecteurs.

Mais Galilée n’acceptait pas l’idée d’avoir à se justifier devant une autre autorité que la sienne propre.

Si l’on reprend maintenant ces cinq traits de la pensée exégétique de Galilée, on voit qu’ils tracent le cadre des rapports entre la science et la religion pour les trois siècles suivants. Loin d’être un simple précurseur, comme en mécanique, Galilée s’avère ici un maître incontesté et indépassé, dont les affirmations ont fixé, point par point, les termes du débat jusqu’à nos jours. Il suffit d’en décrypter le non-dit pour établir la portée prophétique de ces énoncés.

  1. Le sens littéral est destiné au vulgaire. Il s’en déduit, a contrario, que l’Ecriture a peu d’intérêt pour le savant. C’est l’amorce d’un confinement de l’Ecriture : elle cesse d’être un point d’ancrage universel pour les constructions de l’esprit.
  2. La certitude de ses démonstrations rend la science indépendante de la théologie. Disposant d’une méthode propre (la démonstration mathématique), confiante dans la solidité de ses résultats, la science s’érige en outil universel de connaissance. Et la nouvelle philosophie, à la suite de Descartes, tendra à donner à ses raisonnement la forme d’une démonstration mathématique dont chacun peut juger par lui-même, indépendamment de tout contexte, sur la seule force logique de ses arguments.

On rencontrera bien quelques blocs erratiques, tel Pascal, pour préserver les droits d’une pensée non-géométrique, mais ils resteront plus admirés qu’imités, et le mouvement général des idées tendra à faire de la théologie une discipline particulière sans rôle recteur ni même simplement indicateur à l’égard des autres disciplines.

  1. L’Auteur de l’Ecriture n’a en vue que le salut des âmes. Ayant réduit la religion au seul spirituel, on finira par négliger les énoncés révélés concernant la genèse et la conduite providentielle du cosmos. En revanche, la science trouvera le champ libre pour élaborer sa propre vision de l’univers et de l’homme, vision marquée par un double  » réductionnisme » : exclusion des qualités sensibles dans un univers entièrement quantifiable et mesurable ; exclusion du mystère dans un homme déterminé par la matière.
  2. L’Ecriture n’est pas contraignante à l’égard des énoncés de la science. Assurée de ne pas rencontrer de contradiction externe, la science acquiert ipso facto un statut d’autorité : le droit d’être cru sur parole. Cette autorité intellectuelle puis sociale de la science, analogue à l’autorité du mathematicus à la cour de Florence, lui permettra d’imposer progressivement sa vision du monde jusques et y compris à l’intérieur de la théologie. La philosophie se fera l’accompagnatrice de la science, sinon sa servante, lui reconnaissant ainsi une sorte de primauté dans l’ordre de la vérité.
  3. La charge de la preuve revient aux contradicteurs. Simple corollaire du statut d’autorité, ce privilège institue en l’occurrence l’irresponsabilité de la science : non seulement irresponsabilité sociale de

la communauté scientifique, toujours abritée derrière les décisionnaires politiques, mais encore irresponsabilité intellectuelle manifestée dans la variabilité de ses énoncés catégoriques. L’Ecriture du moins, en fondant l’autorité des théologiens, établissait au-dessus de leurs productions la règle supérieure d’une Parole divine. A l’inverse, la domination scientiste s’imposera en tyran sur les esprits si tant est que, selon le mot de Lammenais, « la servitude consiste, non dans l’obéissance à une autorité, mais dans l’asservissement à une autorité dépourvue de droit.» Galilée n’avait fait qu’entrer dans la sacristie, mais ses successeurs continuent d’y régner à distance.

(Pour en savoir plus, lire La Bible au Risque de la Science,

Éd. F.-X. de Guibert, Paris 1997, en vente au CEP 30€ franco) *****************************

Lettre au Pape Benoît XVI

Présentation : La hiérarchie de l’Eglise catholique fut d’abord réticente face à la théorie de l’évolution[35] avant de s’y rallier sous l’influence, notamment, du P. Teilhard de Chardin. Il serait navrant qu’à la honte (aux yeux du monde) d’avoir pris le train en marche, s’ajoutât le ridicule d’être parmi les derniers à quitter les wagons abandonnés sur une voie de garage. Le paradoxe des théologiens est en effet le suivant : affirmer d’une part que les vérités de la foi se situent dans un monde si éthéré que les thèses de la science ne sauraient les atteindre ; mais d’autre part remanier si complètement l’interprétation de la Bible pour l’adapter au « paradigme » évolutionniste, qu’il leur devient presque impossible d’accepter l’idée que cette théorie est fausse.

Or le pape récemment élu est des rares théologiens qui ont conscience des problèmes de l’évolution : dans son dernier ouvrage Foi, Vérité, Tolérance (Parole et Silence, 2005) il consacre plus de 3 pages à cette question, distinguant soigneusement micro-évolution (suscitant des variétés au sein de l’espèce et seule attestée) et macro-évolution (passage trans-spécifique, avec apparition d’organes nouveaux, jamais observé, et dont la simple possibilité reste indémontrée).

De plus Guy Berthault eut plusieurs occasions d’entretenir le cardinal Ratzinger de ses travaux et des publications scientifiques correspondantes, le dernier entretien ayant eu lieu en marge du Symposium International sur la Création organisé par le Centre Maximilien Kolbe à Rome les 24 et 25 octobre 2002[36].

Devant des circonstances aussi favorables, il a paru utile que le CEP intervînt auprès du pape. On trouvera ci-après la lettre remise à Rome par Mgr Brincard[37], évêque du Puy-en-Velay, ainsi que la réponse.

Centre d’Etudes et de Prospective sur la Science

CEP

A Sa Sainteté Benoît XVI

Le

25 novembre 2005

(Sainte Catherine d’Alexandrie)

Très Saint Père,

Dès Son homélie inaugurale, prononcée le dimanche 24 avril, Votre Sainteté a pris Ses distances avec les théories naturalistes sur l’origine de l’homme, en jouant avec humour sur les mots : « evoluzione » –« é voluto ». Puis à différentes reprises, mais en particulier lors de Sa catéchèse du 9 novembre sur le psaume 135, y citant saint Basile, Votre Sainteté nous a invité à rompre avec l’athéisme obscurcissant notre intellect, pour nous tourner avec reconnaissance vers Celui qui fut réellement Lui-même, par Sa parole créatrice, le commencement de tous les êtres.

En qualité de Président d’un cercle voué à l’étude des sciences dans une perspective chrétienne, je voudrais ici me permettre d’encourager Votre Sainteté à libérer la théologie (et tout l’enseignement de l’Eglise) d’un évolutionnisme qui, sur le strict plan scientifique, s’avère aujourd’hui de plus en plus contestable et contesté.

Il en résulterait, ce me semble, deux grands avantages pour l’Eglise :

1° Enjeu culturel. L’intelligence chrétienne se satisfait aujourd’hui d’ajouter artificiellement un « supplément d’âme » (Bergson) à une culture élaborée au sein d’une vision naturaliste du monde. En retrouvant une origine de l’homme et par là une anthropologie cohérente avec la Révélation et avec l’enseignement des Pères, la pensée chrétienne, redevenue autonome, pourrait reprendre l’initiative dans le domaine de la culture. Il est compréhensible que les athées soient évolutionnistes ; il est poignant de voir de grandes intelligences chrétiennes faire des contorsions pour s’adapter artificiellement à ce moule déformant. Car le mystère de l’homme, le surnaturel et l’action divine ici-bas méritent, dans nos pensées aussi, une place d’honneur : celle qui leur revient dans la perspective de la Création par une Intelligence supérieure qui, Votre Sainteté vient de le redire, nous veut et nous aime personnellement.

2° Question d’autorité. Le « concordisme à l’envers » pratiqué à la manière du P. Teilhard de Chardin (même si sa personne a pu jeter un pont entre la communauté scientifique et l’Eglise), eut finalement pour effet l’affaiblissement du contenu de la foi de par « la disparition presque totale, dans la théologie, de la doctrine de la création » (adresse de Votre Sainteté à la Commission théologique des évêques européens en 1989) et, partant, de la doctrine du péché originel.

Cet effacement suicidaire résulte d’une inversion : en attribuant à la science une certitude absolue qu’elle ne possède pas, on a relativisé à tort le légitime magistère fondé sur la Révélation. Or la science est une activité humaine sujette, elle-aussi, à la finitude, à l’incomplétude et à l’erreur. Le consensus de façade entre les spécialistes sur le « mot » évolution, masque en fait l’incapacité où demeurent les partisans de cette thèse philosophique à démontrer la simple effectivité des mécanismes qu’elle invoque. En 1877 déjà, le biologiste Antoine Béchamp, premier Doyen de l’Institut Catholique de Lille, notait à ce propos : « On suppose toujours et de supposition en supposition, on finit par conclure sans preuves. » Cette observation a gardé toute sa valeur depuis plus d’un siècle !…La vérité ne passe pas.

Au regard d’un enfant de Dieu, l’actuelle vision scientifique du monde se révèle plate, insignifiante et réductrice, en dépit de ses prétentions totalitaires. En lui opposant une vision chrétienne du monde, l’Eglise rendrait aux scientifiques eux-mêmes un service éminent : celui d’un regard extérieur, d’un recul permettant une approche critique de la science et une plus saine appréciation de ses acquis.

Car si on ne relativise ni ne remet à sa juste place épistémologique le pseudo-magistère exercé par les scientifiques (avec la complicité des médias), on ne pourra pas rétablir dans les esprits l’autorité intellectuelle de l’Eglise. L’affaire de la datation radio-carbone du Linceul de Turin, en 1988, a démontré surabondamment l’erreur qu’avait constituée cette abdication d’autorité, face à celle du British Muséum.

Déjà conscient de ces enjeux, Votre prédécesseur Pie XII avait demandé, dans Humani Generis, un débat au sein de l’Eglise entre les tenants de l’évolutionnisme et leurs opposants. Ce débat n’a jamais eu lieu, pour diverses raisons parmi lesquelles la peur de susciter une nouvelle « affaire Galilée » ne fut sans doute pas la moindre.

Aujourd’hui la situation a bien changé. Il est aisé de trouver, dans chaque discipline, des spécialistes reconnus qui n’acceptent plus ce paradigme évolutionniste auquel tous les matérialistes, inévitablement, se cramponnent. Votre Sainteté connaît par exemple le Professeur Joseph Seifert et le sédimentologiste Guy Berthault. Mais ils sont désormais nombreux les catholiques qui, suite à des études poussées et depuis des années, se sont convaincus que les faits bien établis conduisent à rejeter cette théorie des origines. Suivant à leur manière le conseil de II Pierre 1,16, n’accordant plus foi au mythe et « libérés du pesant conditionnement imposé par l’évolutionnisme » (G.Sermonti dans Dopo Darwin), ils ont pu renouer avec une vision spontanément chrétienne du monde.

En octobre 2002, Votre Sainteté avait pris connaissance du Symposium Catholique International sur la Création organisé à Rome par le Centre Maximilien Kolbe. Ces journées ont depuis éveillé un vif intérêt dans l’Eglise orthodoxe russe, et plusieurs intervenants furent invités officiellement à présenter leurs travaux à Moscou les 25 et 26 janvier de cette année. De son côté, le séminaire de l’Eglise russe « hors-frontières » de Jordanville (New-York) a manifesté le même souci de collaboration.

N’est-ce pas ici un signe que la question délicate des rapports avec les Eglises orthodoxes y gagnerait à montrer que, dans l’Eglise catholique également, certains valorisent la vision patristique de la Création et en font une arme contre un ennemi commun : le relativisme (cf. message de l’évêque Hilarion Alféiev du 22 avril). Car la théorie de l’Evolution, passée en « dogme », est peut-être aujourd’hui le principal pilier du relativisme, non seulement dans les sciences humaines, mais en philosophie et en théologie : elle tend à expliquer l’homme par l’animal, à nier la transcendance de l’âme ; et nos capacités spirituelles en sont inévitablement rabaissées à un prolongement épiphénoménal de fluctuations matérielles.

Vision certes dérisoire de l’imago Dei que nous sommes, mais surtout vision scientifiquement réfutable ; et ce champ du combat intellectuel chrétien ne devrait pas être déserté en son point central.

Malheureusement, par réflexe prudentiel, la plupart des séminaires et des universités catholiques ne cherchent comme référents que les scientifiques cautionnés par le courant évolutionniste encore dominant. De là un blocage, et aussi un déni de justice à l’égard de ceux qu’on exclut des hauts lieux de la pensée catholique en raison même de leur fidélité à une vision foncièrement chrétienne du monde. De là une situation paradoxale en vérité, puisque cette vision fut précisément celle où s’est forgée la science occidentale : pas de lois (de la nature) sans un Législateur !

Il importe, dira-t-on, de ne pas déconsidérer l’Eglise aux yeux du monde, en soutenant une thèse aventureuse. Mais la critique scientifique de l’évolutionnisme a justement pour elle le mérite de s’attacher aux faits sans avoir à défendre un a priori philosophique (nominalisme, actualisme, gradualisme, saltationnisme, etc.). La difficulté est bien plutôt la suivante : la pensée chrétienne authentique se doit de rester ouverte à l’action divine, donc au surnaturel. Or il s’agit là d’une « folie aux yeux des païens ».

Le conflit avec l’athéisme épistémologique auquel souscrivent les théories naturalistes sur l’origine des êtres, ne pourra donc être évité jusqu’au bout, à moins de renier en pratique un dogme essentiel, celui de la Création ex nihilo, même si par ailleurs on en maintient en théorie le concept.

Loin de mélanger les genres et de confondre les démarches intellectuelles propres à la science ou à la foi, le but est d’obtenir que chaque discipline scientifique demeure effectivement dans son ordre de vérité, limite la portée de ses affirmations au domaine des faits explorés, et cesse de nier sans raison avouable la toute-puissance et la liberté créatrice de Dieu dans l’univers.

Au terme d’une longue nuit suscitée par l’Adversaire, le moment n’est-il pas venu, pour le successeur de Pierre, de « jeter le filet à droite de la barque » (Jn 21,6) afin que l’abondance du poisson donne le démenti aux sectateurs de l’ère du Verseau ?…Si l’on veut voir refleurir de toutes ses couleurs le jardin de la culture chrétienne, pourquoi ne pas effacer ce lemme : « Que nul n’entre ici s’il n’est évolutionniste !», écrit à l’encre invisible au fronton des universités, mais peu conforme à la liberté académique et difficile à fonder en raison ?

Dans un récent article confié au New York Times (7 juillet) dont nous l’avons félicité (ce dont il a accusé réception à notre Vice-Président, M. Guy Berthault), le cardinal Christoph Schönborn laisse entrevoir que l’Eglise pourrait bientôt s’exprimer plus clairement contre le néo-darwinisme. Par ailleurs Votre Sainteté Elle-même, dans le livre Foi, Vérité, Tolérance récemment publié en France, distingue soigneusement micro et macroévolution, et souhaite que « la discussion sur la portée de la théorie de l’évolution… (soit) abordée dans une grande disponibilité d’écoute, ce qui a jusqu’à présent fait défaut » (p.190). Il serait donc navrant qu’un examen d’une telle importance au regard des affirmations essentielles du christianisme, puisse se limiter à confronter diverses modalités, plus ou moins acceptables, d’une évolution toujours supposée.

Un débat au sein de l’Eglise portant sur l’hypothèse même de l’évolution, tel que demandé par Pie XII, seule Votre Sainteté, dans les circonstances présentes, est en mesure de lui donner toute son ampleur. Elle saura mieux que moi s’il est vraiment souhaitable ; mon rôle était de signaler qu’il est devenu possible. Et Se gardant d’en abandonner à d’autres l’arbitrage, Votre Sainteté rétablirait aussi la légitime autorité intellectuelle de la théologie, à son niveau architectonique s’entend.

En priant Votre Sainteté de bien vouloir excuser la témérité d’une telle demande, mue par une conscience aiguë d’enjeux importants pour l’Eglise et pour les âmes, j’ose toutefois espérer que ce projet retiendra Son attention et demeure,

de Votre Sainteté, le très humble et très dévoué serviteur.

Dominique TASSOT

Président du CEP

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Monsieur Dominique Tassot

Président du CEP

SECRÉTAIRERIE D’ÉTAT

Du Vatican, le 2 mars 2006

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PREMIÈRE SECTION – AFFAIRES GÉNÉRALES

Monsieur,

Par l’intermédiaire de Monseigneur Henri BRINCARD, Évêque du Puy-en-Velay, vous avez fait parvenir au Saint-Père votre travail de réflexion sur les dangers d’une théorie de l’évolution éloignée de toute référence à la vision chrétienne du monde.

Appréciant votre souci d’associer ce qui a trait à la foi et à la raison, et de mettre au centre le mystère de l’incarnation, qui aide à « comprendre l’énigme de l’existence humaine, du monde créé et de Dieu lui-même » (Encyclique Fides et Ratio, n. 80), le Saint-Père vous invite à approfondir votre démarche et à poursuivre le dialogue avec le monde scientifique.

Le Pape vous confie à l’intercession de la Vierge Marie, Mère du Christ et notre Mère, et il vous accorde bien volontiers, ainsi qu’à tous les membres du Centre d’Études et de Prospective sur la Science, la Bénédiction apostolique.

Je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mon cordial dévouement dans le Seigneur.

Mgr Gabriel Caccia, Assesseur

REGARD SUR LA CREATION

« Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu,

Sa puissance éternelle et Sa divinité, se voient comme à l’œil nu quand on Le considère dans ses ouvrages. » (Romains 1, 20)

L’appareil digestif dynamique[38]Alan L. Gillen; Franck J. Sherwin; Alan C.

Knowles

Résumé : De nombreuses bactéries vivent dans notre intestin, la plus commune (et la plus connue) étant Escherichia coli. Ces bactéries jouent plusieurs rôles essentiels : elles décomposent les macronutriments préparés par les secrétions acide de l’estomac ; elles synthétisent nombre de vitamines (dont les vitamines B et K et le DAN nécessaire à la conversion de l’énergie dans les mitochondries de nos cellules) ; elles participent au métabolisme des acides gras polyinsaturés ; etc. En échange, les bactéries entériques trouvent dans le gros intestin et dans les fèces un milieu favorable.

L’entr’aide mutuelle n’est qu’un aspect de la coordination entre les différentes parties d’un univers créé comme un tout fonctionnel dont la finalité est d’en faire un « habitacle pour l’homme » (selon le mot de Lord Kelvin). Mais on ne voit guère comment ce « mutualisme » serait compatible avec une évolution par mutations aléatoires : la coordination des parties d’un organes, ou des éléments conjoints dans une fonction, dénote tout le contraire du hasard.

Les médias publient de nombreux articles sur les microbes agents des maladies, mais peu sur les microbes utiles. En fait, la « phobie du microbe » imprègne notre société. Pourtant, seulement 5 % environ de toutes les bactéries sont pathogènes[39].

Certaines sont bénéfiques et quelques unes sont même essentielles à la vie humaine. Cette relation entre le microbe et l’homme pourrait être qualifiée de « finalité indivisible ».

Une finalité indivisible est une relation biologique dans laquelle le tout est fonctionnellement plus que la somme de ses parties. Escherichia coli et les bactéries entériques associées du côlon sont les microbes prédominant dans le gros intestin, et elles représentent environ 75 % de toutes les bactéries vivantes dans les fèces. Les biologistes appellent mutualisme cette coopération entre E. coli et le côlon (d’où le nom de la bactérie), une relation où les deux partenaires bénéficient de leur vie commune.

Les bactéries ne sont pas uniformément réparties dans tout l’intestin. Selon les niveaux on note des différences de quantité et de genre de microorganismes. L’estomac vide est presque stérile, et il y a peu d’organismes dans le duodénum et le jéjunum supérieur. Cette faible quantité de bactéries est probablement due aux sécrétions acides de l’estomac.

Figure 1: Escherichia coli

Le niveau inférieur de l’intestin grêle, qui est alcalin, devient progressivement plus riche en bactéries, et dans le gros intestin de l’adulte le nombre de microorganismes atteint son maximum. En plus d’ E. coli il existe 34 genres de bactéries intestinales aérobies et anaérobies. Notre régime influence fortement l’abondance relative de ces bactéries dans les fèces.

La majorité des microorganismes dans l’intestin, en conditions normales, ne font aucun mal. En fait, les bactéries intestinales contribuent au bien-être général des microbes et des gens en synthétisant un certain nombre de vitamines essentielles pour une bonne nutrition et en décomposant divers macronutriments. Le corps humain ne peut pas synthétiser l’acide nicotinique (niacine) ni le niacinamide pour fabriquer le Dinucléotide de l’Adénine Nicotinamide (DAN) nécessaire à la conversion de l’énergie dans les mitochondries de nos cellules.

La vitamine K, l’acide nicotinique, le DAN et la famille des vitamines B sont fabriqués en quantité importante par les bactéries dans le côlon.

Les vitamines B, comprenant la niacine (B3), la biotine (B8), la cobalamine (B12), la thiamine (B1) et la riboflavine (B2), sont nécessaires pour un niveau normal d’énergie, l’absence de fatigue et le bon fonctionnement des nerfs. Une carence prolongée de l’une quelconque de ces vitamines peut aboutir à une fatigue chronique et à l’impossibilité de mener une vie normale. Quant au bénéfice pour l’E. coli (et autres bactéries entériques), le côlon de l’homme lui assure un foyer nourricier stable. En somme, les deux partis y gagnent.

La relation mutuelle entre nos cellules digestives et ces secourables microbes est une étonnante coopération et un autre exemple de propriétés émergentes[40] chez les êtres vivants. Le gros intestin contient la plus grande quantité de flore à cause de l’humidité disponible et des éléments nutritifs du côlon. Si vous éliminez l’E. coli et les autres bactéries, l’appareil digestif sera sévèrement touché. Cette coopération entre cellules est semblable aux pièces interdépendantes du piège à souris.

En outre, les bactéries intestinales contribuent à libérer les déchets azotés sous forme d’ammoniaque qui se transforme en acides aminés. Elles modifient les acides biliaires et les stéroïdes et elles jouent un rôle dans le métabolisme des acides gras polyinsaturés. Des études de jeunes mammifères ont démontré que les bactéries produisent les enzymes nécessaires à la digestion du lactose dans le lait stérile de leurs mères. Les jeunes mammifères ont besoin de glucose dans leur régime pour ne pas succomber à l’hypoglycémie. Parmi les autres avantages pour les mammifères ayant ces symbiotes microbiens on trouve : 1) la capacité des bactéries à décomposer les additifs alimentaires tels que les colorants et arômes dans l’intestin; et 2) le fait que les bactéries entériques stimulent le développement normal de la villosité dans l’intestin grêle.

Une finalité indivisible:

Escherichia coli et autres bactéries entériques (34 en tout) et leur aide mutuelle dans le système digestif.

Vitamines et enzymes Rôle métabolique Maladies de carence

Vitamine K Synthèse Hémorragie du nouveau-né de la prothrombine

pour coagulation du sang

Vitamine B 12, coenzyme pour Anémie pernicieuse, Cobalamine formation des manque d’énergie

protéines et acides nucléiques

Niacine (B3) élément de DAN+ Pellagre, manque d’énergie,

et de DANH fatigue

Composés de DAN coenzymes dans métabolisme

de l’énergie

Famille vitamines B coenzymes pour hydrate Béribéri, pellagre, anémie

de carbone, inflammation et lésion

de la peau

Thiamine, biotine, protéines et métabolisme des graisses riboflavine

Lactase décompose le lactose intolérance au lactose

(sucre du lait) (pas de digestion des laitages)

L’aide mutuelle est donc une preuve de la création. Dans cette aide il y a un merveilleux accord entre deux organismes radicalement différents. L’aide mutuelle pose un problème à la macroévolution parce qu’elle exige que ces deux organismes aient évolué en même temps. Des mutations coordonnées devraient s’être produites au cours de la sélection naturelle dans deux organismes très différents.

Nous avons déjà souligné la difficulté, pour un seul caractère utile, d’évoluer par mutations aléatoires. De plus, la mutation pousse le mutualisme à dégénérer en parasitisme.

Figure 2 . Appareil digestif

Nous devons nous demander s’il existe une preuve quelconque d’un mutualisme ayant résulté de l’évolution. Il semble n’y avoir aucune trace de nouveau mutualisme apparu au cours du siècle dernier. Il est clair que le mutualisme n’aurait pas pu évoluer simplement par le seul hasard, à cause de l’incroyable improbabilité de voir les deux phénomènes destinés à s’entr’aider se produire simultanément. Nous devons conclure que l’explication la plus plausible est que les cellules intestinales humaines et ces bactéries furent créées en vue de fonctionner ensemble.

En résumé, la relation entre les bactéries intestinales et l’homme est optimale pour la survie grâce à cette aptitude à la coopération au sein de ce « paquet de parties ». Dans le cas présent, il s’agit d’un système mutuel et coordonné de microbes travaillant avec le système gastro-intestinal de l’homme. Il est adapté en ce qu’il accroît à la fois la survie de l’homme et celle du microbe[41]. En fait, cette remarquable unité entre de magnifiques microbes et notre intestin peut être logiquement déduite de ce qu’elle provient d’un Concepteur Intelligent. Cette remarquable coopération constitue une forte preuve de la Création, car le hasard n’aurait pu faire que deux organismes complexes aussi différents puissent vivre harmonieusement ensemble !

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COURRIER DES LECTEURS

De Monsieur J-F. P (Gironde)

J’ai écouté et réécouté la cassette audio d’une émission de

« Continent Science » sur la plasticité du vivant et les « gènes architectes ». Qu’il est agaçant ce langage touffu, ambigu, inutilement complexe, montrant bien que l’évolutionnisme est une théorie « purement langagière », selon le mot de René Thom.

Si dans certaines espèces apparaissent des organes inconnus jusque là chez elles, c’est qu’elles possédaient déjà les gènes correspondants, ainsi cette race de bovidés sans cornes qui, grâce à une mutation « reverse » voit se rétablir la bonne séquence dans le génome.

Voici un spécimen de ce qu’ils ont obtenu : jamais du progressif, du positif, harmonieux, équilibré !…

Affirmer : « ils se sont transformés » n’est pas dire « comment » ! J’ai discuté avec Jean Chaline, Yves Coppens, André Langaney : aucun n’a pu m’expliquer comment les nageoires du poisson auraient donné les pattes des reptiles, ni comment ces dernières auraient donné les ailes de l’oiseau. Mais on enseigne l’évolution aux enfants, lycéens, étudiants, comme si l’on en possédait les mécanismes. C’est vraiment révoltant !

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De Madame F.H. (Limousin)

Votre revue Le Cep que j’apprécie depuis des années, m’est une source de réconfort dans mon isolement (moral) !

Elle me permet de conserver une rectitude précieuse tant au point de vue intellectuel que spirituel, et me procure souvent des arguments devant l’ignorance et l’endoctrinement général qui éloignent tant de gens de la vérité.

__________________________________ Le sujet qui fâche : les vaccinations :

Du Dr G.J. A. (Ardèche)

La revue est d’une présentation agréable. Mais je ne peux pas accepter ce qu’il y est dit de la vaccination, et des méthodes pasteuriennes. Car enfin, grâce à la vaccination, la diphtérie, la typhoïde, la poliomyélite ont été presque éradiquées ! Croyez-en le vieux médecin que je suis, qui a vu des cas de diphtérie, de typhoïde, de poliomyélite au début de sa carrière, et n’en a plus vu depuis des ans. Et je pourrai prolonger ce que je vous dis.

Aussi parler de Pasteur, comme cette revue en parle me paraît indécent. Traiter Pasteur d’imposteur !.. Je n’en dis pas plus, tant je sens monter ma colère.

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Du Dr J.R. (Loire-Atlantique)

J’ai lu avec intérêt les différents articles, y compris celui de LouisClaude Vincent, que je connaissais depuis longtemps ; il est de nos jours bien peu de revues se référant à cet auteur.

La réalité en matière de science implique une totale remise en cause de bien des conceptions retenues de nos jours, ceci allant même au-delà des données de la médecine et de l’agriculture ; la physique du globe n’étant pas exempte de sérieux bouleversements.

Or, sur un plan officiel, ces vérités sont de nature à assombrir le prestige de nos éminences, et, ce qui est pire, de faire obstacle à d’énormes intérêts financiers….

D’où un statu quo soigneusement maintenu, sans souci pour autant du devenir de la planète et de la survie des milieux vivants.

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De Monsieur G.V. (Bretagne)

Au cours de mon service militaire à Bangui (République Centrafricaine) en 1957/59, nous avons dû enterrer la même semaine deux tirailleurs de notre bataillon.

De quoi ces deux jeunes et solides gaillards sont-ils donc morts ? Je viens seulement d’en trouver l’explication. La voici : Le B.T.O.C. venait d’être vacciné contre la fièvre jaune. Or, dans son livre Vaccinations – Les vérités indésirables – (Editons Dangles – paru en juin 2005), Michel Georget écrit : « le vaccin antiamarile fait courir le risque d’encéphalite… Dans les années 50, au Nigeria, on a noté un taux de létalité des malades de 40 pour cent ».

Connaissez-vous cet ouvrage exceptionnel – 385 pages, 712 références scientifiques et bibliographiques ? Je pense que tous les « chercheurs de vérité », parents surtout, professionnels de santé,… devraient le lire sans tarder. L’auteur, agrégé, ancien professeur de Biologie aux Écoles préparatoires de Tours et Poitiers (agronomie, écoles vétérinaires) ainsi qu’à l’École nationale supérieure d’éducation physique, a réalisé une remarquable synthèse de cette question qui, fondamentalement, engage la santé et l’avenir de chacun de nous. N’ayez crainte, la lecture de ce « cours » est très accessible au profane : on peut immédiatement trouver la réponse à nos interrogations, maladie par maladie : tuberculose, tétanos, polio, etc. En un style limpide, ce professeur enseigne, à partir d’innombrables faits recueillis en France et dans le monde entier, la fabrication des vaccins, les risques inhérents aux vaccinations, à court et long terme. Que de découvertes tragiques !

Ce livre d’un universitaire conduit le lecteur à une réflexion en profondeur. Non polémiste, objectif, il arrive à temps aujourd’hui pour combler les vides de l’information, ou même réduire à néant les contreinformations répandues depuis des décennies par certains lobbies intéressés, et médiatiquement « corrects ».

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De M. l’Abbé H.C. (Bretagne)

Que Dieu bénisse l’action du Cep qui doit nous aider à tout considérer dans le Christ, notre unique Sauveur, et redonner au monde une vision inspirée par la Révélation. Si j’ai pris la décision de ne plus assister aux sessions (je me remets tout doucement d’une grave opération à la hanche), je reste de tout cœur attaché à votre action et à la lecture de la revue.

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DIVERS

Les Editions Saint-Rémi viennent de rééditer le livre du Père Patrick O’Connel : Science d’aujourd’hui et Problèmes de la Genèse. Cet ouvrage qui date de 1962, bien qu’il ne remette pas assez en question les datations géologiques et ne fasse pas une synthèse entre les découvertes des fossiles et l’histoire biblique, montre que les évolutionnistes ont eu recours à des falsifications comme celles de l’homme de Piltdown, du pithécanthrope et du sinanthrope pour faire croire à l’existence d’un chaînon manquant entre le singe et l’homme et pour justifier leur théorie douteuse. Le P. O’Connel était missionnaire en Chine et s’est rendu sur le site même de Chou-KouTien pour y recueillir des données de première main.

Cet ouvrage peut être commandé pour 15 euros franco aux Editions Saint-Rémi, BP 80 – 33410 Cadillac.

Tél/Fax : 0556767338.

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Nos membres publient :Lexique de mots exquis par Arthur Gohin

Il est des livres qui se lisent d’un trait ; il en est d’autres qu’il faut déguster à petites gorgées, comme un élixir. Ce Lexique de mots exquis que nous donne Arthur Gohin joint le charme d’un poème à la sagesse d’une méditation sur la vie, méditation portée par une intuition divinatrice : celle que la correspondance des sons suggère des passerelles entre les mots.

Bergson aimait dire que la connaissance est une co-naissance : connaître un être, c’est en quelque sorte naître avec lui. Arthur Gohin ne s’est pas contenté de quelques mots choisis, il nous offre tout un dictionnaire, et derrière cette magie des noms et des verbes consonnants, c’est lui-même et aussi nous-mêmes qui nous trouvons révélés, transfigurés et rajeunis.

En dire plus serait trahir cette œuvre étonnante, on en jugera par quelques mots tirés de la lettre A.

Un agité est un homme privé de gîte ; il ne peut guère agir.

Amarrer (du latin amare = aimer), c’est attacher une âme au Havre éternel pour qu’elle puisse vaguer librement en ce monde.

-Amène est celui qui amène son bon cœur avec lui, mais ne dit amen qu’à Dieu.

Arranger, c’est ranger avec art.

Des dessins de l’auteur ajoutent au charme naïf de cet ouvrage qui sonne juste comme la vérité qui le porte, et qui réchauffe le cœur et rayonne comme la beauté qu’il appelle.

A commander chez l’auteur : 1 rue de la Vedrenne

23200 Aubusson (6€, Franco 8€)

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Pâques Carl Christaki

On dit que le temps passe, or c’est nous qui passons

Dans le mystère de la Communéité ; Plus aimés que la fleur, ou le petit poisson, Dieu nous appelle à vivre en lui l’Éternité.

Le nom de son fils brille au dessus de tout nom ; Mais le nôtre, au Saint Livre apparaît à côté, Si nous le voulons bien ; sans quoi, nous l’effaçons ; Ce choix libre est le prix de notre dignité.

Oh, l’amoureuse épreuve ! Ève s’y laissa prendre ; Qui veut tout, tout de suite, au fond n’a rien, jamais.

Pour trente deniers « cash », Judas s’en fut se pendre.

La science du bien s’appelle patience,

Foi, Espérance, Amour ; l’Amour est le sommet ;

C’est par lui que Jésus nous obtint délivrance

En détruisant la mort, tellement il aimait !

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  1. Apologétique : discipline relative aux preuves rationnelles de l’existence de Dieu et des vérités de la foi.

  2. Lire à ce sujet l’article de C. Éon, dans ce même numéro.

  3. Thomas Johnson, Lettre ouverte. Réponse à la mise en accusation du film documentaire « Homo Sapiens, une nouvelle histoire de l’homme », Université interdisciplinaire de Paris, www.uip.edu/fr/lettre_ouverte.html

  4. Nouvelles Clés. Entretien avec Anne Dambricourt. 22/12/05 (www.nouvellescles.com)

  5. On connaît la célèbre formule du Pr Paul Lemoine, ancien directeur du Muséum d’Histoire Naturelle, dans l’Encyclopédie Française (1933) : « La théorie de l’Évolution est impossible. Au fond, malgré les apparences, personne n’y croit plus, et l’on dit sans y attacher d’importance « évolution » pour signifier « enchaînement » ou « plus évolué », « moins évolué » au sens de « plus perfectionné, « moins perfectionné » parce que c’est un langage conventionnel admis et presque obligatoire dans le monde scientifique. L’évolution est une espèce de dogme auquel ses prêtres ne croient plus, mais qu’ils maintiennent pour le peuple. Cela, il faut avoir le courage de le dire, pour que les hommes de la génération future orientent leurs recherches d’une autre façon ». (Cité par le Dr A.Labbé. Le conflit transformiste, Alcan, Paris, 1937, p.32) 6 Lire plus loin la traduction dans ce même numéro.

  6. bis Un des chantres de l’évolutionnisme, historien de la biologie à l’Université Cornell (New York)

  7. Concernant l’activité de « commissaires de la pensée » que déploie le couple formé par Patrick Tort (Professeur détaché au Muséum d’Histoire naturelle et directeur de la publication intégrale -35 volumes- des œuvres de Darwin) et Guillaume Lecointre, on lira avec intérêt ces lignes signées par le rédacteur en chef du journal scientifique Fusion (n° 87 – septembre-octobre 2001) : «Crime de lèse-darwinisme – Ceux de nos lecteurs qui ont lu l’édition du Charlie-Hebdo du 26 juin ont dû être surpris. Ils pouvaient en effet y lire que Fusion était un magazine « nauséabond », réservé « aux chiens écrasés de la science ». Par ailleurs, « la plupart des articles sont d’une incohérence inouïe ». Fermez le ban !

    (Suite de la note 7).Mais qu’est-ce qui provoqua ce déluge d’insultes ? Tout simplement le fait que Fusion avait voulu organiser à l’université des sciences et

  8. On se demande ce qui reste à ce dieu « compagnon de l’humanité » qu’il accompagne sans la guider ni même la précéder !..

  9. La revue Kountrass

  10. Le site harunyaya.com

  11. First Things 159 (Janvier 2006) pp. 34-38. Traduction française autorisée par First

    Things et réalisée par Claude Éon.

  12. Téléologie =finalité.

  13. M. Alcader. Le vrai visage de l’Islam, Éd. Kyrollos, 49 430 Durtal, 20 €, (23,5 € franco), pp.77-86

  14. Jànos Hunyadi fut général de l’Armée Hongroise. Son grand-père, Serbàn, un Valaque eut trois fils: Vojk, Magas et Radul. Ils vivaient sur le territoire de Hongrie, à Hunyad, et d’après un document du Roi Zsigmond (Sigismund) de la dynastie luxembourgoise, Vojk, le père de Jànos Hunyadi était un noble et fut admis dans l’escorte du roi en temps de guerre. Jànos a commençé sa carrière militaire dans la famille ÙjIaky. En 1429 il épousa Erzsébzet Szilàgyi. A la mort du Roi Sigismund (en 1437), son gendre Albert, le premier prince Habsburg devenu Roi de Hongrie, voulut lutter contre le Turc qui avait attaqué le pays en 1439, mais il décéda deux ans plus tard.

  15. Cette ville fondée par les Hongrois est connue maintenant comme « Belgrad ».

  16. (1386-1456) Natif de Capistrano, avocat, il se fit franciscain après son veuvage et joua un rôle important dans la résistance héroïque des Hongrois contre les Turcs.

  17. Louis Il. (l 416-1426) de la maison Jagellon, corrompu dans sa jeunesse par son entourage tchèque, montra un courage exemplaire en face du Turc.

  18. Raymond Montecuccoli (Modena 1609.02.21-1680-10.16) Général, historien. Comme duc italien, il dirige l’armée impériale autrichienne. En 1645 il aide l’Empereur Léopold, contre György Ràkòczi I, Prince de la Transylvanie entre 1630 et 1648.

    Militaire classique, extrêmement prudent.

  19. Biologiste américain ; et l’un des fondateurs du “néo-darwinisme”.

  20. Épistémologue, Kuhn a lancé l’idée que les thèses scientifiques sont élaborées au sien d’une vision d’ensemble, ou « paradigme », qui reste incontesté (du moins jusqu’à son renversement) car toute l’interprétation des phénomènes est donnée au sein du paradigme. Ainsi l’on ne peut que passer brutalement d’un paradigme à un autre, comme l’a montré la « révolution » copernicienne.

  21. The Mystery of Life’s Origin; p. 186

  22. ibid. p. 214

  23. Publié aux Etats-Unis en 1986; traduction française chez Londreys en 1988, puis chez Flammarion en 1992, p.356.

  24. La traduction française dit: « l’inférence de la création » ce qui ici est un vrai contresens, car Denton pense justement que la création relève de la métaphysique!

  25. Dont on pourra lire des passages significatifs dans Le Cep n°32 et n° 33.

  26. Buell, Jon and Virginia Hearn, eds. Foundation for Thought and Ethics, 1993

  27. Ruse avait été expert en 1981 dans le procès Scopes II à Little Rock.

  28. Darwin Black Box, p. 5. De Michael Behe, on pourra lire l’article suivant : Le flagelle bactérien, Le Cep n°7(Avril 1999).

  29. Darwin, Origin of Species (6ème édition) N.Y.Univ.Press (1988) p.154 12 Op.cit. p.39

  30. Cf. Le Cep n° 7, Avril 1999, Le flagelle bactérien, p. 81 et ss.

  31. W.Dembski, edit. Mere Creation. Science. Faith & Intelligent Design ; InterVarsity Press ; 1998.

  32. Reason in the Balance; p. 197

  33. Darwin on Trial; p. 209

  34. Extrait de: Die Spatzen pfeifen lassen ! sous-titré: Geistliches Tagesbuch eines Physikers («Laissons les moineaux piailler», « Journal spirituel d’un physicien »,

    Éditions Christiana, CH 8260 Stein am Rhein, Suisse 1992 , p. 267)

  35. On lira à ce sujet l’article rédigé sur pièces à partir des archives du Vatican par le P.Brian Harrison : Les premières réponses du Vatican face à la théorie de l’évolution (Le Cep n°25, pp.55-75)

  36. Les Actes (en anglais) de ce symposium sont disponibles auprès du secrétariat (451 p., 18€, franco 22€).

  37. Mgr Henri Brincard avait préface l’ouvrage du P.André Boulet, Création et Rédemption (éd. CLD, 1995, épuisé mais qui devrait être prochainement réédité). Il est donc conscient des faiblesses de la théorie évolutionniste.

  38. The Human Body: An Intelligent Design. (2è éd., 2001) pp. 63-66, traduit par Claude Éon.

  39. Ndlr. Et encore ! Ce chiffre a peut-être un sens au regard des bactéries qui vivent au contact de l’homme urbanisé, mais le pourcentage devint infime, si l’on considère les microorganismes actifs dans notre environnement naturel et en particulier le sol, milieu vivant. Signalons ici le livre précurseur du Dr Marc Émily : Les microbes sont-ils nos ennemis ? (Le François, Paris, 1966).

  40. « émergentes » signifie ici « naissant de façon inattendue ou comme un développement nouveau ou perfectionné » (NdT)

  41. D’où les redoutables effets des traitements ou agents chimiques qui détruisent la flore intestinale ou déséquilibrent sa composition (traitement de l’eau « potable » aux désinfectants, abus d’antibiotiques). L’absence des bactéries provoque l’autoempoisonnement de l’organisme.


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