Revue du CEP numéro 37

« L’avancée vers la barbarie » Dominique Tassot

Résumé : Au propre comme au figuré, notre société avance vers la barbarie. Au propre : comme dans l’Empire romain décadent y coexistent une majorité soumise aux règlements et acceptant la loi du travail, et une minorité pillarde s’imposant aux politiques car ses capacités guerrières dépassent désormais celle des armées régulières. Au figuré : l’oubli des préceptes divins et la paganisation des mœurs ont fait disparaître le respect de chaque vie humaine, et nul n’est à l’abri d’une rencontre fatale.

Or la situation sans issue de l’Empire romain a débouché sur la formation d’une nouvelle société européenne, soudée par l’identité chrétienne. Ce fut le miracle de la conversion des barbares. Cette leçon de l’Histoire doit nous encourager à l’espérance, mais en prenant conscience que la solution sera d’abord surnaturelle.

Advance to Barbarism, tel fut le titre d’un livre qui parut aux Etats-Unis il y a une bonne trentaine d’années. Sans l’avoir lu, ce seul titre suffisait pourtant à nourrir une profonde méditation à cette époque, car il n’était question que de « civilisation », de « développement » des pays pauvres et d’accès des masses à la « culture » (Malraux avait même créé des Maisons pour cela).

Pourtant, dès 1923, bien après sa conversion, le fougueux romancier Giovanni Papini, témoin pourtant de l’impressionnante occidentalisation par l’expansion coloniale (au point qu’on allait baptiser guerre « mondiale » la grande guerre civile européenne), écrivait : « On dit que l’homme est passé de l’état sauvage à l’état barbare et de l’état barbare à la civilisation. L’effroyable vie des peuples contemporains démontre que nous sommes passés d’une sauvagerie simple et franche à une sauvagerie complexe et hypocrite, d’une barbarie saine et désarmée à une barbarie purulente qui s’arme de science et de mécanique pour multiplier la cruauté et la destruction »[1].

Les nouvelles armes de destruction dont Papini ne pouvait même pas rêver (bombe atomique, missiles, bactéries) manifestent certes bien cette « avancée » vers la barbarie actuelle, non seulement vers la barbarie mécanisée du combat à distance, mais aussi la barbarie déshumanisée des goulags, des HLM et des bureaucraties anonymes.

Or le si cultivé Rimbaud s’était senti attiré par les « fleuves barbares » : avec le recul du temps, on pouvait bien considérer que, face à l’Empire romain décadent, les Francs, les Germains, les Varègues (et même les Lombards !) avaient, eux, préservé les valeurs essentielles : le sens cosmique de la présence divine, la famille, l’esprit de sacrifice ; bref ces piliers sur lesquels les grâces accompagnant leur conversion donneraient naissance à la chrétienté occidentale.

Certes « les pas des légions avaient marché pour le Christ » (Péguy), mais les légionnaires, longtemps, s’étaient recrutés chez ces peuples encore aguerris qui assiégeaient à l’occasion les villes romaines. Et le service d’un homme fait dieu prépara leurs esprits à servir plus tard le Dieu fait homme. Car, n’en déplaise à Rimbaud, le mythe du bon barbare est aussi vain que le mythe du bon sauvage. Pour un Théodoric, élevé princièrement à la cour de Byzance et soucieux, sur le tard, de préserver et d’utiliser les artisans et les décorateurs dont le savoir-faire signale la floraison d’une civilisation, combien de Genséric dont l’empire « vandale » a bien mérité à son peuple la réputation que lui reconnaît encore le parler populaire !

A l’encontre de Giovanni Papini, nous savons, nous, que les peuples sauvages ne sont pas les vestiges de sociétés « primitives » ni les ancêtres des « barbares » (issus de Japhet), mais les reliquats de groupes humains séparés un jour de la civilisation à laquelle ils appartenaient : tels ces Français qui ont fait souche en Amazonie, toujours reconnaissables à leur peau et à leurs noms, mais qui ont fini par oublier toutes les techniques pratiquées à bord des bateaux qui les avaient fait s’échouer sur les rives de l’Amérique du Sud.

Non, la frontière entre le bien et le mal ne passe pas entre le « civilisé » et le « barbare », entre le sédentaire et le nomade, voire entre la « sainte Russie » et le bolchevisme !

Comme le notait Soljenitsyne, cette frontière ne passe pas entre les hommes mais au cœur de chacun de nous, là où retentit cette loi naturelle qui, selon saint Paul, éclaire toutes les consciences.

Or la question de la barbarie, redevenue actuelle, se repose dans des termes étrangement semblables à ceux de la fin de l’empire romain. Coexistaient alors, sur le même territoire, deux populations bien distinctes : Une majorité soumise aux lois et aux règles de l’administration, déchargée du souci de cultiver[2] et de combattre, de moins en moins consciente de son identité suite au brassage constant entre la Ville et les provinces même les plus reculées de l’empire ; une minorité belliqueuse, voyant des richesses à conquérir, mais inconsciente des conditions complexes (savoir-faire spécialisés, organisation et discipline) nécessaires à l’entretien de ces richesses. Des excursions périodiques hors de leurs territoires permettaient aux barbares de piller puis de négocier leur départ, parfois en se faisant les défenseurs rémunérés du territoire : paix achetée, donc éphémère. Fausse paix fondée sur une défaite, entretenant le mépris chez le barbare et incapable de réinsuffler chez le civilisé les vertus qui avaient valu à Rome sa grandeur.

Situation sans issue d’un côté comme de l’autre. L’argent facilement extorqué stabilise le barbare dans son activité de prédateur. Ayant échappé au pire, le civilisé retombe dans son incurie politique, dans son incapacité à vouloir le bien collectif et dans son attachement désordonné aux richesses et au confort dont il jouit. A vues humaines, cette longue crise restait sans issue, d’autant que l’Empire, devenu chrétien mais déchiré par les hérésies, n’eut plus assez de soldats pour défendre à la fois ses deux capitales.

La solution, comme presque toujours, fut surnaturelle : c’est de la conversion des barbares, jointe à la décadence romaine, qu’allait naître la chrétienté médiévale.

Même après Constantin, en effet, le chrétien ne pouvait s’identifier entièrement aux institutions et aux mœurs de l’Empire.

Il portait en lui l’exigence d’un autre Règne dans lequel la prospérité matérielle n’était plus qu’un bienfait secondaire « par surcroît », un ajout inessentiel aux promesses du salut éternel.

Fût-il ancien préfet de Rome, Grégoire 1er se sentait trop proche des martyrs des premiers siècles pour ne pas prendre ses distances avec la société viciée où lui et sa famille tenaient pourtant le premier rang : « Aux yeux des premiers chrétiens, écrit dom Guéranger en 1857, l’ère du Christ n’était pas l’ère de la civilisation ; trop de crimes et d’abaissements les entouraient pour qu’une telle illusion leur devînt possible ; pour eux, l’ère du Christ était l’ère du salut offert à chaque homme[3], à la condition de sacrifier les biens de la vie présente à ceux de la future dont le sentier venait d’être ouvert par le Rédempteur[4]». Seule une telle conviction, préparant aux plus grands sacrifices, donna aux chefs de l’Eglise[5] face aux barbares la liberté de ton, l’assurance morale et la fierté rétablissant l’équilibre entre les deux composantes de ce qui allait devenir la société européenne. Par la grâce de la conversion, le prédateur égoïste devenait un associé, un « socius », avec lequel il serait désormais possible de construire un avenir commun. Pouvoir passer de la défiance à la confiance[6] envers l’autre, tel est le grand miracle constitutif de la chrétienté, cette cité terrestre où l’appartenance nationale s’est trouvée relativisée devant l’identité chrétienne, elle-même fondée sur le commun cheminement vers l’unique Cité céleste. Et dom Guéranger ajoute : « Il ne fallait ni plus ni moins pour régénérer le monde ; de nos jours, il ne faudra ni plus ni moins pour le sauver ».

Avancer vers la « barbarie », c’est donc, certes, accepter de regarder en face la nature de plus en plus explicitement païenne de la société dite « occidentale », mais c’est aussi apercevoir le vaste champ des conversions futures.

Derrière les maux innombrables suscités par le refus politique du règne de Jésus-Christ, se dessine, par contraste, comme au théâtre d’ombres et lumières, la silhouette d’une autre société, d’une nouvelle chrétienté, libérant les énergies au lieu de chercher d’abord à les contrôler, soudée de l’intérieur par l’idée chrétienne et non de l’extérieur par de communs règlements, soumise au doux joug du Rédempteur et non au fardeau tyrannique de l’Adversaire.

A vues humaines, nous en sommes aussi loin qu’il pouvait le sembler à Grégoire 1er, et lui non plus n’imaginait guère les formes qu’allait prendre la nouvelle société. Mais en tournant le dos à un Occident désormais postchrétien (donc antichrétien), la même certitude surnaturelle doit nous habiter, car Jésus-Christ est le maître de l’Histoire et Lui saura rendre possibles ces basculements miraculeux qui nous paraissent si nécessaires. *****************************

Une date à retenir :

Samedi 31 mars 2007. Journée du CEP à Paris

Dieu a-t-il voulu l’Évolution ?

Conférences :

Pr Pierre Rabischong : Les impossibilités du transformisme

Claude Éon : Les leçons de l’Intelligent Design

P. André Boulet : La théologie après Darwin

Dominique Tassot : La fausse solution teilhardienne

Maison de la Salle, 78 A rue de Sèvres (Paris 7ème) De 9 h 15 à 17 h

Bulletins d’inscription avec le prochain numéro

SCIENCE ET TECHNIQUE

« Les rationalistes fuient le mystère pour se précipiter dans l’incohérence » (Bossuet)

À propos de la micro et de la macroévolution

Pr Pierre Rabischong[7]

Présentation : Professeur d’anatomie et spécialiste des prothèses, le Pr Rabischong put mesurer la quantité de « matière grise » que les ingénieurs déploient pour mettre au point le moindre substitut aux organes du corps. Or l’organe imité par la prothèse est toujours, et de loin, très supérieur à la copie. L’information, l’ordre, le programme sont le contraire du hasard. Comment donc ne pas admettre l’existence d’un Programmeur, même invisible, à l’origine de chacune des espèces intelligemment conçues qui s’offrent à notre étude ? Or la théorie de l’évolution affirme que les différentes formes vivantes sont sorties les unes des autres (c’est « l’ancestromanie ») par l’accumulation de petites variations aléatoires (les mutations).

En face les anti-évolutionnistes ont coutume de distinguer la « microévolution », petite variation intraspécifique (cas réel et observé) de la « macroévolution », grand saut avec apparition d’organe nouveau (cas mythique car inobservé). La microévolution serait alors acceptable, tandis que la macroévolution serait à rejeter. Le Pr Rabischong expose ici pourquoi même le terme de microévolution revient à entériner un processus darwinien (non dirigé) non prouvé.

La nature, qui est la collection des êtres vivants, le « musée de la vie », n’est pas un chaos désordonné. Elle est constituée d’une série d’espèces bien définies et différentes représentant autant de « communautés reproductives » selon la définition d’Ernst Mayr. Tous les membres d’une espèce sont interféconds et il existe une barrière génétique empêchant les copulations productives hors de l’espèce.

Chaque espèce a sa propre variabilité, inscrite dans le programme génétique, et son adaptabilité propre définissant les limites de sa survie dans un environnement particulier. Comment alors expliquer la grande diversité du vivant ?

Au sein de l’espèce, essentiellement par la reproduction sexuée. Celle-ci permet le mélange des programmes parentaux selon des règles très strictes d’appariement des deux moitiés génomiques parentales.

Le phénomène critique est en effet la méiose durant laquelle les deux chaînes d’ADN se conjuguent. Une double « boîte à outil » génétique est prévue pour réparer en temps réel les possibles erreurs de ce processus de haute technologie. Deux enzymes, l’ADN polymérase et l’exo nucléase, font cette opération sans pouvoir cependant stopper le processus. En cas d’erreur non immédiatement réparable, ou bien la totalité du système est arrêté conduisant à un avortement dit spontané, ou bien le système reste viable malgré son erreur, et dans ce cas peut survenir une malformation, ce qui reste néanmoins très rare. Celle-ci peut se transmettre aux générations suivantes soit par la mère soit par le père, et la malformation est soit dominante soit récessive.

Dans ce contexte bien défini, on peut comprendre que vouloir expliquer l’apparition des 3 millions d’espèces que nous connaissons par une succession d’erreurs imprévisibles et donc non programmables relève d’une pure fantaisie. On ne peut pas faire de la haute technologie en additionnant des erreurs. Car les mutations, considérées par certains comme le moteur de l’évolution, sont réellement des erreurs qui peuvent n’avoir aucune conséquence visible ou qui peuvent donner lieu à des malformations graves touchant des gènes ou même des chromosomes entiers comme dans la trisomie 21 caractérisant les enfants dit mongoliens en raison de leur apparence particulière. Ces déviations importantes du schéma spéciel donnent la plupart du temps des sujets stériles ne pouvant pas transmettre l’anomalie génétique. Divers chercheurs ont étudié les phénomènes d’hybridation interspécielle qui peuvent engendrer des individus viables comme le mulet, issu de l’âne et d’une jument, ou le tigron, issu du tigre et d’une lionne.

Mais ces hybrides sont stériles, ce qui montre bien que tout est fait pour donner une grande force à l’espèce, qui est réellement la base « antichaos » du système naturel. Il n’en va pas de même pour les plantes qui n’ont pas toutes une reproduction sexuée.

On peut donc analyser le concept de microévolution, qui, on doit le rappeler, est le principe essentiel du gradualisme prôné par Darwin. Accepter la microévolution veut dire qu’on accepte la possibilité d’un changement de caractère phénotypique[8] au sein d’une espèce par un changement aléatoire de type mutationnel au sein du programme génétique. On peut prendre pour exemple la résistance aux antibiotiques de certaines souches de bactéries. En fait ce phénomène tout à fait réel ne peut pas justifier l’existence de mutations dites « profitables » qui donneraient naissance à une variété mieux adaptée à son environnement. Il s’agit incontestablement de l’expression de la variabilité inscrite dans le programme d’une bactérie, et qui lui permet de ne plus répondre à l’agression d’un antibiotique, extrait lui-même la plupart du temps d’un microorganisme.

Le vrai problème est de savoir si une mutation peut ajouter de l’information au génome pour la création éventuelle d’un nouveau système spéciel. Or son caractère aléatoire la prive de cette possibilité de participer à l’élaboration d’un programme nouveau nécessitant à l’évidence une « concertation » multifactorielle techniquement intelligente. Il est donc important de ne pas utiliser le mot de microévolution qui ne correspond pas à une réalité biologique et qui plonge immédiatement l’utilisateur dans la logique darwinienne. Si, de même, croire dans l’évolution veut dire croire au passage progressif d’une espèce à une autre, cette conception n’est plus acceptable, comme nous allons le voir.

S’agissant de la macroévolution, le problème est le même. On parle de macroévolution à propos des grands sauts « technologiques », comme le passage reptile/oiseau.

Le gradualisme de Darwin n’est plus applicable et Darwin luimême s’en tire par une pirouette en affirmant que notre collection de fossiles est trop incomplète pour trouver le bon chaînon manquant ( missing link ) qui effacerait la discordance. Stephen Jay Gould et Nils Eldredge ont suggéré de parler de ponctualisme, c’est-à-dire de changements brusques dans l’évolution succédant à des périodes relativement stables.

On doit aussi souligner le fait qu’aucun fossile connu n’est un « raté », mais au contraire le témoin incomplet[9] d’un organisme de « haute technologie » biologique. Si on prend l’exemple de la limule qui se retrouve inchangée dans toutes les couches géologiques, on est obligé d’admettre qu’une des qualités majeures des programmes génétiques est leur grande stabilité dans le temps. Il n’y a pas dans la biologie de « bricolage », comme le disait François Jacob, mais une très grande rigueur avec des règles précises et intelligentes, admettant cependant une certaine flexibilité. Certes, la sélection naturelle existe, mais comme la possible élimination d’une espèce qui n’est plus intégrée dans un environnement répondant à son adaptabilité programmée génétiquement. Or éliminer n’est pas innover.

Parvenu à ce stade du raisonnement, il semble logique de se poser la question suivante qui n’accepte qu’une réponse binaire : concernant l’origine du monde vivant, le système a-t-il pu se faire seul par une suite de mutations aléatoires et non programmables sélectionnées par un jury inintelligent nommé sélection naturelle sans aucune intervention extérieure, ou le système de la vie a-t-il été mis en place par un Constructeur génial et créatif qui a toutefois souhaité rester invisible et muet. La première hypothèse, qui correspond au darwinisme sous toutes ses formes, peut difficilement résister à une critique dirimante fondée sur la non contemporanéité des mutations mâle et femelle.

En d’autres termes, d’après ce que nous avons dit de l’espèce, communauté reproductive exclusive, créer une nouvelle espèce par des mutations aléatoires implique que le mâle (ou la femelle) qui sort par sa mutation du patrimoine génétique de l’espèce avec les membres de laquelle il n’est plus fécondant, trouve une (ou un) partenaire qui ait au même moment la même mutation aléatoire. Ce phénomène est d’une très faible probabilité statistique. De ce fait, la filiation interspécielle n’a jamais pu être démontrée scientifiquement ou expérimentalement, ce qui devrait mettre fin à la notion de transformisme, proposée par Darwin, pour caractériser le passage progressif d’une espèce à une autre.

Ce que j’ai appelé « ancestromanie » est précisément cette obligation, en acceptant la première hypothèse, de chercher toujours l’ancêtre qui précède une espèce donnée, ce qui pour l’espèce humaine nous ferait croire que notre ancêtre serait Orrorin Tagenensis, détrôné par Toumai, des singes totalement incultes ne se doutant pas de leur rôle déterminant pour la venue de l’homme sur la terre. Certains néanmoins se disent évolutionnistes non darwiniens en cela qu’ils acceptent le passage d’une espèce à une autre, en stipulant que le Dieu créateur a lancé le système en contrôlant, plus ou moins, d’en haut, les mutations complexes nécessaires pour expliquer les grands changements. Ce type de compromis est très facilement critiquable d’un point de vue scientifique, car il n’est fondé sur aucune donnée directement observable.

Ceci devrait nous conduire finalement à adopter la seconde hypothèse, celle d’un constructeur ayant programmé la séquence historique du vivant dans tous ses détails, et ayant choisi de mettre l’homme en dernier, peut-être pour ne pas être gêné par le seul vivant capable de critiquer ses choix et éventuellement de chercher à les détruire. Cette vision se rapproche de la conception dite fixiste émise par Georges Cuvier qui pensait qu’il n’y avait sur terre que les espèces créées par Dieu, et que seules des catastrophes naturelles pouvaient en changer l’ordonnance. La conception trop rigide de Cuvier a besoin d’être assouplie.

Mais si un constructeur puissant est à l’origine du monde vivant, il ne peut avoir laissé le hasard s’introduire dans le système, et il a dû nécessairement tout mettre en place dans le détail, sans pour autant laisser derrière lui des laboratoires ou des ateliers. Là est sans doute sa vraie puissance de création « ex nihilo ». Parler de « programmisme » comme je le fais[10], est donc adhérer à ce concept d’un constructeur extrêmement intelligent comme en témoignent toutes ces réalisations que nous pouvons admirer et étudier avec tous les moyens techniques dont nous disposons actuellement. Aucun biologiste ne peut trouver stupide le processus, la structure ou la fonction biologique sur lesquels il travaille. Il ne peut que s’enthousiasmer[11] au sens propre du terme.

Pour finir, le programmisme peut être accepté par tout le monde, croyant ou non croyant. Les croyants peuvent facilement mettre un nom sur le constructeur. Les athées et les agnostiques peuvent accepter l’idée d’un programme, même s’ils ne veulent pas croire en un constructeur invisible et muet[12]. Quant aux scientifiques, ils répugnent dans leurs théories à faire intervenir une action extérieure non perceptible directement, ce qui correspond bien à leur vocation d’observateurs de faits reproductibles. Cependant dans les théories qu’ils en tirent, il est temps qu’ils arrêtent de nous faire croire que leurs faits scientifiques puissent relever du seul hasard, même noyé dans une échelle en millions d’années, ce qui est difficilement concevable.

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Évaluation de l’Intelligent Design Claude Éon

Résumé : Le grand mérite de l’Intelligent Design, en tant que mouvement, est d’avoir permis qu’un courant antidarwinien prenne pied dans les universités américaines (cf. l’article de C. Eon dans Le Cep n° 35, p.40). Mais les ennemis de nos ennemis peuvent être de faux amis, ou encore des amis « en recherche » qu’il convient d’éclairer sur les faiblesses de leur position. C. Éon montre ici les insuffisances philosophiques de l’ID : faire de l’intelligence une cause (en sus du hasard et de la nécessité), mais ignorer les 4 causes d’Aristote, pourtant le fondateur de la philosophie de la nature ; ne voir les traces d’une intelligence que dans les êtres complexes ou les événements improbables ; s’interdire la recherche rationnelle d’une Cause première (rejet de la métaphysique). Au fond, l’ID reste engoncée dans la vision scientiste et naturaliste du monde et son seul apport est de reconnaître l’existence de causes intelligentes aux côtés des causes matérielles.

La thèse fondamentale du néo-darwinisme est que l’Évolution avance à l’aveuglette sans aucune force ni aucun agent pour la diriger. Aux yeux des scientifiques athées, c’est là son principal titre de gloire. Alors que Paley, constatant une finalité dans la nature, en concluait à l’existence de Dieu, Dawkins ne voit qu’une apparence de finalité « dirigée » par un horloger aveugle. D’où sa célèbre formule :  » Darwin a permis de devenir un athée intellectuellement comblé « .[13]

Curieusement, chez Darwin lui-même ce rejet de toute finalité ne s’est pas effectué sans douleur ni hésitation. L’idée de création était alors encore si prévalente que les amis de Darwin, à son grand désespoir, interprétaient spontanément la sélection naturelle comme le moyen utilisé par Dieu pour diriger l’Évolution. Si cette conception l’emportait, c’en était fait du rôle explicatif de la sélection naturelle. En montrant comment une adaptation aveugle et graduelle pouvait contrefaire les apparences d’une finalité, Dieu devenait complètement inutile.

Et cependant, toute sa vie durant, Darwin a été taraudé par cette question: « Je ne puis croire que le monde tel que nous le voyons soit le résultat du hasard; et pourtant je ne puis voir dans chaque chose le produit d’une finalité », écrit-il à son ami Asa Gray.

C’est face à cette négation de toute finalité prônée par le darwinisme, que se situe le mouvement de l‘Intelligent Design (en français « intelligence intentionnelle »), désormais abrégé en ID. Sa thèse centrale est en effet qu’il existe des structures naturelles qui ne peuvent s’expliquer par des forces naturelles non dirigées et qui montrent des caractéristiques telles qu’en toute autre circonstance on les attribuerait à une intelligence.

Au fond l’ID est la science qui étudie les signes d’intelligence. Son véritable but est de définir scientifiquement les critères de distinction entre ce qui est causé par l’intelligence et ce qui ne l’est pas. Sous cet angle, il ne s’agit pas d’une nouveauté car plusieurs sciences utilisent déjà cette distinction. Ainsi la science médico-légale cherchant à connaître la cause d’un décès: est-ce un accident (le hasard) ou un acte volontaire accompli par une intelligence ? Ainsi également l’archéologie: tel objet est-il ou non un artefact humain ? Mais l’exemple le plus frappant est sans doute le programme américain dit SETI (Search for Extraterrestrial Intelligence) ou recherche d’une intelligence extra-terrestre pour lequel des millions de dollars sont dépensés dans l’espoir de découvrir un message émanant sans équivoque d’une intelligence autre qu’humaine. Tout l’effort de l’ID est alors de définir en quoi consiste la marque infaillible d’une intelligence. Cette dernière laisse toujours une trace que William Dembski, le principal théoricien de l’ID, appelle une specified complexity[14] : « Un évènement montre une complexité spécifique s’il est contingent et donc non nécessaire; s’il est complexe et donc non reproductible par hasard; et s’il est spécifié en ce sens qu’il atteint un objectif prédéterminé. » Par exemple, un radio-message de l’au-delà donnant la liste de tous les nombres premiers satisferait à tous ces critères.

Dans le domaine de la biologie, le Professeur Michael Behe propose une notion identique avec sa « complexité irréductible ».[15] Mais à cette dernière notion la complexité spécifique ajoute le critère d’intelligence, ouvrant ainsi la voie à la théorie de l’information.

Pour l’ID le point est de savoir si la Nature, système clos de causes naturelles aveugles, peut générer une complexité spécifique. « Les concepts de complexité irréductible et de complexité spécifiée rendent empiriquement décelables les causes intelligentes et font de l’ID une théorie scientifique à part entière, se distinguant des arguments finalistes des philosophes et des théologiens, ou de ce qui est communément appelé

« théologie naturelle. » [16]

Ces positions de l’ID appellent quelques remarques. D’abord l’ID se présente comme une objection fondamentale à la thèse centrale du darwinisme, sans chercher à aller au-delà. C’est, à notre avis, son péché originel. D’ailleurs l’ID ne s’oppose nullement à l’évolutionnisme et certains de ses représentants, tel M. Behe, catholique de surcroît, se proclament évolutionnistes convaincus. En effet l’évolutionnisme théiste n’a rien à redouter de l’ID.

Ensuite, comme nous le verrons plus en détail, l’ID ne connaît que trois sortes de causes: le hasard, la nécessité (causes naturelles) et l’intelligence. L’ID s’inscrit ainsi en marge d’une vision traditionnelle de la philosophie de la nature à laquelle elle aurait pu et dû apporter ses arguments tirés de la science moderne en biologie et en cosmologie. Est ainsi perdue l’occasion de retrouvailles entre la science empirique et la philosophie, théologie naturelle comprise, après leur séparation malencontreuse au 17ème siècle.

L’ID se veut une science de l’intelligence, mais curieusement elle s’interdit de chercher à connaître ou à définir cette intelligence.

L’ID admet que sa position a des implications théologiques, mais elle se défend d’avoir elle-même une théologie. Chacun reste libre de concevoir comme il l’entend la nature de cette intelligence de laquelle le Cosmos – au moins dans ses structures les plus complexes – proclame l’existence. Pour Dembski, Dieu n’est pas la conséquence nécessaire: « Il n’y a pas de raisonnement (inferential chain) partant de ces témoignages de finalité dans la nature pour aboutir à un Dieu personnel, créateur transcendant. »[17]

Cette position est typique d’une pensée protestante ne distinguant pas le Dieu de la philosophie et le Dieu de la théologie. A vrai dire, les protestants sont loin d’être les seuls à ne pas vouloir admettre la possibilité d’une démonstration purement rationnelle de l’existence de Dieu. Pour l’immense majorité de nos contemporains, évoquer Dieu est déjà parler religion, domaine où la subjectivité (sincère, bien entendu) est la loi! Exit toute métaphysique et toute réflexion sur la nature du réel contingent dans lequel nous vivons, pourtant objet propre de l’intelligence humaine. Et si la métaphysique a été évacuée, c’est parce que les notions premières de la philosophie de la nature ont été chassées lors de la naissance de la science expérimentale.

Depuis Aristote on devrait pourtant savoir que sans une Physique, connaissance des êtres mobiles, de la nature, il n’y a pas de MétaPhysique, connaissance de l’être en tant qu’être, abstraction faite de ses particularités physiques et de sa quantité.

D’ailleurs beaucoup de catholiques, de nos jours, sont hélas convaincus que Dieu ne peut être connu que par la Foi. Pourtant, dans l’édition française du Denzinger, il ne trouve pas moins de 15 références sous la rubrique « capacité de l’homme à connaître des vérités religieuses. » Parmi ces textes du Magistère citons le Décret de la Sacrée Congrégation des Etudes du 27 juillet 1914, qui résume les cinq voies traditionnelles de saint Thomas d’Aquin.

« Nous n’atteignons l’existence de Dieu ni dans une intuition directe ni ne pouvons la démontrer a priori mais bien a posteriori < à partir des choses crées> [Rm 1, 20], par un raisonnement allant des effets à la cause; c’est-à-dire des choses qui se meuvent et ne peuvent avoir en elles-mêmes le principe adéquat de leur mouvement au premier moteur non mû ; du déroulement des choses du monde subordonnées entre elles à la première cause sans cause; des choses corruptibles, qui pourraient aussi bien ne pas être qu’être, à l’être absolument nécessaire; des choses qui, parmi les perfections limitées de l’être, de la vie, de l’intelligence ont plus ou moins l’être, la vie et l’intelligence, à celui qui est au plus haut degré l’intelligence, la vie et l’être; enfin de l’ordre de l’univers à une intelligence séparée qui ordonne, dispose et dirige toute chose vers sa fin. »(Dz3622)[18]

Dans le but de « répondre aux questions les plus difficiles sur l’ID », W. Dembski a publié l’ouvrage déjà mentionné The Design Revolution. Cet important plaidoyer pro domo nous servira de guide dans l’analyse critique du mouvement.

L’Intelligent Design et la Création

Alors que la création s’intéresse à l’origine de l’être, l’ID ne considère que les êtres déjà existants, et parmi ces derniers ceux seulement qui évoquent une intelligence organisatrice. D’après Dembski on pourrait avoir une création sans ID et une ID sans création. « On pourrait avoir une doctrine de la création où Dieu crée le monde de telle manière que rien n’y oriente vers une intelligence intentionnelle. »

Il serait logiquement possible (n’oublions pas que Dembski est avant tout un mathématicien) que Dieu eût créé un monde ne donnant pas de preuve de son œuvre.

« L’ID ne cherche pas l’origine ultime de la matière et de l’énergie, mais la cause de leurs agencements actuels, particulièrement de ces réalités qui montrent une complexité spécifique. »

Bien que création et ID soient logiquement séparables, on constate cependant que la plupart des adeptes de la création pensent que celle-ci offre de nombreuses preuves d’intelligence: « Les cieux racontent la gloire de Dieu » (Ps 19, 1). Mais « comment l’univers montre l’intelligence intentionnelle reste une question controversée.(…) Pour les adeptes de l’ID cette intention est scientifiquement décelable…à la

différence du croyant qui ne discerne cette intentionnalité que par la Foi. » Une telle formulation montre bien la méconnaissance par l’ID de l’intelligibilité essentielle de l’être ainsi que des principes premiers d’une saine philosophie de la nature. En réalité, il y a derrière cette position une erreur sur la théorie de la connaissance. Depuis Descartes, en effet, l’intelligence est détournée de son objet propre, l’être sensible, en faveur de l’idée claire et pure ; idée d’autant plus pure qu’elle est davantage détachée du réel concret connu d’abord par les sens, déclarés peu fiables.

En ne cherchant l’intelligibilité que dans les réalités complexes, l’ID passe à côté de la démarche antécédente indispensable qu’est l’intelligibilité de l’être comme tel. Comme si les réalités non complexes ne renvoyaient pas, elles aussi, à une intelligence créatrice ! Le corollaire de cette attitude envers la création est naturellement que l’ID se défend de toute attache au « créationnisme scientifique. » Ce dernier, pour Dembski, repose sur deux présupposés: le monde a été créé par un agent surnaturel, et le récit de la Genèse est scientifiquement exact. Or, l’ID n’a aucun présupposé religieux: « Nulle part l’ID n’essaie d’identifier la cause intelligente responsable de la finalité dans la Nature », elle laisse cela à la philosophie et à la religion. « La création présuppose un créateur qui est à l’origine du monde et de tous ses composants. L’ID cherche seulement à expliquer l’agencement des composants à l’intérieur d’un monde déjà existant. » Cela montre que l’ID, en dépit des apparences, se rattache à la conception scientiste ou naturaliste de la science.

Pour le naturalisme, qui est l’armature philosophique officielle de la science, le monde est un système clos fonctionnant selon des lois ou causes naturelles aveugles.

Pour le naturalisme l’intelligence est elle-même un produit de l’évolution et pas du tout une cause. L’homme n’est finalement qu’un accident de la Nature! Le naturalisme se défie de l’intelligence parce qu’il voit bien que la liberté en est indissociable. Or, il n’est pas possible de concilier un déterminisme aveugle rigoureux avec une cause intelligente libre.

En refusant toute recherche sur la nature de l’intelligence, l’ID reste en harmonie avec la conception naturaliste de la science et, comme elle, rejette tout prolongement philosophique (déclaré relever de la subjectivité non rationnelle). L’ID perpétue ainsi le malheureux divorce entre la science empirique et la philosophie de la nature.

L’ID se présente comme un programme de recherche scientifique: est-ce que certaines structures naturelles montrent clairement des marques d’intelligence? Dembski reconnaît que la réponse à cette question comporte des conséquences théologiques éventuelles, mais cela ne fait aucunement de l’ID une entreprise théologique. Si tant de critiques de l’ID veulent y voir une théologie déguisée c’est parce qu’ils projettent sur l’ID ce que celle-ci dévoile dans leur propre conception, à savoir que le darwinisme est lui-même devenu une théologie. Tout autant que l’ID, le darwinisme a des implications radicales pour la théologie sans pour cela en faire une entreprise théologique. En outre, si le darwinisme, conçu comme une théorie de l’émergence de la complexité biologique, est une théorie scientifique, on ne voit pas pourquoi l’ID conçu comme une théorie sur les limites des causes naturelles non dirigées pour engendrer la complexité biologique ne serait pas, elle aussi, une théorie scientifique. L’essentiel pour Dembski est qu’on ne puisse à aucun moment soupçonner l’ID d’être autre chose qu’une théorie purement scientifique, lavée de tout soupçon d’attache à une création, au créationnisme, à la théologie, voire même à une quelconque philosophie purement rationnelle.

L’Intelligent Design et la finalité

L’ID entend se distinguer clairement de tout argument finaliste ou téléologique. Contrairement à Paley qui, à partir de faits biologiques longuement analysés, concluait à l’existence d’une théologie naturelle, l’objet de l’ID est beaucoup plus modeste, car celle-ci se contente d’identifier des signes d’intelligence pour des conclusions strictement scientifiques.

L’ID ne s’intéresse pas aux questions de savoir si une théorie de la finalité est vraie ou si l’auteur de l’agencement complexe existe ni quels sont ses attributs. Elle est compatible avec ce que les philosophes des sciences appellent l’approche empiriste constructive de l’explication scientifique.

Pour cet empirisme la légitimité des entités scientifiques vient de leur utilité à faire avancer la science et non pas de leur réalité. C’est ainsi que la science utilise des notions dont elle n’a aucune preuve d’existence, comme par exemple la « matière noire » qui ne constituerait pas moins de 95 % de l’univers…A ce titre, l’auteur du dessein intelligent pourrait n’être qu’une entité théorique! Bref, l’argument de la finalité relève de la métaphysique ou de la théologie, mais pas de la science. Le plus grand titre de gloire de Darwin n’est-il pas d’avoir libéré la science de toute finalité en la remplaçant par un mécanisme aveugle ?

Dans les arguments de finalité on s’efforce d’établir, par une approche philosophique, l’existence et les attributs d’une cause intelligente à partir de certains caractères du monde réel. L’ID se contente d’identifier les effets d’une intelligence sans s’intéresser aux caractéristiques de cette intelligence et sans se demander où, quand, comment et pourquoi cette intelligence agit. L’ID ne cherche qu’un seul critère, la complexité spécifique, lui permettant d’en inférer une intelligence. « Ainsi, lorsqu’un évènement, un objet ou une structure dans le monde montre une complexité spécifique, on en conclut qu’une intelligence en est responsable. »[19]

Pour les scientifiques, les causes naturelles sont soit le hasard, soit la nécessité ou leur combinaison.

Ainsi, pour le néo-darwinisme le hasard (la variation ou mutation) et la nécessité (la « loi » de la sélection naturelle) expliquent toute la biologie. Inutile de faire appel à une cause intelligente. Pour l’ID, au contraire, l’existence d’une complexité spécifique signifie qu’on ne peut pas exclure a priori l’intelligence parmi les causes. La notion de complexité spécifique est donc au cœur de toute la théorie de l’ID. Dembski en a longuement analysé la nature qui relève essentiellement de la théorie des probabilités.

Il s’agit, en effet, de montrer que l’événement n’a aucune probabilité de relever soit du hasard, soit de la nécessité. C’est seulement à cette condition que l’on devra conclure à une cause intelligente. Ainsi pour l’ID il existe non pas deux genres de causes mais trois: le hasard, la nécessité et le « design » ou intention.

Pour conclure à une cause intelligente, Dembski propose de recourir à un filtre: le phénomène qu’il s’agit d’expliquer (1) est-il contingent ou est-il le fruit d’une nécessité ? S’il est contingent (2) est-il complexe ou est-il simplement le fruit du hasard ? S’il est complexe (3) l’est-il au point qu’il ne puisse pas être mathématiquement imputé au hasard en vertu des lois de la probabilité ? On le voit, Dembski analyse le hasard et la nécessité en probabiliste: la nécessité est un cas particulier du hasard où la probabilité tombe à zéro ou 1. Le hasard ainsi compris inclut la nécessité, le hasard (au sens ordinaire) et la combinaison des deux. Nous sommes donc en présence d’une explication mathématique du hasard et non philosophique.

Et ce qui lui permet finalement de détecter la finalité, l’intention, c’est la complexité spécifique. Quelle est alors la fiabilité de celle-ci ? Le critère n’est pas fiable pour les « faux négatifs » (quand le critère peut ne pas reconnaître des objets intelligemment causés) car les causes intelligentes peuvent imiter les causes naturelles non dirigées. Pour les « faux positifs » (quand le critère reconnaît un objet intelligemment causé ; mais l’est-il vraiment?) la complexité exceptionnelle n’est pas fiable pour éliminer, mais elle est fiable pour détecter la finalité.

Attribuer une complexité exceptionnelle à quelque chose revient à dire que la spécification à laquelle elle se conforme correspond à un évènement tout à fait improbable, compte tenu de tous les mécanismes matériels qui pourraient le produire. Il faut choisir: l’objet est soit inexplicable, soit intentionnellement conçu.

Il faut souligner le caractère probabiliste de toute cette théorie. La simple improbabilité ne suffit pas à exclure le hasard, il faut, dans chaque cas, déterminer le degré d’improbabilité qui doit être atteint avant de pouvoir exclure le hasard.

Par rapport à la conception de la causalité de la science moderne, l’apport de l’ID apparaît bien mince. Finalement elle montre seulement l’insuffisance du hasard comme cause. Mais cela nous le savions depuis Aristote : son analyse se trouve dans sa Physique (chapitre 2, livre 2). Le hasard étant la rencontre contingente, accidentelle de deux séries causales indépendantes (ou davantage), ne peut pas être, par lui-même, considéré comme une cause.

En effet, une cause accidentelle suppose la cause nécessaire à laquelle elle s’ajoute. Si tout est accidentel, il n’y a plus que des effets sans cause, et donc toute science devient impossible ! D’autre part la finalité ne se découvre pas par un simple calcul de probabilités. Le principe de finalité n’est pas perçu par l’expérience, mais par l’intelligence. « La finalité dans la nature, dans un organisme vivant par exemple, n’est pas proprement sensible comme l’est la chaleur ou la couleur. C’est un objet de soi intelligible et sensible seulement per accidens, selon le vocable aristotéliciene. En d’autres termes la finalité est accessible à la seule intelligence qui la perçoit, immédiatement et sans discursus, à la présentation de l’objet sensible. C’est ainsi qu’il est évident à notre intelligence que les ailes sont pour voler, l’œil pour voir. »[20] La machinerie compliquée de l’ID ne paraît pas de nature à nous conduire à une vue exacte de la finalité dans la nature, ni même à une conception satisfaisante de la causalité dans la science. La « nécessité » reconnue par la science appelle une analyse qui serait autrement féconde et beaucoup plus radicale.

En réalité, et contrairement à son ambition, l’ID ne marque aucun progrès par rapport aux démonstrations de Paley et reste même en deçà, car lui n’hésitait pas à donner un nom à l’intelligence qu’il constatait.

L’Intelligent Design et l’information

L’erreur insurmontable de la théorie de l’évolution est de prétendre faire sortir le plus du moins: pour passer d’une espèce à une autre plus évoluée, plus complexe, il faut apporter un supplément d’information.

Dembski ne consacre pas moins de six chapitres aux rapports entre ID et information. Il se demande d’abord quelle est la différence entre l’information et la matière et quelles sont leurs relations avec la théorie de l’ID. Question intéressante pouvant amener à des aperçus sur la cause formelle, largement ignorée par la science moderne. « La matière est ce qui peut prendre n’importe quelle forme. L’information est ce qui donne une forme à la matière, à l’exclusion de toutes les autres (formes). »[21]

Il faut entendre « forme » au sens très général, sans distinguer, comme Aristote, entre la forme physique, l’apparence extérieure, et l’essence, la forme substantielle. Ainsi le sculpteur apporte de l’information en donnant une forme à un bloc de marbre. Mais, ajoute l’auteur, « les intelligences ne sont pas les seuls agents capables de structurer la matière et donc d’apporter de l’information. La Nature, elle aussi, est capable de structurer la matière et de lui apporter de l’information. » C’est toute la différence entre un simple morceau de bois qui ne deviendra partie d’un bateau que par l’intelligence d’un architecte, et le gland qui possède en lui-même le pouvoir de se transformer en chêne.

« Mais où est l’architecte qui cause la transformation du gland en chêne? Il n’y en a aucun. »(…) « La Nature et la préméditation (design) représentent donc deux formes différentes de production de l’information. » La Nature produit l’information, non pas en l’imposant de l’extérieur mais en développant de l’intérieur les structures riches en information.

Alors la question se pose de savoir si la Nature est complète en ce sens qu’elle posséderait toutes les ressources nécessaires pour produire toutes ces structures biologiques riches en information qui nous entourent, ou bien si elle a encore besoin d’un apport prémédité pour produire ces structures ? « La théorie de l’ID prétend que l’art de construire la vie n’est pas dans la matière physique constituant la vie mais qu’il exige un architecte. » Si nous comprenons bien, cela signifie que le passage de la puissance à l’acte ne peut pas se faire sans l’intervention d’un agent ayant une intention.

Ceci n’est pas une grande découverte, mais il faut déplorer des expressions hasardeuses comme, par exemple, d’affirmer qu’il n’y a aucun architecte pour causer la transformation du gland en chêne, comme si les potentialités de la Nature ne supposaient pas une intelligence. On décèle également une conception équivoque de la Nature. Pour Aristote la nature est un principe interne à chaque chose qui en dépend, alors qu’on parle aujourd’hui de la Nature comme d’une cause universelle, en imaginant généralement une sorte de bon génie tout puissant englobant tous les êtres naturels. Pour l’ID la Nature serait donc un agent intelligent (source d’information) mais ayant quand même besoin d’un supplément d’information (provenant d’une autre source) pour produire les structures complexes que nous observons en biologie. Il faudrait alors expliquer la dualité de ces sources d’information. [ En réalité il n’y en a qu’une: le Créateur de la Nature. Mais cela l’ID s’interdit de l’affirmer explicitement. Puisque la Nature ne peut pas, à elle seule et sans une aide préméditée, expliquer l’existence de structures extrêmement complexes, cela montre que les lois naturelles sont incomplètes. Beaucoup d’évènements peuvent s’expliquer par des causes antécédentes relevant des lois naturelles. Mais celà n’exclut pas la possibilité d’une explication autre et notamment par l’intervention d’un agent intelligent. Un tel agent ne violerait pas pour autant les lois naturelles et ne serait pas réductible à ces lois.

 » L’ID considère que l’intelligence est un caractère inséparable de la réalité.

Par conséquent, elle considère toute tentative de subsumer l’action de l’intelligence aux causes naturelles comme fondamentalement erronée et estime que les lois naturelles caractérisant les causes naturelles sont fondamentalement incomplètes…L’idée que la nature est un système clos de causes naturelles et que celles-ci expliquent la totalité de tout ce qui se présente dans la nature est fortement enracinée en

Occident. »

En somme, la Nature, les lois naturelles, ne peuvent pas justifier l’existence de structures particulièrement complexes. Il faut alors faire appel à un agent intelligent extérieur à la Nature. Une telle conception suppose que « la Nature » n’est pas assez intelligente pour produire ces structures complexes. Dans les œuvres « ordinaires » de la Nature on ne pourrait pas déceler la marque d’une intelligence.

Autant de propositions très contestables qui s’expliquent par la répulsion profonde à admettre que l’Auteur de la nature est cette intelligence décelable dans la plus modeste créature et pas seulement dans les êtres complexes. En outre, on ouvre ainsi la porte aux critiques naturalistes qui auront beau jeu de dire que l’ID, de son propre aveu, fait appel à un ou plusieurs agents intelligents extérieurs aux causes naturelles.

L’Intelligent Design et l’Évolution

« L’ID est compatible avec l’idée créationniste d’organismes créés soudain à partir de rien.

Mais elle est également parfaitement compatible avec l’idée évolutionniste de nouveaux organismes provenant d’anciens organismes par changements graduels. Ce qui différencie l’ID de l’évolution naturaliste n’est ni le fait que les organismes évoluent ni la mesure de leur évolution, mais la cause de leur évolution. »

L’explication naturaliste ne retient que les mécanismes matériels, alors que l’ID requiert le concours d’un agent intelligent dont elle prétend déceler empiriquement l’action dans les réalités biologiques. La vraie question est de savoir à quel endroit les signes d’intelligence deviennent évidents ?

Mais l’endroit et le moment à partir lesquels la préméditation devient évidente n’a pas de connexion nécessaire avec l’endroit et le moment auxquels cette préméditation fut réellement introduite. L’ID n’est pas une théorie sur la fréquence, le lieu, la modalité par lesquels une intelligence intervient dans le monde matériel. L’ID est parfaitement compatible avec toutes les réalisations du monde s’exprimant par le moyen ordinaire des causes secondes. La seule exigence de l’ID est que les causes secondes reconnaissent la téléologie et que celle-ci soit empiriquement décelable.

Pour la science moderne l’évolution ne se produit pas simplement par le jeu de causes secondes, mais par des mécanismes matériels. Or, les causes secondes ne sont pas forcément des mécanismes matériels.

Ces derniers ont la faveur de la science car ils permettent d’expliquer le complexe par le simple: Lord Kelvin disait :« Je ne suis jamais satisfait tant que je n’ai pas réalisé un modèle mécanique de l’objet. Si je puis faire un modèle mécanique je puis le comprendre. » Pour l’évolutionnisme naturaliste, l’origine d’une espèce quelconque ne fournit pas de preuve de préméditation intelligente parce que les mécanismes matériels font tout le travail. Mais pour toute évolution admettant une téléologie, l’origine d’une espèce et les structures biologiques peuvent fournir la preuve d’une préméditation et démontrer l’insuffisance des mécanismes matériels. Pour résumer,  » la question cruciale pour l’ID n’est pas de savoir comment les organismes ont surgi (par évolution graduelle ou par création soudaine) mais si une intelligence a imprimé une différence décelable…

En conséquence, l’ID ne cherche pas à éliminer les causes secondes; elle cherche seulement à montrer l’erreur du naturalisme qui confond causes secondes et mécanismes matérialistes. » [22]

Ce faisant, l’ID ne se sépare pas d’une conception naturaliste de la science. Sont seulement exclus l’antifinalisme et le naturalisme méthodologique qui tous deux rejettent toute idée de finalité et d’intervention d’une intelligence dans la nature.

Mais l’ID reste compatible avec un naturalisme pragmatique cherchant seulement à comprendre la nature et prêt à accueillir n’importe quel genre d’argument pourvu qu’il soit éclairant. C’est sans doute cette attitude qui rend l’ID si attrayant aux yeux de tous ceux qui refusent une vision entièrement matérialiste du monde. Certes, la théorie est susceptible de progrès, mais dans son état présent elle ne paraît pas de nature à remplacer l’actuel paradigme foncièrement matérialiste de la méthode scientifique .

Conclusion

Depuis son apparition, l’ID a soulevé beaucoup de protestations et de querelles, mais aussi beaucoup d’espoirs.

Nous ne nous étonnons pas de la violence des critiques provenant des tenants de l’athéisme scientifique. Ils ne sauraient, en effet, admettre l’existence et encore moins l’intervention d’une intelligence quelconque à l’origine des lois naturelles qu’ils cherchent à établir. Que par là même ils adoptent une philosophie réfutée par Aristote il y a 24 siècles ne les trouble aucunement, et les tribunaux partagent très généralement leurs préjugés scientistes. C’est donc un dialogue de sourds sans aucune issue prévisible: tous les efforts de l’ID pour se présenter comme pure théorie scientifique sont vains, dès lors qu’elle évoque une intelligence et une finalité sous-jacente.

Il existe aux Etats-Unis un Manifeste de l’Humanisme, publié en 1933 puis dans une seconde version plus prolixe en 1973. L’article 1 du manifeste de 1933 déclare :« Les membres de la religion de l’humanisme [ils considèrent l’humanisme comme une religion[23]…] regardent l’univers comme existant par lui-même et non créé. » Et l’article 2 dit : » L’humanisme croit que l’homme fait partie de la nature et qu’il a émergé au terme d’un processus continu. » Tant que cette « philosophie » sera celle de l’Établissement on ne voit pas comment la théorie de l’ID pourrait faire entendre sa voix.

Rejetée par l’humanisme triomphant, l’ID est également critiquée par le créationnisme biblique. Tout en reconnaissant la validité du principe que les ennemis de nos ennemis sont nos alliés et que l’ID avance des arguments intéressants en soulignant, notamment, les présupposés naturalistes du darwinisme, les créationnistes pensent que le mouvement comporte des faiblesses peut-être fatales. Sa principale erreur est de refuser toute discussion sur l’origine de la vie et donc de ne pas pouvoir offrir une interprétation cohérente du passé. Or, il n’existe pas de terrain scientifiquement « neutre » pour expliquer les évidences, les faits, relatifs au passé. Faute d’une philosophie adéquate permettant de mettre en cause la géologie, la paléontologie, bref, tout l’aspect historique du monde, l’ID ne peut satisfaire personne.

Lorsqu’elle prétend ne pas vouloir s’intéresser aux questions de l’origine, l’ID n’est guère crédible et l’Établissement a beau jeu de dire qu’elle n’est que du créationnisme déguisé. Elle est également en difficulté pour répondre à l’objection de l’existence de la cruauté, des monstres, bref du mal dans la nature, peu compatible avec une intelligence organisatrice.

Ces critiques sont pertinentes. Elles le seraient davantage si, avant d’invoquer la Bible et la Chute originelle, les créationnistes faisaient la distinction entre le plan philosophique et le plan religieux. Le point de départ de l’ID est la contestation du mécanisme darwinien incapable d’expliquer les « complexités irréductibles ». Bien !

Pourquoi alors ne pas aller plus loin en contestant les présupposés philosophiques du naturalisme, et refaire le trajet d’Aristote montrant les fondements durables de l’explication scientifique que sont les causes matérielles, formelles, efficientes et finales.

Après avoir prouvé, oui prouvé, l’existence inéluctable d’une Intelligence organisatrice, nous aurons une base solide pour montrer que cette Intelligence n’est autre que le Dieu de la Bible, la Genèse étant le seul témoignage historique sur l’origine du monde. Au lieu de cela l’ID adhère à la conception scientiste de la science et rejette tout ensemble la création et la finalité. A défaut d’une analyse philosophique, on nous propose d’interminables calculs de probabilité, comme si la mathématique pouvait résoudre la question de savoir s’il y a une intelligence derrière la nature.

Et encore : seulement derrière les « complexités spécifiques » de celle-ci ! Croyant avoir démontré l’existence de cette intelligence, on reste alors sur sa faim car il est interdit de s’interroger sur la nature de ladite intelligence.

Il faut malheureusement reconnaître que l’examen attentif du contenu de l’ID est bien décevant et très éloigné de ce qu’on pourrait espérer d’une telle approche et des personnes souvent sympathiques qui la promeuvent. On s’étonne de l’engouement actuel pour une méthode d’analyse débouchant sur une impasse dans la mesure où elle reste compatible avec (presque) toutes les erreurs dont la science moderne nous abreuve. Pour sortir du scientisme, on ne pourra pas faire l’économie d’une critique philosophique, puisque le scientisme est une philosophie.

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La médecine de l’homme déchu

ou le péché originel à travers l’homéopathie

Dr Jean-Maurice Clercq

Résumé : Médecine quasi immatérielle, l’homéopathie est réputée ne guérir que par « effet placebo ». Elle s’oppose donc à la science matérialiste ; elle suppose aussi une conception implicitement chrétienne de l’origine des maladies : cette rupture de l’harmonie primitive que nous nommons « péché originel ». De grands maîtres de l’homéopathie en ont témoigné, tels Kent ou Masi Elizalde. Car une guérison ne saurait être durable si elle ne rétablit pas l’élément blessé, qu’il soit physique, psychique ou spirituel.

Lorsqu’un patient prend trois granules d’un remède homéopathique et les laisse fondre sous la langue pour se soigner d’une affection quelconque, il n’a certes pas conscience qu’à travers ce geste, certains homéopathes reconnaissent l’existence du péché originel, avec la maladie comme sa conséquence logique.

La thérapeutique homéopathique sollicite de notre organisme la mise en œuvre d’un mécanisme d’autoguérison (dont le processus nous demeure encore inconnu) qui n’avait pas, ou mal, fonctionné pour différentes raisons. En effet, tout individu, depuis sa naissance, est muni d’un système d’autoguérison qui le maintiendra ou le ramènera en bonne santé au cours de sa vie à travers les agressions ou les maladies qui affecteront son organisme.

Poussant plus avant la réflexion, il s’en déduit que l’organisme a été programmé pour rester en bonne santé : la maladie devient une anomalie consécutive à un parasitage qui a perturbé d’une manière ou d’une autre les défenses et le système d’autoguérison. La bonne santé est donc l’état normal dans lequel l’homme a été créé pour vivre sur terre. Toute maladie, toute pathologie crée un état de fait anormal par rapport au cours prévu de la nature ; l’homme n’a pas été créé pour être malade. Et pourtant la souffrance et la maladie sont le lot de la condition humaine, bien plus que celui de la vie animale.

C’est une constatation, et le traitement homéopathique essaie de nous ramener à la normalité originelle.

Poursuivons cette piste de réflexion sur l’origine de la maladie : il y eut, à un moment donné de l’histoire humaine, un « accident » qui a dénaturé sa destinée en perturbant ses défenses, permettant à la maladie d’apparaître, aux microbes de le rendre malade par l’affaiblissement des mécanismes d’autoguérison. Ainsi diminué, l’homme allait connaître un destin de douleur.

C’est en ces termes médicaux que l’homéopathie pose l’existence du « péché originel », ou de « l’accident » qui a vicié le cours de la vie humaine. Il devient alors intéressant de rechercher dans l’œuvre de Samuel Hahnemann, fondateur de l’homéopathie, quelle put être sa perception du « péché originel, » avec son incidence sur la thérapeutique homéopathique.

1- Concept religieux et métaphysique de la maladie.

Hahnemann, dans l’Organon, parle du « but transcendant de l’existence » et affirme que « la cause de la maladie humaine est dans la transgression de la loi, la transgression de l’ordre« . En son Esculape dans la Balance, il pense que le but de l’homme est « de se rapprocher du Grand

Esprit qu’adorent les habitants de tout le système solaire par l’intermédiaire de sensations de bien-être, d’actions qui exaltent la dignité de l’homme et de connaissances qui embrassent l’univers« . Bien sûr, cela est exprimé selon le langage du début du XIXème siècle et encore influencé par les philosophes et les encyclopédistes du XVIIIème.

Dans les « Ecrits mineurs« , Hahnemann précise : « Un grand facteur de cette angoisse existentielle est la sensation chez l’homme de se voir l’être le plus démuni de toute la création« , ce qui est à rapprocher de saint Thomas d’Aquin : « l’homme n’a ni poil, ni dent, ni aile« .

Ainsi, pour Hahnemann, « la nature laissée à elle-même » (Ecrits mineurs) et « l’incapacité de la Vix medicatrix naturæ à accomplir sa tâche » (Organon, préface de la 4ème édition) quand elle arrête son effort curatif à mi-chemin, sont les deux cause de la maladie.

« N’imiter pas la nature dans son effort très misérable pour guérir« . Et cette incapacité de la nature à guérir se retrouve dans saint Thomas lorsqu’il s’exprime sur l’intégrité originale : « Don préternaturel perdu par la transgression de la loi« .

Le docteur Alfonso Masi Elizalde[24] explicite la pensée d’Hahnemann : « L’œuvre hahnemanienne anticipe la conception existentialiste chrétienne. Nous avons la séparation, le détachement de l’homme de Dieu, la sensation de l’homme empêché et l’indication de l’angoisse existentielle comme l’origine de toutes les maladies de l’homme« . Ainsi, la conception d’Hahnemann rejoint la conception thomiste sur la nature humaine diminuée, non pervertie mais diminuée dans toutes ses potentialités, y compris celle de s’autoguérir.

L’homme est un composé substantiel où la perturbation du composé inférieur (le corps) est impossible sans la perturbation du composé hiérarchiquement supérieur (l’esprit), c’est-à-dire qu’il est nécessaire, pour les grandes maladies profondes, qu’il y ait intervention de l’esprit dans le déclenchement de la maladie et de la perturbation humaine. Le professeur Masi Elizalde précise qu’il trouve lui aussi dans les maladies les traces d’un conflit spirituel ou métaphysique : « J’ai trouvé la confirmation chez tous les malades, dans toutes les maladies, du conflit métaphysique… J’ai vu que l’homme est vraiment un composé substantiel, unitaire, à savoir non seulement psychologique et corporel mais spirituel, psychologique et corporel. C’est le critère moniste absolu. »[25]

Cependant au XXème siècle, certaines écoles d’homéopathie refusent cette conception métaphysique de la maladie, et refusent de comprendre le problème de la maladie humaine à la lumière de la Révélation à laquelle ont adhéré les grands maîtres de l’homéopathie après Hahnemann tels que Hering, Allen, Kent, etc.

Masi Elizalde, lui, conclut : « Il s’agit donc d’une conception religieuse de la médecine et de la maladie…

C’est la raison pour laquelle je prétends que l’homéopathie est la vision existentialiste chrétienne de la maladie. »[26]

2- L’origine de la maladie par le péché originel

Les enseignements du célèbre homéopathe Masi Elizalde sont intéressants à plus d’un titre, puisqu’ils cherchent à revenir à la véritable tradition homéopathique dans la droite ligne de son fondateur, et c’est pour cela qu’ils développent la conception d’Hahnemann.

Chaque homme serait un « morceau d’Adam » qui recherche

« l’attribut de la Divinité« . Il cherche la possession de cet attribut qui assurera son bonheur mais, quand il croit l’atteindre, « il comprend que son but n’est pas le bonheur mais la souffrance« . Cette recherche est anormale pour sa condition humaine, car la mesure de la divinité n’est pas la mesure de l’homme. Ce désir d’être semblable à Dieu (devenir un « homme superlatif »), cette attitude – péché d’orgueil – le conduit à refuser la réelle perfection de sa condition humaine (reçue de Dieu), et cela est pathologique[27].

L’homme possède une impulsion constitutive transcendante, d’ordre physiologique, qui l’oriente vers Dieu,. Mais il a détourné le sens de cette impulsion constitutive de sa nature vers un autre but : lui même. Il a donc décidé en Adam la déformation de sa nature et a ainsi introduit la pathologie par cette contradiction : « la maladie humaine est le résultat du combat entre le théocentrisme physiologico-constitutif et l’homocentrisme pathologique. »[28]

Nous arrivons ainsi à cette réalité du péché originel que Masi Elizalde tente d’expliquer :

« Le péché en son origine est la mystérieuse inconformité de l’homme dans son état de perfection avec la possibilité d’augmenter cette perfection par son propre travail » et se traduisant « par des mouvements d’orgueil, par le désir d’être comme la divinité :

refuser sa vraie nature pour désirer une nature supérieure (divine), pathologique pour l’homme parce que cette nature n’est pas normale de sa condition d’homme« .

La maladie devient la conséquence mécanique de ce désir insatisfait, avec la permission de Dieu. L’homme désire être éternel comme Dieu. Ce désir devient une condition psycho-pathologique au regard de sa vraie nature humaine (celle de l’homme vivant, dépendant de la matière et finissant dans la mort).

Il refuse et rejette sa condition humaine et son harmonie dans la création, qui consiste à aller vers l’immortalité ; il perd du coup sa propre perfection humaine. « Du point de vue pathologique… l’importance du péché originel est le refus par l’homme de sa propre nature, avec dégradation de cette nature et diminution de toutes ses potentialités primitives. »[29]

Puis le Pr A. Masi Elizalde finit d’expliquer le fond de la pensée d’Hahnemann : « Les substances naturelles représentent un aspect de l’ordre divin : pour cette raison Dieu a offert Sa création. Dans chaque substance, dans chaque objet de la création, il a figuré un aspect de la perfection divine, un aspect de l’ordre divin. Toute la création est mise sous le joug d’Adam. Adam est le maillon majeur. Le refus d’Adam d’accomplir sa tâche de maillon principal a détruit cet ordre et masqué la perfection primitive des similitudes de chaque substance avec un certain aspect de la perfection divine. Nous avons dit que la maladie profonde, la psore primaire[30] de l’homme, lui vient d’être responsable de certains aspects de l’altération de l’ordre.

Il doit donc trouver son simillimum[31] dans la substance chargée de représenter ce même aspect de l’ordre qu’il a assumé comme sa responsabilité personnelle.

Ces considérations trouvent confirmation si vous étudiez la manière personnelle d’être de chaque substance de la nature.

On retrouve dans cette manière de vie de la substance les mêmes problématiques que chez l’homme simillimum de cette substance. »[32]

Ainsi toute partie de la création des trois règnes (animal, végétal, minéral) représenterait un des aspects de la perfection divine[33]. Elle est capable, prise dans une proportion infime , de rétablir la perte de santé provoquée par les conséquences du péché originel en puisant dans la création cette « partie d’harmonie » qui, faisant défaut au malade, a causé sa maladie.

La simple loi de la similitude[34] servant de base à l’homéopathie, constatable par l’observation, permet de trouver sans autre moyen d’investigation scientifique la substance représentant cette « partie de perfection » qui permettra en quelque sorte la neutralisation de la perturbation physiologique ou de l’agression microbienne ayant entraîné ou déclenché la pathologie.

3- La guérison spirituelle :

Le corps étant gouverné par le psychisme, et le psychisme par le spirituel, on en vient inévitablement à l’influence de ces deux derniers sur la maladie. Bien sûr, on connaît très bien le mécanisme des guérisons par auto-suggestion (qui peuvent représenter dans certaines conditions d’expérimentation jusqu’à 28 % des guérisons, preuve indirecte que la maladie, néanmoins réelle, était provoquée par un désordre d’ordre psychique). C’est l’effet placebo.

Ce phénomène se retrouve dans les guérisons à la suite de traitements homéopathiques comme allopathiques, ou bien dans les médecines primitives et empiriques. Mais il faut aussi envisager un autre processus de guérison, différent de celui obtenu par autosuggestion et qui peut être qualifié de « guérison spirituelle ».

Puisqu’un dysfonctionnement par manque d’harmonie entre la partie consciente et spirituelle de l’individu et sa destinée matérielle peut entraîner une pathologie, le rétablissement de cette harmonie doit permettre la mise en place d’un processus d’autoguérison d’ordre spirituel. Ce genre de guérison en l’absence de traitement se trouve aussi bien dans les groupes du Nouvel Âge, à La Mecque, dans les réunions charismatiques, qu’à Lourdes[35] ou dans les véritables conversions.

Lorsqu’il y a seulement guérison apparente, parce que le malade a calmé ses inquiétudes métaphysiques, par exemple au moyen de la quincaillerie religieuse puisée dans le Nouvel Age, nous sommes alors en présence d’une « suppression temporaire » de la maladie. Le moyen utilisé par le patient n’étant pas le bon, il n’y a pas guérison au sens profond du terme. La dysharmonie spirituelle reste latente et la maladie risque alors de réapparaître sous une autre forme et d’une manière plus grave avec une autre symptomatologie, de sorte que peu de personnes feront une relation avec l’état antérieur, sauf les homéopathes qui connaissent bien les mécanismes de la suppression.

4- L’homéopathie contestée : une nécessité.

A la lumière des éclaircissements précédents, il apparaît que la véritable homéopathie doit soigner le patient dans toute sa spécificité d’être humain : corps-âme-esprit ou, selon Saint Thomas d’Aquin : âme végétative (corps), âme sensitive (sentiment), esprit rationnel (intellect).

Survient alors la question suivante : peut-on être véritablement médecin homéopathe sans être croyant ni sans tenir compte de la déficience spirituelle de son patient ? La réponse de Kent, un grand maître de l’homéopathie de la fin du XIXème siècle est nette :

« Il n’est pas possible d’être homéopathe pour un incroyant ». Mais il convient d’expliquer cette dénégation de Kent : pour être un praticien homéopathe dans sa véritable dimension, il est nécessaire d’être croyant afin de considérer le patient dans sa dimension humaine globale d’homme déchu avec ses caractéristiques physiques, psychiques et spirituelles. Si le praticien ne prend pas en compte le spirituel, il pourra certes améliorer l’état de son malade, mais il ne pratiquera pas l’homéopathie dans sa perfection pour obtenir une guérison véritable dans toute sa plénitude, assurant un état de santé harmonieux et durable, surtout si l’altération de la santé avait pour origine un trouble spirituel.

Ce trouble aura alors peu de chance d’être découvert. Si par bonheur il l’était, il risque d’être réduit à l’état de simple trouble ou manifestation psychique par le praticien athée, au lieu d’être vu comme la vraie cause, susceptible d’orienter le traitement.[36]

Il n’est pas nécessaire que le malade soit croyant pour bénéficier de la thérapeutique homéopathique, mais le fait d’être soigné par cette méthode et de cette manière rétablira sa santé dans ses dimensions physiques, psychiques et spirituelles et le disposera aussi à éveiller son sens religieux qui s’était altéré.[37]

On comprend peut-être mieux ainsi, avec la prédominance du matérialisme à notre époque, l’apparition de nouvelles maladies qui vont de pair avec la perte du sentiment de religiosité naturelle.

On comprend également mieux le dualisme qui existe entre la médecine allopathique et la médecine homéopathique, et les attaques incessantes que subit l’homéopathie. Oubliant le mens sana in corpore sano, la médecine officielle, dans sa forme caricaturale et matérialiste, en est arrivée à privilégier chez le malade les seules dimensions physiques, biologiques.

Ainsi, sans le vouloir, la médecine homéopathique est devenue une alternative « idéologique » que ne peuvent tolérer les tenants d’une médecine matérialiste. Malgré l’accumulation des preuves médicales, expérimentales ou cliniques et les recherches fondamentales, son efficacité reste contestée aujourd’hui avec les mêmes termes et arguments -au mot près- que ceux utilisés il y a plus d’un siècle par certains membres de l’Académie de médecine. L’attaque n’est plus d’ordre médical. Le procédé n’est pas nouveau, la polémique est donc loin de s’éteindre : c’est celle de la lutte du bien et du mal avec, au centre, le péché originel et l’origine de la maladie. L’homme rétabli dans sa santé se rétablit aussi dans sa véritable dimension spirituelle : celui d’un être créé par Dieu et par amour et appelé au partage éternel de la Félicité divine.

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La science au risque de la condition humaine Dominique Tassot

Résumé : Ceux qui opposent la science à la foi se représentent souvent la science comme une somme de connaissances certaines, et la foi comme irrationnelle. Cette approche méconnaît les zones d’ombre de la science, comme de toute activité humaine, et les incertitudes croissantes de dispositifs expérimentaux de plus en plus complexes.

Newton a su « arranger » certains résultats et, déjà en 1830, Charles Babbage dénonçait les procédés gradués de la fraude scientifique : la « retouche », la « petite cuisine » et le « faux » proprement dit.

On est donc toujours en droit de n’accepter les propositions faites au nom de la science que sous bénéfice d’inventaire, surtout lorsque des enjeux moraux sont en cause.

Le Père Michonneau, le célèbre apôtre des banlieues, notait jadis que l’abandon de la pratique religieuse dans les milieux ouvriers n’était pas tant dû au désintérêt de l’Eglise à leur égard qu’au sentiment diffus d’une contradiction entre la science et la foi. A contrario une récente encyclique Fides et Ratio, tout en déplorant le scientisme ambiant (n°88), reprend cette affirmation de Vatican I : « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut jamais y avoir de vrai désaccord entre la foi et la raison, étant donné que c’est le même Dieu qui révèle les mystères et communique la foi, et qui fait descendre dans l’esprit humain la lumière de la raison. »

(n°53)

De ces deux affirmations, laquelle suivre ? Ou plutôt, comment se faitil qu’une même chose, la science, donne lieu à des sentiments si opposés : le sentiment d’une contradiction avec la foi chrétienne, d’un côté ; celui d’une nécessaire complémentarité, de l’autre ?

De ce dilemme, on se débarrasse souvent par une distinction commode : la science répondrait au « comment », la foi au « pourquoi » ; ou encore ce seraient deux domaines bien séparés ayant chacun leur vérité.[38] Mais si l’on considère ce que représente le choc dévastateur de la société moderne imbue de ses prouesses scientifiques et techniques- sur la civilisation[39] et la morale chrétiennes (discernant en tout être une créature divine), il devient clair qu’une rapide réponse théorique passe à côté du drame humain (et peut-être cosmique) que représente l’affadissement ou la perte de la foi chez un grand nombre. Que vaudrait notre confort s’il fallait l’acheter à un tel prix ?

Maintenant, relisons cette contradiction apparente à la lumière des faits. Laissons de côté le concept abstrait de « science », qui masque plutôt une « théorie de la science » dans laquelle chacun -au fond- met ce qu’il souhaite, pour considérer la « réalité de la science », ce qui précède la rédaction des articles savants ou des manuels, ce qui remplit la vie quotidienne du scientifique, ce qui motive sa recherche ou sa démarche.

Car la science demeure une activité humaine. Elle ne tombe pas du ciel comme Athéna sortant toute casquée de la tête de Jupiter, et si on la pare des attributs divins de l’infaillibilité ou de la certitude, c’est peut-être par une manière d’idolâtrie à laquelle les adorateurs du Sphinx ou de Minerve n’auraient rien à envier.

1. La valeur de l’expérience

La certitude de la science, dit-on, vient de son fondement expérimental. Claude Bernard a bien montré cette nécessaire et humble soumission aux résultats observés.

Les grands progrès scientifiques reposent sur l’établissement d’un fait nouveau ou méconnu. C’est l’observation des satellites de Jupiter par Galilée qui sonna le glas de la physique aristotélicienne (et, par un contrecoup malheureux, lança la philosophie dans l’idéalisme) : il existait donc plus d’un centre de gravitation dans l’univers, et ce fait renversait ipso facto l’ancienne cosmologie. De même les expériences de Mendel sur la forme et la couleur des pois aboutirent aux lois de l’hérédité et fondèrent la génétique.

Mais, en pratique, cette évidence et cette simplicité de l’expérience et de son interprétation se révèlent bien plus apparentes que réelles. Lorsque Grassi -astronome jésuite- observa des comètes, Galilée affirma qu’elles n’existaient pas, qu’il s’agissait d’effets illusoires dans la lunette. Le Florentin polémiquait alors contre Grassi et ne voulait pas admettre que son adversaire eût fait une découverte. De plus, ces corps célestes avaient la mauvaise idée de ne pas tourner autour du soleil, ce qui lui déplaisait fort!… Avec les lunettes de l’époque, aux lentilles imparfaitement taillées et polies, on pouvait effectivement rester dans le doute, surtout si on le souhaitait.

Aujourd’hui, les dispositifs expérimentaux sont d’une complexité redoutable, enchaînant souvent une ou plusieurs dizaines d’appareils et d’instruments, si bien qu’une description, même détaillée, de la procédure ne suffit plus à reproduire les résultats : il faut encore le « coup de main » du laborantin qui, ayant répété la « manip » des centaines de fois, devient le seul au monde à savoir interpréter le signal final qui va zébrer l’écran d’un ordinateur.

En 1983, deux spécialistes de biologie marine, Baross et Deming, publient un article sensationnel dans Nature : les sources chaudes des grands fonds marins contiennent des bactéries capables de se multiplier en laboratoire dans l’eau à 250°C ! On croyait alors que toute vie était impossible au-dessus de 110°C. La presse s’en empara, vu les conséquences sur la possibilité de trouver la vie sous la croûte terrestre ou sur d’autres planètes. Puis un thésard, Jonathan Trent, voulut reproduire l’expérience.

Au bout de plusieurs mois, il finit par découvrir que la prolifération bactérienne venait en réalité du lot d’une substance, l’agar-agar, qui servait à solidifier les particules concentrées dans l’échantillon pendant sa déshydratation[40]. Si, à son premier essai, Trent avait utilisé le même fournisseur que Baross, il aurait confirmé le résultat expérimental, pourtant faux. On notera en passant que le démenti publié par Trent dans

Nature n’a fait aucun bruit.

La soumission à l’expérience est certes un guide précieux pour le scientifique, un garde-fou et une école d’humilité. Mais on comprend sur cet exemple (qu’il serait facile de multiplier) combien relative est la qualité de certitude qui ressort d’un résultat expérimental. Nul ne peut passer son temps ni dépenser son budget à refaire les expériences des autres ; on s’appuie plutôt sur ces résultats « acquis » pour aller plus loin… Ainsi le doute reste toujours possible, à chaque étape, si bien que la science moderne repose largement sur la confiance et sur la foi (en l’autre), ce qui finit par exclure toute possibilité de certitude absolue. Selon le mot d’Antoine Béchamp, le précurseur qui, dès 1880, avait découvert au microscope les lysosomes: « on suppose toujours, et de supposition en supposition, on finit par conclure sans preuves »[41].

Disons-le sans esprit polémique : il faut au scientifique accepter les limites de son art ; et il se trouvera ainsi libéré du fardeau insoutenable d’avoir à nourrir le mythe d’une science impeccable, qui n’est pas.

2. Ensemble à la recherche de la vérité

De quelque manière, l’homme de science authentique, et c’est toute sa grandeur, cherche la vérité. Il se qualifie désormais de « chercheur », ayant répudié le mot de « savant » dont la prétention finissait dans le ridicule.

En 1885, Marcellin Berthelot, fondateur de la chimie organique et secrétaire de l’Académie des Sciences, ne réclamait pourtant plus que quelques dizaines d’années pour achever la science ! « Le monde est aujourd’hui sans mystère »[42], proclama-t-il un peu vite. Puis le temps fit son œuvre et, de dizaine d’années en dizaine d’années, le scientisme un instant tonitruant dut peu à peu amener son drapeau et se rabattre sur la théorie du « modèle ». Pour ces émules de Kant, la science n’atteint pas la réalité : elle n’en construit que des modèles, puis les affine et les perfectionne…

Dans ce climat d’humilité érigée en règle, le modeste tâcheron cantonné dans sa discipline devrait, pense-t-on, vivre sa recherche comme un moine en quête de l’Absolu : à l’opposé du monde de la politique, là tout n’est que désintéressement et intégrité ; les passions ont suspendu leur cours et la moindre peccadille provoque aussitôt la coulpe du repenti…

Or la science, fût-ce à son corps défendant, demeure une activité humaine. Le chercheur y transporte donc ses passions et ses petitesses, ses besoins et ses intérêts personnels. Il lui faut plaire à un chef de service, décrocher une subvention, parvenir à publier quelque chose (« publish or perish ! », disent élégamment les Anglo-saxons). La tentation est donc forte d’arranger un peu ses résultats, de passer sous silence une mesure divergente, ou d’utiliser sans le dire le travail d’un collègue proche ou lointain.

Deux journalistes américains ont pu constituer sans peine un livre entier sur la fraude dans les sciences[43] ; leurs exemples couvrent aussi bien la physique et la biologie que les sciences humaines et, bien sûr, la paléontologie[44].

Le géologue hindou Gupta réussit à publier 110 articles dans des revues spécialisées en prétendant avoir « découvert » des fossiles qu’il achetait tout simplement aux USA. Il fallut la perspicacité et la ténacité d’un étudiant australien pour le démasquer.

Quand cette question de la fraude est abordée, on tend à la minimiser : il s’agirait de faits exceptionnels, limités à quelques brebis galeuses… Or Broad et Wade concluent au contraire : « A maintes reprises la vérité a été trahie par les scientifiques, soit involontairement, soit par intérêt personnel, soit encore parce qu’ils pensaient mentir au nom de la vérité. Les autorités scientifiques affirment que la fraude n’est rien de plus qu’un opprobre éphémère jeté à la face de la science. Mais ce n’est qu’en reconnaissant la fraude comme un phénomène endémique que l’on pourra comprendre la véritable nature de la science et de ses serviteurs » (op.cit., p.252).

Ainsi aucune des 1025 étoiles recensées par Ptolémée n’appartient à la bande du ciel à la fois visible d’Alexandrie mais invisible de Rhodes. Dennis Rowlings, un astronome de l’université de Californie, en déduit que Ptolémée a tout simplement repris les observations d’Hipparque de Rhodes. Galilée effectuait des « expériences par la pensée », ainsi celle de la chute d’une balle lancée du haut du mât d’un navire en mouvement. Par inertie la balle devrait tomber au pied du mât, mais la réalisation pratique sur une galère aurait été délicate et Galilée se contenta d’affirmer « qu’il en est ainsi parce qu’il ne peut en être autrement. »[45]

Newton lui-même, dans son désir d’impressionner les scientifiques continentaux par la précision de ses prédictions, introduisit une « correction » de 20 % au calcul de la vitesse du son, dans la seconde édition des Principia, pour se rapprocher des mesures qui venaient d’être réalisées par William Derham.9 Il truqua encore sa démonstration de la précession des équinoxes (l’erreur initiale était de 50 % !).

Comme son collaborateur Roger Cotes renâclait, il finit par ne plus lui répondre et ôta de la préface l’hommage qu’il avait prévu de lui rendre.[46] Si d’authentiques « grands » de la science, mus par la vanité, s’abaissent à ces petites manœuvres, quelle tentation pour des chercheurs de moindre envergure ?

Il faut savoir qu’environ 10 % des auteurs publiés sont cités par d’autres, donc contribuent effectivement à l’avancement de la science (hormis le cas des chercheurs que leurs concurrents omettent sciemment de citer pour minimiser leur importance ou celle de leur nation). En d’autres termes, 9 chercheurs sur 10 ont besoin de se faire valoir auprès de leur hiérarchie par d’autres moyens que par l’intérêt théorique de leurs travaux. Dans ce contexte de concurrence forcenée en vue de la notoriété, on comprend que surviennent bien des accommodements avec la stricte vérité expérimentale.

Déjà en 1830 (!) Charles Babbage[47] dans ses « Réflexions sur le déclin de la Science en Angleterre » proposait un classement gradué en 3 types de fraudes. La « retouche » consiste à rogner les observations qui s’écartent le plus de la moyenne. La « petite cuisine », elle, ne retient que les « bonnes » observations, conformes au résultat cherché. Le « faussaire » proprement dit est celui qui enregistre des observations qu’il n’a jamais effectuées.

On aurait tort de croire que ces pratiques douteuses ont disparu depuis 1830. En 1913, Millikan (Américain) et Ehrenhaft (Allemand) étaient en concurrence pour déterminer la charge de l’électron. Ce fut Millikan qui l’emporta, en publiant en 1913 des résultats « améliorés » : sur 140 observations, il n’avait retenu que les 58 favorables. Sa récompense fut le prix Nobel en 1923 tandis qu’Ehrenhaft se décourageait. Des physiciens de Stanford ont repris la question en 1980 et conclu en faveur de l’existence de charges subélectroniques.

Mais les résultats de Millikan confortaient le modèle alors admis de l’atome, tandis que ceux d’Ehrenhaft gênaient.

Dans un article du Figaro (27 avril 1998) Maurice Allais, prix Nobel d’économie, confirmait la généralité du problème : « A juste titre, la communauté scientifique se préoccupe aujourd’hui de la fraude scientifique et des moyens de la rendre impossible. Mais il est une forme de fraude, bien plus insidieuse et plus dangereuse encore, rarement dénoncée, celle qui consiste, pour les milieux autorisés, à occulter délibérément les faits susceptibles de mettre en cause les « vérités établies » et à s’opposer à leur publication. »

Sans vouloir le moins du monde dénigrer les scientifiques, dont la contribution collective est manifeste, il convenait de signaler cette face obscure de la recherche, afin d’ôter aux non-scientifiques leurs complexes à l’égards des énoncés, toujours présentés comme apodictiques, de la science.

3. Quelle autorité pour les savants ?

La science est la dernière vache sacrée d’une époque vouée au dénigrement de tout ce qui élève l’homme au-dessus de l’animal. Constamment, les gouvernants se couvrent de « commissions d’experts » pour faire passer leurs décisions comme pour atténuer leur responsabilité proprement politique.

Or le prix Nobel, fût-ce en biologie, ne donne aucune autorité véritable pour trancher une question sociale ou morale. Malebranche, oratorien et philosophe, voyait déjà le danger en 1674 : « Il semble à propos de dire ici quelque chose des chimistes, et généralement de tous ceux qui emploient leur temps à faire des expériences. Ce sont des gens qui cherchent la vérité : on suit ordinairement leurs opinions sans les examiner. Ainsi leurs erreurs sont d’autant plus dangereuses qu’ils les communiquent avec plus de facilité.« [48]

Si la sagesse et la science cohabitent parfois chez le même homme, c’est toujours le résultat d’une ascèse personnelle, jamais un effet automatique. Un quotient intellectuel élevé ne s’oppose pas à la folie, il la renforce.

Or, nous venons de le voir, le scientifique n’est pas un homme d’une autre nature que l’épicier ou le coiffeur. Il est sensible à ses intérêts personnels comme aux pressions politiques ou économiques. Il y a 19 ans, on a vu les nuages radioactifs à haute altitude contourner scrupuleusement les frontières de certains Etats ! On voit tous les jours la dangerosité des médicaments dépendre du passeport des patients plus que de leur physiologie… Ce sont naguère des commissions vétérinaires hautement qualifiées qui ont approuvé l’introduction des farines de viande dans la nourriture des herbivores !

Aujourd’hui les simples cuisinières semblent plus conscientes des dangers liés aux OGM que les administrations, pourtant truffées de scientifiques diplômés. Par une bizarre inversion logique, c’est ici aux opposants qu’on réclame la preuve de leur réticence. Or « les recherches sur la tolérance des OGM n’intéressent guère les chercheurs : comme elles donnent le plus souvent des résultats négatifs, elles sont difficiles à publier et plus encore à subventionner.« [49]

On objectera que, du moins dans les questions touchant directement la vie, les comités dits « d’éthique » s’associent les représentants des principales religions. Mais ces comités opèrent en aval, sur des recherches avancées, lorsqu’il ne s’agit plus que de tester sur l’homme une molécule ou un procédé déjà validés techniquement, le clonage par exemple. Il est alors trop tard. Ce que tel comité refuserait, tel autre l’acceptera. A l’échelle mondiale, le laboratoire saura bien solliciter le comité où il a ses entrées. Ensuite, la pression internationale, peu à peu, fera le reste.

Par ailleurs le fait de réunir périodiquement autour d’une table des personnalités religieuses avec les hommes de science constitue précisément le meilleur moyen de fragiliser les certitudes morales de gens peut-être déjà choisis pour leurs talents de casuistes.

Dès lors que l’idée d’un Dieu créateur n’est plus qu’une réminiscence scolaire, nos maîtres de morale sauront-ils dire « non » aux vrais pontes de l’époque moderne, ces savants qui les persuaderont aisément que Dieu le permet dès lors que c’est rendu possible, d’autant que le bonheur de l’humanité l’exige ?

Comme jadis le « confesseur » du roi, celui qui siège dans un comité de bioéthique sait bien qui l’a nommé. Le mot « éthique », d’ailleurs, n’a-t-il pas été retenu pour bien montrer qu’il ne s’agit pas d’en rester à la morale commune, c’est-à-dire aux règles édictées à partir de la Révélation divine ?

Comme ironise Steen Willasden[50], promoteur public du clonage humain : « quand les médecins opteront pour le clonage humain, ils lui trouveront un autre nom pour contourner la polémique ! »[51]

Maurice Allais, notant les insuffisances de l’intégrité scientifique, concluait à la nécessité d’élaborer une « véritable déontologie ». Si donc les scientifiques n’ont pas encore su régenter leur corporation, comment pourraient-ils prétendre à régenter la société ?

Si l’intellect est en l’homme « l’image de Dieu », comme le pensaient les maîtres médiévaux, la science constitue une des plus nobles activités humaines. Mais à condition de relativiser ce qu’elle sait, et de ne pas restreindre la réalité à ce qu’elle en mesure. Un Stradivarius peut bien être décrit comme un assemblage de bois donnant tant de calories par kilo. Quelle que soit la précision de cette affirmation, fût-ce avec dix chiffres après la virgule, elle reste si partielle qu’elle en devient fausse : on n’aurait rien compris à l’instrument de musique si on se contentait d’y voir un combustible!

Or le moindre être vivant est infiniment plus complexe qu’un Stradivarius. La science moderne, si avancée qu’elle paraisse, n’ôte rien au mystère de l’être ; elle devrait plutôt renforcer notre émerveillement devant la Création.

Il faudrait simplement que les scientifiques surmontent quelque peu la vanité, leur péché mignon, pour cultiver la vertu d’humilité[52] qui les maintiendra le mieux dans cette quête de vérité qui fait toute leur véritable grandeur.

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Nos membres publient

Actualité et présence de Charles Maurras

par François-Marie Algoud

Nous avions remarqué l’Histoire de la perversion de l’intelligence et des mœurs (du XVIème siècle à nos jours) où François-Marie Algoud avait colligé une masse de citations montrant comment l’assaut mené contre la chrétienté est bien coordonné, siècle après siècle, ce qui en montre assez l’inspirateur. Comme l’a écrit le journaliste et écrivain Jean-Marie Cuny, l’œuvre de François-Marie Algond reste comme une borne marquant notre chemin. On y revient lorsqu’on se trompe de route ou que l’on réfléchit sur notre destin et celui de notre pays.

Parmi les bornes milliaires qui ont jalonné l’itinéraire intellectuel de FM. Algoud, l’œuvre de Charles Maurras fut sans doute une des principales et il considère comme un véritable Maître, en patriotisme bien sûr, mais aussi, et c’est l’objet majeur de ce premier tome, en poésie.

Cette anthologie poétique en 130 grandes pages nous fait comprendre comment « la musique des vers (peut être) au service de l’ordre, du beau et du vrai ».

(Editions de Chiré, 20 €).

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HISTOIRE

« Si l’homme est libre de choisir ses idées,

il n’est pas libre d’échapper aux conséquences des idées qu’il a choisies. » (Marcel François)

Retour sur Giordano Bruno Dominique Tassot

Présentation : Dans le Cep n° 36, Théophile Desdouits montrait, principalement par la critique littéraire, que la mort de Giordano Bruno par le feu à Rome, n’était pas établie avec certitude. Or il existe en Italie un document aujourd’hui aux Archives publiques, qui décrit le supplice. Mais, quoi qu’il en soit quant au fait, on peut toujours parler d’une « légende » de Giordano Bruno puisque ce n’est pas la défense du système de Copernic qui a motivé sa condamnation.

L’article de Théophile Desdouits, dans le précédent numéro, a poussé plusieurs lecteurs à réagir. En le publiant, nous ignorions en effet que cette étude datait de 1885, et cette omission dans Le Cep pouvait donner l’impression qu’il s’agissait du dernier état de la question. Certes le style était remarquable, mais on se complaisait à penser qu’un professeur agrégé de Lettres sût encore écrire en aussi bon français !

Or les publications ultérieures admettent généralement la réalité du supplice de Giordano Bruno. Rappelons que l’article avait été suscité par cette affirmation péremptoire de Maurice Allais :

« Heureusement on ne demande plus aujourd’hui aux novateurs d’abjurer comme Galilée et on ne les condamne plus à être brûlés vifs sur le bûcher comme le moine Giordano Bruno le 9 février 1600, pour avoir plaidé le système héliocentrique. »1

Quel est donc aujourd’hui l’état de la question ?

Théophile Desdouits, on l’a noté, fait une excellente critique interne comme externe de cette lettre attribuée à Schopp, l’unique document qui a servi à la campagne anticléricale entretenue sur le nom

1 M. Allais, Pour une véritable déontologie scientifique, Le Cep n° 36, juillet 2006, p.

10.

de Giordano Bruno. Mais il s’est limité aux textes imprimés et ne fait état d’aucune archive italienne.

Un correspondant italien nous a fait parvenir le texte d’un Rapport de la Vénérable Archiconfrérie de Saint Jean le Décollé[53]de la Nation Florentine à Rome, daté du 16 février 1600, et publié en 1904 (Domenico Orano, Libres penseurs brûlés à Rome du 16ème au 18ème siècles, Tipografia delle Mantellate). Ce récit a depuis été repris par différents auteurs. On y lit que 7 religieux furent appelés pour convaincre l’hérétique: 2 dominicains, 2 jésuites, 2 oratoriens et un hiéronymite, « lesquels avec grand zèle et beaucoup de doctrine lui montrèrent son erreur, mais (Bruno) resta dans sa maudite obstination, se retournant le cerveau et l’intellect avec mille erreurs et pensées vaines, et, ayant ainsi persévéré dans son obstination, il fut conduit par le ministre de la justice aux Champ des Fleurs et là dépouillé de ses vêtements, attaché à un poteau et brûlé vif, toujours accompagné par notre confrérie chantant les litanies ;et jusqu’à la fin les religieux l’incitèrent à quitter cette obstination dans laquelle s’acheva finalement sa misérable vie ».

L’Archiconfrérie de Saint Jean le Décollé fut dissoute par les Piémontais en 1870, et ses archives transférées à l’Etat italien, ce qui montre bien, signale notre correspondant, que « le Vatican fut traité comme un pays ennemi, vaincu, occupé et pillé. »

Si l’on accepte l’authenticité de ce rapport, l’exécution de Giordano Bruno est un fait avéré ; de fait l’Eglise ne le conteste plus depuis la fin du 19ème siècle.

Mais a t’on bien fait sur ce manuscrit les études paléographiques nécessaires et une critique aussi fine que celle que Th. Desdouits a réalisée sur la lettre de Schopp ?

Voici une question à laquelle nous n’avons pas le moyen de répondre ! Mais un point au moins ne semble mis en doute par personne : le procès de Bruno ne s’est jamais occupé de sa défense du système de Copernic et de la pluralité des mondes habités. C’est son panthéisme (l’univers, composé d’astres et de mondes innombrables est Dieu même), aboutissant à nier presque tous les dogmes, qui lui fut reproché sous la forme de 8 propositions tirées de ses œuvres.

Il est donc faux de dire, comme le fait Maurice Allais, qu’il fut condamné pour défendre l’héliocentrisme.

Une seconde remarque s’impose ici encore. Comme le note

Vladimir Volkoff dans Le Retournement, il existe une étrange anomalie dans le Droit moderne : seuls sont protégés les biens matériels. Celui qui dérobe une voiture ou incendie la maison du voisin, se voit traîné devant les tribunaux. Mais celui qui détruit ces biens immatériels supérieurs que sont les croyances et les valeurs qui fondent véritablement une société, celui-là reste intouchable.

Volkoff visait la subversion idéologique pilotée par le Kremlin au sein de la société française (son héros est un « agent d’influence » littéraire) ; mais le même raisonnement suffirait à justifier l’existence d’une inquisition religieuse dans les Etats chrétiens. L’Inquisition se donnait en effet la peine de définir les idées reprochées aux hérétiques et de justifier ses jugements par la raison : on savait pourquoi on était condamné et l’on pouvait jauger les arguments avancés de part et d’autre. Aujourd’hui une autre inquisition, celle du « scientifiquement correct », existe bel et bien. Les carrières (les scientifiques sont presque tous des salariés) sont mises en péril par la contestation de ce que Maurice Allais appelle les « vérités établies ».

Cette inquisition inavouée, qui n’énonce jamais ni ses jugements ni les arguments qui les fondent, qui de surcroît porte sur des sujets sans lien direct avec les valeurs morales, cette inquisition n’est-elle pas, au fond, plus contraire à la fameuse « dignité de l’homme » que l’ancienne Inquisition qui, elle, argumentait avec le suspect et le traitait en être responsable, capable d’assumer, le cas échéant jusqu’au terme, la responsabilité de ses idées.

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In memoriam Geneviève Marchand

Geneviève Marchand nous a quittés le 17 septembre, à l’âge de 73 ans, après trois jours d’évolution rapide de la longue maladie qui la tenait depuis 1995. Les obsèques ont été célébrées à Saint-Hilaire de Bazochesen-Morvan, lieu chargé de souvenirs familiaux.

Documentaliste dans la sidérurgie jusqu’à la naissance de ses deux fils, Madame Geneviève Marchand avait gardé de ce premier métier le goût et les méthodes de la recherche d’informations. Elle mit volontiers son savoir-faire au service du CESHE et du CEP, dont elle était membre actif, même s’il lui devint difficile, ces dernières années, de participer aux Colloques. Nul doute que le juste Juge saura prendre en compte ce dévouement au service d’une cause qu’elle savait rattacher à la Sienne.

La Lettre de Roosevelt à Zabrousky [54]

Léon de Poncins

Présentation : Le 16 avril 1943, à Barcelone, le Ministres des Affaires Etrangères espagnol annonça l’intention de son gouvernement de favoriser des négociations en vue de la paix. Quelques heures plus tard; le Secrétaire d’Etat américain proclamait que « l’unique objectif des Nations Unies était la reddition inconditionnelle de l’Allemagne », amenant ainsi les puissances de l’Axe à devoir prolonger jusqu’à l’épuisement un conflit déjà perdu géopolitiquement. Cette volonté de faire durer la seconde guerre mondiale (comme déjà la première en refusant la paix séparée proposée par l’Autriche en 1917) ne se comprend qu’à la lumière du plan déjà tracé pour l’aprèsguerre, avec le rôle futur dominant dévolu à l’URSS.

La lettre du Président Roosevelt adressée à Staline par l’intermédiaire du Président du National Council of Young Israël, est un document clef : elle montre que la teneur de la Conférence de Téhéran (28 novembre 1943) ou des Accords de Yalta (4 février 1945) n’a pas résulté d’un habile marchandage de Staline face à un Roosevelt diminué par le maladie, comme on l’admet généralement.

En 1949, S. Exc. M. Doussinague, ambassadeur d’Espagne, publiait un livre intitulé : España Tenίa Razón (L’Espagne avait raison[55]). Ce livre expose l’attitude de l’Espagne face au communisme soviétique, aux Puissances de l’Axe et aux Alliés pendant le déroulement de la guerre.

Au cours de cette période, M. Doussinague fut l’adjoint du comte de Jordana, ministre des Affaires étrangères de l’Espagne. Il a donc été directement mêlé aux événements dont il nous fait l’historique et son livre est un témoignage de première main. Il nous fait connaître un document secret d’une haute importance concernant les accords de Yalta.

« Le 16 avril 1943 eut lieu à Barcelone, dans le Palais des Rois d’Aragon, une fastueuse cérémonie en l’honneur du 450ème anniversaire du retour du premier voyage de Christophe Colomb lorsque celui-ci se présenta devant le Roi et la Reine catholiques, Ferdinand et Isabelle, pour leur annoncer la découverte du Nouveau Monde.

De nombreuses personnalités espagnoles et sud-américaines assistèrent à la cérémonie. Après un solennel Te Deum chanté à la cathédrale de Barcelone, divers discours furent prononcés au Palais royal parmi lesquels celui du ministre des Affaires étrangères, le comte de Jordana. Ce discours minutieusement préparé et médité était d’une importance capitale et s’adressait au monde entier. Ses répercussions pouvaient en être considérables. Il s’agissait pour le comte de Jordana d’annoncer que l’Espagne franchissait une nouvelle étape dans la réalisation du plan D, destiné à favoriser des négociations de paix.

Après avoir affirmé l’indépendance totale de l’Espagne à l’égard de toute influence étrangère, le ministre des Affaires étrangères rappela que la politique espagnole — dans le présent comme par le passé — était fondée sur des principes chrétiens et traditionnels et que, par conséquent, elle ne pouvait se confondre avec celle des régimes opposés à son idéologie. Ce qui signifiait en termes clairs, qu’il n’était pas possible d’identifier l’Espagne et son gouvernement à un système politique du type national-socialiste. »

Restée à l’écart du conflit mondial, l’Espagne avait la haute mission, le moment venu, de faciliter le rétablissement d’une paix juste et fraternelle, mais aussi d’attirer l’attention des peuples sur la profonde subversion spirituelle et les perturbations de l’économie mondiale qui allaient résulter de la guerre.

« Plus terrible que la guerre, plus destructrice encore, dit le comte de Jordana, plus chargée de haines et de basses passions est la révolution communiste qui représente un danger d’autant plus grand que les énormes dépenses dues à la guerre allaient compromettre la stabilité sociale des nations. »

Quelques heures après le discours du comte de Jordana, le secrétaire d’Etat, M. Cordell Hull proclamait, aux Etats-Unis :

« Tout le monde sait que l’unique objectif des Nations Unies est la reddition inconditionnelle de l’Allemagne et rien d’autre. »

M. Cordell Hull n’avait pas encore entre les mains le texte intégral du discours mais seulement quelques références télégraphiques et il déclara à la presse ne rien savoir de la proposition faite par l’Espagne de négocier dès que possible la paix mondiale. De leur côté, les cercles bien informés de Berlin et de Rome prétendirent ignorer cette proposition et soulignèrent la résolution de l’Axe de poursuivre sans hésitation la lutte commune jusqu’à ce que soit écarté le péril qui menaçait l’Europe à l’Est et à l’Ouest.

Le ministère de l’Information des Etats-Unis commentant, par la suite, le discours de Barcelone, assura qu’il avait été inspiré par l’Axe. Mais la neutralité évidente de l’Espagne et son désir de travailler sincèrement en faveur de la paix furent reconnus par un grand nombre de nations exemptes d’esprit partisan.

C’est ainsi que le docteur Oliveira Salazar, peu après la déclaration de Barcelone, prononça un discours radiodiffusé d’une grande portée sur la politique extérieure du Portugal dans lequel il rappela la traditionnelle amitié anglo-portugaise et réaffirma la solidité du Bloc ibérique soucieux de maintenir une politique de neutralité et de rester une zone de paix.

Il rappela aussi le danger que constituait le communisme : « le plus grand problème humain de tous les temps, d’une importance capitale pour l’humanité et pour la vie individuelle et sociale », car dit-il, : « là où l’Etat et la machine font de l’homme un esclave, il n’y a pas place pour la liberté humaine ».

Le discours de Barcelone était d’autant plus opportun que le gouvernement espagnol avait eu connaissance d’un document d’une importance telle qu’il risquait de mettre en danger un grand nombre de pays d’Europe.

Il s’agissait d’une lettre secrète que le président Roosevelt avait adressée, le 20 février 1943, au Président du Conseil National du Jeune Israël, qui servait alors d’agent de liaison entre le président Roosevelt et Staline.

Voici le texte de cette lettre :

La Maison Blanche, Washington, 20 février 1943

Mon cher Monsieur Zabrousky,

Ainsi que je l’ai dit de vive voix à vous et à Monsieur Weiss, je suis profondément touché par le fait que le National Council of Young Israël ait eu l’extrême bonté de s’offrir en tant qu’intermédiaire entre moi et notre ami commun Staline, et cela à un moment si délicat que tout danger de friction au sein des Nations-Unies – créés au prix de tant de renoncements – aurait des conséquences fatales pour tous, et plus particulièrement pour l’Union Soviétique.

Il est par conséquent de votre intérêt et du nôtre d’arrondir les angles, ce qui sera difficile avec Litvinov auquel j’ai dû, à mon grand regret, donner l’avertissement que ceux qui se frottent à l’oncle Sam finissent par en souffrir, avertissement qui vaut autant pour les affaires extérieures que pour les affaires intérieures. Les prétentions soviétiques, quand il s’agit d’activités communistes dans les Etats de l’Union Américaine, sont, en effet, doublement intolérables.

Timochenko[56] s’est montré bien plus raisonnable pendant sont court, mais fructueux séjour ici et je souhaite qu’une nouvelle entrevue avec le maréchal constitue une étape rapide vers cet échange de vues avec Staline, que je considère parmi les plus urgentes, surtout si je pense à tout le bien qui a résulté de la rencontre Staline-Churchill.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont disposés – et cela sans aucune réserve morale – à donner la parité de vote absolue à l’U.R.S.S. dans la réorganisation future du monde d’après-guerre.

Elle sera membre – comme le premier ministre britannique le lui a fait savoir depuis Aden en lui remettant son avant projet – du Groupe directeur au sein du Conseil de l’Europe et du Conseil de l’Asie. Lui donnent droit à celà, non seulement l’étendue et la situation intercontinentale de l’U.R.S.S., mais aussi et surtout sa magnifique lutte contre le nazisme, qui méritera les louanges des historiens.

Nous souhaitons voir ces Conseils continentaux (et je parle au nom de mon grand pays et de l’important Empire britannique) composés par tous les Etats indépendants respectifs, avec toutefois, une représentation proportionnelle équitable.

Et vous pouvez assurer à Staline, mon cher Monsieur Zabrousky, que l’U.R.S.S. siègera au Directoire de ces Conseils (Europe et Asie) sur un même pied d’égalité et d’égalité de voix avec les Etats-Unis et l’Angleterre, et fera partie du haut tribunal que l’on devra créer pour résoudre les divergences existant entre les différentes nations ; qu’elle interviendra de même dans la sélection et la préparation des forces internationales, dans l’armement et le commandement de ces forces[57] qui, sous les ordres du Conseil continental, agiront à l’intérieur de chaque Etat afin que les règlements si savamment élaborés pour le maintien de la paix dans l’esprit de l’ancienne Société des Nations ne soient pas violés de nouveau ; ces entités entre Etats et leurs armées pourront imposer leurs décisions et se faire obéir.

Dans ces conditions, cette situation si élevée dans la direction de la Tétrarchie de l’univers doit satisfaire Staline et ne pas lui faire renouveler des prétentions qui créent des problèmes insolubles (le Secrétariat, toutefois, est destiné à la France, avec voix consultative, mais pas délibérative, comme récompense de sa résistance et punition de son fléchissement antérieur).

Donc le continent américain restera en dehors de toute propagande soviétique, et sous l’influence exclusive des Etats-Unis, comme nous l’avons promis à nos pays continentaux.

La France devra demeurer dans l’orbite anglaise, avec, toutefois, une large autonomie et le droit au Secrétariat de la Tétrarchie.

Sous la protection de l’Angleterre, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Grèce évolueront vers une civilisation moderne qui les tirera de leur léthargie traditionnelle. On donnera, en outre, à l’U.R.S.S. un port en Méditerranée. Nous cédons à ses désirs en ce qui concerne la Finlande et la Baltique en général : nous exigerons de la Pologne une attitude raisonnable, faite de compréhension et de compromis.

Il reste à Staline un vaste champ d’expansion dans les petits pays de l’Europe orientale.

Il faut naturellement tenir compte des droits de ces deux nations loyales que sont la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie, sans omettre la récupération totale des territoires qui ont été temporairement arrachés à la Grande Russie.

Après avoir démembré le Reich et en avoir rattaché différentes zones à d’autres pays, créant ainsi de nouvelles nationalités, le danger allemand sera écarté pour l’U.R.S.S., l’Europe et le monde entier.

En ce qui concerne la Turquie, Staline doit comprendre les assurances nécessaires que Churchill a données au Président Inonu, en son nom et au mien propre. Le port sur la Méditerranée qu’on donne à Staline doit lui suffire.

Pour l’Asie, nous sommes d’accord avec ses demandes, sous réserves de complications ultérieures.

Quant à l’Afrique, que voulez-vous ? Il sera nécessaire de donner quelque chose à la France pour compenser ses pertes en Asie, et quelque chose aussi à l’Egypte comme on l’a promis aux Wafdistes ; il faudra bien donner à l’Espagne et au Portugal des compensations pour leurs renonciations et aboutir à un meilleur équilibre mondial.

Les Etats-Unis y prendront également pied, par droit de conquête, et réclameront inévitablement quelque point vital pour leur zone. Et ce sera justice. Enfin nous devrons accorder au Brésil la petite expansion coloniale qu’on lui a promise.

Veuillez transmettre à Staline, mon cher monsieur Zabrousky, que, pour le bien général et pour l’anéantissement rapide du Reich – tout cela n’est qu’idées générales soumises à l’étude – il lui faut céder en ce qui concerne la colonisation de l’Afrique et qu’il doit cesser sa propagande en Amérique et mettre un terme à son intervention dans les milieux ouvriers.

Transmettez lui également l’assurance de mon entière compréhension, de ma sympathie et de mon désir de faciliter la solution de ces problèmes. Pour cela l’entrevue que je propose présenterait un intérêt pratique.

J’ai lu avec le plus grand plaisir, comme je l’ai déjà dit, les termes généreux du message qui m’a annoncé votre décision de m’offrir au nom du National Council un exemplaire de ce qui est le plus grand trésor d’Israël : un rouleau de la Thora.

Cette lettre vous prouve mon acceptation. A votre loyauté, je réponds par la plus grande confiance.

Veuillez, je vous prie, transmettre à la très haute organisation que vous présidez l’expression de ma gratitude en rappelant le banquet donné à l’occasion de son XXXIème anniversaire.

Je vous souhaite le plus grand succès dans votre travail d’interprète.

Très sincèrement vôtre,

Franklin Roosevelt

« Ainsi, nous dit M. Doussinague, par le bon vouloir de M. Roosevelt qui préparait l’entrevue de Téhéran en plein accord avec Staline, l’Europe centrale, à l’exception de la Turquie et de la Grèce, ellemême d’ailleurs amputée de la Thrace pour laisser à l’U.R.S.S un libre accès vers la Méditerranée, les pays baltiques et certains pays d’Europe occidentale :Hollande, Belgique et Suisse, passaient sous la domination soviétique, tandis que l’Allemagne était dépecée et que le continent asiatique, y compris les colonies françaises, entraient eux aussi dans la sphère soviétique. En Afrique, des promesses étaient faites à Staline.

En contrepartie, l’Europe occidentale : Italie, France, Espagne et Portugal passaient sous la protection de l’Angleterre. L’Amérique restait entièrement en dehors de l’influence et de la propagande soviétiques.

Mais qui plus est, l’U.R.S.S. intervenait dans le choix et la préparation des forces internationales qui allaient agir à l’intérieur de tous les Etats européens, y compris ceux de l’Occident.

Les Etats d’Asie constitués en Conseil de l’Asie et les Etats européens constitués en Conseil de l’Europe allaient être dirigés par un groupe comprenant sur un pied de totale égalité l’Angleterre, le EtatsUnis, l’U.R.S.S. et la Chine, au mépris du droit à l’indépendance de chacun de ces pays et de tout ce qui représentait la civilisation chrétienne du vieux continent.

L’Espagne comme tous les autres pays européens serait soumise à ce directoire dont ferait partie son pire ennemi, celui qui pendant toute la guerre civile avait mené la lutte contre nous et ne pouvait pardonner à l’Espagne la défaite des siens sous la conduite du général Franco.

Un simple coup d’oeil à cette lettre suffit à expliquer la stupeur, l’émotion et l’épouvante avec laquelle nous en prîmes connaissance. On comprendra notre désir ardent de voir arriver de toute urgence la paix avant que les plans du président Roosevelt ne se réalisassent. La connaissance de cette lettre fut la clé des faits et gestes de l’Espagne et elle servit de base aux discours politiques de ses dirigeants.

Grâce à elle ‘nous savions’[58] ce qu’allait être l’après-guerre

Une immense catastrophe menaçant de s’abattre sur l’Europe et sur toute sa vieille civilisation[59].

( à suivre)

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SOCIETE

« Il a plu à Dieu qu’on ne pût faire aucun bien aux hommes qu’en les aimant. »

(P. Le Prévost)

D’où vient le nom du serveur Internet « Yahoo » ? Pierre-Olivier Combelles

Présentation : Le nom du serveur internet « Yahoo » est tiré des célèbres Voyages de Gulliver, de Jonathan Swift. Lors de son dernier voyage, Gulliver aboutit sur une île gouvernée par des chevaux qui agissent entièrement sous l’emprise de la raison ; et leurs esclaves, les Yahoos, sont des êtres à l’apparence humaine, mais d’intelligence bornée et rendus méprisables par leurs vices.

On peut se demander si un tel choix ne traduit pas la vision de l’humanité que partagent les maîtres élitistes du réseau mondial de communications.

Les “Yahoos” sont les esclaves abjects des “Houyhnhnms” dans

Gulliver, le célèbre roman de Swift

« Le quatrième et dernier voyage de Gulliver le jette sur l’île des Houyhnhnms où il est presque tué par quelques créatures grotesques et vulgaires, ultérieurement identifiées comme des Yahoos, avant que deux Houyhnhnms n’arrivent pour le sauver. Les Houyhnhnms sont des chevaux et les dirigeants rationnels du pays. Les Yahoos, par contre, sont les esclaves des Houyhnhnms, des créatures méprisables, d’intelligence médiocre, remplis de méchanceté, de lascivité, cupidité, grossièreté et autres passions viles d’une créature irrationnelle. Gulliver ressemblait tellement aux Yahoos par sa forme et son apparence, que les Houyhnhnms le prirent pour un Yahoo, mais étonnamment propre et rationnel.

Au fur et à mesure que Gulliver parlait des gens et du gouvernement de l’Europe, son maître Houyhnhnm devenait de plus en plus convaincu que les Anglais sont des Yahoos. Après le compte rendu de Gulliver des faits et gestes des gens en Angleterre, son maître en vint à la conclusion que la nécessité de leur gouvernement et de leurs lois venait de leur « grande déficience de raison et donc de vertu; car la raison seule est suffisante pour gouverner une créature rationnelle… » (IV, 7)

Gulliver rapporte encore son observation que « lorsqu’une créature prétendant raisonner est capable de telles énormités, le cheval craignait que la corruption de la faculté ne fût pire que la brutalité. Ainsi le cheval parut donc croire que, au lieu de Raison, nous ne possédions que quelque Qualité propre à augmenter nos vices naturels; de même que le reflet d’un ruisseau trouble renvoie l’image d’un corps difforme, non seulement plus grand, mais plus déformé. » (IV, 7). Au travers du Yahoo Swift montre une image choquante de l’irrationalité du péché, de sa déchéance suprême, difformité et bassesse. »

(Les Voyages de Gulliver de Jonathan Swift,

revus par Lindsey Hurd)

Le choix de ce nom n’est pas un hasard

« Yahoo ! » est l’un des plus importants serveurs internet au monde. Il dépend de Microsoft. Parmi les nombreux services que « Yahoo ! » offre au public, le courrier électronique gratuit ou payant est certainement le plus populaire. Il fonctionne d’ailleurs remarquablement. Le courrier postal public étant en pleine décadence, le courrier électronique et le “chat” (conversation, voire bavardage, mais sur écran) sont devenus les principaux modes de communication écrits. Ils sont aujourd’hui universels.

Les Etats-Unis d’Amérique ont installé un système d’espionnage des communications (internet, téléphone, etc.) à l’échelle mondiale, nommé ECHELON, disposant de relais dans chaque pays[60].

Certes la France possède aussi son système de surveillance électronique, construit par la DGSE et la DRM, dépendant du Ministère de la Défense. Mais la sécurisation des systèmes des administrations gouvernementales françaises est faite par une société étatsunienne associée à France-Télécom, la SAIC (ex-SGI), Science Applications International Corporation, quatrième intégrateur mondial, située à San Diego

(Californie), liée à la CIA2.

L’ensemble des messages électroniques est traité par des superordinateurs qui analysent en permanence leur contenu ainsi que l’identité des expéditeurs et des destinataires, par des méthodes analogiques. “Un officiel français aurait confirmé, au cours d’une discussion privée, que Frenchelon existait bien, mais à une échelle beaucoup moins importante qu’Echelon, puisque le système français n’intercepterait que deux millions de messages par mois, contre trois millions par minute pour Echelon”3.

Il est également possible de perturber l’émission et la réception des messages, d’envoyer des faux “spams” ou des “virus”, ou encore d’examiner à distance le contenu d’un ordinateur connecté à internet lorsque cela est nécessaire.

La tyrannie du gouvernement mondial des “Houyhnhnms” s’appuie sur la manipulation de l’opinion publique (“Yahoos”) Pour le nouveau Gouvernement mondial, internet et le courrier électronique sont donc devenus des instruments privilégiés d’espionnage et de manipulation de l’opinion publique[61]. Cette tyrannie inique qui ne cesse de violer les principes de la loi naturelle et du bien commun, calquée sur la Rome de la décadence mais techniquement infiniment plus terrible, masquée sous le “mensonge universel de la démocratie” (Pie IX) et des “Droits de l’Homme”, développe et exploite l’ignorance des peuples pour les réduire à une infâme servitude.

Les “Yahoos” de Swift, esclaves de la nation d’élite des “Houyhnhnms”, en sont le parfait symbole. Qui sont aujourd’hui les “Houyhnhnms”, sinon les mystérieux oligarques du Gouvernement Mondial, propriétaires des grands moyens de communication ?[62]“A partir de maintenant, le monde sera gouverné par les peuples anglo-saxons”[63] Enfin, avez-vous remarqué que le service de retour des messages de Yahoo ! mais aussi d’autres serveurs de courrier électronique (destinataires inconnus, erreurs d’adresses, messagerie du destinataire bloquée) s’appelle « Mailer Daemon », « démon du courrier » en anglais ! Par principe, remplacez votre courrier électronique Yahoo! par un autre, surveillez vos communications par internet et continuez à envoyer des lettres manuscrites par la poste, c’est plus prudent.

RU 486, la pilule abortive diabolique ? Clericus

Présentation : Satan est homicide dès l’origine de l’humanité. Par le péché qu’il a fait commettre au premier couple, il a introduit la mort dans l’humanité. Par l’orgueil, Satan nous enchaîne et fait de nous un esclave destiné à accomplir son œuvre mortelle. Faut-il s’étonner de l’oeuvre de mort qui accompagne toute domination pour s’accomplir, les guerres comme les dictatures (nazisme et communisme) ?

Cette œuvre de mort se retrouve aussi dans le désir de maîtriser la vie, la fécondation et la reproduction humaine chez la femme, en particulier par l’avortement. Aussi, l’auteur de cet article s’est-il essayé à rechercher la signature de Satan dans la fameuse pilule abortive RU 486, guidé par la forme numérologique, 666, qui est le signe de la « Bête » (Ap 13,18).

« La lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité…Ne prenez pas part aux activités des ténèbres…démasquez-les plutôt…mais quand ces choses sont démasquées, leur réalité apparaît grâce à la lumière.» (Saint Paul aux Ephésiens, 5, 9-13).

Spécialisé dans la recherche hormonale, le professeur Beaulieu découvre en 1981 une nouvelle molécule permettant de déclencher une interruption de grossesse sans chirurgie grâce à sa puissante action antiprogestérone.[64] Cette nouvelle hormone fut appelée « miphépristone » et commercialisée en 1988 par le laboratoire pharmaceutique Roussel-Uclaf sous le nom de RU 486.

Mais devant l’opposition morale soulevée en France quant à la finalité de cette pilule abortive et au risque qui se dessinait d’un boycott des produits pharmaceutiques du laboratoire, Roussel-Uclaf décida de ne pas la commercialiser en France.

Jacques Évin, alors ministre de la Santé, intervint dans la polémique au nom des grands principes venimeux et libertaires qui font la « grandeur » du socialisme français pour demander au laboratoire de revenir sur sa position car « cette pilule abortive n’était-elle pas aussi la propriété morale des femmes ? ».

Ce souhait du ministre de la Santé, faisant appel à un principe moral pour exprimer la liberté de donner la mort à l’enfant à naître d’une manière aseptisée, sera exaucé car le laboratoire préféra se débarrasser de son « bébé » en gestation, non pas en le faisant mourir, ce qui aurait été dans la logique, mais en vendant les droits à un autre laboratoire. C’est ainsi que ce médicament a pu être commercialisé, son utilisation étant réservée à l’usage hospitalier français jusqu’en 2004, avant de passer en « médecine de ville » grâce à un assouplissement de la loi et sous un nouveau nom : la « Mifégyne ». Après le milieu aseptisé et froid de l’hôpital, ce médicament put ainsi poursuivre son œuvre de mort, sous contrôle médical, au cœur même du foyer.

En 1999, il en découlait déjà le triste bilan suivant : en France, 30% des avortements étaient réalisés par cette « technique » non chirurgicale et plus de 300.000 avortements ont été pratiqués par cette méthode en Europe, sans parler des pays en voie de développement, comme la Chine ou l’Inde (qui a pu ainsi faire des économies sur les postes radio à transistor[65] ) où cette technique est largement utilisée. Trente ans après la légalisation de l’avortement, il se pratique encore en France plus de 220.000 IVG chirurgicales par an (contre 60.000 en 1974) que l’on espère remplacer par l’utilisation de cette sinistre pilule abortive[66]. Comme on le constate, l’affaire est juteuse. Satan peut être satisfait, car ce produit possède encore de sinistres jours devant lui pour accomplir ses méfaits.

Une signature diabolique sous-jacente ?

L’unique finalité du RU 486 n’est pas de soigner ou de guérir, mais de donner la mort, de tuer à la source une vie naissante.

Nous avons été intrigué par la dénomination peu coutumière du dit « médicament », outre sa parenté phonétique avec le mot Méphistophélès. L’appellation d’un médicament suit des règles qui permettent de reconnaître sa molécule active, son groupe chimique (type d’antibiotique, anti-inflammatoire, etc.). Pas dans ce cas.

RU 486 se décompose en RU (de Roussel-Uclaf) et de 486.

1. R=18 (18ème lettre de l’alphabet) soit 6+6+6 ou 6.6.6 2. U=21 soit 7+7+7 7 est le chiffre de la Création divine.

3. RxU= 18×21 = 378 et 3+7+8=18 soit 6.6.6

  1. 486 ou 4+8+6=18 ou 6.6.6
  2. 4x8x6 =192 et 1x9x2 = 18 ou 6.6.6

Assemblons maintenant RU et 486

  1. R= 18 et U = 21 et 486. on peut faire :

(1+8) x (2+1) x (4+8+6) = 9 x 3x 18 = 486 ! ou 6.6.6 !

  1. On peut aussi faire : RxUx486 =18x21x486 = 183.708 que l’on décompose en deux groupes: 183 et 708 soit 1+8+3=11 et 7+0+8=15 et 11×15=180 soit 60.60.60, mais zéro étant le chiffre du néant, il reste 6.6.6.

Assemblons maintenant différemment 183.708 en 18 et 3708.

18 (6+6+6) déjà vu et 3+7+0+8 = 18 ou encore 6.6.6.

Aujourd’hui, la RU 486 est commercialisée par le laboratoire EXELGYN[67] sous le nom de MIFEGYNE[68].

Ce nouveau nom du RU486 provient de la contraction du nom de la molécule active, la miphépristone avec celui du laboratoire Exelgyn, ce qui est classique.

Réalisons la même approche numérique :

M – I – F – E – G – Y – N – E

13 – 9 – 6 – 5 – 7 – 25 – 14 – 5

Si nous multiplions tous les chiffres entre eux, nous obtenons :

13 x 9 x 6 x 5 x 7 x 25 x 14 x 5 = 42.997.500

Additionnons maintenant les chiffres du produit : 4+2+9+9+7+5=36 soit 6×6 ou 2×18 soit encore 6.6.6 et 6.6.6!

Si nous coupons le nom de ce médicament en deux : MIFE – GYNE et que nous multiplions la valeur numérique de chaque lettre, nous obtenons : 13 x9 x 6 x 5 =3510 et 7 x 25 x 14 x 5 = 12.250 Additionnons les chiffres de chaque produit :

3+5+1+0 = 9 1+2+2+5+0 = 10 9 x 10 = 90 ou 5[69]] x (6+6+6) Maintenant, reprenons encore les deux parties du nom du médicament tueur MIFE-GYNE (Mifé de Miphépristone et Gyne d’Exelgyn) comme nous l’avons fait pour R U et additionnons les valeurs numériques précédentes :

13+9+6+5 et 7+25+14+5

Nous obtenons : 33 + 51 ce qui donne déjà :

3+3= 6 et 5+1= 6 soit 6.6

Mais, si nous multiplions 33 x 51 = 1683, soit 1+6+8+3=18, soit encore 6+6+6 ou 6.6.6.

Comme on peut le constater, cette accumulation de 6.6.6 est troublante et s’accorde avec l’utilisation diabolique et mortifère de ce médicament.

Peut-on alors encore parler de hasard ?

*

* *

Pilule et cancers……Le silence coupable[70]

Pr Henri Joyeux[71]

Présentation : La pilule a le statut d’un médicament, donc d’un produit de santé. On s’attend donc à ne lui voir que peu d’effets secondaires, surtout qu’en France 2 femmes sur 3 la prennent régulièrement. En réalité les risques connus sont si importants, surtout si elle est prise tôt, que l’AMM (autorisation de mise sur le marché) serait refusée à un médicament ordinaire présentant autant d’effets secondaires : cancer du sein, adénome du foie, thromboses, masse osseuse insuffisante, etc. On se demande si les adolescentes d’aujourd’hui ont mérité la vieillesse que leur a préparée une génération dévoyée par la mythique « libération de la femme ».

Il est très difficile d’obtenir des informations sur l’origine des cancers. Les causes hormonales, bien connues des professionnels de santé, sont les plus dissimulées parce qu’elles touchent à des intérêts économiques énormes. En effet, il existe 40 marques différentes de pilules plus ou moins dosées en hormones, deux stérilets aux hormones et sept au cuivre. Tous ces produits sont utilisés par « près de 2/3 des femmes en France ». Le marché est donc considérable. C’est la raison pour laquelle les vendeurs d’hormones se gardent bien de diffuser les connaissances sur les risques induits par la consommation de ces «médicaments». Le Pr Henri Joyeux n’est pas de cet avis et considère, au contraire, qu’il est primordial d’informer les femmes sur les bénéfices et aussi sur les risques inhérents à la consommation de ces puissants contraceptifs

Votre santé : La pilule peut-elle provoquer un cancer ?

Pr Henri Joyeux : Attention, ne prononcez pas ce mot ! Il ne s’agit pas d’un mot médical.

Nous parlons, nous médecins, d’œstroprogestatifs, de contraception hormonale.

Quelle femme sait que la « pilule » (n’importe laquelle, normo, comme mini) est un médicament puissant ? Vous posez une très bonne question à laquelle il est très difficile de répondre de façon sereine. Et pourtant, cinquante ans après sa découverte, il serait logique d’en faire le bilan sereinement, avec tous ses avantages et tous ses inconvénients. Entre 1965 et 1986, au moins 200 millions de femmes ont utilisé la pilule, et B.V. Stadel, du grand Centre de Bethesda, précise : « Il n’y a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité d’une consommation aussi large et longue d’hormones chez les femmes en période d’activité génitale ». Aujourd’hui, il y a, en France, 40 marques différentes de pilules. La contraception est devenue courante, banale, elle est considérée comme la grande conquête du féminisme de la seconde moitié du XXème siècle, la première après le vote des femmes. Elle n’a que cinquante ans mais, comme l’avion ou la voiture, la pilule est devenue incontournable, comme un bien de consommation courante que personne ne peut contester. Il ne faut donc pas avoir peur maintenant d’aller plus loin. Car le THS[72] ne peut être responsable des cancers du sein observés de plus en plus souvent à 25, 35 ou 45 ans. En effet, le THS est toujours prescrit vers la cinquantaine.

Affirmer que la pilule puisse être responsable d’un certain nombre de cancers du sein chez des femmes jeunes est actuellement « strictement interdit ». Le sujet est tabou. Aucun cancérologue n’ose aborder directement le sujet : « Après tout, si les filles prennent la pilule de plus en plus tôt, c’est l’évolution de la société, on n’y changera rien…. Il est normal qu’il y ait des risques, elles n’ont qu’à assumer. Notre rôle de cancérologue est de dépister les cancers le plus tôt possible et de les guérir avec le moins de mutilations possibles. »

Les jeunes femmes sont-elles bien informées, notamment sur les bénéfices et sur les risques ?

Vous le savez, la femme est de nos jours consommatrice d’hormones dès son plus jeune âge, à l’adolescence, dès le collège. La contraception hormonale est proposée aux collégiennes !

Ainsi le livre de classe de 3ème des Sciences de la Vie et de la Terre, édité par Nathan en 1999, précise que la pilule est un contraceptif oral. Il existe plusieurs sortes de pilules. Les plus courantes bloquent l’ovulation. L’utilisation de la pilule est simple (généralement une prise quotidienne, mais attention aux oublis). Son action est plutôt bénéfique sur les troubles génitaux et/ou dermatologiques de l’adolescence. En soustitre, on peut lire : « Efficacité 100 % » et « La pilule est prescrite par le médecin après examen médical général pour éviter l’apparition de complications. Des contre-indications, cardiovasculaires notamment, existent en effet ».

Remarquons qu’il n’y a pas un mot sur les risques que nous verrons bientôt et qui sont pourtant officiels en médecine.

Est-il possible de mieux contrôler les comportements affectifs avec des hormones ?

Voilà le discours ambiant scientifiquement, médicalement et sexuellement correct. S’il était la source d’un grand bonheur pour les jeunes, garçons et filles, nul doute qu’il faudrait le proposer partout. Ceux qui pensent ainsi ont considéré que les distributeurs de préservatifs devaient être mis à la disposition des élèves dans les lycées et les collèges s’il le faut, et, plus récemment, que les infirmières scolaires seraient transformées en distributrices pour les petites qui auraient fait quelques imprudences avec leur copain. On n’a pas osé mettre le planning familial dans les établissements scolaires, c’eut été politiquement mal perçu – mais les mesures prises par une jolie ministre femme qui veut tellement « le bien des enfants » vont dans le même sens. Quant à l’autorisation parentale, qui aurait dû être présentée sous forme de « soutien parental », elle est légalement supprimée.

Toutes ces mesures, au nom de la « souveraine liberté », destinées à être plus cool avec les jeunes, ne font qu’agrandir le fossé d’incompréhension entre les jeunes et les adultes.

On parle de « l’âge ingrat des adolescents », alors qu’il faudrait parler de « l’âge ingrat des adultes » qui ne savent pas comment s’y prendre pour dialoguer avec leurs jeunes.

Ces décisions des adultes, souvent « adulescents », qui dirigent notre société traduisent le même mode de pensée. Une pensée en cohérence avec des concepts scientifiques faux que je résumerai ainsi : « Les médicaments régleront, chez des personnes en bonne santé, les comportements affectifs et leurs dérives, et leur éviteront ainsi à la fois réflexions et responsabilités ». Et l’on n’a jamais eu autant de grossesses d’adolescentes et, dans le même temps, autant d’avortements en France. A ces concepts, que de plus en plus de femmes considèrent comme suspects pour leur santé physique et mentale, s’opposent les nouveaux concepts écologiques, sans « medicine », au sens anglo-saxon du terme, c’est-à-dire sans « médicament ». Ces derniers ont, aujourd’hui, des bases scientifiques sérieuses.

Mais tout cela, les femmes ne le savent pas, ce n’est écrit nulle part ! Comment fonctionne la pilule ?

Il y a sur ce sujet des enjeux économiques, idéologiques et religieux. Par exemple, parmi les femmes utilisatrices, combien savent qu’une échographie hépatique devrait être réalisée chez toutes celles qui ont consommé la pilule plus de sept ans, à la recherche de tumeur bénigne du foie ? Ces adénomes du foie peuvent se transformer (heureusement rarement) en cancer. On comprend les termes du Pr Lucien Israël, dans sa préface au livre du Dr Helen Grant The Bitter Pill (Amère pilule), publié en 1998 et qu’aucun média audiovisuel n’a évidemment présenté puisqu’il n’y avait pas de « sponsor » : « La manipulation hormonale prolongée des cycles ovariens est nocive et toxique. S’agissant d’autres domaines de la médecine, il est vraisemblable que des produits entraînant de telles conséquences n’auraient jamais reçu l’autorisation de mise sur le marché ».

Parmi les utilisatrices, combien savent comment fonctionne la pilule contraceptive ? Les menstruations régulières observées avec ce comprimé sont totalement artificielles.

Au niveau des ovaires, il n’y a plus de maturation des follicules. L’intérieur de l’utérus s’atrophie pour être impropre à toute nidation. Le mucus fabriqué par le col de l’utérus se modifie, il devient visqueux et épais, pour rendre la glaire cervicale inapte à l’ascension des spermatozoïdes. Les trompes perdent leur mobilité. La période sans pilule dans le mois est de sept jours. Pour les pilules de dernière génération (Mélodia, Minesse) il y a quatre jours sans prise d’hormones, mais on prend quand même un comprimé dit placebo.

Quels sont les effets secondaires dus à la pilule ?

Les thromboses aiguës artérielles ou veineuses peuvent s’observer dès le premier mois d’utilisation, complication la plus redoutable des œstro-progestatifs.

Parmi les thromboses artérielles, l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral, la thrombose de l’artère centrale de la rétine. Parmi les thromboses veineuses, les phlébites des membres inférieurs. L’installation progressive d’une hypertension artérielle (hypertension franche chez 3 % des femmes prenant la pilule), de migraines, d’une prise de poids évoluant vers l’obésité, un état de prédiabète. L’augmentation des taux sanguins des triglycérides et de cholestérol. Une stase biliaire latente chez les femmes prédisposées et une augmentation du risque de complication inflammatoires de la vésicule biliaire accélérant la formation de calculs. Une augmentation de la formation de tumeur bénigne du foie (adénome ou hyperplasie nodulaire focale du foie) au-delà de sept ans de prise de la pilule.

Peut-elle favoriser l’apparition d’un cancer du sein ?

Concernant les risques de cancer du sein, je cite à nouveau ce que disent les spécialistes, dans la Revue du Praticien d’avril 2000, qui présentent ce sujet pour la préparation aux concours de l’internat : « La prise d’œstro-progestatifs augmente de 25 % environ l’incidence du cancer du sein. Ce risque est augmenté lorsque la prise a débuté avant l’âge de 20 ans. Le risque disparaît dix ans après l’arrêt de la pilule.

(Cette toute dernière affirmation est gratuite, elle n’a jamais été sérieusement démontrée). Les œstro-progestatifs séquentiels risquent d’entraîner une hyperplasie endométriale (dans l’utérus) s’ils sont donnés durant une longue période ».

Il faut savoir que l’hyperplasie endométriale est capable d’évoluer et de se transformer en cancer du corps[73] de l’utérus. Pour cette raison, on en parle comme d’un cancer hormonodépendant.

La pilule du lendemain a-t-elle des effets néfastes ?

Il faut ajouter des découvertes récentes qui en étonneront plus d’un : la contraception œstro-progestative « sur une longue période, ferait perdre l’effet bénéfique d’une pratique longue d’un exercice physique », donc favoriserait un contenu minéral osseux plus faible, et la contraception progestative, celle de la pilule du lendemain, « montre un effet néfaste sur l’os, d’autant plus important que la durée d’utilisation a été plus longue, mais aussi que le traitement a été débuté chez des adolescentes plus jeunes, altérant probablement l’acquisition du pic de masse osseuse ». (Contraception orale et os : Références en gynécologie obstétrique, 1999, 6 : 213-217.) Nous suggérons à nos collègues une large étude scientifique qui apprécierait le pic de masse osseuse après plusieurs années de consommation hormonale dès l’adolescence.

L’avortement, en France ou ailleurs, a-t-il diminué en nombre ?

En Angleterre, le Dr Helen Grant fut une « apôtre » de la pilule. Elle contribua avec enthousiasme aux premiers essais anglais, fascinée comme toutes les femmes de l’époque (années 1960-1975) par la fantastique libération pour les femmes qu’apportait la mise au point par Pincus, dans les années 50, de la pilule et les premiers résultats de ses essais sur les femmes portoricaines (les Américains font souvent tester leurs nouveaux médicaments par les hommes ou des femmes de pays ou de zones d’influence où les populations sont en voie de développement). La large prescription de la pilule, considérée comme sans danger, permettait d’envisager enfin pour les femmes la vraie libération, celle de l’esclavage des grossesses non désirées. L’avortement serait ainsi évité. Ce furent les deux arguments essentiels qui se diffusèrent partout. Mais, en France, on compte toujours au moins 220 000 avortement légaux chaque année depuis vingt-cinq ans !

Faut-il arrêter la pilule pour allaiter ?

Les différents dossiers scientifiques sur la contraception orale précisent : « En cas d’allaitement, la contraception orale est déconseillée en raison du passage, même faible, des stéroïdes dans le lait et de son effet néfaste sur la sécrétion lactée. »

Les laboratoires qui distribuent la pilule vont dans le même sens que ceux qui font la promotion des laits artificiels maternisés. Curieusement, ils n’évoquent même pas les dangers pour le nouveau-né d’allergies incompréhensibles, d’infections chroniques, en particulier ORL (rhinites, otites, pharyngites à répétition). Le lait maternel reste le meilleur aliment du nouveau-né.

Comment éviter le cancer du sein ?

Evidemment le cancer du sein, comme beaucoup d’autres cancers, est évitable. Mais il faut en connaître toutes les causes. Personne n’est destiné à avoir le cancer. Nous ne sommes pas faits pour être malades, mais pour être en bonne santé au sens de l’OMS : santé globale de tout l’être.

Ce sont les inépuisables capacités de l’intelligence et du cœur humain, féminin et masculin, qui feront avancer l’humanité vers plus de santé, plus de bonheur, plus de joie de vivre, plus d’originalité pour chacun et pour les sociétés, où qu’elles soient situées dans l’univers.

Je reste très optimiste. Le cancer n’est pas inéluctable. Faisons confiance aux formidables complémentarités d’intelligence et de cœur de la femme et de l’homme.

BIBLE

L’attente des Juifs et des Chrétiens Yves Germain

Résumé : La conversion des Juifs est annoncée dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament. Mais quand se fera-t-elle ? Avant ou après l’Antéchrist ? Avant ou après la conversion générale du monde ? Yves Germain reprend ici les préfigurations de cet événement dans l’Ecriture, avec l’Arche de Noé, Jacob, Joseph, et la parabole de l’enfant prodigue. Il conclut à une réconciliation des deux frères avant la réévangélisation de tous les peuples.

Tous les chrétiens savent qu’il y aura un jour un grand retour, ou une grande rencontre, celle des juifs et des chrétiens. Ces derniers la négligent parce que, par tradition, ils situent l’événement à la fin de l’Histoire. Pour les chrétiens en général, les juifs seront les “derniers” à entrer dans l’Eglise. Rien n’est pourtant moins sûr. De nombreuses pages de l’Ecriture annoncent cette rencontre, non pas comme une fin mais comme un début, un “renouvellement de la face de la terre”. Et puis il y a saint Paul et tout ce qu’il nous dit dans l’Epître aux Romains.

I – La grande rencontre préfigurée.

L’arche de Noé.

Il y a là toute une préfiguration que l’on ne peut négliger. Noé au bout de 40 jours lâcha le corbeau :

Gn 8.7 – “Celui-ci, allant et revenant jusqu’à ce que les eaux eussent séché.”

En clair, cela veut dire que Satan (le corbeau) sera à l’œuvre tant qu’il y aura des “eaux” (des peuples, des foules — Ap 17,15) donc jusqu’à la fin du monde.

Puis Noé lâcha la colombe, symbole de l’Esprit Saint, qui revint, car

“il n’y avait pas de terre” :

Gn 8,10 – “Il attendit encore 7 jours et lâcha de nouveau la colombe.” Gn 8,11 – “La colombe vint vers lui…. (avec) un rameau tout frais

d’olivier.”

Gn 8,12 – “Il attendit encore 7 autres jours et lâcha la colombe ; mais elle ne revint plus…”

L’olivier représente d’abord le croyant fidèle à Dieu :

Ps 52,10 – “Et moi, comme un olivier verdoyant dans la Maison de Dieu, je me confie en la fidélité de Dieu.

C’est encore “l’olivier verdoyant à la belle stature” (Jr 11,16) Saint Paul nous expliquera (Rom 11,17-24) que l’olivier d’origine représente les Juifs, que les chrétiens (l’olivier sauvage) seront greffés sur lui, mais que les Juifs, « s’ils ne s’obstinent pas dans l’incrédulité, seront greffés eux aussi, car Dieu est assez puissant pour les greffer à nouveau.» Il est donc clair que l’Esprit Saint (colombe) n’apportera le rameau d’olivier (les juifs) dans l’arche (1’Eglise) que la seconde fois, c’est-à-dire lors de la nouvelle Evangélisation. Mais à quel moment ?

Le fait que la colombe ne revienne plus, annonce certainement la dernière apostasie, au temps de l’Antéchrist :

Lc 18,8 – “Quand le fils de l’Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ?“

Les hommes s’éloigneront alors de l’Esprit Saint, ce qui vaudra à la dernière Eglise, Laodicée, les plus dures paroles de l’Ecriture (Ap 3,16). Nous croyons qu’il faut rapprocher les sorties de la colombe de l’histoire de Jacob, sachant qu’en hébreu Y W M désigne à la fois le “jour”, le “temps” et “l’année”.

L’histoire de Jacob.

Jacob désire épouser Rachel (figure de l’Eglise) mais il lui faudra d’abord travailler 7 ans pour épouser Léa, puis encore 7 ans pour épouser la “belle” Rachel. C’est alors pour lui le temps des noces, qui n’est pas un temps final, car il lui faudra travailler 6 ans encore pour avoir “le troupeau” (Gn 29).

Dans cette préfiguration symbolique de l’Histoire il faut aussi noter que Rachel a seulement 2 enfants de Jacob (sur 13) : Joseph et Benjamin ; et que d’autre part elle meurt à la naissance de Benjamin. Ce n’est certainement pas sans signification.

Nous comprenons que 1’Eglise (Rachel) est donnée pour morte quand naît l’Etat d’Israël. Cela ne devrait pas nous étonner car “la petite fille de Jaïre” (l’Eglise) est dite “morte” (Mc 5,35) par “les moqueurs” quand la femme (la synagogue) est guérie. Mais au même moment, le Christ la fera revivre. Extraordinaire préfiguration ! La petite fille de 12 ans renaît quand la femme malade depuis 12 ans est guérie. La “petite” n’était qu’anémiée, elle avait faim puisque le Christ recommande “qu’on lui donne à manger” (Mc 5,43).

Cette mort spirituelle provisoire de l’Eglise est encore plus nettement annoncée par saint. Jean à la cinquième Eglise, celle de Sardes :

Ap 3,1 – “Tu as la réputation d’être vivant, mais tu es mort.” L’Eglise traversera donc, comme l’annonce 1’Ecriture, ce temps de “sécheresse”, ou encore de “famine” que nous montre l’histoire de Joseph.[74]

L’histoire de Joseph

Le récit confirme et précise ce que nous venons de voir. Comme les Pères de l’Eglise l’ont bien compris, Joseph préfigure le Christ. Les 7 vaches grasses, face aux 7 vaches maigres, désignent un temps où le monde entier sera dominé par 2 matérialismes dans leur plénitude (représentée par le nombre 7).

La vache était chez les Hébreux le symbole de la chair. Retenons surtout la fin du face à face :

Gn 41,20 – “Les vaches minces et laides dévorèrent les premières vaches, les grasses, et bien qu’elles fussent entrées dans leur panse…. leur aspect était aussi laid qu’au début.”

Ce qui veut dire qu’après avoir connu l’abondance, le monde connaîtra un jour une famine généralisée, à prendre d’abord au sens de l’esprit. Mais nous savons par expérience que la décadence spirituelle “famine”, ou “sécheresse”, mène tôt ou tard à celle des corps. L’URSS nous en a fait la démonstration.

Le cardinal Decourtray soulignait, début 1992, cette pénétration païenne qui n’épargne pas 1’Eglise :

“La première de ces déviances peut être définie comme le développement, à l’intérieur même de l’Eglise, d’une morale laïcisée… La morale prônée par les agnostiques et les athées, la morale de Comte,

Marx, Sartre et quelques autres est entrée dans l’esprit de nombre de chrétiens“ (Bulletin diocésain de Lyon). Devant la famine Pharaon dit à son peuple

Gn 41,55 – “Allez à Joseph, vous ferez ce qu’il vous dira.” Ce qui nous rappelle la parole de Marie à Cana :

Jn 2,1 – “Faites tout ce qu’il vous dira.”

Notons aussi en passant, le sens prophétique de ce premier miracle. L’humanité recevra un premier vin, puis on en manquera ; enfin le deuxième sera le meilleur… Cela d’autant plus que Marie est intervenue à Cana comme à Fatima. Pour les fils de Jacob, c’est le blé qui va manquer. Joseph leur en donnera, lors du deuxième voyage, à la seule condition qu’ils reviennent avec leur frère Benjamin, le dernier : Gn 43,5 – “Vous ne verrez pas ma face, si votre frère n’est pas avec vous.”

Le fait que Benjamin, le dernier fils de Jacob, puisse représenter les Juifs est déroutant. Mais il y a de nombreuses inversions de ce genre dans l’Ecriture :

Mt 19,30 – “… beaucoup de premiers seront les derniers.”

Les Pères de l’Eglise expliqueront que les Juifs ayant refusé le Christ, deviennent “derniers”, et les chrétiens (derniers) tirent leur nom du “premier-né” (Rom 8,29).

Il en fut déjà ainsi pour Esaü. Il en sera de même avec Manassé et Ephraïm. Celui qui est fidèle à Dieu devient “Premier-né”. (Ps 88,28)

Un événement doit aussi retenir toute notre attention. Rachel sur le point de mourir donne à son fils le nom de “Fils de ma douleur” (Gn 35,18), mais Jacob l’appellera Ben-jamin, c’est-à- dire “fils de la droite”, or Jacob sera appelé par Dieu “Israël” qui s’écrit en hébreu Y Sh R A L, c’est-à-dire “Droite de Dieu” ou “Qui combat avec Dieu”. Benjamin représente donc la suite de Jacob.

Le changement de nom dans l’Ecriture marque une intervention spéciale de Dieu, comme pour saint Pierre. Et c’est un “nom nouveau” qui sera donné à ceux de la sixième Eglise de Philadelphie, qui signifie précisément “Réconciliation (amour) des frères” (Ap 3,7). Ce sont les fidèles de cette Eglise qui reçoivent le nom de “la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel” (Ap 3,12).

Tout cela annonce la grande rencontre. Nous chrétiens, nous devrions beaucoup méditer cette histoire, car Joseph, avant d’accorder le blé qui signifie aussi “espoir” en hébreu, cherchera à savoir si ses frères ont changé, s’ils ne vont pas abandonner Benjamin, comme ils l’ont déjà fait pour lui-même. (Gn 44)

Quand Joseph reçoit le pouvoir de Pharaon il a 30 ans (Gn 41,46) et lorsqu’il paraît, on crie devant lui “prosternez- vous !“ (Gn 41,43). C’est ce que feront les ennemis de 1’Eglise de Philadelphie (Ap 3,9). Sept ans plus tard, quand débutera la famine, il aura donc 37 ans. C’est à cet âge qu’il apparaît comme le sauveur. C’est à 37 ans qu’Isaac, préfigure du Christ également, sera emmené par Abraham pour être sacrifié[75]. Et c’est à 37 ans que le Christ est mort pour sauver l’humanité (si du moins il est né en l’an -4 AC).

Nous retrouvons ce cycle de “2 fois 7 temps”, aussi bien dans l’histoire de la colombe, que dans celles de Jacob et de Joseph. On notera aussi que la grande rencontre de Joseph avec Benjamin ne se produira qu’au début de la famine (Gn 45,6), ce qui indique déjà que les Juifs entreront dans 1’Eglise quand le paganisme sera dans sa plénitude. Ce que saint. Jérôme résume en disant :

“Si c’est à cause du délit des juifs que la santé passa aux païens, ce sera à cause de l’incrédulité des païens que les juifs la recouvreront.” Remarquons que les paroles de Joseph ne marquent pas la fin du monde :

Gn 45,7 -“Dieu m’a envoyé en avant de vous pour vous assurer un reste dans le pays et vous garder la vie pour une grande délivrance.” Et avant de mourir il rappellera la promesse que Dieu fit à

Abraham : “Toutes les nations seront bénies en toi.” Il dira encore :

Gn 50,24 – “Dieu ne manquera pas de vous visiter, et il vous fera monter de ce pays vers le pays qu’il a promis à Abraham, à Isaac et à Jacob.” Quel pays ?

La réconciliation des frères est ainsi le prélude à la conversion du monde. Alors toutes les nations reconnaîtront Abraham. Le retour des Juifs en Israël était annoncé :

Ez 36,24 —“Je vous prendrai d’entre les nations, je vous rassemblerai sur votre sol.”

Est-ce le retour de tous les Juifs en Israël ? L’essentiel n’est-il pas dans la phrase suivante :

Ez 36,26 – “Je vous donnerai un cœur nouveau, et c’est un esprit nouveau que je mettrai au-dedans de vous.”

Le “nom nouveau” donné à l’Eglise de Philadelphie (Ap 3,12), n’est-ce pas cet esprit nouveau ?

Redisons-le en suivant l’enseignement des Pères : nous attendons, comme annoncé par l’Ecriture, le retour des Juifs, dans la nouvelle Terre Sainte qui est 1’Eglise, quand l’humanité sera en pleine famine spirituelle :

Ez 37,22 – “Un seul roi sera leur roi à tous : ils ne formeront plus deux nations.”

Ez 37,24 – “Il y aura pour eux tous un seul berger.” Ce que le Christ confirme :

Jn 10,16 – “Il y aura un seul troupeau, un seul pasteur.”

Et le Concile Vatican II a rappelé toutes ces choses : “L’Eglise est la terre que Dieu cultive ou encore son champ (I Cor 3,9).

Dans ce champ grandit l’antique olivier dont la racine sainte fut constituée par les Patriarches et dans lequel s’est faite et se fera la réconciliation entre Juifs et Gentils.” (Rom 11,13-26) – Lumen Gentium-

I,6.

Alors, après cette unité, commencera la conversion des nations :

Ez 37,28 – “Et les nations sauront que je suis le Seigneur, qui sanctifie

Israël, quand mon sanctuaire sera au milieu d’eux.” Et Joseph déclare à ses frères :

Gn 45,20 – “N’ayez pas un regard de regret pour les objets que vous devez laisser, car ce qu’il y a de meilleur dans tout le pays d’Egypte sera pour vous.”

Ces paroles, juifs ou chrétiens, nous ne devons pas les oublier car, il faut bien le dire, nous n’en finissons pas de ressasser le passé, de vivre de nostalgie, alors qu’en pleine “famine” l’humanité païenne (l’Egypte) a faim des paroles de vie que nous seuls possédons (mais pas pour nous seuls).

Le Christ nous avait d’ailleurs avertis. Pour lui, celui qui

“regarde en arrière n’est pas propre au royaume de Dieu.” (Lc 9,62) D’autres passages de l’Ecriture annoncent ce Grand Retour, comme la parabole de l’enfant prodigue.

L’enfant prodigue (Lc 15)

Les commentateurs ne manquent pas de nous faire remarquer qu’il s’agit de nous montrer comment des parents doivent accueillir un fils qui revient à la maison. Soit ! Ils précisent parfois que l’on peut y voir aussi l’accueil de l’Eglise pour ses fils pécheurs qui reviennent vers Elle. C’est certain, mais s’il y a le fils aîné et le plus jeune, il doit bien y avoir une raison.

Ce qui nous trouble, c’est de voir dans la personne du plus jeune l’ensemble des Juifs. Pourtant de nombreux signes le confirment dans cette parabole. En effet :

  • Le “veau gras”, symbole du Christ pour les Pères de l’Eglise, ne peut être offert qu’à ceux qui ne l’ont pas encore reçu.
  • Ce cadet qui est parti pour “un pays lointain” évoque les Juifs “dispersés”, comme l’annoncent les prophètes.
  • Le retour de ce fils à la suite d’une “grande famine” (Lc 15,14) nous ramène à l’histoire de Joseph et Benjamin.
  • Saint Jérôme s’interroge, mais il écrit : “Nous voyons dans ce jeune homme une nouvelle application des terribles paroles qu’Ezéchiel adresse à Jérusalem «A la différence des autres prostituées, tu as payé le prix de ta prostitution au lieu de le recevoir.»” (Oeuvres – p.36)
  • L’anneau au doigt, et surtout les “chaussures”, symboles d’évangélisation pour les Pères, ne peuvent être données qu’à ceux qui ne sont pas encore chrétiens.
  • Certains exégètes voient dans le plus jeune les “païens” ; c’est oublier qu’il a quitté la maison du Père… Et comment expliquer la mauvaise humeur de l’aîné?
  • On remarquera aussi que Joseph “se jeta au cou de Benjamin” (Gn 45,14) comme le fera le père pour son fils cadet (Lc 15,20).

Le fils aîné : les chrétiens

  • Il est celui qui n’a “jamais transgressé un ordre” (Lc 15,29). Il a accepté l’Ancien et le Nouveau Testament.
  • C’est lui qui est au champ et “le champ c’est le monde” (Mt 13,38). C’est aussi lui qui entend la parole du Christ.

Il est l’invité au festin (Lc 14,18), mais il s’excuse pour aller voir “le champ” qu’il vient d’acheter… Il est ici celui qui a compris la parole du Christ mais qui est pris par “le monde”.

  • La parole du père à cet aîné : Lc 15,31 – “Tout ce qui est à moi est à toi”
  • en évoque une autre que le Christ adresse à Son Père :

Jn 17,10 – “Tout ce qui est à moi est à toi.”

C’est le langage du chrétien “fils fidèle” qui est rappelé ici. L’aîné représente les chrétiens en général, mais pas tous, car il entend les chœurs, ceux qui sont en harmonie avec le Père.

Ce qui déchaîne sa colère, c’est de voir que les grandes retrouvailles se sont faites sans lui. Ce qui pourrait bien signifier alors, que de nombreux chrétiens seront absents de l’Eglise.

Et le regret de n’avoir pas reçu un “chevreau”, symbole de l’Antéchrist pour les Pères (Saint Ambroise – Sur Luc II p 98), confirme chez lui un penchant pour ce qui est du monde. C’est à la “prostituée” que l’on donne le chevreau (Gn 38,17), (prostituée = idole et idéologie).

Cet aîné aurait aimé “festoyer avec ses amis”. Les juifs (son frère) qui représentent les plus vieilles traditions du monde, n’en sont pas.., ce qui laisse à comprendre qu’alors beaucoup auront horreur de tout ce qui touche à la tradition… Pensez donc, reprendre en compte le vieux Décalogue Avoir “évolué” pendant des millénaires pour en arriver là ! Plus de société laïque, neutre, en un mot la fin du monde !

En résumé, ces 2 fils sont l’image de 2 infidélités, bien qu’elles ne soient pas de même nature. Le portrait de cet aîné, qui n’avait pas envisagé le retour de son frère, est souvent le nôtre… C’est pourquoi saint Paul écrivait :

Rom 11,32 – “Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour leur faire miséricorde à tous.”

De nombreux passages de l’Ecriture nous montrent que l’unité précédera la conversion du monde.

La résurrection des deux Témoins (Ap 11)

St. Jean nous dit que les deux Témoins sont :

Ap 11;4 – “Les 2 oliviers et les 2 candélabres”

Il précise qu’un “feu sort de leur bouche qui dévore leurs ennemis” (v. 5). C’est le feu de l’amour et de la vérité qui convertit. Après nous avoir montré les 2 Témoins spirituellement morts, St. Jean nous dit qu’un “esprit de Vie venant de Dieu pénétra dans ces cadavres” et qu’ils se “dressèrent sur leurs pieds” et qu’alors les hommes “rendirent gloire au Dieu du ciel” (Ap 11,13).

Dans toute la tradition juive, il faut être deux pour témoigner. Or il n’y en a que deux qui ont reçu la Révélation et qui furent chargés de la porter aux nations : les Juifs et les chrétiens

(les 2 oliviers).

  • Rahab, la prostituée, symbole de l’Eglise pour les Pères, eut seule la vie sauve quand Josué fit tomber Jéricho (symbole des pouvoirs païens) par la trompette (prédication), car elle avait rassemblé la famille (Jos 2,18).
  • Et c’est Josué fils de Nun (poisson, symbole de l’Esprit Saint) qui fera entrer les Hébreux en Terre Sainte. De même, “Pierre”, fils de Jonas (colombe) fera entrer l’humanité dans la nouvelle Terre Sainte (l’Eglise) après l’effondrement des pouvoirs païens (Jéricho).
  • La pêche miraculeuse se fera avec 2 barques, après la nuit infructueuse du paganisme (Lc 5,7).

Enfin il nous faut rappeler la prière du Christ :

« Père qu’ils soient un…. afin que le monde croie que tu m’as envoyé. » – C’est là certainement l’argument le plus décisif qui nous montre que l’unité sera d’abord.

  • Il semble donc clair que l’Ecriture annonce une rencontre des Juifs et des chrétiens avant la conversion du monde. Mais, nous allons le voir, les traducteurs de saint. Paul en ont décidé autrement.

(suite et fin au prochain numéro)

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REGARD SUR LA CREATION

« Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu quand on Le considère dans ses ouvrages. » (Romains, 1 : 20)

L’étonnant « biocircus » des êtres vivants[76]

Pr Pierre Rabischong

Résumé : Complexité, ingéniosité, efficacité se retrouvent immanquablement et au plus haut degré dans tous les organismes vivants. Mais certaines performances sont si étonnantes qu’on en reste pantois, d’où le mot de « biocircus » pour qualifier des exploits particulièrement admirables à nos yeux. Ainsi les ailes des insectes, avec leurs nervures disposées en fonction du type de vol recherché, avec des contrepoids remplis de liquide, ou l’agrafage des bordures entre les ailes multiples. Ainsi encore les capteurs optiques, gravimétriques ou électromagnétiques qui permettent l’orientation et la stabilité du vol. Ainsi l’œil du requin, muni d’un amplificateur de lumière comme celui du chat, ou encore la reconnaissance vocale qui permet au manchot de retrouver sa femelle et son petit au milieu d’une colonie qui peut compter des dizaines de milliers d’individus. Quel dommage de voir que les naturalistes décrivant toutes ces merveilles continuent de les attribuer au mythique « hasard » de l’évolution !

Les animaux ou les plantes utilisent des techniques très élaborées, sans en connaître les mécanismes ou les structures. Ils ont tout, dans leur programme génétique et dans leur mode de construction, pour exécuter des fonctions souvent complexes avec une surprenante efficacité dont ils n’ont pas conscience. Penser qu’ils puissent interférer en quoi que ce soit dans la perte d’un système ou l’acquisition d’un autre au fil du temps est une grave erreur : elle leur prête, pour des raisons idéologiques très orientées, un rôle qu’ils ne peuvent remplir.

S’il en était besoin, on peut jeter «à la volée» quelques faits surprenants. Le vol de la mouche a suscité, assez récemment, des travaux de spécialistes de l’aérodynamique et de la physique des fluides, qui bouleversent tout ce qui avait été écrit sur les organes dits vestigiaux[77]. La mouche est capable d’évolutions aériennes que nos machines volantes actuelles sont encore incapables de reproduire. Les performances de la mouche syrphide décrites par Claude Nuridsary et Marie Perennou sont réellement étonnantes. Cette mouche peut voler en rase-mottes à la vitesse de 4 m/s en disposant ses pattes horizontalement le long de l’abdomen, ce qui réduit la traînée, en complément du profilage aérodynamique de l’animal. Elle peut faire du vol stationnaire à ailes battantes en modifiant l’angle d’incidence de l’aile pour obtenir une position stabilisée en vol, à partir d’un repère visuel.

On sait, par ailleurs, que les ailes des insectes ont un profil variable en fonction des types de vol, et Robin Wooton (1991) a parfaitement analysé ce problème avec l’aide de données issues d’études en microscopie électronique. Les nervures des ailes ont fait l’objet d’études poussées, d’où il ressort qu’elles sont disposées dans différentes directions, pour répondre exactement au problème fonctionnel par une géométrie variable de l’aile. Elle est basée sur des cambrures des bords de fuite flexibles, des expansions postérieures, des accrochages ou des agrafages de bord en cas d’ailes multiples… Trois types d’ailes d’insectes ont pu être décrits: A / avec deux zones rigides, avec vol très lent ou stationnaire impossible, comme chez la sauterelle; B / avec un lobe postérieur flexible avec effet parapluie par cambrure de l’aile comme chez le criquet; ou C / avec capacité de torsion importante, bord d’attaque rigide et bord de fuite souple, autorisant toutes les configurations.

La libellule, qui a comme la mouche ce type d’aile, a en plus à l’extrémité du bord d’attaque une cavité nommée ptérostigma remplie de liquide et qui sert de contrepoids, pour permettre la verticalité de l’aile dans sa montée et l’horizontalité à la descente. La mouche est évidemment équipée de ce type d’aile, qui peut battre à la fréquence incroyable de 300 Hz (300 battements par seconde !), grâce à des muscles verticaux et horizontaux qui déforment selon deux degrés de liberté, la cavité thoracique dans laquelle ils se trouvent.

Ainsi peuvent se réaliser tous les mouvements dynamiques de torsion pour les différentes configurations de vol. Les balanciers, placés sous les ailes membraneuses, qu’on croyait être des organes vestigiaux, sont en fait des gyroscopes, qui, par changement d’inertie, transmettent des informations à la centrale de vol. Sans ces gyroscopes, la mouche ne peut pas voler. On comprend aussi l’importance des poils sensoriels placés sur le corps, les ailes et les pattes, car ils transfèrent des signaux dynamiques en rapport avec les modifications de flux. Tous les insectes se comportent comme des hélicoptères, avec des performances supérieures à celles de nos engins volants actuels. D’autres faits vont dans le même sens. Certains oiseaux, comme le cormoran, ont une accommodation basée sur une grande déformabilité du cristallin avec 40 à 50 % d’accommodation en rapport avec des muscles décrits par Brücke et Crampton, et même un muscle choroïdien pouvant avancer la fovéa. Les canards, qui plongent, ont une troisième paupière à déplacement transversal, transparente, qui joue le rôle d’une lentille de contact et évite le dessèchement de la cornée pendant le vol rapide. Les oiseaux ont dans le vitré, un repli triangulaire, le pecten, que Griffin, en 1953, a interprété comme pouvant être un sextant, par l’ombre portée sur la rétine, qui permettrait d’identifier la position et les mouvements du Soleil. Les animaux marins tels que la baleine ou les phoques ont une glande de Harder sécrétant une huile extrêmement fine, qui a d’ailleurs servi à graisser certains roulements de satellite, mais qui est faite pour huiler la cornée et la protéger de l’attaque de l’eau de mer. Les requins sont aussi à plus d’un titre des animaux étonnants.

On les croyait mal voyants, mais on a découvert dans le laboratoire de Perry W. Gilbert que l’oeil du requin est en réalité équipé entre autres d’un système de renforcement de lumière, le tapetum lucidum, qui lui permet d’avoir une excellente vision nocturne. Ce système placé derrière la rétine est un miroir réfléchissant, fait avec des cristaux de guanine, qui peut être ou non occulté par les mélanoblastes et multiplier par deux la stimulation des cônes et des bâtonnets. On retrouve un même dispositif chez le chat.

Le requin est également équipé d’une olfaction extrêmement sensible et de capteurs électromagnétiques sous forme d’ampoules de Lorenzini sous la peau de la tête et du museau qui lui permettent de repérer des proies en détectant des microcourants de l’ordre de 5 nV (milliardième de volts), mais aussi d’utiliser le champ magnétique terrestre pour se guider lors des migrations. Sans parler des dents à renouvellement permanent placées dans une mâchoire qui peut développer chez un requin de 2 m une pression de 3 tonnes par centimètre carré.

Comment enfin ne pas parler même brièvement des manchots faisant partie de l’ordre des Sphériisciformes, comportant 16 espèces. Les voir déambuler sur leurs deux pattes en agitant leur moignon est un régal. La femelle pond en général deux œufs en novembre et part se restaurer en mer après une vingtaine de jours de jeûne. Le mâle prend le relais et couve pendant une quinzaine de jours. Le manchot empereur ne construit pas de nid mais se déplace avec son œuf, puis son poussin sur ses pattes. Ils vivent dans des colonies quelquefois importantes et le problème se pose pour les mâles, les femelles et leurs petits d’arriver à se retrouver. On a montré que la reconnaissance n’est pas olfactive, mais vocale. Dans un capharnaüm quelquefois épouvantable dû à la surpopulation, l’identité se décline en poussant des cris, certes peu mélodieux aux dires de spécialistes, mais parfaitement efficaces, avec une identification sexuelle spécifique.

A cela, il faut ajouter les fantastiques capacités de marche des manchots qui peuvent parcourir des distances de l’ordre de 200 km à la vitesse de 1,5 km/h.[78]

On pourrait multiplier encore les ingéniosités techniques étonnantes, qu’on peut retrouver chez les animaux ou les plantes dans ce «biocircus », en déplorant toutefois que les auteurs de tant d’articles précis, passionnants et bien documentés sur lesquels on peut s’appuyer, se croient toujours obligés de tirer des conclusions de type évolutionniste, qui nuisent au sérieux de leur description.

COURRIER DES LECTEURS

De Monsieur L.-H. R (Vendée)

Mais si je vous écris, c’est suite aux articles de Maurice Allais. Extraordinaires, mais je reste un peu sur ma faim.

En effet pourquoi a-t-il une approche de la vérité tronquée, insuffisante ? Comment ne comprend-il pas que sa réflexion doit aller plus loin ?

Quand le savant, quand le chercheur trouve quelque chose, il découvre quelque chose existant, et donc quelque chose qui a été créé. Il ne crée rien, il découvre du créé. Et il est obligé de reconnaître que ce quelque chose est très complexe.

Avec des lois de fonctionnement rigides, incontournables, des lois s’enchaînant à d’autres lois aussi rigides, incontournables. Avec des lois auxquelles personne ne peut rien retrancher, rien rajouter, sans que tout s’effondre.

Et ces lois ont été créées. Créées à un moment déterminé. Créées le même jour, pour que tout puisse fonctionner en même temps. Le premier jour. C’est une évidence. Tout le monde est obligé de la constater et de s’y soumettre.

Et ces lois n’ont jamais changé depuis ce premier jour. De plus, elles ne pourront jamais changer, sans que tout s’effondre : elles sont éternelles. Des lois éternelles !

Cette création incontournable est donc due à un Créateur. Une INTELLIGENCE ENORME, INFINIE, pour créer tout cela, le même jour, le premier jour, pour l’éternité !

Et la première pensée du savant DOIT se tourner vers ce Créateur, car alors TOUT s’explique, se comprend. Il DOIT adorer une telle intelligence, lui, le savant qui vient de découvrir une vérité jamais cernée avant lui. Il DOIT adorer et s’humilier.

Découvrant ce Principe premier : il y a un Créateur, toute la suite de son raisonnement, toute sa vie scientifique change. Il comprend. Il comprend le créé, le créateur, l’intelligence, et L’AMOUR.

Car il n’y a pas d’autre explication à l’acte de la Création. Une telle intelligence oblige un sens, une explication.

Laquelle ? Pourquoi un tel monde infini de création ? Pourquoi, au moment de la découverte, une telle joie pour le chercheur, pour le découvreur ? Pourquoi passer sa vie à chercher ? Réfléchissons, une seule explication : l’amour, l’amour de la vérité. Non pas la vérité seule, mais l’amour de la vérité !

Tel est le moteur de la création, et du Créateur. Tel est le moteur de tout chercheur et de Maurice Allais, lui qui a connu cette joie de la découverte, qui n’a cessé pendant quarante ans de faire partager SA découverte.

Alors tout change, tout s’explique, tout devient clair. S’expliquent l’erreur, le moteur de l’erreur, les ennemis, pourquoi ? Alors s’expliquent le mensonge, le camp du mensonge, le père du mensonge. Alors s’expliquent une vie de recherche, un sens de la recherche, le combat de la recherche.

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Nos membres publient

Oraison funèbre de Philippe-Emmanuel de Lorraine

(par saint François de Sales). Edition, présentation et introduction

par Pierre-Olivier Combelles

Pourquoi réimprimer, en 2006, l’Oraison funèbre de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur, prononcée en 1602 à Notre-Dame de Paris par Saint François de Sales, il y a un peu plus de quatre cents ans ?

Parce que ce panégyrique d’un grand seigneur, d’un grand homme de guerre et d’un grand chrétien, « le dernier Croisé français » (Cardinal Pie), par un saint et un docteur de l’Eglise, est une exhortation à la chevalerie, quintessence du métier des armes, et à la prudhommie, dont la nécessité se fait à nouveau sentir en ce début du troisième millénaire.

Après avoir dirigé la Ligue en Bretagne (il fut le dernier ligueur à se soumettre à Henri IV, en 1598), le Duc PhilippeEmmanuel de Lorraine utilisa les 4 millions de livres versées contre sa soumission à lever une armée pour combattre aux côtés des Hongrois contre les Turcs.

Il en fut si craint que Mahomet III, en 1601, tenta d’obtenir son rappel par Henri IV.

Mais il mourut de fièvre maligne à Nuremberg en 1602, à l’âge de 43 ans.

Les circonstances de cette vie font assez comprendre le souffle et l’art oratoire qui animèrent son oraison funèbre par le brillant avocat que saint François de Sales avait été dans sa jeunesse. (Editions Saint Rémi, BP 80, 33410 Cadillac, 101 p., 10 €).

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« Le Docteur Paul Chavanon, une vie au service de la vérité » par Michel Chavanon

Ceux qui ont assisté au colloque de septembre 2002, à Chevilly-Larue, se souviennent sans doute de la vigoureuse conférence donnée par Michel Chavanon sur les vaccinations (CD0207). L’engagement du conférencier en faveur de la liberté vaccinale, comme la création par lui de l’Académie pour la Défense des êtres humains, furent le prolongement naturel des actions entreprises par son père, le Dr Paul Chavanon (18981962) duquel, avec ce livre, la grande figure est maintenant présentée aux jeunes générations. Médecin hors pair, élève 5 années durant de Broca, Paul Chavanon obtint plusieurs prix médicaux et créa l’application de l’homéopathie à sa spécialité, l’oto-rhino-laryngologie.

Mais cette biographie que nous donne aujourd’hui son fils permet de comprendre le combat de cet athlète intègre pour rester toujours fidèle au serment d’Hippocrate.

La mise au point d’un traitement anti-diphtérique sans danger lui valut une pénible et longue lutte juridique avec un groupe de laboratoires pharmaceutiques. En 1928 une série de causeries sur Radio-France le rendit célèbre tant par la pertinence de ses analyses que par les qualités de son style. Mais il fut suspendu en décembre 1928, sur intervention de l’Institut Pasteur et du Ministère de l’Hygiène, pour avoir montré l’efficacité de l’homéopathie.

Deux livres surtout le firent connaître à un large public : On peut tuer ton enfant (1938), préfacé par un confrère décrivant, heure par heure, l’agonie de sa petite fille, causée par le vaccin antidiphtérique qu’il avait administré lui-même ; puis Nous sommes tous des cobayes (1952).

Le livre de Michel Chavanon se lit d’un trait, comme un bol d’air pur qui permet de retrouver ses esprits et ses repères (France-Europe Editions, 2006, 20 €).

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Je ferai de mes plans[79]

Raymond Trémolières

Je ferai de mes plans, de vastes profondeurs

Et retravaillerai, sans chercher le repos

Eclatant mon regard, en multiples splendeurs

Car peindre c’est penser, mais avec un pinceau[80]

Sur ce navire immense, plaquerai des rectangles

De transparents rochers, en bannières bleutées

De courbes répétées, je ferai des triangles

Et en lignes brisées, courberai mes pensées

Je repeindrai un monde, en accords de couleurs

D’improbables carrés, je les ferai vibrer

En pâles transparences, tournerai les lourdeurs

Formant de la nature, un tableau explosé

Sur des portées immenses, à l’infini tracées

Aux verticales notes, de cyprès reflétés

Referai les rochers, de structures bardées

S’enfuyant en trapèzes, vers les hautes nuées

De jaunes et de Verts

De Rouges et de Bleus

Je ferai l’Univers

Comme un tapis des Dieux

Mes yeux en la lumière

Se perdront en l’Aveu Que la boue de la terre

Peut s’élever aux Cieux.

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  1. G. Papini, La seconde naissance, Ed. du Centurion, Paris, 1962, traduction de Philippe Marceliaire.

  2. Avec l’annone, le blé était distribué gratuitement aux Romains (analogue à nos allocations de survie, ou de revenu minimum).

  3. Donc aux barbares autant qu’aux sujets de l’Empire.

  4. Dom Guéranger, Jésus-Christ Roi de l’Histoire, Association Saint Jérôme, SaintMacaire 2005, p.71.

  5. Notamment à Léon II qui, parti seul au devant de l’immense armée d’Attila, persuada le chef hun de s’écarter de Rome.

  6. C’est le sens profond, sinon étymologique, de la “féodalité”, société fondée sur la parole donnée ou plus exactement échangée entre le protecteur et le protégé se faisant mutuellement confiance.

  7. Ancien Doyen de la Faculté de Médecine de Montpellier.

  8. Le phénotype désigne l’ensemble des traits apparents d’un organisme, notamment les caractères qui servent à la classification des espèces.

  9. Au moins 90% de l’information caractérisant une espèce se rapporte aux organes mous (qui disparaissent lors de la fossilisation).

  10. cf. Le Programme Homme, Paris, P.U.F. 2003.

  11. Ndlr. Le mot enthousiasme vient de l’adjectif grec entheos (inspiré par un dieu) que les poètes de la Pléiade ont francisé. Il gardait alors sa connotation divine.

  12. Ndlr. Est-on vraiment sûr que soit muet Celui qui nous parle à travers la Révélation ? Cf. Ps 18(19).

  13. Dawkins, The Blind Watchmaker, 1986, p. 6

  14. W. Dembski,The Design Revolution, 2004, p.35. Cet ouvrage nous servira de fil conducteur pour tout le présent article.

  15. M. Behe, Darwin’s Black Box:The Biological Challenge to Evolution, 1996, passim

  16. W. Dembski, op.cit. p.37

  17. Dembski, op.cit. p. 26

  18. Symboles et définitions de la Foi catholique, Cerf, 1996, p. 769

  19. Dembski, op.cit. p. 77

  20. R. Garrigou-Lagrange o.p., Le réalisme du principe de finalité, p.117

  21. Dembski, op.cit. p. 130

  22. Dembski, op.cit. p. 181

  23. La Cour Suprême des Etats-Unis considère l’athéisme ou l’humanisme laïc (secular humanism) comme une religion.

  24. Cours supérieur de révision de la doctrine, de la technique et de la matière médicale homéopathique, 1989, D3, remise à jour 1993 – Homéoden Book Service

  25. Idem.D11. (Ndlr. On se reportera aussi à Victor Frankl et Henri Baruk)

  26. Idem.D17

  27. Idem. MM5

  28. Idem.MM6

  29. Idem .Q-R 5

  30. Terme homéopathique désignant la cause première et profonde de la maladie : la psore est la signification de la vraie maladie derrière les symptômes.

  31. Remède profond qui, par la similitude des symptômes qu’il produit à doses pondérables et répétées chez le bien portant, guérira à dose infinitésimale l’ensemble des mêmes symptômes présentés par un malade.

  32. Idem. Q-R 7

  33. Tout comme chaque être humain, dans l’exercice de la charité, représente une parcelle de l’Amour de Dieu.

  34. Similia similibus curentur : les semblables guérissent leur semblable.

  35. On comprend la grande prudence de l’Eglise qui ne proclame miraculeuse une guérison que lorsqu’aucune loi physiologique ou biologique ne permet de comprendre le processus de la guérison constatée et que l’on est contraint d’admettre l’intervention d’une force de guérison extérieure au malade, c’est-à-dire l’intervention divine.

  36. Beaucoup de remèdes homéopathiques possèdent une connotation religieuse découverte par expérimentation. Ainsi le Répertoire de Kent, un des livres de base des homéopathes, contient à la rubrique « Ferveur Religieuse » : 53 remèdes ; « salut de son âme » : 25 remèdes ; « anxiété à propos de son salut » : 25 remèdes. Sur la mort, il en va de même : « dégoût de la vie » : 65 remèdes, « fatigué de vivre » : 51 remèdes, et dans les différentes rubriques sur la « Mort » on trouve une centaine de remèdes différents.

  37. Le Dr Michel Guermonprez cite volontiers l’anecdote suivante dans ses formations homéopathiques : Un prêtre vient le consulter – « Docteur, j’ai perdu la foi ! » – « Ce n’est pas mon affaire, allez voir votre évêque », répond le médecin ! – « Je connais l’homéopathie, je sais que mon problème n’est pas métaphysique mais un symptôme médical » – « Alors, je puis m’occuper de vous ». Et ce prêtre fut guéri de ses doutes religieux survenus à l’occasion d’une pathologie particulière.

  38. Cette théorie de la « double vérité » a été condamnée par l’Eglise, précisément à l’orée de la pensée et de la science modernes, lorsqu’elle fut soutenue par Ockham et Abélard.

  39. Où cette science a pourtant pris naissance : les historiens des sciences, ainsi Joseph Needham, admettent aujourd’hui que le concept biblique d’un Créateur intelligent fut un préalable nécessaire pour dégager l’idée de « loi » scientifique : « pas de loi sans un législateur » ! C’est pourquoi les Chinois, pourtant techniquement plus avancés, n’ont pas suscité la science moderne.

  40. La Recherche n°321, Septembre 1999, p.76.

  41. A.Béchamp, Sur l’état présent des rapports de la science et de la religion au sujet de l’origine des êtres vivants organisés, Lille, Quarré, 1877, p.9.

  42. M.Berthelot, Les origines de l’Alchimie, Paris, Steinheit, 1885, p.V.

  43. William Broad et Nicholas Wade. La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique, Seuil, 1987.

  44. L’homme de Piltdown ou Eoanthropus dawsoni, « le plus ancien des Anglais« , demeure une des supercheries les plus célèbres. Elle a duré de 1912 à 1955 ; le site avait été aménagé par le British Museum et déclaré « monument national » par la Chambre des Communes. Le maquillage de la mâchoire était pourtant sommaire, mais il fallait à tout prix répliquer à l’homme de Heidelberg, découvert par les Allemands en 1907.

  45. « Dialogue sur les deux grands systèmes du monde » (cité par Broad et Wade, p.28) 9 Richard S.Westfall. Newton. Flammarion, 1994, p.764.

  46. Ibid., p.770.

  47. Inventeur d’une machine à calculer dont les automatismes préfiguraient nos ordinateurs.

  48. Malebranche. La Recherche de la Vérité (L. II, III° partie, ch. VIII, 4), Œuvres, Paris, Gallimard, 1978, p.240.

  49. Long-term effects of GM crops serves up food for thought, Nature, vol. 398, Avril 1999, p.653.

  50. Ce chercheur a transféré les chromosomes d’une femme ménopausée dans l’ovocyte énucléé d’une femme jeune.

  51. Daniel Green, Clonage : la vache est-elle l’avenir de l’homme ?, Courrier International, n°360, 25/9/97, p.53.

  52. Lire à ce sujet l’article L’humilité du scientifique, écrit par Jacques de Beausoleil dans Le Cep n°2, février 1998.

  53. Le Décapité.

  54. Léon de Ponçins,Top Secret, Secrets d’Etat anglo-américains, DPF 1972, pp.127134.

  55. José M. Doussinague, España Tenίa Razón, Ed. Espasa Calpe, Madrid, 1949.

  56. Proche de Staline dès les débuts de la guerre civile, le Maréchal Timochenko fut le fondateur de la cavalerie soviétique. Ayant eu 300 000 hommes faits prisonniers à Minsk et Bialystok en juin-juillet 1941, puis 200 000 à Kharkov en mai 1942, on comprend que Staline l’ait ensuite occupé à des missions de confiance mais éloignées du front !

  57. Relire à ce sujet les Réflexions d’un pilote américain en Corée, par le Lt Colonel Farrel (Le Cep N°19, mai 2002).

  58. Souligné dans le texte.

  59. Ndlr. On a vu plus haut l’irritation du Secrétaire d’Etat américain devant le plan de paix espagnol. En conséquence l’Espagne dut subir l’embargo commercial et le blocus des Nations Unies jusqu’en 1953 (mort de Staline), date à laquelle les USA changèrent de tactique et signèrent de accords avec Franco.

  60. “Si Frenchelon semble efficace pour écouter les signaux radioélectriques ou satellitaires, la supériorité d’Echelon reposerait sur sa capacité à intercepter le trafic internet et téléphonique. Les quelque 120 satellites d’Echelon révélés par Duncan Campbell peuvent capter les relais hertziens du téléphone public européen. Et les 10 principaux points d’échange de l’internet passent par les Etats-Unis, relais quasiobligatoires pour les échanges intra-européens”. Grandes oreilles made in France, par Danielle Kaminsky et Jérôme Thorel, ZDNet France, juin 2000. 2 Source: http://membres.lycos.fr/filterman/ 3 Source: www.clifti.org.

  61. Les pages des courriers électroniques gratuits montrent des informations générales, de la publicité, des liens vers des sites libertins, etc.

  62. Ndlr. On retrouve en effet chez Swift, avec l’exaltation d’une raison se subordonnant la morale elle-même, cette mentalité caractéristique des clubs mondialistes élitistes, persuadés qu’ils savent mieux que les gens ce qui est bon pour eux.

  63. “Opinion exprimée en 1919 par certains observateurs des conférences préparant le traité de Versailles, rapportée par l’historien anglais E.J. Dillon dans son livre The inside story of the peace conference”. (Arnaud de Lassus, Le Mondialisme après le 11 septembre 2001, Action Familiale et Scolaire N°172, Avril 2004)

  64. La progestérone est une hormone nécessaire à la poursuite de la grossesse.

  65. En effet, dans les années 1965-70, l’Inde décidait de donner en prime un transistor aux femmes qui acceptaient de se faire stériliser par ligature des trompes dans le cadre du contrôle des naissances.

  66. Cette banalisation de l’avortement en début de grossesse engendre de plus le risque d’être utilisé comme mode de régulation des naissances pour remplacer le préservatif et la pilule contraceptive.

  67. Précisons que la Mifégyne est le seul médicament commercialisé en France par le laboratoire Exelgyn !

  68. Remarquons que si le Mifégyne s’était écrit Miphégyn pour conserver le PH de Miphépristone et enlever le E d’Exelgyn, le calcul n’aurait pas pu tomber juste.

  69. Le chiffre cinq est celui de la création avant l’homme.

  70. Votre Santé n° 28 – janvier 2002. Propos recueillis par Céline Andrillon.

  71. Cancérologue et diététicien, le Pr Joyeux enseigne à la Faculté de Médecine de Montpellier.

  72. Traitement hormono-suppresseur, souvent prescrit à la ménopause.

  73. L’utérus est constitué de deux parties : le col et le corps.

  74. Ndlr. « L’Eglise sera éclipsée », a prédit Notre-Dame à La Salette.

  75. Elie Munk, La voix de la Thora, Paris, 1980, t.I p.220.

  76. Repris du Programme Homme, P.U.F. 2003, pp. 286-289.

  77. Les évolutionnistes appellent « vestigiaux » des organes qui auraient eu jadis une fonction chez les « ancêtres » d’une espèce, mais qui seraient aujourd’hui devenus désuets et pourraient disparaître sans nuire. On en avait dénombré jusqu’à 3000 ! En réalité, c’est l’ignorance des naturalistes qui les empêchait de comprendre la fonction remplie par ces organes.

  78. Ndlr. Voir le film de Luc Jacquet La marche de l’empereur, un chef d’œuvre !

  79. Tiré de l’opéra Cézanne, Toile de lumière

  80. Propos de Paul Cézanne


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