Revue du CEP numéro 49

L’étrange apologétique darwinienne

Dominique Tassot

Résumé : Il existe une “apologétique” darwinienne, c’est-à-dire un effort construit pour nous convaincre du bien-fondé de l’évolution, à la manière dont les apologistes chrétiens, les maîtres de ce genre littéraire, ont établi une justification rationnelle de vérité de foi. Ainsi Darwin consacre un chapitre de son livre à réfuter les objections dont il avait connaissance. Cette apologétique s’adresse à l’intelligence du contradicteur, qu’elle respecte, et cherche à lui apporter des éléments de réflexion qui l’amèneront, de lui-même, par le dialogue et la recherche de la vérité, à changer d’avis. La situation a bien changé depuis que les évolutionnistes occupent les chaires universitaires et les médias. Loin de prendre en compte les arguments de leurs adversaires pour les dissoudre ou les retourner, leur attitude consiste à éviter toute confrontation. Différents procédés sont mis en œuvre, qui reviennent toujours plus ou moins à disqualifier les opposants par ce fait même qu’ils mettent en doute le mythe. Dès lors, le débat n’a plus lieu d’être. La mise à l’écart des “faits polémiques” est un autre procédé fréquent, ainsi que “l’oubli” des erreurs soutenues naguère par les évolutionnistes. Une telle attitude ne s’explique bien qu’en remontant à la nature non pas scientifique mais véritablement religieuse, de l’évolutionnisme

Avec le cent-cinquantième anniversaire du fameux livre de Darwin, paru le 24 novembre 1859, et au risque de lasser certains lecteurs en revenant une fois de plus dans les pestilences du marécage évolutionniste, il convient de signaler un aspect étonnant du darwinisme : son apologétique, c’est-à-dire la manière dont il tente de justifier ses thèses.

Le dictionnaire Larousse note à l’article “apologétique” : “Comme il n’y a pas de religion qui n’ait ses détracteurs, il n’y en a pas non plus qui n’ait son apologétique. Mais ce sont surtout les apologistes du christianisme qui ont fait la célébrité de cette science”, en ajoutant qu’il s’agit surtout d’arguments philosophiques évoquant la raison et le bon sens, c’est-à-dire d’arguments recevables par l’adversaire, quelles que soient ses convictions intimes.

Darwin lui-même savait bien qu’il aurait du mal à convaincre. Il consacre tout le chapitre VI de son livre à réfuter les objections scientifiques dont il avait connaissance ; et dans la seconde édition, en janvier 1860, il ajoute à la conclusion une phrase mentionnant le Créateur, afin d’écarter les accusations d’athéisme qu’avait inévitablement soulevées un ouvrage sur les origines ne faisant aucune mention du livre de la Genèse.

La situation a bien changé depuis que les évolutionnistes occupent le haut du pavé. Si, en suivant le Larousse, on se réfère aux apologistes chrétiens, on admire le soin que ceux-ci mettent à justifier les points essentiels de leur foi, insistant sur les questions difficiles ou délicates dont ils savent que l’incrédule se moquera ou les écartera d’emblée : l’existence d’une âme immortelle et d’un Dieu invisible, par exemple, si l’auditeur est un païen. Ils entrent dans la pensée de l’autre, ils prennent en compte ses présupposés et tentent – c’est tout l’art – de montrer qu’un esprit ouvert, à la raison droite, attaché à la recherche du vrai, peut accepter les dogmes de la foi chrétienne. Sans oublier que l’acte de foi ressortit à une volonté libre, ils s’efforcent de déblayer le terrain, de bien cerner la difficulté et d’accompagner le contradicteur dans sa propre démarche. Le dialogue, ici, sera souvent une forme littéraire appropriée, établissant un rapport de respect, d’égalité et d’écoute entre les deux positions de départ.

Il n’est pas exagéré de dire que l’apologétique darwinienne se situe aux antipodes d’une semblable attitude.

En effet, les points difficiles, qui heurtent le sens commun, sont écartés d’emblée ou contournés.

Peu après la publication de son livre, Darwin montrait la voie en écrivant à Asa Gray : «Il est très important que mes idées soient lues par des hommes intelligents accoutumés aux arguments scientifiques, tout en n’étant pas naturalistes. Cela peut paraître absurde, mais je m’imagine que de pareils hommes entraîneront après eux les naturalistes qui s’entêtent à croire qu’une espèce est une entité. »[1]

Au lieu donc d’entrer dans le vif du sujet, et de montrer rationnellement aux savants que leur notion d’espèce doit être amendée, Darwin choisit de convaincre d’abord ceux qui ne connaissent pas le sujet, qui ne voient donc pas à quel point l’espèce-entité correspond à la fois aux faits observés et aux nécessités de la science : stratégie de contournement.

Ce sera la première phase de la dialectique évolutionniste : des arguments très simples, faciles à comprendre, que les ignorants vont admettre sans difficulté. Ainsi en est-il de la “survie du plus apte”. Il est d’autant plus facile de s’en convaincre qu’il s’agit d’une tautologie. En effet, une fois admise l’existence d’une lutte pour l’existence, il va presque de soi que celui qui survit s’est montré le plus apte, et que le plus apte est bien celui qui a survécu. Comment ne pas être d’accord ? Mais l’argument ne vaut rien sur le plan scientifique : la lutte entre individus d’une même espèce porte sur les territoires ou le partage des femelles ; il ne s’agit pas d’une lutte à mort. Cette dernière, lorsqu’elle a lieu, est une lutte entre espèces différentes et ne peut modifier ni l’espèce dominante ni l’espèce éliminée.

Il en va de même pour la “sélection naturelle” : on se persuade dès l’énoncé qu’elle provoque une évolution progressive : c’est toujours le meilleur qu’on choisit ! Mais, dans la réalité, comme le reconnaissent les évolutionnistes eux-mêmes, la sélection naturelle élimine les déviants et les handicapés ; elle a plutôt un effet conservateur du type moyen de l’espèce et l’exemple bien connu de la phalène du bouleau montre que les proportions variables entre forme claire (typica) et forme sombre (carbonaria) du papillon sont réversibles dans le temps et n’ont de toutes façons aucun effet modificateur sur l’espèce.

Dans la conférence qu’il a donnée au récent colloque du CEP, Jean-François Moreel fit à ce sujet une remarque profonde: les arguments darwiniens ont changé. Les premiers arguments, simples, persuasifs pour le grand public, n’ont pas résisté à la critique scientifique. On présente désormais, grâce à la biologie moléculaire, des arguments incompréhensibles pour l’homme de la rue et que seuls des spécialistes seraient capables d’analyser.

On vise ainsi à justifier des points mineurs de la théorie, comme si les points fondamentaux étaient déjà démontrés sans discussion possible. C’est là un tour de passe-passe.

La question des fossiles offre un autre exemple de ce décalage entre la croyance commune et l’état de la science. Pour l’homme de la rue, les fossiles passent pour une preuve évidente de l’évolution : puisque les êtres qui vivaient jadis étaient différents de ceux d’aujourd’hui, c’est bien qu’une transformation a fait passer des espèces fossiles aux espèces contemporaines !

Or les fossiles étaient et demeurent un argument majeur contre l’évolution. Darwin en avait bien conscience.

Il écrit dans L’Origine des espèces : « le nombre de variétés intermédiaires qui auraient existé autrefois sur la terre doit-être vraiment immense. Pourquoi donc toute formation géologique et toute strate ne sont-elles pas pleines de ces chaînons ? Il est certain que la géologie ne révèle pas une telle chaîne organique parfaitement graduée ; et c’est peut-être l’objection la plus obvie et la plus sérieuse qu’on puisse faire à ma théorie.»[2]

Au lieu d’entrer, comme le fait ici Darwin, dans la pensée du contradicteur, au lieu de reconnaître qu’il y a “stase” des espèces fossiles, c’est-à-dire qu’on les retrouve à l’identique dans tous les sites de fouilles, et donc qu’ils n’apportent aucune preuve d’une quelconque transformation, on invente une théorie taillée sur mesure, le “saltationnisme”: les intermédiaires qui manquent à l’appel, ces fameux “chaînons manquants” ont bien dû exister, mais en petit nombre seulement, sur quelques site privilégiés, si bien qu’ils eurent peu de chances de se fossiliser et de se faire découvrir par nous…

Mais quel est le degré de certitude d’une preuve dont la qualité démonstrative réside dans son improbabilité ? La désinformation du public, en l’occurrence, confirme plutôt qu’une information complète et franche verrait l’écroulement de la théorie. Celui qui recherche avant tout la vérité n’a pas peur de la contradiction : quelle qu’en soit l’issue, elle ne peut être que profitable !

Tandis que la politique constante des évolutionnistes est de confisquer la parole : on l’a bien vu lors d’une conférence à l’Université grégorienne, en mars dernier, lorsqu’un neurologue turc s’est vu retirer le micro (cf. Le Cep n° 47, pp. 57-58).

Mais cette attitude montre bien qu’il s’agit de politique et non de science, si tant est, comme l’écrivait Alfred Fabre-Luce que «la politique est l’art, non pas de résoudre les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent.» En l’occurrence il faut signaler l’évitement par la stigmatisation.

Le contradicteur, du simple fait qu’il déclare ne pas croire au mythe, est déclaré indigne d’un débat.

On citera à ce sujet l’exemple donné par le doyen Georges Millot (1917-1991). Président de la Société Géologique de France, il comprit l’importance des expériences réalisées par Guy Berthault. Il en révisa lui-même la rédaction et les présenta en séance à l’Académie des Sciences en 1982. Puis il orienta Guy Berthault vers l’Institut d’Hydrologie de Marseille, qui refit les mêmes expériences à plus grande échelle, et fit publier aux Comptes rendus de l’Académie des Sciences une seconde note. Le moins qu’on puisse dire est donc qu’il avait parfaitement conscience de l’importance de ces travaux et de leur utilité pour la science.

Mais lorsqu’il découvrit que Guy Berthault ne croyait pas en l’évolution, son attitude changea du tout au tout et, en réponse à une question venue d’une Académie étrangère, il eut cette phrase mémorable : «Monsieur Berthault ne croit pas en l’évolution des espèces, cela n’est pas respectable!» [sic]

Avec de telles règles de cooptation, on peut être assuré que rien ne sortira les institutions savantes de leur sommeil évolutionniste!

Un autre procédé de l’apologétique darwinienne est l’oubli des erreurs passées. Ainsi la théorie reposait-elle jadis sur l’hérédité des caractères acquis : il fallait bien que la modification avantageuse acquise par le plus apte fût transmise à la descendance, sinon tout cumul de modifications avantageuses serait impossible.

Quand Weismann eut démontré la non-hérédité des caractères acquis, on se contenta de n’en plus parler. Solution élégante, mais peu convaincante !

L’escamotage des faits “polémiques”, ceux qui ne cadrent pas avec la théorie, fait partie des mêmes techniques d’évitement du débat. On l’a vu avec le moulinet de la rivière Tellico (cf. Le Cep n° 36), pris dans un bloc de phylite supposé dater de 400 million d’années, alors que le brevet du moulinet de pêche fut déposé en 1885 !

Devant ce cas, stimulant pour l’intelligence de la formation des roches, le chef du département de géologie à l’Université du Tennessee réagit par cette exclamation : « Ceci n’existe pas ! »

Attitude apologétique si étrange, en vérité, qu’elle appelle une explication d’une autre nature.

En effet, pourquoi de telles dérobades devant les faits, de telles incohérences dans la démonstration, s’il s’agissait vraiment de convaincre ?

Dans un premier temps, on peut imaginer que les évolutionnistes, rompus aux techniques de communication, appliquent simplement l’adage classique de tous les manipulateurs

: « mieux vaut persuader que convaincre ; on gagne du temps ! »

L’absence de preuves rationnelles s’expliquerait dès lors par l’absence d’intention apologétique ! Mais ce serait oublier les vastes budgets publicitaires (souvent sur fonds publics) dont bénéficie la propagande évolutionniste et sa présence universelle dans les idées diffusées par les médias et les manuels scolaires.

Il existe donc une intention tenace, sinon de convaincre, du moins de persuader. Mais pourquoi, dans une question apparemment scientifique, choisir ce style de procédés sinon parce que la science fait ici partie du contenu de la communication, et du moyen de manipulation des esprits, sans en être le but véritable. Ainsi le paradoxe disparaît. Le but n’est pas scientifique, il est religieux. Et ce sont les chefs de l’évolutionnisme eux-mêmes qui le confirment.

Nous en donnerons deux témoignages caractéristiques, situés à un demi-siècle d’intervalle, ce qui montre bien la cohérence de la manœuvre.

En 1931, Maurice Caullery, titulaire à la Sorbonne de la chaire d’évolution des êtres organisés, synthétisait la position des évolutionnistes dans cette exclamation hautement significative: « Oui, les espèces actuelles sont stables, mais elles ne l’ont pas toujours été ; autrement il faudrait recourir à un Créateur pour expliquer l’apparition des êtres vivants! »[3]

Né en 1929, R. Lewontin fut titulaire de la chaire de biologie à Harvard durant un quart de siècle (1973-1998). Il y développa les bases mathématiques de la génétique des populations ; son influence universitaire et sociétale reste considérable. Il écrivait en 1997: « Notre empressement à accepter des affirmations scientifiques contraires au bon sens est la clef pour comprendre la véritable lutte entre la science et le surnaturel.

Nous prenons le parti de la science malgré l’absurdité évidente de certaines de ses constructions, malgré son échec à remplir nombre de ses extravagantes promesses de santé et de vie, malgré la tolérance de la communauté scientifique pour ce qui n’est qu’histoires sans preuves, parce que nous avons un engagement préalable, un engagement envers le naturalisme…En outre, ce matérialisme est un absolu, car nous ne pouvons pas permettre un Pied divin dans la porte. »[4]

Il existe donc bien une apologétique évolutionniste. Si elle peut nous paraître étrange, c’est que le but n’est pas ce que décrivent les arguments : la science, la connaissance des faits de la biologie. Mais en regard de ce but véritable : justifier une vision matérialiste du monde, alors les moyens choisis s’avèrent excellents. Ils le sont en fait, puisque nos contemporains, pour beaucoup d’entre eux, n’imaginent pas que cette fresque historique est une simple option, fort discutable au demeurant.

Ils le sont aussi en droit, puisque selon le mot de Richard Dawkins, le célèbre biologiste d’Oxford: « Darwin a produit la justification intellectuelle qu’attendaient les athées. »[5]

Et en effet, la sélection ” naturelle ” (pour quiconque accepte de lui conférer une telle capacité) permet de récuser l’existence d’une Intelligence ordonnatrice des faits de la vie. À la lumière de ces déclarations, l’apologétique darwinienne prend tout son sens et retrouve une authentique logique: l’incohérence avec les faits est sans importance; au fond seul importe d’avoir mis au service du matérialisme l’autorité de la science. La potion est un peu amère, mais il ne s’en est pas trouvé d’autres. Darwin, malgré l’inconsistance de ses thèses, a encore quelques beaux jours devant lui!

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SCIENCE ET TECHNIQUE

« Les rationalistes fuient le mystère pour se précipiter dans l’incohérence »

(Bossuet)

Coaptation et finalité[6]

Lucien Cuénot [7]

Résumé : la “coaptation”, chez les êtres vivants est, pour Cuénot, l’existence d’un organe approprié à une fonction. Ainsi pelage ou plumage (organes) se retrouvent chez tous les oiseaux et mammifères, qui sont précisément les animaux homéothermes, ceux qui doivent garder une température interne constante. Il est difficile d’y voir un effet du hasard, puisque tout suggère un plan préexistant à la création de l’organe (Cuénot, étant évolutionniste, dit “apparition” de l’organe). Un exemple remarquable d’une telle coaptation est celui des callosités du Phacochère. En effet, elles sont présentes dès le jeune embryon, lequel n’a pas encore pu fouiller le sol et ainsi endurcir son épiderme aux points de frottement. La callosité est donc préparée (comme la plante des pieds chez le fœtus humain dès le 4ème mois), et il est difficile de nier ici une finalité à l’œuvre chez l’être vivant.

Pelage et plumage.

J’entends par coaptation anatomo-physiologique l’existence chez un être d’un dispositif organique à rôle passif ou actif, dont la présence rend possible un fonctionnement physiologique ou permet un certain comportement.

Un exemple sera plus clair qu’une définition compliquée : Oiseau et Mammifère dérivent assurément de Reptiles couverts d’écailles épidermiques, car on retrouve encore ces écailles reptiliennes sur les pattes des Oiseaux, et çà et là chez les Mammifères à queue dépourvue de longs poils.

Très probablement, la plume primitive résulte d’une transformation de l’écaille dont la partie distale s’est divisée en franges ; quant au poil, c’est plutôt une néoformation indépendante; ces phanères, d’origine épidermique comme les écailles, mais de structure beaucoup plus compliquée, sont actuellement des caractéristiques absolues des deux groupes supérieurs de Vertébrés. Or, Mammifères et Oiseaux, seuls dans le règne animal, sont des homéothermes gardant constante une température interne, de 29° (Monotrèmes) à 38° chez les premiers, de 40 à 44° chez les seconds ; cela est possible parce qu’ils ont un revêtement mauvais conducteur de la chaleur, grâce à l’air enfermé dans le plumage et le pelage. Quand l’animal est à peu près nu, comme le Porc, la plupart des Mammifères aquatiques, l’Homme, des mécanismes internes de régulation ou une autre défense passive doivent suppléer celle qui fait défaut ; l’Homme non endurci se couvre de fourrure, de vêtements superposés entre lesquels s’intercalent des lames d’air ; avec une pelisse fourrée, un Homme perd cinq fois moins de chaleur que lorsqu’il est nu ; les animaux polaires ou de pays aux hivers rigoureux, comme l’Ours blanc, l’Oie, l’Eider ont un revêtement si efficace qu’ils peuvent supporter de très grands froids, tandis que la température d’un Mouton, après la tonte, s’abaisse sensiblement. Il est à peine utile de rappeler la régulation saisonnière des animaux à fourrure et leurs mues, ainsi que la présence d’une épaisse couche de graisse chez le Porc et les Cétacés.

Il y a donc partie liée, ou coaptation, entre le pelage- plumage et la fonction de régulation thermique ; dans nos climats, un Mammifère nu n’est pas viable ; c’est pour cela que l’Homme n’a pu apparaître que dans un climat tropical ; les races de Chiens nus ne se maintiennent que dans des pays très chauds (Mexique, Bolivie, etc.) ; le curieux Rongeur glabre d’Afrique, l’Heterocephalus glaber, est un fouisseur à mœurs de Taupe.

Puisque l’homéotherme ne peut se passer du revêtement protecteur, nous sommes forcés d’admettre que celui-ci est apparu avant le mécanisme de la régulation thermique (il y a un pelage dense chez l’Ornithorynque qui n’est encore qu’un médiocre homéotherme).

Mais alors il est bien difficile de ne pas attribuer à l’apparition du poil et de la plume la signification d’une préparation à l’acquisition de la température constante. La coaptation anatomo-physiologique exclut le hasard et suggère le plan.

On pourrait objecter qu’il y a des poils ailleurs que chez les Mammifères, par exemple chez les Insectes, les Araignées, les Crustacés, voire chez certains Annélides; mais il y a rarement un pelage; ce sont des poils sensitifs, ou des coussinets plantaires disposés pour la marche, ou des brosses revêtant des surfaces de roulement, ou des organes d’accrochage, ou encore des poils venimeux. II y a cependant des chenilles revêtues d’une véritable fourrure (chenilles de Macrothylacea rubi); elle est peut-être atélique[8]; elle est peut-être défensive. La nature a inventé plusieurs fois le poil pour des fins très variées.

Le pelage et le plumage, une fois créés, ont subi, bien entendu, tontes sortes d’avatars; les hormones sexuelles ont exercé souvent leur action, modifiant les couleurs et poussant les formes jusqu’à l’hypertélie (Paon); en sens inverse, le poil a pu disparaître, remplacé par autre chose, en laissant des îlots spécialisés ou atéliques, comme les sourcils, les cheveux, la barbe, les poils de l’aisselle et de la région génitale.

Les callosités

Fig.1. Patte antérieure gauche

d’un fœtus un peu avant terme

(Phacochœrus africanus)

C: callosité carpienne.

Une coaptation plus intéressante encore que la précédente est celle des callosités ; nous nous occuperons seulement de la callosité carpienne du Phacochère : ce Sanglier africain, aux formidables défenses, a coutume de fouiller constamment la terre avec l’extrémité charnue du museau et ses canines, pour déterrer des racines (c’est un grand ravageur des cultures de manioc) ; pour ce faire, il s’agenouille[9] sur la région carpienne des membres antérieurs, se poussant en avant au moyen des pattes de derrière, appliquées sur le sol par toute la surface tarsopédieuse. Même en captivité et dans une cage étroite, il s’agenouille pour manger.

Quand on examine un Phacochère adulte, on voit de fortes callosités cornées sur les régions carpiennes et souscalcanéennes, protégeant ces parties qui frottent rudement sur le sol. Or, les callosités carpiennes du Phacochère sont parfaitement visibles chez des embryons encore très jeunes (Leche, Cuénot, Anthony) (cf. fig. 1) ; ce sont des surfaces lisses, absolument glabres, dont l’épiderme épais et très plissé a une épaisseur triple de celle de l’épiderme banal avoisinant ; la couche cornée est bien formée et se desquame (fig. 2).

Fig. 2. — Coupe longitudinale de.la callosité carpienne d’un fœtus de Phacochère; les deux parties, représentées au même grossissement, montrent la grande différence d’épaisseur de l’épiderme ; la section I passe par la callosité; la section II par la région normale qui l’entoure : a, couche germinative; b, couche granuleuse ; c, couche cornée : d, derme ; p, poils coupés obliquement; pa. papilles épidermiques très développées dans la région calleuse.

En somme, les callosités sont préparées chez l’embryon, alors que celui-ci, suspendu dans son amnios, n’a été en contact avec aucune surface dure. Cette même préparation est connue chez les embryons d’Autruche et de Nandou pour la callosité sternale, chez les jeunes Dromadaires et Chameaux pour leurs diverses surfaces d’appui (elles sont recouvertes de poils avant de devenir des callosités), chez les embryons de Singes de l’Ancien Monde pour les callosités fessières, chez le fœtus humain pour la plante du pied (épiderme déjà épaissi au 4ème mois de la vie intrautérine), chez les fœtus de digitigrades pour les pelotes digitales des pattes, et d’une façon générale pour toutes les surfaces ou saillies qui seront plus tard en contact avec le sol. C’est maintenant un fait bien établi.

La callosité, ou plus exactement sa préparation fait partie de la totalité Phacochère, c’est-à-dire qu’elle est inscrite dans le patrimoine héréditaire ; elle existe en puissance dans l’œuf. C’est sans doute une acquisition récente, car on ne la trouve ni chez le Sanglier ni chez le Potamochère; elle est liée incontestablement à l’instinct qui porte le Phacochère à fouiller le sol en prenant une attitude particulière.

Deux hypothèses explicatives sont possibles: 1° la callosité organisée s’est formée, par une mutation de hasard, avant que l’animal ait pris l’habitude de s’agenouiller pour manger, et c’est parce qu’il avait déjà une callosité que l’instinct a pu aboutir à la manœuvre actuelle ; 2° l’instinct s’est développé d’abord. Par réaction au frottement, une callosité somatique s’est formée chez chaque individu, analogue aux cals professionnels déterminés chez l’Homme par le maniement des rames, de la bêche, etc. Après un nombre X de générations, la callosité acquise s’est inscrite, nous ne savons comment, dans le patrimoine héréditaire, si bien qu’elle est maintenant préparée chez le fœtus, avant toute excitation épidermique.

La première hypothèse, que l’on pourrait appeler préadaptationniste, n’est pas vraisemblable ; il faudrait admettre que le hasard aveugle ait produit l’organe très exactement à la place où le carpe sera (plus tard) en contact avec le sol; c’est un peu trop “cause-finalier”.

La seconde hypothèse, toute lamarckienne, repose sur la possibilité de la transmission héréditaire de caractères acquis par le soma; or, ce11e-ci est inconcevable et indémontrée dans l’état actuel de nos connaissances. Nous voici donc au pied du mur et toute issue paraît fermée ; voire! Remarquons que la grande difficulté pour comprendre l’hérédité de la callosité, c’est la dissociation entre deux ordres de faits, l’un psychique, l’autre anatomique : l’instinct de s’agenouiller sur les carpes pour fouir, et la présence d’une callosité organisée. Mais pourquoi les dissocier ? On peut supposer qu’une variation unique du germen a eu un double effet :

1° en créant un instinct particulier, coordonné du reste au museau robuste, à la puissante armature dentaire du Phacochère et à la structure des pattes antérieures, 2° en inventant en même temps, et d’un coup, l’organe nécessaire à la satisfaction de l’instinct, c’est-à-dire la région préparée pour devenir une callosité quand il y aura frottement. On pourrait établir un parallèle entre le cas des Phacochères et celui des raboteurs de planchers qui ont inventé un coussin rembourré sur lequel ils s’agenouillent pour effectuer leur travail.

Je tiens l’exemple des callosités pour l’un des arguments les plus importants au point de vue d’une interprétation finaliste de la Vie; après y avoir longtemps réfléchi et avoir retourné la question de toutes les façons, je ne vois aucune possibilité d’en donner une explication mécanistique: l’hypothèse lamarckiste, naturelle et séduisante, est au fond toute téléologique; celle du mutationnisme l’est encore plus, puisqu’on voit poindre l’abhorrée cause finale ; quant à une thèse darwiniste, il est inutile d’en parler, car elle ne saurait être qu’une combinaison des deux précédentes.

In memoriam Jean Boucher (1915-2009)

Un pionnier vient de nous quitter. Connu pour sa contribution décisive à l’agriculture biologique en France, Jean Boucher s’en est allé le 11 septembre dernier, dans sa quatre-vingt-quinzième année. Ses obsèques ont été célébrées en l’église Saint-Bernard de sa chère ville de Nantes, le mardi 15. Jean Boucher avait commencé sa carrière d’agronome au Service de la Protection des Végétaux de Nantes. Attentif aux échos du terrain, il comprit vite que la fertilisation chimique affaiblissait les plantes et démissionna pour chercher une alternative. C’est avec le sélectionneur de blé Raoul Lemaire qu’ils mirent au point la méthode “Lemaire-Boucher”, plus connue en ville par son produit : le “pain Lemaire”. Dans la ligne des travaux du Pr Delbet sur le magnésium, il s’intéressa au rôle des “éléments biotiques”, cette fraction de la table de Mendeleïev qui figure dans la composition des êtres vivants. Il nous en fit un saisissant exposé au colloque de Nantes en 2001 (L’harmonie des éléments biotiques), étude qui devrait figurer prochainement sur le site du CEP. En 2002, il était invité en Iran pour un congrès de lancement de l’agriculture biologique dans le Sud du pays, mais la simultanéité avec les élections et certaines pressions firent annuler ce projet. Les dernières années furent assombries par la maladie de sénescence qui frappa son épouse, limitant ses déplacements. Lui-même en fut atteint il y a deux ans et dut quitter son domicile.

Mais l’activité de conférencier et de consultant qu’il a poursuivie à un âge avancé prêche indiscutablement pour le mode de vie qui était le sien, avec derrière sa maison, un jardin, un pied de vigne et un verger dont il aimait commenter la conduite avec ses visiteurs. Nul doute que l’intuition qui le guidait, l’importance des phénomènes physiques en agronomie, et leur revanche sur la chimie, finira par s’imposer : bien d’autres chercheurs l’ont rejointe et les fruits apparaissent. En dédicaçant son livre Une véritable agriculture biologique, il avait écrit que le CEP lui avait « donné de mieux connaître la splendeur de la Création, donc du Dieu d’amour. »

Nul doute qu’après avoir étudié cette Création avec modestie et patience, il avait hâte de rencontrer son Créateur.

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HISTOIRE

Si l’homme est libre de choisir ses idées,

il n’est pas libre d’échapper aux conséquences des idées qu’il a choisies.”

(Marcel François)

Napoléon : “moins prince que boucher”1

Adrien Loubier

Présentation : Le général Bonaparte, devenu “empereur des Français”, laisse derrière lui une réputation de gloire militaire et de sagesse administrative. Mais nombre de contemporains en jugèrent autrement. Dès 1555, le médecin Michel de Nostredame, plus connu sous le nom de Nostradamus, dans un raccourci saisissant dont il était coutumier, qualifia Napoléon Ier, plus de deux siècles à l’avance, par ces simples mots : “moins prince que boucher” (Centurie I, quatrain 602). C’est bien le sentiment qui ressort à la lecture des témoignages qu’Adrien Loubier a réunis.

L’ogre corse et les démons homicides

Un criminel se leva, dont la passion pour la guerre allait faire couler bien des fleuves de sang, et lui valoir le surnom de l’ogre corse, véritable mangeur d’hommes en effet.

“L’Europe est une vieille putain pourrie. J’ai 800.000

hommes. J’en ferai ce que je veux”3

“Ne crains-tu pas, lui disait Lucien, que la France ne se révolte contre l’indigne abus que tu fais du pouvoir ? “

– “Ne crains rien, répondit Bonaparte, je la saignerai tellement à blanc, qu‘elle en sera de longtemps incapable4 “.

  1. Repris de Aux portes de l’enfer, le concordat de 1801, Éd Sainte-Jeanne d’Arc, 2009, pp. 44-52
  2. Ndlr. Voici le quatrain complet de Nostradamus:

Un Empereur naistra près d’Italie,

Qu’à l’Empire sera vendu bien cher,

Diront avec quels gens il se ralie,

Qu’on trouvera moins prince que boucher. (Centuries I, 60)

  1. Paroles rapportées par Louis-André Pichon, consul et conseiller d’État.

Pourquoi Bonaparte avait-il cet esprit ? Mais sur la base d’un incroyable mépris des hommes !

Écoutons par exemple Chaptal, ministre de l’Intérieur pendant quatre ans, et qui fut à même d’apprécier impartialement Bonaparte:

“Un ministre russe, le prince Kourakine, lui parlait des ressources de son pays pour recruter 1‘armée.

    • J’en conviens, dit-il, mais votre maître a-t-il comme moi vingt-cinq mille hommes à dépenser par mois ?

Dans une bataille dont l’issue tenait à une belle charge de cavalerie, il ordonna au général Nansouty de charger à la tête de la cavalerie de la garde en disant :

    • Plutôt que de ne pas enfoncer l’ennemi, faites-les périr tous, je ne les ai pas dorés pour eux.

Lorsqu’on lui annonça que le général Latour-Maubourg venait d’avoir la cuisse emportée, il se borna à demander froidement :

    • Qui le remplace?

Se promenant sur le champ de bataille d’Eylau couvert de vingtneuf mille cadavres, il les retournait avec le pied et disait aux généraux qui l’entouraient :

    • C’est de la petite espèce.

À son retour de la déroute de Leipzig, il accoste M. Laplace:

    • Ah! Vous avez bien maigri.
    • Sire, j’ai perdu ma fille.
    • Oh ! Il n ‘y pas de quoi maigrir. Vous êtes géomètre. Soumettez cet événement au calcul, et vous verrez que tout cela égale zéro.

Le 20 juillet 1804, Bonaparte est à Boulogne et prétend passer en revue l’armée navale. Écoutons le récit de cette journée mémorable par Constant :

“Un matin, en montant à cheval, Napoléon annonça qu’il passerait en revue l’armée navale et donna l’ordre de faire quitter aux bâtiments qui formaient la ligne d’embossage leur position, ayant l’intention, disait-il, de passer en revue en pleine mer.

  1. Cf .Mémoires du Baron Fain, Paris, Plon, 1908.

Il partit avec Roustan pour sa promenade habituelle, et témoigna le désir que tout fût prêt pour son retour dont il désigna l’heure. Tout le monde savait que le désir de Napoléon était sa volonté. On alla, pendant son absence, la transmettre à l’amiral Bruix, qui répondit avec un imperturbable sang-froid qu‘il était bien fâché, mais que la revue n‘aurait pas lieu ce jour-là. En conséquence, aucun bâtiment ne bougea.”

Mais Bonaparte ne supporte pas la contradiction.

    • Monsieur 1‘amiral, dit Napoléon d’une voix altérée, pourquoi n ‘avez-vous pas fait exécuter mes ordres?
    • Sire, répondit avec une fermeté respectueuse l’amiral Bruix, une horrible tempête se prépare… Votre Majesté peut le voir comme moi. Veut-elle donc exposer inutilement la vie de tant de braves gens?

En effet, la pesanteur de l’atmosphère et le grondement sourd qui se faisait entendre au loin ne justifiaient que trop les craintes de l’amiral.

    • Monsieur, répond Napoléon de plus en plus irrité, j ‘ai donné des ordres. Encore une fois, pourquoi ne les avez-vous point exécutés ? Les conséquences me regardent seul. Obéissez!
    • Sire, je n ‘obéirai pas.
    • Monsieur vous êtes un insolent!

Et Napoléon, qui tenait encore sa cravache à la main, s’avança sur l’amiral en faisant un geste menaçant. L’amiral Bruix recula d’un pas, et mettant la main sur la garde de son épée :

    • Sire ! dit-il en pâlissant, prenez garde!

Tous les assistants étaient glacés d’effroi. Napoléon, quelque temps immobile, la main levée, attachait ses yeux sur l’amiral, qui, de son côté, conservait sa terrible attitude.

Enfin, Napoléon jeta sa cravache à terre. Bruix lâcha le pommeau de son épée et, la tête découverte, il attendit en silence le résultat de cette horrible scène.

    • Monsieur le contre-amiral Magon, dit Napoléon, vous ferez exécuter à l’instant le mouvement que j‘ai ordonné. Quant â vous, Monsieur continua-t-il en ramenant ses regards sur l’amiral Bruix, vous quitterez Boulogne dans les vingt-quatre heures, et vous vous retirerez en Hollande. Allez!

Cependant le contre-amiral Magon faisait faire à la flotte le mouvement fatal exigé par Napoléon.

À peine les premières dispositions furent-elles prises que la mer devint effrayante à voir. Le ciel, chargé de nuages noirs, était sillonné d’éclairs, le tonnerre grondait à chaque instant, et le vent rompait toutes les lignes. Enfin, ce qu‘avait prévu 1‘amiral arriva, et la tempête la plus affreuse dispersa les bâtiments de manière à faire désespérer de leur salut.

Napoléon, soucieux, la tête baissée, les bras croisés, se promenait sur la plage, quand tout à coup des cris terribles se firent entendre. Plus de vingt chaloupes canonnières chargées de soldats et de matelots venaient d’être jetées à la côte, et les malheureux qui les montaient, luttant contre les vagues furieuses, réclamaient des secours que personne n’osait leur porter… Napoléon voyait ses généraux et officiers frissonner d‘horreur autour de lui…”

Que nous sommes loin d’un Louis XV, refusant, dans une bataille, de donner l’ordre d’une charge qui pouvait être décisive, mais dont il estimait qu’elle serait trop meurtrière ! « Messieurs, disaitil, je suis comptable devant Dieu de la vie de mes sujets ! » Mais pour Bonaparte, les hommes ne sont que chair à canon! Et ils sont si “méprisables”!

Écoutons donc quelques lignes de Chateaubriand, pourtant fasciné si souvent par le “génie” de Bonaparte.

“Le train du jour est de magnifier les victoires de Bonaparte : les patients ont disparu ; on n’entend plus les imprécations, les cris de douleur et de détresse des victimes ; on ne voit plus la France épuisée, labourant son sol avec des femmes; on ne voit plus les parents arrêtés en pleige[10] de leurs fils, les habitants des villages frappés solidairement des peines applicables à un réfractaire; on ne voit plus ces affiches de conscription collées au coin des rues, les passants attroupés devant ces immenses arrêts de mort et y cherchant, consternés, les noms de leurs enfants, de leurs frères, de leurs amis, de leurs voisins.

On oublie que tout le monde se lamentait des triomphes, on oublie que la moindre allusion contre Bonaparte au théâtre, échappée aux censeurs, était saisie avec transport ; on oublie que le peuple, la cour; les généraux les ministres, les proches de Napoléon, étaient las de son oppression et de ses conquêtes, las de cette partie toujours gagnée et jouée toujours, de cette existence remise en question chaque matin par l’impossibilité du repos.”

Enfin, je ne résiste pas à citer encore Chateaubriand dans la description réaliste qu’il fait de l’approvisionnement en chair humaine de l’ogre, dans les Mémoires d’outre-tombe.

“Enfin la conscription faisait comme le couronnement de ses œuvres de despotisme. La Scandinavie, appelée par un historien ‘la fabrique du genre humain’, n’aurait pu fournir assez d’hommes à cette loi homicide. Le code de la conscription sera un monument éternel du règne de Bonaparte. Là se trouve réuni tout ce que la tyrannie la plus subtile et la plus ingénieuse peut imaginer pour tourmenter et dévorer les peuples : c’est véritablement le code de l’enfer! Les générations de la France étaient mises en coupe réglée comme les arbres d’une forêt : chaque année, quatre-vingt mille jeunes gens étaient abattus. Mais ce n’était là que la coupe régulière : souvent la conscription était doublée ou fortifiée par des levées extraordinaires ; souvent elle dévorait d‘avance ses futures victimes, comme un dissipateur emprunte sur le revenu à venir. On avait fini par prendre sans compter : l’âge légal, les qualités requises pour mourir sur un champ de bataille n ‘étaient plus considérés ; et l’inexorable loi montrait à cet égard une merveilleuse indulgence. On remontait vers 1‘enfance ; on descendait vers la vieillesse : le réformé, le remplacé, étaient repris ; tel fils d’un pauvre artisan, racheté trois fois au prix de la petite fortune de son père, était obligé de marcher.

Les maladies, les infirmités, les défauts du corps, n‘étaient plus une raison de salut. Des colonnes mobiles parcouraient nos provinces comme un pays ennemi, pour enlever au peuple ses derniers enfants.

Si l’on se plaignait de ces ravages, on répondait que les colonnes mobiles étaient composées de beaux gendarmes qui consoleraient leurs mères, et leur rendraient ce qu’elles avaient perdu. Au défaut du frère absent, on prenait le frère présent. Le père répondait pour le fils, la femme pour le mari: la responsabilité s‘étendait aux parents les plus éloignés et jusqu‘aux voisins. Un village devenait solidaire pour le conscrit qu‘il avait vu naître. Des garnisaires s’établissaient chez le paysan et le forçaient de vendre son lit pour les nourrir : pour s‘en délivrer il fallait qu‘il trouvât le conscrit caché dans les bois. L’absurde se mêlait à l’atroce: souvent on demandait des enfants à ceux qui étaient assez heureux pour n’avoir point de postérité ; on employait la violence pour découvrir le porteur d’un nom qui n‘existait que sur le rôle des gendarmes, ou pour avoir un conscrit qui servait déjà depuis cinq ou six ans. Des femmes grosses ont été mises à la torture, afin qu‘elles révélassent le lieu où se tenait caché le dernier-né de leurs entrailles ; des pères ont apporté le cadavre de leur fils, pour prouver qu’ils ne pouvaient fournir ce fils vivant. Il restait encore quelques familles dont les enfants plus riches s’étaient rachetés; ils se destinaient à former un jour des magistrats, des administrateurs, des savants, des propriétaires, si utiles à l’ordre social dans un grand pays : par le décret des gardes d’honneur, on les a enveloppés dans le massacre universel. On en était venu à ce point de mépris pour la vie des hommes et pour la France, d’appeler les conscrits la matière première et la chair à canon. On agitait quelquefois cette grande question parmi les pourvoyeurs de chair humaine : savoir combien de temps durait un conscrit ; les uns prétendaient qu’il durait trente-trois mois, les autres trente-six. Bonaparte disait luimême : J’ai trois cent mille hommes de revenu. Il a fait périr, dans les onze années de son règne, plus de cinq millions de

Français.”

Voilà l’homme dont la bonne foi parut évidente à Pie VII, voilà celui qu’un Pape vint “sacrer” à Paris !

Tel fut Bonaparte

Tel était donc celui que certains apologistes du Concordat ont qualifié sans trembler de “seul interlocuteur valable” avec lequel

Pie VII devait traiter pour rétablir en France la religion catholique!

Me permettra-t-on, à ce jugement, de préférer celui dont je ferai ma conclusion, et qui émane d’un admirateur de Napoléon, après que l’expérience des désastres lui eut ouvert les yeux ?

“Il fallut donc songer à établir un chef suprême qui fût l’enfant de la révolution, un chef en qui la loi, corrompue dans sa source, protégeât la corruption et fit alliance avec elle. Des magistrats intègres, fermes et courageux, des capitaines renommés par leur probité autant que pour leurs talents, s’étaient formés au milieu de nos discordes ; mais on ne leur offrit point un pouvoir que leurs principes leur auraient défendu d‘accepter. On désespéra de trouver parmi les Français un front qui osât porter la couronne de

Louis XVI. Un étranger se présenta : il fut choisi.”

Mais qui donc posa cette couronne et cette onction sur un tel front?

Jugement d’un de nos meilleurs historiens

“Sauf pour la gloire, sauf pour l’Art, il eût probablement mieux valu que (Napoléon) n’eût pas existé. Tout bien compté, son règne, qui vient selon le mot de Thiers continuer la révolution, a terminé par un épouvantable échec. Son génie a prolongé, à grands frais (trois millions de morts!), une partie perdue d’avance. Tant de victoires, de conquêtes (qu‘il n‘avait pas commencées), pourquoi ? Pour revenir en deçà du point d’où la république guerrière était partie, où Louis XVI avait laissé la France, pour abandonner les frontières naturelles, rangées au musée des doctrines mortes.

Ce n’était pas la peine de tant s‘agiter, à moins que ce ne fût pour léguer de belles peintures à l’histoire.

Et l’ordre que Bonaparte a rétabli vaut-il le désordre qu‘il a répandu en Europe, les forces qu‘il a soulevées et qui sont retombées sur les Français ?

Quant à l’État napoléonien, qui a duré à travers quatre régimes, qui semblait bâti sur l’airain, il est en décadence. Ses lois s’en vont par morceaux. Bientôt on sera plus loin du Code Napoléon que Napoléon ne l’était de Justinien et des Institutes, et le jour approche où, par la poussée d’idées nouvelles, l’œuvre du législateur sera périmée.”

Jacques Bainville “Napoléon “(1931)

“Bonaparte est une sorte de parodie sacrilège des Croisades.

Il représente la Croisade pour rien.”

Léon Daudet “Le stupide XIXème siècle

Quelques références maçonniques

On ne sait avec certitude quand Napoléon fut initié (certains disent: à la loge militaire Philadelphie, en 1798). Mais il fut nommé “Napoléon protecteur de la Maçonnerie”. Des hymnes maçons lui furent dédiés. De nombreuses loges prirent des titres comportant “Saint Napoléon”! Plusieurs dates et loges sont données par différents auteurs quant à sa date et son lieu d’initiation. Voir “Dictionnaire des Francs-Maçons français” à Napoléon Premier.

Son frère Jérôme fut initié le 2 avril 1801 à la L\“la paix” (!) O de Toulon et fut Grand Maître de la F\M\ du royaume de Westphalie.

Son frère Joseph, roi de Naples et de Sicile, fut initié le 8 octobre 1793 à la L\ “La parfaite sincérité” (!) de Marseille et fut Grand Maître du G\ O\ Son frère Louis fut Grand Maître adjoint du

G\O\ Cambacérès 33ème degré. Haut dignitaire maçonnique, Grand Maître du G\O\ en suppléance de Joseph Bonaparte ;

Souverain Grand Commandeur du S\C\ de France ; Grand Maître du rite écossais ; Grand Maître du rite primitif; etc.

(Dictionnaire des F\M\ français)

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SOCIÉTÉ

Il a plu à Dieu qu’on ne pût faire aucun bien aux hommes qu’en les aimant.” (P. Le Prévost)

Maurice Allais avait prévu la crise économique

(3ème partie)

Le pouvoir financier au cœur de la crise de

2008[11])

Philippe Bourcier de Carbon[12]

Présentation: Quand survint la crise de l’été 2008, avec la faillite de la banque Lehman Brothers, il aurait fallu expliquer au public pourquoi la plongée des cours de la Bourse avait un impact sur l’économie réelle. C’était le point précis sur lequel le (seul) Prix Nobel français d’économie avait le plus contribué, par son analyse des facteurs psychologiques agissant sur la quantité de monnaie disponible. De plus, en 1999, Maurice Allais avait donné un ouvrage de vulgarisation intitulé : La Crise mondiale aujourd’hui : pour une profonde réforme des institutions financières et monétaires. Mais précisément, non content d’analyser les causes de la crise, Allais proposait aussi les remèdes, principalement le contrôle par l’État de la création monétaire. Il s’agissait donc d’une question politique majeure, touchant la nature même du pouvoir et de ses détenteurs. Dans cette troisième partie, la crise actuelle est comparée à la grande crise de 1929-1934, tant sont nombreuses et profondes les similitudes.

Esquissons maintenant ici les principales analyses et propositions du Professeur Maurice Allais concernant les mécanismes de la crise, bancaire, financière et économique qui a éclaté spectaculairement l’année dernière à partir des pratiques des grands acteurs financiers anglo-saxons, systématiquement confortées par leurs dirigeants politiques, et qui, dans le cadre d’une mondialisation financière anarchique que ces derniers se sont attachés à généraliser depuis les années 90, menace aujourd’hui de plonger le monde dans une catastrophe économique généralisée, voire sans précédent par ses dimensions. Cette occasion est d’autant plus heureuse que les nombreux ouvrages et analyses du Prix Nobel français d’Économie sur la question, demeurent généralement trop méconnus, tant sa pensée se situe à contre-courant de la « pensée économiquement correcte » qui s’est aujourd’hui instaurée universellement sur la question.

Au cours de cette conférence, je ne saurais mieux faire que d’emprunter de larges passages au petit ouvrage de février 1999 du Prix Nobel français destiné au grand public « La Crise mondiale aujourd’hui » [7].

I – Introduction

Selon George Soros, à la fois célèbre praticien professionnel des « Hedge Funds » ou « Fonds d’Arbitrage » et observateur qualifié du petit monde des principaux acteurs de la spéculation financière sur les places internationales, seigneurs actuels de la Super Classe mondiale, « le début de la crise financière actuelle peut être daté officiellement d’août 2007 », ainsi qu’il le déclare en introduisant la brève rétrospective chronologique des faits financiers significatifs[13] par laquelle il ouvre son dernier ouvrage « La vérité sur la crise financière[14] »

[1].

Et de fait, quinze jours après la parution de son livre, le monde était frappé de stupeur et de panique devant la faillite déclarée le 15 septembre 2008, de la banque Lehman Brothers, l’un des principaux acteurs opérant sur les marchés financiers spéculatifs internationaux.

Il est en effet très significatif que George Soros lui-même conclut ainsi sa brève chronologie des faits, par cette déclaration que ne renierait pas Maurice Allais :

« Les marchés financiers comme les autorités de régulation ont mis beaucoup de temps à reconnaître que l’économie réelle serait inévitablement affectée. Cette réticence est difficile à comprendre. Pourquoi l’économie réelle, qui a été stimulée par l’expansion du crédit, devrait-elle ne pas subir les effets de son resserrement ? On a du mal à s’empêcher de penser que les autorités, comme les acteurs du marché, vivent sur des idées fausses quant à la façon dont celui-ci fonctionne, et que ces idées fausses sont à l’origine, non seulement de leur incapacité à comprendre ce qui se passe, mais encore des excès qui ont conduit aux turbulences actuelles.

Mon propos est de démontrer que le système financier international tout entier repose sur des bases erronées ».

George Soros [3, page 28]

Nous rappellerons d’abord quelques constantes caractéristiques des situations qui précèdent toujours l’éclatement des grandes crises financières, comme celle de 1929-1934, avant de rappeler l’importance des principes de régulation destinée à les prévenir tel le Glass-Steagall Act, imposé le 16 juin 1933 par le Président Roosevelt, et révoqué le 12 novembre 1999 par le Président Clinton sous la pression tenace des dirigeants financiers anglo-saxons.

Après avoir résumé les analyses de Maurice Allais, nous présenterons les principes de la réforme radicale du crédit qu’il propose, et nous évoquerons brièvement l’accueil médiatique qui leur aura été réservé, principalement en France, pour terminer en guise de conclusion sur la confirmation de l’impuissance actuellement manifeste des dirigeants politiques à imposer des principes de régulation susceptibles de mettre un frein aux pratiques financières à l’origine de la crise.

Dans le monde de la finance tout continuera donc en 2010 – et de plus belle – comme avant ! La crise mondiale va donc encore se développer largement, et ses plus « beaux » jours sont encore – hélas – devant elle.

II – Rappel de la Grande Crise de 1929-1934

Maurice Allais résume dans son livre [7] les caractéristiques de la Grande Dépression.

« La crise de 1929 a été la conséquence de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux ÉtatsUnis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a suscitée. » Maurice Allais [7]

Et Maurice Allais résume ainsi les événements :

« La hausse des cours et leur effondrement

Aux États-Unis, l‘indice Dow Jones des valeurs industrielles est passé de 121 le 2 janvier 1925 à 381 le 3 septembre 1929, soit une hausse de 215 % en quatre ans et huit mois. Il s’est effondré à 230 le 30 octobre, soit une baisse de 40 % en deux mois correspondant pour certaines actions à des baisses bien plus grandes encore.

L’indice Dow Jones n’a atteint son minimum de 41,2 que le 8 juillet 1932, soit une baisse de 89 % en trois ans. Il n’a retrouvé son cours du 2 janvier 1925 que le 24 juin 1935, et son cours du 3 septembre 1929 que le 16 novembre 1954.

La baisse des cours de Bourse de 1929 à 1932, avec toutes ses séquelles, représente probablement un des plus spectaculaires effondrements d’une hausse spéculative des cours que le monde ait jamais connus.

Tant que la Bourse a monté, ceux qui achetaient, le plus souvent à crédit, voyaient leurs prévisions confirmées le lendemain par la hausse des cours, et jour après jour la hausse venait justifier les prévisions de la veille.

La hausse s’est poursuivie jusqu’à ce que certains opérateurs aient été amenés à considérer que les actions étaient manifestement considérablement surévaluées, et ils se sont mis à vendre, voire même à spéculer à la baisse.

Dès que les cours n’ont plus monté, ils ont commencé à baisser, et la baisse a alors justifié la baisse, en entraînant à sa suite un pessimisme généralisé. La baisse ne pouvait plus alors que s’amplifier.

Une hausse des cours de bourse démesurée au regard de l’économie réelle

À la veille même du Jeudi noir du 24 octobre 1929, où le Dow Jones est tombé à 299, en baisse de 22 % depuis son maximum de 381 du 3 septembre 1929, la presque totalité des meilleurs économistes, dont par exemple le grand économiste américain Irving Fisher, considérait que la hausse de la Bourse américaine était parfaitement justifiée par la prospérité de l’économie, la stabilité générale des prix et les perspectives favorables de l’économie américaine.

Cependant, à première vue, la hausse des cours de Bourse de 215%, de 1925 à 1929, apparaît incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine, en termes réels. En effet, de 1925 à 1929, en quatre ans, le produit national brut réel ne s’était élevé que de 13 %, la production industrielle de 21 % seulement, et le taux de chômage était resté stationnaire au niveau de 3 %. Dans la même période, le produit national brut nominal ne s’était élevé que de 11 % ; le niveau général des prix avait baissé de 2% ; la masse monétaire (monnaie en circulation plus dépôts à vue et à temps) ne s’était élevée que d’environ 11%[15] .

Cependant, de janvier 1925 à août 1929, la vitesse de circulation des dépôts dans les banques américaines à New York s’était élevée de 140 %.

C’est cette augmentation de la vitesse de circulation des dépôts dans les banques de New York qui a permis l’augmentation des cours de Wall Street6.

La dépression

La vague de pessimisme que le krach boursier de 1929 a engendrée, a entraîné, de 1929 à 1932, une contraction d’environ 20 % de la masse monétaire et d’environ 30 % des dépôts bancaires7. Dans le même temps, la Federal Reserve essayait, mais vainement, de s’opposer à cette contraction en accroissant la monnaie de base de 9%.

Les spéculateurs, qui avaient acheté des actions avec des fonds empruntés à court terme, se sont vus contraints d’emprunter à nouveau à des taux d’intérêt très élevés, voire à vendre à n’importe quel prix pour faire face à leurs engagements. Des retraits massifs de certains dépôts ont entraîné les faillites d’un grand nombre de banques8, d’où une contraction accrue de la masse monétaire.

Ce pessimisme, ce climat de détresse et cette contraction de la masse monétaire ont entraîné une diminution du produit national brut nominal de 44%,

Reserve System) ne s’était accrue que de 0,9 %. Les différences M1-B et M2B correspondant aux dépôts bancaires, ne s’étaient élevées que de 5,0 % et 12,8 %.

  1. La dépense globale est en effet égale au produit de la masse monétaire par la vitesse de circulation.
  2. En fait, la masse monétaire M1 a diminué de 21 % et la masse monétaire M2 de 23 %, les différences M1-B et M2-B diminuant respectivement de 31 % et 28 %.
  3. Dans un système de couverture fractionnaire des dépôts, aucune banque de peut faire face à des retraits massifs. En 1931, 2.550 banques américaines ont fait faillite.

du produit national brut réel de 29%, de la production industrielle de 40%, et de l’indice général des prix de 21%.

Le taux de chômage est passé de 3,2 % en 1929 à 25 % en 1933, soit 13 millions de chômeurs[16], pour une population active de 51 millions. La population totale des États-Unis n’était alors que d’environ 120 millions.

Un endettement excessif

La Grande Dépression a été considérablement aggravée dans son déroulement par le surendettement qui s’était développé avant le krach boursier de 1929, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des États-Unis.

• À l’intérieur des États-Unis, le montant global des dettes des particuliers et des entreprises[17], correspondant en grande partie à des crédits bancaires, s’était considérablement accru de 1921 à 1929. En 1929, il représentait environ 1,6 fois le produit national brut américain. Au regard de la baisse des prix et de la diminution de la production au cours de la Grande Dépression, le poids de ces dettes s’est révélé insupportable.

Parallèlement, de 1921 à 1929, l’endettement de l’État fédéral et celui des États et des municipalités s’étaient également considérablement accrus. En 1929, ils représentaient respectivement environ 16,3 % et 13,2 % du PNB américain.[18]

À l’extérieur des États-Unis, le montant des réparations dues par l’Allemagne avait été fixé en 1921 à 33 milliards de dollars, représentant environ 32% du PNB américain en 1929. Au titre des dettes de guerre, les nations européennes devaient aux États-Unis environ 11,6 milliards de dollars, représentant environ 11% du PNB américain.

Enfin, des prêts privés, principalement bancaires, avaient été consentis, principalement à l’Allemagne, pour un montant global de 14 milliards de dollars en 1929, représentant environ 13,5 % du PNB américain.

Les dettes de guerre s’étaient révélées impayables. L’Allemagne n’avait pu s’acquitter que très partiellement de ses obligations, et cela principalement avec des fonds empruntés.

Le développement de la Grande Dépression a été considérablement aggravé par les charges de toutes ces dettes et par les mouvements internationaux de capitaux à court terme qui en ont résulté, par suite des interdépendances complexes de toutes sortes entre les économies européennes et l’économie américaine. En fait, toutes ces dettes ont dû être réduites et rééchelonnées au cours de la Grande Dépression.

Des mouvements massifs de capitaux et des dévaluations compétitives

À partir des États-Unis, la “Grande Dépression” s’est étendue dans tout l’Occident, générant partout l’effondrement des économies, le chômage, la misère et la détresse.

À la suite de l’abandon de l’étalon or, en septembre 1931, par la Grande-Bretagne, se sont succédé des dévaluations en chaîne. La plus spectaculaire a correspondu à l’abandon de l’étalon or par les ÉtatsUnis en avril 1933.

Toute cette période peut se caractériser à la fois par des spéculations sur les monnaies, des mouvements massifs de capitaux, des dévaluations compétitives et des politiques protectionnistes des différents pays pour essayer de se protéger des désordres extérieurs.

Finalement, vers la fin de 1936, les relations de change entre les principales monnaies n’étaient pas très différentes de ce qu’elles étaient en 1930, avant que le cycle des dévaluations n’eût commencé ». Maurice Allais

[7].

III – Pourquoi l’effondrement des cours de la Bourse a-t-il entraîné celui de l’économie réelle? L’analyse d’Allais répondant à la question de George Soros.

Maurice Allais, dont les travaux ont – singulièrement depuis les années 60 – révolutionné l’analyse de la dynamique monétaire [2, 4], a su, par son analyse de la notion psychologique d’« encaisse désirée », mettre en évidence et quantifier l’importance déterminante de l’effet de la psychologie collective sur les fluctuations monétaires. Il commente ces événements financiers en résumant ainsi son expertise dans son ouvrage de 1999 [7] :

« Facteurs psychologiques et facteurs monétaires

Si la hausse des cours de Bourse, de 1925 à 1929, a quelque chose d’incompréhensible au regard de l’évolution de l’économie américaine en termes réels pendant la même période, la baisse de l’activité économique en termes réels, de 1929 à 1932, n’en apparaît pas moins aussi étonnante, au moins à première vue. Comment est-il donc possible que la chute des cours boursiers ait pu induire par elle-même une telle diminution de l’activité économique ?

En réalité, ces deux phénomènes, qui à première vue apparaissent quelque peu paradoxaux, s’éclairent parfaitement dès que l’on considère à la fois les facteurs psychologiques et les facteurs monétaires.

Lorsque la conjoncture est favorable, les encaisses désirées12 diminuent et, de ce fait, la dépense globale augmente. Lorsqu’elle est défavorable, les encaisses désirées augmentent et la dépense globale diminue13.

12 Le concept d’« encaisse désirée» a été introduit au XIXème siècle par Léon Walras, puis repris par Jacques Rueff avant et après la Seconde Guerre mondiale. C’est essentiellement un concept psychologique dont la signification est très simple. L’encaisse désirée est l’encaisse en monnaie (billets et pièces, plus dépôts à vue) que l’on désire détenir au regard de la situation conjoncturelle.

Considérons par exemple un citoyen qui a un revenu de 40.000 francs par mois et qui détient une encaisse en billets de 1.000 francs et un dépôt à vue dans une banque de 10.000 francs, soit une encaisse de 11.000 francs :

Si la situation est normale, ses dépenses seront de 40.000 francs et son encaisse de 11.000 francs restera inchangée.

Si, par contre, il craint d’avoir à faire face à des risques en raison d’une crise, il pourra désirer augmenter son encaisse de 10.000 francs. Sa nouvelle dépense deviendra égale à son revenu de 40.000 francs diminué de l’augmentation de 10.000 francs de son encaisse désirée, soit 30.000 francs. Dans la nouvelle situation, son encaisse désirée, qui était précédemment de 11.000 francs deviendra égale à 21.000 francs.

Naturellement, si notre consommateur ne veut pas, ou ne peut pas, réduire ses dépenses, il pourra évidemment vendre une partie de son actif pour un montant de 10.000 francs. Mais alors l’acheteur de cet actif devra réduire ses propres dépenses de 10.000 francs.

Au total, la dépense globale de ces deux agents diminuera de 10.000 francs.

De là résulte cette propriété tout à fait essentielle : au cours d’une période donnée, la dépense globale dans l’économie diminue d’un montant égal à l’augmentation du montant global des encaisses désirées. Inversement, la dépense globale augmentera d’un montant égal à la diminution des encaisses désirées.

13La variation de la dépense globale D comporte deux éléments : le premier proportionnel à l’écart relatif entre le montant global des encaisses détenues M (égal à la masse monétaire) et le montant global des encaisses désirées Md (égal au montant des encaisses que l’ensemble des opérateurs désirent détenir) ; et le second égal à l’accroissement relatif de la masse monétaire M.

De même, la croyance dans la hausse suscite la création ex nihilo de moyens de paiements bancaires et l’appréhension de la baisse engendre la destruction des moyens de paiement antérieurement créés ex nihilo14.

La hausse entraîne la hausse et la baisse entraîne la baisse. Pour les spéculateurs à la hausse ou à la baisse des actions, ce n’était pas les « fondamentaux » qui étaient considérés, mais c’était l’appréciation psychologique de ce que les autres allaient faire.

La grande dépression de 1929-1934 et le mécanisme du crédit

L’origine et le développement de la Grande Dépression de 1929-1934 représentent certainement la meilleure illustration que l’on puisse donner des effets nocifs du mécanisme du crédit :

  • la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire ;
  • la couverture fractionnaire des dépôts ;
  • le financement d’investissements à long terme par des fonds empruntés à court terme ;
  • le financement de la spéculation par le crédit;

L’encaisse globale désirée dépend essentiellement de facteurs psychologiques. Dans une période d’optimisme, Md diminue et dans une période de pessimisme Md augmente. À toute diminution de Md correspond ainsi une augmentation de la dépense globale D, et à toute augmentation de Md correspond une diminution de la dépense globale D. La récession se trouve ainsi aggravée. (Allais, 1968, Monnaie et Développement. I. L’équation fondamentale de la dynamique monétaire, p. 83). [Un appendice dans le livre explique l’équation fondamentale de la dynamique monétaire.]

14La création de monnaie scripturale dépend d’une double volonté, la volonté des banques de prêter, et la volonté des agents économiques d’emprunter. En temps de prospérité, cette double volonté existe et la monnaie scripturale augmente. En temps de récession, cette double volonté disparaît et la monnaie scripturale diminue.

et les variations de la valeur réelle de la monnaie et de l’activité économique qui en résultent.

L’ampleur de la crise de 1929 a été la conséquence inévitable de l’expansion déraisonnable des crédits boursiers qui l’a précédée aux États-Unis et de la montée extravagante des cours de Bourse qu’elle a permise, sinon suscitée.

Au regard de la prospérité de l’économie et de la montée des cours jusqu’en 1929, le diagnostic de l’opinion dominante était aussi général qu’affirmatif. Il s’agissait d’une « New Era », d’une nouvelle ère de prospérité générale, qui s’ouvrait au monde entier.

Cependant, l’analyse qui précède montre avec quelle prudence on doit considérer la prospérité d’une économie en termes réels, dès lors que se développent des déséquilibres potentiels, à première vue mineurs en valeur relative, mais susceptibles d’entraîner, lorsqu’ils se concrétisent et se cumulent, de profondes modifications de la psychologie collective.

Rien de fondamentalement nouveau dans la crise de 1929

Ce qui, pour l’essentiel, explique le développement de la New Era, aux États-Unis et dans le monde, dans les années qui ont précédé le krach de 1929, c’est l’ignorance, une ignorance profonde de toutes les crises du XIXème siècle et de leur signification réelle.

La crise de 1929-1934 n’était en fait qu’une répétition particulièrement marquée des crises qui s’étaient succédées au XIXème siècle[19], et dont celle de 1873-1879 fut sans doute l’une des plus significatives.

En fait, toutes les grandes crises des XVlIIème, XIXème et XXème siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation[20][21].

Partout et à toute époque, les mêmes causes génèrent les mêmes effets et ce qui doit arriver arrive. » Maurice

Allais [7]

Toujours selon Maurice Allais, en effet [7] :

resources, so rapid an augmentation of individual and public wealth, so great a manifestation of the spirit of enterprise, so strong and seemingly rational a confidence in the prospect of unlimited success, were never known before. But how suddenly has all this prosperity been arrested ! That confidence, which in modern times, and especially in our own country, is the basis of commercial intercourse, is failing in every quarter ; and all the financial interests of the country seem to be convulsed and disorganized. The merchant whose business… [was] conducted on safe principIes… [finds that] loss succeeds to loss, till he shuts up his manufactory and dismisses his laborers. The speculator who dreamed himself rich, finds his fancied riches disappearing like an exhalation… What more may stand before us… It is enough to know that this distress is hourly becoming wider and more intense…» (in Irving Fisher, Booms and Depressions, 1932).

« La crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande

Dépression. De profondes similitudes

  • De profondes similitudes apparaissent entre la crise mondiale d’aujourd’hui et la Grande Dépression de 19291934 :
    1. la création et la destruction de moyens de paiement par le système du crédit,
    2. le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme,
    3. le développement d’un endettement gigantesque,
    4. une spéculation massive sur les actions et les monnaies,
    5. un système financier et monétaire fondamentalement instable.

Cependant, des différences majeures existent entre les deux crises. Elles correspondent à des facteurs fondamentalement aggravants.

  • En 1929, le monde était partagé entre deux zones distinctes : d’une part, l’Occident, essentiellement les États-Unis et l’Europe et, d’autre part, le monde communiste, la Russie soviétique et la Chine. Une grande part du tiers-monde d’aujourd’hui était sous la domination des empires coloniaux, essentiellement ceux de la Grande-Bretagne et de la France.

Aujourd’hui, depuis les années 70, une mondialisation géographiquement de plus en plus étendue des économies s’est développée, incluant les pays issus des anciens empires coloniaux, la Russie et les pays de l’Europe de l’Est depuis la chute du Mur de Berlin en 1989. La nouvelle division du monde se fonde sur les inégalités de développement économique.

Il y a ainsi entre la situation de 1929 et la situation actuelle une différence considérable d’échelle, c’est le monde entier qui actuellement est concerné.

  • Depuis les années 70, une seconde différence, majeure également et sans doute plus aggravante encore, apparaît relativement à la situation du monde de 1929.

Une mondialisation précipitée et excessive a entraîné par elle-même des difficultés majeures. Une instabilité sociale potentielle est apparue partout, une accentuation des inégalités particulièrement marquée aux États-Unis, et un chômage massif en Europe occidentale.

La Russie et les pays de l’Europe de l’Est ont rencontré également des difficultés majeures en raison d’une libéralisation trop hâtive.

Alors qu’en 1929 le chômage n’est apparu en Europe qu’à la suite de la crise financière et monétaire, un chômage massif se constate déjà aujourd’hui au sein de l’Union européenne, pour des causes très différentes, et ce chômage ne pourrait qu’être très aggravé si la crise financière et monétaire mondiale d’aujourd’hui devait se développer.

  • En fait, on ne saurait trop insister sur les profondes similitudes, tout à fait essentielles, qui existent entre la crise d’aujourd’hui et les crises qui l’ont précédée, dont la plus significative est sans doute celle de 1929. Ce qui est réellement important, en effet, ce n’est pas tant l’analyse des modalités relativement complexes, des “technicalities” de la crise actuelle, qu’une compréhension profonde des facteurs qui l’ont générée.

De cette compréhension dépendent, en effet, un diagnostic correct de la crise actuelle et l’élaboration des réformes qu’il conviendrait de réaliser pour mettre fin aux crises qui ne cessent de ravager les économies depuis au moins deux siècles, toujours de plus en plus fortes en raison de leur extension progressive au monde entier.

La création et la destruction de moyens de paiement par le mécanisme du crédit

Fondamentalement, le mécanisme actuel du crédit aboutit à une création de moyens de paiement ex nihilo, car le détenteur d’un dépôt auprès d’une banque le considère comme une encaisse disponible, alors que, dans le même temps, la banque a prêté la plus grande partie de ce dépôt qui, redéposée ou non dans une banque, est considérée comme une encaisse disponible par son récipiendaire.

À chaque opération de crédit il y a ainsi duplication monétaire. Au total, le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie ex nihilo par de simples jeux d’écriture[22]. Reposant essentiellement sur la couverture fractionnaire des dépôts, il est fondamentalement instable.

Le volume des dépôts bancaires dépend en fait d’une double décision, celle de la banque de s’engager à vue et celle des emprunteurs de s’endetter. Il résulte de là que le montant global de la masse monétaire est extrêmement sensible aux fluctuations conjoncturelles. Il tend à croître en période d’optimisme et à décroître en période de pessimisme, d’où des effets déstabilisateurs.

En fait, il est certain que, pour la plus grande part, l’ampleur de ces fluctuations résulte du mécanisme du crédit et que, sans l’amplification de la création (ou de la destruction) monétaire par la voie bancaire, les fluctuations conjoncturelles seraient considérablement atténuées, sinon totalement supprimées[23].

De tout temps, on a pu parler des « miracles du crédit ». Pour les bénéficiaires du crédit, il y a effectivement quelque chose de miraculeux dans le mécanisme du crédit puisqu’il permet de créer ex nihilo un pouvoir d’achat effectif qui s’exerce sur le marché, sans que ce pouvoir d’achat puisse être considéré comme la rémunération d’un service rendu.

Cependant, autant la mobilisation d’« épargnes vraies » [c’est-à-dire l’abandon pour un temps d’un pouvoir d’achat réel acquis en rémunération d’un service économique ou d’un bien réel] par les banques pour leur permettre de financer des investissements productifs est fondamentalement utile, autant la création de « faux droits » par la création monétaire [résultant d’une duplication de pouvoir d’achat par un jeux d’écritures bancaires] est fondamentalement nocive, tant du point de vue de l’efficacité économique qu’elle compromet par les distorsions de prix qu’elle suscite que du point de vue de la distribution des revenus qu’elle altère et rend inéquitable.

Le financement d’investissements à long terme avec des fonds empruntés à court terme

Par l’utilisation des dépôts à vue et à court terme de ses déposants, l’activité d’une banque aboutit à financer des investissements à moyen ou long terme correspondant aux emprunts qu’elle a consentis à ses clients. Cette activité repose ainsi sur l’échange de promesses de payer à un terme donné de la banque contre des promesses de payer à des termes plus éloignés des clients moyennant le paiement d’intérêts.

variations de la masse monétaire, le mécanisme du crédit a globalement un effet déstabilisateur puisqu’en temps d’expansion de la dépense globale la masse monétaire s’accroît alors que les encaisses désirées diminuent et qu’en temps de récession la masse monétaire décroît alors que les encaisses désirées s’accroissent.

Les totaux de l’actif et du passif du bilan d’une banque sont bien égaux, mais cette égalité est purement comptable, car elle repose sur la mise en parallèle d’éléments de nature différente : au passif, des engagements à vue et à court terme de la banque ; à l’actif, des créances à plus long terme correspondant aux prêts effectués par la banque.

De là résulte une instabilité potentielle permanente du système bancaire dans son ensemble puisque les banques sont à tout moment dans l’incapacité absolue de faire face à des retraits massifs des dépôts à vue ou des dépôts à terme arrivant à échéance, leurs actifs n’étant disponibles qu’à des termes plus éloignés.

Si tous les investissements dans les pays sous-développés avaient été financés par les banques, grâce à des prêts privés d’une maturité au moins aussi éloignée, et si le financement des déficits de la balance des transactions courantes des États-Unis était uniquement assuré par des investissements étrangers à long terme aux ÉtatsUnis, tous les déséquilibres n’auraient qu’une portée beaucoup plus réduite, et il n’existerait aucun risque majeur.

Ce qui, par contre, est éminemment dangereux, c’est l’amplification des déséquilibres par le mécanisme du crédit et l’instabilité du système financier et monétaire tout entier, sur le double plan national et international, qu’il suscite. Cette instabilité a été considérablement aggravée par la totale libération des mouvements de capitaux dans la plus grande partie du monde. »

Maurice Allais [7]

La création monétaire : Le banquier joue entre les flux entrants (dépôts nouveaux et retour de crédits consentis) et sortants (crédits consentis) en créant de la monnaie (de crédit bancaire ex nihilo) par duplication monétaire en accordant des crédits de plus long terme que les dépôts qui les couvrent. Autrement dit, il prête de l’argent qu’il ne possède pas dans ses caisses. Il prête en anticipant

la rentrée de dépôts : ce sont les crédits qui font les dépôts.

Banque centrale : Quand une banque (secondaire) manque de dépôts pour couvrir les retraits, elle se refinance auprès d’autres banques (marché interbancaire) ou, à défaut, auprès de la Banque centrale, prêteur en dernier ressort. La Banque centrale dispose de plusieurs instruments de régulation monétaire (taux d’intérêt, appel d’offres, prise en pension, réserves obligatoires, openmarket).

Création et destruction monétaires : « (…) C’est le principe fondamental de la création monétaire : si je fais un crédit papier de 100 et si je sais qu’une grande partie de ce crédit reviendra chez moi banquier, je peux multiplier le crédit bien au-delà du stock d’or dont je dispose. (…) Le mécanisme est décrit dans l’adage : « les prêts font les dépôts ». Le crédit fait les dépôts, il fait l’argent. Et non l’inverse !

Avis à ceux qui croient que l’épargne fait l’argent. Quel contresens !

(…) Mais la vraie garantie de la création monétaire, c’est l’anticipation de l’activité économique, du cycle production consommation. Encore faut-il que cette anticipation soit saine : toute création monétaire saine débouche sur une destruction monétaire équivalente.

(…) Nous percevons mieux la nature de la monnaie : des dettes (des créances sur la banque émettrice) qui circulent. Des dettes qui, si elles sont saines, doivent, par l’activité économique, provoquer leur remboursement.

Aujourd’hui, la monnaie est détachée de tout support matériel, on peut en créer à l’infini. »

Bernard Maris, Anti-manuel d’économie, Éd. Bréal, oct. 2003, p. 219

Et Maurice Allais « enfonce le clou », en soulignant la spécificité essentielle de la situation contemporaine qui aggrave très fortement aujourd’hui la portée d’une crise systémique du système bancaire, financier et monétaire [7].

« Le développement d’un endettement gigantesque À partir de 1974, le développement universel des crédits bancaires, et l’inflation massive qui en est résultée, ont abaissé pour une décennie les taux d’intérêt réels à des valeurs très faibles, voire négatives, génératrices à la fois d’inefficacité et de spoliation.

À des épargnes vraies se sont substitués des financements longs à partir d’une création monétaire ex nihilo. Les conditions de l’efficacité comme celles de l’équité s’en sont trouvées compromises. Le fonctionnement du système a abouti tout à la fois à un gaspillage de capital et à une destruction de l’épargne.

C’est grâce à la création monétaire que, pour une large part, les pays en voie de développement ont été amenés à mettre en place des plans de développement trop ambitieux, et à vrai dire déraisonnables, et à remettre à plus tard les ajustements qui s’imposaient, tant il est facile d’acheter, dès lors qu’on peut se contenter de payer avec des promesses de payer.

Par nécessité, la plupart des pays débiteurs ont été amenés à se procurer par de nouveaux emprunts les ressources nécessaires à la fois pour financer les amortissements et les intérêts de leurs dettes et pour réaliser de nouveaux investissements. Peu à peu, cependant, la situation est devenue intenable.

Parallèlement, l’endettement des administrations publiques des pays développés en pourcentage du produit national brut et la charge des intérêts en pourcentage des dépenses publiques ont atteint des niveaux difficilement supportables.

Une spéculation massive

Depuis 1974, une spéculation massive s’est développée à l’échelle mondiale. La spéculation sur les monnaies et la spéculation sur les actions, les obligations et les produits dérivés en représentent deux illustrations significatives.

La substitution, en mars 1973, du système des changes flottants au système des parités fixes, mais révisables, a accentué l’influence de la spéculation sur les changes alimentée par le crédit.

Associé au système des changes flottants, le système du crédit tel qu’il fonctionne actuellement a puissamment contribué à l’instabilité profonde des taux de change depuis 1974.

Pendant toute cette période, une spéculation effrénée s’est développée sur les taux de change relatifs des principales monnaies, le dollar, le deutschemark et le yen, chaque monnaie pouvant être achetée à crédit contre une autre, grâce au mécanisme du crédit.

La spéculation sur les actions et les obligations a été tout aussi spectaculaire. À New York, et depuis 1983, se sont développés à un rythme exponentiel de gigantesques marchés sur les « stock-index futures », les « stockindex options », les « options on stock-index futures », puis les « hedge funds » et tous « les produits dérivés » présentés comme des panacées.

Ces marchés à terme, où le coût des opérations est beaucoup plus réduit que sur les opérations au comptant et où pour l’essentiel les positions sont prises à crédit, ont permis une spéculation accrue et généré une très grande instabilité des cours. Ils ont été accompagnés d’un développement accéléré de fonds spéculatifs, les “hedge-funds”.

En fait, sans la création de monnaie et de pouvoir d’achat ex nihilo que permet le système du crédit, jamais les hausses extraordinaires des cours de bourse que l’on constate avant les grandes crises ne seraient possibles, car à toute dépense consacrée à l’achat d’actions, par exemple, correspondrait quelque part une diminution d’un montant équivalent de certaines dépenses, et tout aussitôt se développeraient des mécanismes régulateurs tendant à enrayer toute spéculation injustifiée.

Qu’il s’agisse de la spéculation sur les monnaies ou de la spéculation sur les actions, ou de la spéculation sur les produits dérivés, le monde est devenu un vaste casino.

Les tables de jeu y sont réparties sur toutes les longitudes et toutes les latitudes. Le jeu et les enchères, auxquelles participent des millions de joueurs, ne s’arrêtent jamais. Aux cotations américaines succèdent les cotations à Tokyo et à Hongkong, puis à Londres, Francfort et Paris.

Partout, la spéculation est favorisée par le crédit puisqu’on peut acheter sans payer et vendre sans détenir. On constate le plus souvent une dissociation entre les données de l’économie réelle et les cours nominaux déterminés par la spéculation.

Sur toutes les places, cette spéculation, frénétique et fébrile, est permise, alimentée et amplifiée par le crédit. Jamais dans le passé elle n’avait atteint une telle ampleur.

Un système financier et monétaire fondamentalement instable

L’économie mondiale tout entière repose aujourd’hui sur de gigantesques pyramides de dettes, prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s’était constatée. Jamais sans doute il n’est devenu plus difficile d’y faire face. Jamais sans doute une telle instabilité potentielle n’était apparue avec une telle menace d’un effondrement général.

Toutes les difficultés rencontrées résultent de la méconnaissance d’un fait fondamental, à savoir qu’aucun système décentralisé d’économie de marchés ne peut fonctionner correctement si la création incontrôlée ex nihilo de nouveaux moyens de paiement permet d’échapper, au moins pour un temps, aux ajustements nécessaires. Il en est ainsi toutes les fois que l’on peut s’acquitter de ses dépenses ou de ses dettes avec de simples promesses de payer, sans aucune contrepartie réelle, directe ou indirecte, effective.

Devant une telle situation, tous les experts sont à la recherche de moyens, voire d’expédients, pour sortir des difficultés, mais aucun accord réel ne se réalise sur des solutions définies et efficaces.

Pour l’immédiat, la presque totalité des experts ne voient guère d’autre solution, au besoin par des pressions exercées sur les banques commerciales, les Instituts d’émission et le FMI, que la création de nouveaux moyens de paiement permettant aux débiteurs et aux spéculateurs de faire face au paiement des amortissements et des intérêts de leurs dettes, en alourdissant encore par là même cette charge pour l’avenir.

Au centre de toutes les difficultés rencontrées, on trouve toujours, sous une forme ou sous une autre, le rôle néfaste joué par le système actuel du crédit et la spéculation massive qu’il permet. Tant qu’on ne réformera pas fondamentalement le cadre institutionnel dans lequel il joue, on rencontrera toujours, avec des modalités différentes suivant les circonstances, les mêmes difficultés majeures. Toutes les grandes crises des XIXème et XXème siècles ont résulté du développement excessif des promesses de payer et de leur monétisation.

Particulièrement significative est l’absence totale de toute remise en cause du fondement même du système de crédit tel qu’il fonctionne actuellement, savoir la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et la pratique généralisée de financements longs avec des fonds empruntés à court terme.

En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de la création de monnaie ex nihilo par le crédit est certainement le “cancer” qui ronge irrémédiablement les économies de marchés de propriété privée. » Maurice Allais [7].

Bibliographie sommaire

  1. George Soros, La vérité sur la Crise financière, Denoël, 29 août 2008
  2. Maurice Allais, Economie & Intérêt, 800 pages, première édition en deux tomes, Imprimerie nationale, Paris, 1947, réédition en un seul tome, 1175 pages, en mai 1998 aux Editions Clément Juglar, 62 avenue de Suffren, 75015 Paris, augmentée d’une nouvelle introduction de 265 pages, et de 111 pages d’appréciations publiées portant sur la première édition. [3]Maurice Allais, L’Impôt sur le Capital et la Réforme Monétaire, 1977, Editions Hermann, Paris, 370 pages, Seconde édition, Editions Hermann, 1988.
  3. Maurice Allais, Les Fondements de la Dynamique Monétaire, Editions Clément Juglar, Paris, 2001, 1302 pages. Cet ouvrage reprend les principales contributions de l’auteur depuis 1952.
  4. Maurice Allais, Pour l’Indexation, Editions Clément Juglar, 75015 Paris, 1990 184 pages.
  5. Maurice Allais, Pour la Réforme de la Fiscalité, Editions Clément Juglar, Paris, Août 1990, 131 pages
  6. Maurice Allais, La Crise mondiale d’aujourd’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires, Editions Clément Juglar, Paris, Février 1999, 237 pages.

(À suivre: Les principes d’une réforme radicale du crédit)

*

* *

BIBLE

Le mystère de l’Apocalypse dévoilé:

la date, la Bête, le nombre[24]

R.P. Jouvenroux [25]

Présentation: On apporte ici une solution nouvelle et peut-être définitive à un problème vieux de près de 2000 ans, à savoir l’interprétation historique littérale des chapitres 12, 13, 17 et 18 de l’Apocalypse. Ceci renforcera l’historicité mais aussi l’aspect prophétique du Livre écrit par saint Jean

Mots-Clefs: Livre de la Révélation, Apocalypse, Saint Jean.

A notre mère qui lisait sa bible tous les jours

1.-Introduction

Nous résolvons ici, pour la première fois depuis 2000 ans (sauf preuve d’antériorité), la triple énigme d’un des passages les plus mystérieux de l’Apocalypse: Nous identifierons:

  • la date de rédaction du texte mystérieux de Jean, cela à quelques jours près, en montrant que le Livre de l’Apocalypse a été écrit, -au moins en ce qui concerne les Ch. 12, 13, 17 et 18-, avant la destruction du Temple de Jérusalem. Ce qui répond à une question essentielle du christianisme, toujours objet de débat entre les historiens et entre les théologiens.
  • les sept-huit noms de la fameuse Bête aux sept têtes, montrant qui elle est.
  • et enfin une signification du nombre 666, qui intrigue beaucoup de gens et est souvent invoqué pour attribuer à des personnalités, événements ou objets un sens diabolique. Ce nombre, qui peut paraître un pur jeu d’esprit, trouve ici une explication historique et mathématique.

Cette recherche est l’aboutissement de trente ans de travail sur la Bible. Nous espérons qu’elle amènera à reconsidérer le contexte de l’Apocalypse ainsi que l’immense personnalité de saint Jean et à renforcer l’intérêt que l’on peut porter à son maître Jésus-Christ dont la vie, la mort, et la Résurrection sont sans conteste au centre de l’histoire du monde.

Elle permettra de recadrer aussi bien des idées fausses sur les premiers chrétiens et les juifs, saint Jean apparaissant clairement du côté du peuple d’Israël, mais contre les mauvais grands-prêtres, ce qui balayera complètement les fausses théories de Mordillat, Prieur (2009) et de bien d’autres.

L’Apocalypse est depuis fort longtemps l’objet de nombreuses spéculations aboutissant soit à un rejet catégorique d’un texte considéré comme faussement prophétique, soit à une sorte de “psychose de fin du monde” où l’on finit par voir surgir des Bêtes partout, qu’il s’agisse d’hommes politiques ou religieux. Le texte est même exploité pour valoriser ou adorer on ne sait quel antéchrist. Ici notre position sera historique. On verra que l’aspect prophétique de l’Apocalypse en sort renforcé.

Auparavant il nous faudrait faire un exposé global sur les différentes théories passées, en faisant le point sur celles qui se rapprochent le plus des solutions données ici. Cela sera fait dans des publications en cours. De façon générale, nous éviterons de nous arrêter sur les théories relevant d’un “apocalyptisme” fantasmagorique. Au contraire nos solutions seront rationnelles. Pour l’essentiel, on pourra se documenter à diverses sources sur Wikipédia ou internet, ou dans de nombreux livres aux auteurs connus comme F. Josèphe (ca.70 A.C.), Meyer (1900), Vigouroux (1912)), Allo (1933), Bernard (1933), Richardson (1953), Feuillet (1963), Lapple (1970), Robinson (1988), Delisle, Quispel (1981), Tresmontant (1994), Campbell (.2000) Alexander (2001) et l’Encyclopædia Britannica, etc.

2.-Plan de l’Apocalypse

Donnons tout d’abord un rapide aperçu de l’Apocalypse en présentant les étapes qui s’y trouvent contenues.

Ceci permettra de situer dans l’ensemble du Livre les chapitres 12, 13, 17, 18 que nous allons analyser.

Ap.1: lettres aux Églises, écrites probablement bien

avant la chute de Jérusalem avec des événements intemporels : les sept lettres, les sept sceaux, les sept trompettes

Ap.9:

les 3 plaies : le feu, la fumée et le soufre

Ap.10:

l’ange et le petit livre ouvert

Ap.11:

les 2 témoins prophétisant pendant 1260 jours : prophétie sur la venue de la Bête, leurs corps étendus pendant 3 jours et demi

Ap.12.1-2:

la Femme aux douze étoiles, enceinte

Ap.12.3:

la venue du grand dragon rouge aux 7 têtes et dix cornes

Ap.12.4:

la fuite de la femme au désert pendant 1260 jours, les autres enfants

Ap.13:

guerre de la Bête pendant 42 mois, venue de la deuxième Bête

Ap. 14:

répit.

Ap.15:

les 7 fléaux de la colère de Dieu,

Ap.16:

effusion des sept coupes, rassemblement des rois à Armageddon, le grand tremblement de terre, la grande ville divisée en trois parties (juifs, musulmans, chrétiens ?).

Ap.17:

condamnation de la Grande Prostituée et de la grande ville, Mystère de la bête aux sept têtes et 10 cornes, les 10 cornes soumises

Ap.18: tristesse et joie qui suivront

Ap.19.11 à 19.21: la bataille entre d’une part le cavalier ‘Fidèle et Véritable’, le grand combat du cheval blanc et de

son armée, et, d’autre part, la Bête, les rois de la terre et le faux prophète, combat où la Bête est vaincue

Ap.20:

les mille ans

Ap.21:

la nouvelle Jérusalem éclairée par la gloire de Dieu

Ap.22:

attente de la venue de Jésus.

3.- La Bête des Chapitres 12, 13, 17 et 18

Dans l’Apocalypse, les chapitres 12, 13, 17 et 18 sont probablement les plus fascinants.

Jean parle d’abord d’une femme dont l’identité ne paraît pas évidente, souvent assimilée aux premiers chrétiens ou à la Vierge Marie, si ce n’est à son fils né dans le désert (à Pella en Jordanie, où saint Jean était peut être?):

Ap.12.1: Un grand signe parut dans le ciel: une Femme enveloppée de soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête.

Ap.12.2: Elle était enceinte, et elle criait, étant en travail et dans les douleurs de l’enfantement.

[Puis le texte évoque un grand dragon rouge.]

Ap.12.3: Un autre signe parut encore dans le ciel; et voici, c’était un grand dragon rouge, ayant 7 têtes et 10 cornes, et sur ses têtes 7 diadèmes.

Ap.12.4: Le dragon se tint devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer son enfant, lorsqu’elle aurait enfanté.

Ap.12.5: Elle enfanta un fils, qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer (?)[On retrouve la verge de fer en Ap.19.15]. Et son enfant fut enlevé vers Dieu et vers son trône. Et la Femme s’enfuit dans le désert, où elle avait un lieu préparé par Dieu, afin qu’elle y fût nourrie pendant 1260 jours. [Puis venue du grand dragon, Satan précipité sur terre]

Ap.12.7: Et il y eut une guerre dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon.

Ap.12.9: Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et SATAN, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui.

[Puis venue d’une première Bête :]

Ap.13.1: Puis je vis monter de la mer une Bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème

13.4: Et ils adorèrent le dragon, parce qu’il avait donné l’autorité à la bête… ils adorèrent la bête

Ap.13.5: Et il lui fut donné le pouvoir d’agir pendant 42 mois.

Ap.13.7: Et il lui fut donné de faire la guerre aux saints, et de les vaincre. Et il lui fut donné autorité sur toute tribu, tout peuple; toute langue et toute nation. Et tous les habitants de la terre l’adoreront, ceux dont le nom n’a pas été écrit dès la fondation du monde dans le Livre de vie de l’Agneau immolé.

[Et voilà une deuxième Bête qui semble se substituer à la première.]

Ap.13.11: Puis je vis monter de la terre une autre Bête, qui avait deux cornes semblables à celle d’un agneau, et qui parlait comme un dragon.

Ap.13.12: Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête dont la blessure mortelle avait été guérie…

Ap.13.13: Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu sur la terre, à la vue des hommes.

[Suit le célèbre 666]

Ap.13.16: Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front,

Ap.13.17: et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la Bête ou le nombre de son nom.

Ap.13.18: C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre du nom de la bête, car c’est un nombre d’homme, et ce nombre est six cent soixante six. (666)

[L’Apocalypse s’annonce donc comme un document qu’il faut décoder. En particulier saint Jean nous invite à calculer le nombre de la bête: 666. Disons que ce nombre ne cesse d’intriguer, et de nombreux sites internet s’y intéressent. Citons entre autres //gematrie.online.fr/666.htm ou www.cabale.online.fr/ .Ceci étant bien mystérieux, la curiosité conduit à lire la suite pour trouver quelques indices. Jean va nous en donner.]

Ap.17.9: C’est ici qu’il faut un esprit doué de sagesse. Les sept têtes sont sept montagnes, sur lesquelles la femme est assise. Ce sont aussi sept rois :

[Ces ‘Rois’ sont pour Jean de véritables fléaux pour les juifs, chrétiens ou non, sinon ils ne se trouveraient pas associés à la bête ‘multiple’.]

Ap.17.10: Les cinq premiers sont tombés, l’un subsiste [c’est donc le 6ème], l’autre n’est pas encore venu [le 7ème], et quand il sera venu, il doit demeurer peu de temps.

[Qui sont ces 5 rois ? et le 6ème? et le 7ème encore à venir ?]

Ap.17.11: Et la bête qui était et qui n’est plus, en est, elle même, un huitième et elle est des sept,

Ap.17.12: et elle s’en va à la perdition. Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu la royauté, mais qui recevront un pouvoir de roi pour une heure avec la bête.

[Ces dix rois doivent donc se situer dans le futur après les 7 premiers rois] [Probablement non de façon successive mais simultanée : voir Ap.16]

Ap.17.13: Ceux-ci ont un seul et même dessein, et ils mettent au service de la Bête leur puissance et leur autorité.

[Dans une vision atemporelle, ce peut être aussi les rois d’Armageddon de Ap.16]

Ap.17.14: Ils feront la guerre à l’Agneau, mais l’Agneau les vaincra, parce qu’il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, et ceux qui l’accompagnent sont les appelés, les élus et les fidèles.

[cf.. jesusmarie.com/bible_crampon_apocalypse.html]

4.-Identification de la bête

Nous allons reconstituer notre raisonnement du 14 au 15 août 2008.

Il faut d’abord se dire que la bête est un nom générique pour plusieurs rois. Ces rois doivent se succéder car Jean dit qu’il écrit sous le 6ème, avec 5 déjà tombés et un 7ème non encore venu et même un 8ème [Bête qui n’est plus et doit revenir]. Un historien ou exégète approximatif, et il y en a beaucoup-, est immanquablement conduit à se dire que si Jean écrit sous Néron qui est la ‘Bête’ pour la plupart des historiens et des exégètes, on devrait trouver 5 autres rois ‘tombés’ avant lui. Néron étant le 6ème, en remontant dans le temps on arrive à César :

1-César, 2-Auguste, 3-Tibère, 4-Caligula, 5-Claude, 6-Néron. Cette hypothèse, défendue par Tresmontant (1994, p.53) à la suite de bien d’autres, ne peut être retenue. En effet, pourquoi citer César?

Si César est bien tombé, assassiné par Brutus, il ne peut être le premier de la liste des tombés car Auguste, le suivant, était surtout pacifique (cf. ce que disent les évangiles de l’état du monde à la naissance de Jésus). Il est mort de vieillesse. Ni César ni Auguste ne peuvent donc être le point de départ des 5 tombés. Il nous faut 5 tombés qui se suivent. Serait-ce alors Tibère ? Mais qu’en dire? Bien que Jésus ait été crucifié sous son règne, on sait qu’il n’avait a priori rien contre les chrétiens. . Tibère mourut de mort naturelle bien que certaines rumeurs aient laissé entendre, alors qu’on le croyait mort, qu’il s’était en fait réveillé, mais qu’on l’aurait alors probablement étouffé. Quoiqu’il en soit, quand on est étouffé on ne tombe pas, on est généralement couché.

On se repose alors la question: les 5 ‘tombés’ pourraientils être postérieurs à Auguste et Tibère, et concerner Caligula, Claude, Néron, puis Galba et Othon (ces 2 derniers étant des empereurs éphémères de l’année des 4 empereurs)? Mais sont-ils tombés ? Et qui serait le 6ème qui ‘subsiste’, et le 7ème qui n’est pas encore venu, et le 8ème qui en est sans en être ? Pour la suite nous nous sommes reportés à l’Encyclopédie Britannique dont nous avons repris l’essentiel en annexe. Regardons-y de plus près: Caligula : Cet empereur régna de 37 à 41 et fut assassiné par un tribun de la garde, présent aux jeux Palatins le 24 janvier de l’an 41. En général quand on est assassiné on ‘tombe’. C’est son cas. Par curiosité, regardons le suivant:

Claude : En opérant de même, on découvre qu’il fut empereur de 41 à 54.

Il mourut dit-on empoisonné par Agrippine sa mère qui favorisa ainsi l’accession de Néron. En général, quand on est empoisonné on ne se couche pas dans un lit pour attendre qu’on vous empoisonne. Même allongé sur une couche de banquet, la tête au moins tombe. Bon, voilà déjà deux morts suspectes. Mais continuons.

Néron : Il fut empereur de 54 à 68 et se suicida le 9 juin 68 aidé par son serviteur Épaphrodite.

Arrivé à ce 3ème ‘tombé, nous pensions que la probabilité de continuer la liste jusqu’à 5 devait être très faible. Voyons cependant:

Galba : Il fut empereur de 68 au 15 janvier 69.

Il fut assassiné sur la place du forum par des partisans d’Othon qui ambitionnait le trône et lui succéda : ‘4ème tombé’, donc. A ce stade nous étions persuadé que la liste s’arrêtait là. Jean aurait-

il raison pour un 5ème ? Cela deviendrait tout à fait invraisemblable dans l’histoire de l’humanité. Mais, à tout hasard, regardons l’Encyclopaedia à l’empereur suivant:

Othon : Il fut empereur de janvier 69 à avril 69. Pendant son règne, des troupes révoltées firent mouvement vers Rome. Suite aux défaites de ses armées près de Crémone, il se suicida.

5ème tombé’

Ce résultat surprenant identifie 5 empereurs se succédant et tous assassinés… Cela nous paraissait changer tout à coup toute la lecture de l’Apocalypse et ce qu’on en a dit. Mais nous devions assurer la suite. Car Jean nous dit que le 6ème régnait au moment où il écrivait. Alors continuons.

Vitellius : Il fut empereur de juillet à décembre 69.

Il fut assassiné d’une façon barbare probablement sur ordre de Flavius. Manifestement, quand Jean écrivait, cet empereur était encore en vie, sinon il n’aurait pas hésité à le compter dans la liste des ‘tombés’.

Il est donc clair que Jean a écrit ces passages au temps de Vitellius et cela répond de façon incontestable, à la question de la date de composition de l’Apocalypse, question indéfiniment débattue jusqu’à ce jour et qui trouve là sa solution. Et la suite de notre analyse va le confirmer de façon plus que claire encore.

Pour cela, analysons, après la mention des rois qui sont tombés (donc morts de mort non naturelle), la deuxième partie du verset 17,10 :

Ap.17.10: Les cinq premiers sont tombés, l’un subsiste [c’est donc le 6ème], l’autre n’est pas encore venu [le 7ème], et quand il sera venu, il doit demeurer peu de temps. Qui est ce 7ème ? Il suffit de se reporter à Flavius Josèphe et à tous les historiens :

Vespasien : Il fut empereur du 22 décembre 69 au 23 juin 79. Il mourut de mort naturelle. Il fut considéré par tous, comme son fils Titus, comme un très grand empereur (aux yeux du monde, donc, mais pas des juifs ni des premiers chrétiens). Il avait été envoyé en Orient par Néron en 66 pour réprimer une révolte en Judée. Proclamé empereur le 22 décembre 69 par les légions d’Orient, il rentra à Rome et renversa Galba qui avait été proclamé empereur par les légions d’Occident. Il restaura la paix et l’ordre dans l’empire. Il fit régner une stricte économie favorable aux provinces.

Immédiatement après son accession au trône, Vespasien chargea son fils Titus de prendre sa suite en Judée.

Dès le début il associa ses deux fils, Titus et Domitien au pouvoir. En 69 il avait commencé la ‘véritable’ guerre contre les juifs, après certainement de nombreuses échauffourées ou guerre sporadiques depuis 67

Jean précise : ‘il doit demeurer peu de temps’. Ceci est au futur et montre que Jean savait prophétiquement que le futur empereur repartirait vite après sa venue en Judée en 67. Si l’on compte bien, Vespasien a dû rester en tout 3 ans en Palestine et la guerre se fit durant 3 ans et demi, avec 3 ans avec Vespasien en tant que général et une demi-année sous le commandement de

Titus.

Ap.17.10, suite : « l’autre [le 7ème] n’est pas encore venu »

[…venu ‘au pouvoir’ évidemment car saint Jean parle de rois au pouvoir. D’ailleurs tout le monde savait en Judée que Vespasien succèderait à Vitellius, le 6ème], et quand il

sera venu [au pouvoir], il doit demeurer peu de temps. [Vespasien ne resta que très peu de temps en tant qu’empereur, ce qu’il n’était pas encore en 67…]

Ap.13.5: Et il lui fut donné une bouche qui se glorifiait insolemment, et qui blasphémait.

[Pour les gens de la Judée, chrétiens ou juifs, les Romains, adorateurs de ‘faux dieux’ ne pouvaient que blasphémer, même si Vespasien et Titus furent globalement de ‘bons’ empereurs, mais pas aux yeux des Judéens];

et le pouvoir lui fut donné [à Vespasien, par Néron, en 66] de faire la guerre durant quarante deux mois [3ans et demi].

[retour en arrière de la narration, la guerre dura environ 3,5 ans sous Vespasien. Là il s’agit bien de ‘guerre’ et non de ‘pouvoir’. Vespasien fut appelé par Néron en 66 pour faire la guerre en Judée. Il y resta environ 3 ans et transmit le commandement à son fils Titus.]

Lisons alors la suite en nous limitant à l’essentiel de ce qui sera développé plus tard :

Ap.13.11: Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon.

[Vespasien arriva par mer, en provenance de Rome; Titus,

lui, est arrivé par terre, depuis l’Egypte où il se trouvait…]

Ap.13.12: Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête dont la blessure mortelle avait été guérie…

[C’est bien le cas, car Vespasien, père de Titus, lui avait donné tout pouvoir pour continuer la guerre contre les résistants du Temple, mais il n’avait pas le pouvoir total, n’étant que chef des armées d’Orient, et il devait rester soumis à son père devenu empereur (lequel l’avait d’ailleurs associé à son pouvoir mais resta empereur jusqu’en 79). Pour la blessure ‘mortelle’ il s’agit de Vespasien, blessé par une javeline à la plante du pied (Flavius Josèphe, III-7-22).

Ap.13.13: Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu sur la terre, à la vue des hommes.

[les catapultes de Vespasien et de Titus lançant du feu sur les villes, comme il est écrit dans Flavius Josèphe] En définitive nous pouvons affirmer que Jean:

-écrit sous Vitellius [la 6ème ‘tête’] fin 69;

-prévoit la ‘venue’ de Vespasien en tant qu’empereur;

-prévoit le retour à Rome de l’empereur dès que possible début 70;

-peut facilement prédire qu’il laisserait sa place à Titus pour finir la guerre contre Jérusalem, car la détermination de Vespasien était connue de tous.

-Les 3 ans et demi ont dû s’imposer à Jean qui, comme tout juif, connaissait sûrement Daniel 9, 24 (voir Annexes).

5. Le 666 et les 10 Cornes de la Bête

Lisons encore Jean :

Ap.13.16: Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front.

Ap.13.17: et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom.

Ap.13.18: C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre du nom de la bête, car c’est un nombre d’homme, et ce nombre est six cent soixante six. (666) C’est ce que nous allons faire et aussi dévoiler qu’il

s’agit bien de nom d’homme. Pourquoi ‘nom’ d’homme ? Pour bien marquer qu’il ne s’agit pas d’un dieu, comme se désignaient les empereurs depuis Auguste. Façon pour Jean de montrer que, comme tous les juifs, il n’admettait pas de prendre les empereurs pour des dieux. Or on trouve sur de nombreuses pièces de monnaies les mentions ‘DEI, ‘DIVI’, ‘DEO’, ‘DIVVS’ et toutes sortes de représentations de dieux: Jupiter, Apollon, Mercure, Aphrodite, Neptune… Réécrivons les noms des Bêtes ou de la Bête que nous avons pu identifier précédemment tels qu’on les trouve, partiellement, totalement ou en abrégé sur le pourtour des pièces de monnaie, en y soulignant les lettres V et I dont se compose le nombre 6). Pour Claude, Vespasien, ou Titus on a:

Claude:TIBERIVS CLAVDIVS NERO GERMANICVS

=>au moins 6,6,6.

Galba: SERVIVS SVLPICIVS GALBA => pile 6,6,6. Vitellius: VITELIVS GERMANICVS IMP.

=> exactement 6, 6, 6.

Vespasien, Titus: TITVS FLAVIVS VESPASIANVS

=> au moins 6, 6, 6.

Vitellius est sans doute possible l’empereur sous lequel saint Jean écrivait. Au moment où Vespasien arrive au pouvoir, ses pièces n’étaient pas encore frappées mais tout le monde le prévoyait. Si l’on considère les deux lettres-chiffres V et I, on voit que chaque nom contient bien le chiffre 6 = I+V, nombre qu’il faut cependant calculer et non lire, donc ici obtenir par addition. C’est ce que l’on trouvait écrit sur les pièces de monnaie en Judée comme ailleurs.

Ces monnaies romaines rappelaient à tous les juifs et aux premiers chrétiens qu’ils vivaient sous l’occupation romaine. Ils devaient être particulièrement scandalisés par le fait qu’on y trouvait très souvent écrit au revers: ‘Dieu’ (DIVI, DIVUS,…). La marque ‘sur la main droite’ est en fait une marque ‘dans’ la main droite, sur une pièce de l’empereur. Et surtout à Jérusalem, probablement la plus grande ville commerçante de l’antiquité. Toute trahison ou compromission passe par une pièce qu’on donne ou qu’on reçoit.

Notons que les 3 noms de Titus étaient similaires à ceux de son père mais en parlant de ‘VESPASIANVS pour l’un et de ‘TITVS’ pour l’autre. Pour Domitien sa titulature comporte aussi 666. Comme cela avait été pour d’autres empereurs auparavant. Nous avons pu trouver chez les numismates de nombreuses pièces où l’on peut distinguer ou deviner le nombre 666. La pièce qui nous a paru la plus impressionnante est celle de VITELLIUS, la 6ème tête de la Bête, non seulement à cause du 666 que l’on peut y calculer mais aussi parce qu’elle nous apportait la solution à un problème encore plus compliqué.

Une pièce de AVITELIVS GERMANICVS IMPerator AVGvstvs

PMTRP

où l’on distingue bien 666= V+I, I+V, I+V et les deux cornes.

Ci-dessus: dragon à 8-10 cornes. Photo Numismatica Ars Classica. http://www.sacra-moneta.com/Numismatique-romaine/

Les-symboles-sur-les-monnaies-romaines.html

Ap.17.12: Les 10 cornes que vous avez vues sont dix rois, à qui le royaume n’a pas encore été donné.

Ap.17.16: Les 10 cornes que vous avez vues sur la bête sont ceux qui haïront cette prostituée, la réduiront à la dernière désolation, la dépouilleront, dévoreront ses chairs, et la feront périr par le feu.

Le problème des cornes de la Bête nous intéressait depuis longtemps (mitres des anciens prêtres de Babylone, avec leur cape de poisson, cornes des autels des sacrifices, cornes image de la puissance, le shofar ?..) mais nous n’avions pas envisagé une autre solution. Les cornes ne sont rien d’autre que les ‘une’, ‘deux’ ou ‘trois’ feuilles de laurier qui pointent sur la tête des empereurs mais aussi de certains gouverneurs ou rois de provinces tels que représentés sur leurs monnaies. Faute de place nous ne le montrons que sur une pièce de Vitellius. Même d’autres pièces montrent des têtes avec 2 vraies cornes dont le sesterce de Commodore longtemps auparavant, en 183 (photos dans notre livre) (cgb.fr/boutique/romaines.html).

Mais pratiquement toutes les têtes d’empereurs possèdent aussi la surprenante caractéristique de comporter des cornes, à l’instar du 666 que l’on peut attribuer à pratiquement tous leurs noms. Evidemment d’autres lettre-nombres se trouvent aussi dans ces noms.

Quand saint Jean parle de la Bête il s’agit d’un personnage multiple comportant au moins 7 sinon 8 noms et il n’est guère crédible que chacun aurait eu un nom de valeur 666. Cela ne peut être qu’une caractéristique commune.

Précisons aussi qu’on voyait les noms des empereurs romains sur les enseignes des soldats et sur leurs fronts, comme il est dit dans l’Apocalypse et dans Flavius Josèphe. Saint Jean ne parle pas du pape avec ‘VIcarIVs FIlII DeVs’. Ce serait ridicule! De même le ‘NERO CAESAR’ dont la somme des lettres ferait en Hébreux 666 (cf Taylor, 2009). Saint Jean ne s’adressait pas à quelques spécialistes en gématrie. Le 666, n’est donc pas un nombre de diable ni de dragon mais simplement un nombre d’homme, une évocation des empereurs romains. Les fabricants d’évocations diaboliques à partir du 666 n’ont donc rien compris.

Ce n’était qu’un code que nombreux devaient connaître pour désapprouver les empereurs ou gouverneurs soumettant la Judée et trahissant la nation juive auxquels les premiers chrétiens s’identifiaient naturellement, contrairement à de fausses allégations récentes. Pour ce qui est de la Grande Prostituée, il ne peut s’agir que de grands prêtres soumis ou non à Rome, de Procurateurs, de Gouverneurs, de rois soumis ou d’agitateurs révolutionnaires et de meurtriers (par exemple l’Iduméen Agrippa qui se faisait aussi représenter sur ses propres monnaies avec une couronne de lauriers pointant ses cornes). Il ne s’agissait que d’un moyen de s’entendre à mots couverts. Le 666 n’est pas le chiffre du dragon mais des empereurs ou de gouverneurs romains des royaumes de Judée. Si nécessaire on peut aussi exploiter le I+V du IMP. AVG. (Imperator Avgstvs), que portent la plupart de ces pièces. Et peutêtre découvrira-t-on un jour que le 666 avait une connotation négative au 1er siècle.

6. L’année 70 et après

Ap.17.10 « l’autre [le 7ème] n’est pas encore venu »

[…venu au pouvoir évidemment car saint Jean parle de rois régnant. Tout le monde savait en Judée que Vespasien succèderait à Vitellius, le 6ème, et quand il sera venu [au pouvoir], il doit demeurer peu de temps. C’est bien le cas de Vespasien qui ne resta que peu de temps en tant qu’empereur, ce qu’il ne devint que fin 69.]

Ap.17.11: Et la bête qui était et qui n’est plus, en est, elle même, un huitième et elle est des sept,

[…on vient de voir que Titus était le 8ème roi et ici il est confirmé qu’il fait partie des 7 donc des 7 empereurs sans l’être effectivement. TITVS arriva en Palestine avec son père, puis partit en Egypte et revint. En 69 Saint Jean pouvait le prévoir sans difficulté.]

Ap.17.11: et elle s’en va à la perdition

[…à la ‘perdition’ non pour elle mais pour ceux qu’elle aura vaincus et la perdition du Temple] [Si c’est à sa propre perdition, c’est une erreur si Titus mourut tranquillement. Dans ce cas cela démontre que Jean n’écrivit pas sous son règne et confirme ce que nous avons dit d’une écriture réellement prophétique sous Vitellius. Mais la perdition ne peut n’être aussi que la prévision de la chute de l’Empire Romain.].

Ap.17.12: Et les dix cornes que tu as vues sont dix rois qui n’ont pas encore reçu la royauté, mais qui recevront un pouvoir de roi pour une heure avec la bête.

[…ces dix rois doivent se situer dans le futur, après les 7 premiers rois ou sous l’un des derniers non encore ‘venus’ ou de ‘gouverneurs’ éphémères succédant à la destruction du Temple. Si l’on pense au temps de Titus, on peut noter que la Judée fut ou était en ce temps divisée en 10 provinces: Phoenicia, Gaulanitis, Galilea, Decapolis, Samaria, Peraea, Judaea, Nabatea, Idumea, Philistia. Cela dit sous toute réserve. Ce peut être aussi plus probablement des rois de la fin des temps, « rois qui devraient venir d’Orient » (Ap.16,12) car nous n’avons pas entendu parler, depuis la destruction du Temple, de bataille à Armageddon. Pour notre temps, nous en laissons l’identification à la sagacité des lecteurs. Dans tous les cas, ces rois ne sont pas à voir successivement mais simultanément (Ap.16.)

Ap.17.13: Ceux-ci ont un seul et même dessein, et ils mettent au service de la Bête leur puissance et leur autorité.

[…dans une vision atemporelle ce peut être aussi les rois d’Armageddon du Ch. 16 de l’Apocalypse]

Ap.17.14: Ils feront la guerre à l’Agneau, mais l’Agneau les vaincra, parce qu’il est Seigneur des seigneurs et Roi des rois, et ceux qui l’accompagnent sont les appelés, les élus et les fidèles.

[.jesusmarie.com/bible_crampon_apocalypse.html].

Dans Wikipedia, comme dans la Bible de Jérusalem et pour de très nombreux commentateurs et exégètes, Néron aurait été le 6ème empereur ou roi. Ceci est impossible, comme nous l’avons vu, car les 7ème et 8ème seraient Galba et Othon. L’empereur Othon n’exerça pas l’autorité de Galba en sa présence. D’autant qu’il n’arriva au pouvoir qu’en tuant son prédécesseur.

De plus, la grande Prostituée dont parle Ap.17.1-9, <<assise sur une Bête écarlate, couverte de titres blasphématoires et portant sept têtes et dix cornes>> (Ap.16.3)

[…peut être la Jérusalem des mauvais grands-prêtres ou des dirigeants juifs soumis aux Romains ou de sectes dirigeantes du

Temple, antichrétiennes]

« Les sept têtes sont sept collines sur lesquelles la femme est assise ». (Ap.16.9)

[(cf. lamed.fr/Hagim/noraim , en y ouvrant Jonas 2ème partie qui montre que le Midrash le sait bien). On a souvent accusé Rome d’être la ‘grande prostituée, mais cette lecture signale une mécompréhension de Jean et de la Bible.]

Certains autrefois, comme Dom Calmet (1720), etc., ont pensé que le texte avait été écrit en l’an 95, époque où l’empereur Domitien lança de nombreuses persécutions contre les chrétiens. Jean, qui aurait été exilé à Patmos par mesure d’intimidation, aurait écrit ce livre sans aide (ou bien avec un mauvais traducteur). Alors que son évangile et ses épîtres auraient bénéficié d’une aide. La ‘pauvreté’(sic) du style de l’Apocalypse confirmerait cette version. En 397, le concile de Laodicée admit cette hypothèse comme la plus vraisemblable. En 1995, des moines orthodoxes de Patmos, ont fêté le 19ème centenaire de la “rédaction” de l’Apocalypse.

D’après d’autres, comme Irénée de Lyon (Adv. Haer. V, 30, 3, d’après le latin) et Justin Martyr, Jean serait revenu à Ephèse après sa détention à Patmos et aurait vécu jusqu’au début du règne de Trajan, soit l’an 98. Cela n’est qu’hypothèse. En tous les cas Jean dut s’arrêter d’écrire sous Vitellius, sinon il aurait inclus Domitien [un 9ème] ou même Dioclétien dans les rois liés à la Bête. Ce qui n’est pas le cas.

Quand il écrivit les chapitres que nous avons étudiés, Jean ne savait pas à ce moment-là que la destruction de Jérusalem allait s’accomplir (elle le sera seulement sous Titus), mais elle était annoncée par Vespasien, et Jean le savait aussi par Jésus qui, 40 ans auparavant, lui avait tout dit, à lui, le disciple que Jésus aimait… Jésus connaissait l’âme humaine et le déviationnisme biblique de certains Grands Prêtres qui avaient perdu la clef, avides de pouvoir et de richesses mercantiles, alors qu’ils étaient détenteurs d’un héritage prophétique unique dans l’histoire du monde et des civilisations. Ce ne sont donc pas les juifs qui sont en cause mais leurs mauvais Grands-Prêtres et agitateurs (Jean de Giscala, les Zélotes et autres Sicaires qui résistèrent à Massada jusqu’au printemps 74). Et les choses n’ont guère changé aujourd’hui. Il est probable que Jean hésita longtemps à écrire ce que Jésus lui avait appris. Mais quand il vit Vespasien venir avec ses légions, il comprit que le temps était arrivé et écrivit ce qu’il avait appris de Jésus, ce qu’il savait et ce que ses visions lui confirmaient.

7. Conclusion

Après deux mille ans, nous pensons avoir apporté les résultats suivants :

-la date de rédaction des Ch.12-18 de l’Apocalypse : à situer fin 69 à quelques jours près, sous les derniers jours de l’empereur Vitellius

-la Bête à sept têtes : les sept empereurs:

Caligula, Claude, Néron, Galba, Othon, Vitellius, Vespasien

-la Bête qui n’est pas encore venue et celle qui vient de la mer: Vespasien

-la huitième Bête, roi sans tête qui monte de la terre : Titus

-le nombre de la Bête I+V, I+V, I+V sur les monnaies des empereurs;

– les cornes de la Bête (de Caligula à Vespasien): les pointes de couronnes de laurier;

-la Grande Prostituée : de mauvais dirigeants ou Grands Prêtres de Jérusalem;

Babylone : nom caché pour la Jérusalem mercantile;

Jésus a bien prophétisé, 40 ans auparavant, ayant dit qu’une génération ne passerait pas sans qu’arrive la destruction du Temple de Jérusalem, événement considérable dont les effets sont toujours actuels. Tout était écrit et prédit dans la Bible. Il faut être aveugle pour ne pas comprendre. Le reste est probablement pour la fin des temps. Car le fait que l’on ait prouvé la véracité prophétique de la destruction du Temple renforce l’idée que Jean ait raison pour le futur.

Note: Nous autorisons les publications de partie ou de la totalité de nos résultats à condition de faire référence à l’auteur (R.P. J.) et à la revue Le Cep (N° 49, 2009), dont le dépôt légal fait foi. Nous répondrons

publiquement à toutes les objections, en citant leurs auteurs s’ils le souhaitent. Des brochures plus complètes en diverses langues et notre livre pourront être obtenus via dragonsclubinternational@gmail.com.

8. Références

ALEXANDER, John H.(2001) L’Apocalypse verset par verset. La Maison de la Bible, Genève-Paris, 9ème éd.

ALLO, R.P. Ernest Bernard (1933) Saint Jean : l’Apocalypse.

Dom CALMET (1720) Dissertations qui peuvent servir de prolégomènes de l’Ecriture Sainte. Emery, T.III, Paris. La Sainte Bible en Latin et en Français avec notes, T.13è. [Pour la Bête Il proposait à peu près n’importe quoi:: 1-Dioclétien, 2-Maximien, 3-Galère 4-Sévère, 5Maxence, 6-Maximin, 7-Licinius (300-327), 8-Julien l’Apostat….]

FEUILLET, André (1963) L’Apocalypse : état de la question. Desclée de Brouwer, col. Studia Neotestamentica. Subsidia, n.3, 122 p.

GROAG, E., STEIN, A (1943) Prosopographia imperii Romani. v.3, f.399.

IRENAEUS, Bishop of Lyon. (1997) On the Apostolic Preaching.

[Translated by John Behr. Saint Vladimir’s Seminary Press. 1997.

[Amazon Books.]

JOSEPHE, Flavius (80?) La Guerre des Juifs et Les Antiquités Judaïques.

LAPPLE, A. (1970) L’Apocalypse de Jean. Cerf.

MORDILLAT, Jérôme, PRIEUR, Gérard (2009) Jésus sans Jésus. [Ce livre est une vaste escroquerie que nous dénonçons depuis sa parution (50 euros gaspillés!)].

QUISPEL, Gilles (1981) Le livre secret de l’Apocalypse. Albin Michel.

[ce livre est de loin le meilleur livre sur l’Apocalypse, munis de nombreuses illustrations, essayer de se le procurer!].

RICHARDSON, C.C., ed. (1953) Early Christian Fathers. Philadelphia.

Westminster. Reprinted Macmillan 1970.

[Ce livre contient tous les Pères apostoliques sauf l’Epitre de Barnabé,

Le berger d’Hermas, et des Fragments de Papias. Il contient la Première Apologie de Justin Martyr, une imploration sur les Chrétiens d’Athenagoras, et les livres 1, 3, 5 du Contre les Hérésies d’Irénée.] ROBINSON, James M., ed. (1988).The Nag Hammadi Library in English, 2nd edition. New York. Harper Collins.

SUETONE (1930) Titus. Ed. Mooney.

TAYLOR Deborah Furlan (2009) The monetary crisis in Revelation 13.17 and the provenance of the Book of Revelation. The Catholic Biblical Quarterly, v.71, n.3, july 2009, p.580-596.

TRESMONTANT, Claude (1994) Enquête sur l’Apocalypse : l’auteur, la date, le sens. F.X. de Guibert. Paris. [livre incontournable, cité par de nombreux chercheurs ou exégètes, mais très mal écrit, bourré de répétitions, mal structuré, dont on ne distingue pas clairement l’objectif, qui semble nier toute vision prospective à l’Apocalypse, ce que l’on découvre à l’extrême fin (p.453) où il ose dire: “il n’y a pas d’eschatologie dans l’Apocalypse”.]

[Il a surtout comme intérêt de placer les écrits de Jean dans le cadre du premier siècle, et il faut dire que le résultat est tout à fait impressionnant. Là, il a assez raison de mettre en évidence des traductions ‘biaisées’, mais nous pensons que ce qu’il dit est surtout valable de la partie de l’Apocalypse où Jean écrit aux églises d’Asie (Ap.1-3), ce que distingue à juste raison la Bible de Jérusalem. Il n’en va pas ainsi quand Jean écrit ses Visions (Ap.4-22).]

VIGOUROUX, Dictionnaire de la Bible. Letouzey et Ainé, Paris, 1912. Cf. europeana.eu/ark:/12148/bpt6k2559226.zoom.f1

SITES internet: visages des 12 empereurs de César à Domitien:

http://www.classicalcoins.com/page18.html

ANNEXES

« Toi, Daniel, tiens secrètes ces paroles, et scelle le livre jusqu’au temps de la fin. Plusieurs alors le liront, et la connaissance augmentera. » (Daniel 12.4)

A1 : Les Empereurs romains autour du 1er siècle

Nous donnons ci-après les informations essentielles pour comprendre les passages principaux des Chapitres 12, 13, 17, 18 de l’Apocalypse. La plupart de ces informations peuvent être trouvées dans l’Encyclopedia Britannica. Nous donnons aussi la titulature de chaque empereur à sa mort (voir Wikipedia).

CESAR: GAIVS IVLIVS CAESAR

Né le 12 juillet -100 (100 BC, ‘before Christ’), mort en -44. En décembre -49, il suspend la constitution romaine et se fait nommer dictateur.

En -46 il se fait ériger une statue au bas de laquelle il fait inscrire:

‘Il est un demi-dieu’.

En -44 il se fait nommer dictateur perpétuel.

Assassiné par Brutus et une conspiration de Sénateurs. Sa mort fut l’occasion d’une guerre civile qui mit fin à la république romaine.

AUGUSTE: GAIVS OCTAVIVS, changé en GAIVS IVLIVS

CAESAR (son père adoptif)

Né le 23 septembre -63, mort en 14. Empereur de -44 à 14. ?

La naissance du Christ se situe sous son règne.

Il meurt de mort naturelle en Campanie le 19 août 14.

TIBERE: TIBERIVS IVLIVS CAESAR (nom donné par

AUGUSTE, son père adoptif)

Né en -42, mort le 16 mars 37, empereur du 19 septembre 14 à 37. A sa mort il était exécré par tout le Sénat. Il avait voulu le restaurer dans ses anciennes prérogatives. Il fut l’objet de nombreuses conspirations. Il avait refusé d’élargir les frontières. Pour Tacite, qui noircit le tableau, dans les 6 premiers livres de ses Annales, ce fut un tyran sanguinaire. En fait il ne fut en rien responsable de la mort de Jésus ni des premiers martyrs chrétiens comme saint Etienne et saint Jacques. On dit qu’il mourut de mort naturelle et finalement aurait été étouffé dans son lit par son successeur ou Macron, chef du prétoire, car il ne mourait pas assez vite. Tacite et Suétone ont fait de lui, abusivement, un tyran sanguinaire. Mais plusieurs textes laissent à penser que Tibère ne l’était pas sauf peut être contre l’aristocratie romaine, ce dont se moquait Saint Jean.

On dit qu’il avait des sympathies pour les chrétiens. De plus Tibère exila Pilate en Gaule pour sa conduite. Il ne peut donc être logiquement pris comme l’une des têtes de la bête, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas “tombé”.

CALIGULA: GAIVS CAESAR CALIGVLA

Né en 12, mort en 41, empereur de 37 à 41.

Bien mis, intelligent, bien éduqué.

Immensément populaire au début, il perdit toute sa popularité en 4 ans.

Un pogrom à Alexandrie en août 38 et des troubles en Palestine dans l’hiver 39 le conduisirent à demander au légat de Syrie de lui ériger une statue dans le temple de Jérusalem en l’an 40. Sous le conseil d’Hérode Agrippa, à Rome, il décommanda

(‘countermand’) cet ordre. Mais une conspiration se fit jour en 4041, et Caligula fut assassiné par Cassius Chaerea, un tribun de la garde présent aux jeux Palatins, le 24 janvier de l’an 41. (Cf. Suetone, Life of Gaius Caligula; Dio Cassius, Roman History, livre 59; Josèphe, Antiquities of the Jews, livre 19; etc)

CLAUDE: TIBERIVS CLAVDIVS NERO GERMANICVS

Né à Lyon le 1er août -10, mort empoisonné le 13 octobre 54, empereur de 41 à 54.

Son ami Hérode Agrippa I l’aida dans des affaires délicates avec le Sénat.

Il protégea les Haruspices (‘divins’) et romanisa le culte d’Attis.

Son fils Britannicus fut écarté de la succession par sa mère Agrippine au profit de Néron que Claude adopta en 50. Agrippine obligea Claude à donner sa fille Octavia en mariage à Néron. On dit que Claude fit tuer 40 sénateurs. Claude mourut, dit-on, empoisonné par Agrippine qui favorisa ainsi l’accession de Néron.

NERON: NERO CLAVDIVS CAESAR,

Son nom original était LVCIVS DOMITIVS AHENOBARBVS.

Né le 15 décembre 37, mort en 68, empereur de 54 à 68.

Sa mère Agrippine, était devenue femme de l’empereur Claude, 9 ans après la mort de son père en 40, et à la mort de Messaline, ancienne femme de Claude. Néron s’attacha à Poppée, la femme d’Othon, en 58.

Agrippine qui s’y opposa fut tuée par Néron, son fils adoptif. Néron répudia Octavia en l’accusant d’adultère, puis la fit tuer. Il se maria alors avec Poppée en 62. On raconte qu’il fit brûler Rome pour reconstruire une plus belle ville, et qu’il se dédouana de l’accusation en en rendant fautifs les chrétiens. Voir le superbe film ‘Quo Vadis’, avec Robert Taylor et Déborah Ker, où l’empereur, joué par Peter Ustinov, chante dans les rougeoiements de la ville qui flambe son fameux ” O, O, turbulente flamme…”. Tacite dit de lui qu’il fut: ‘meurtrier de sa mère et de sa femme, un conducteur de char, un acteur et un incendiaire’.

En 67 il se rendit en Grèce pour s’y produire comme artiste. On dit qu’il y rencontra saint Jean avec Vespasien.

Mais des régions se sentaient oppressées et se révoltèrent:

-révolte de Boadicea en Bretagne en 60, -insurrections constantes en Judée de 66 à 70, etc.

A la mort de Néron les caisses de Rome étaient vides. En mars 68, Julius Vindex qui gouvernait Lyon se révolta, suivi par Galba auquel se joignirent les sénateurs et les prétoriens. Néron se suicida le 9 juin 68, en demandant à son serviteur, (ou à Acté son amoureuse éconduite) de lui couper la gorge. Dans Quo Vadis, c’est Acté qui l’aide à se poignarder. La scène jouée par Peter Ustinov est superbe!

GALBA: SERVIVS SVLPICIVS GALBA IMP.

Né vers -5, mort le 15 janvier 69, empereur de 68 au 15 janvier

69.

D’une famille très riche, il eut les faveurs d’Auguste puis de Tibère.

En 39, il commanda avec succès l’armée de haute Germanie.

Vers 45, ce fut un proconsul vertueux d’Afrique.

En 60, Néron le nomma gouverneur de la proche Espagne où il resta 8 ans.

En 68, il accepta l’invitation de Julius Vindex, gouverneur de Lyon, de diriger un mouvement contre Néron dont il pensait qu’il voulait l’assassiner. Mais Vindex fut battu à Besançon par les armées régulières. Cependant, après le suicide ‘aidé’ de NERON, le Sénat accepta Galba qui revint lentement à Rome et y arriva vers octobre.

Il fit assassiner de hauts personnages en vue, y compris le préfet de la garde prétorienne de Rome qui l’avait soutenu. Otho, qui ambitionnait le trône, le fit assassiner le 15 janvier 69 sur la place du forum et lui succéda. (cf. Suètone, Galb., et l’Encycl.

Britannica à Galba)

OTHO: MARCVS SALVIVS OTHO

Né en 32, mort en 69, il fut empereur de janvier à avril 69. Pendant son règne, des troupes révoltées firent mouvement vers Rome. En avril 69 l’empereur Otho se suicida suite aux défaites de ses armées à Crémone.

Il appuya son poignard sur le sol, le tint droit avec ses deux mains, se laissa tomber de son haut sur la pointe, et ne souffrit que juste le temps de pousser une plainte” (Plutarque).

VITELLIUS:AVLVS VITELLIVS GERMANICVS IMPerator

AUGustus

Né en 15, mort en 69, empereur de juillet à décembre 69. Vers 61-62, avant d’être empereur, il avait été nommé proconsul d’Afrique. Puis Galba l’avait nommé commandant des troupes de la basse Germanie. Ses armées firent sécession et proclamèrent Vitellius empereur le 2 janvier 69. Puis les troupes firent rapidement mouvement vers Rome où elles arrivèrent en avril 69. Suite aux défaites de ses armées à Crémone, l’empereur Otho se suicida et Vitellius lui succéda en juillet 69 en tant qu’empereur. Mais la situation devint rapidement chaotique, surtout sous la pression de Vespasien qui était alors en Judée à la tête des armées d’Orient, lesquelles le voulaient comme empereur. Vitellius envisagea d’abdiquer face aux menaces pesant sur ses légions. Caecina qui commandait ses troupes dans le nord de l’Italie le trahit La situation dégénéra, jusqu’à ce que le Capitole fût brûlé. Les troupes de Flavius finirent par rentrer dans Rome et Vitellius fut assassiné. On le considérait comme cruel, indolent, et extravagant. Mais ce furent probablement des bruits répandus par Vespasien, qui lui succéda. Pourtant, d’un point de vue constitutionnel, il semble avoir agi avec modération. (cf. Tacite, Histoires; Suétone, Vitellius, Encycl. Brit. à Vitellius, etc.).

VESPASIEN: TITVS FLAVIVS VESPASIANVS

Né en 9 AD, il se distingua sous Claude dans l’invasion de la Bretagne en 43-44. En 66 Néron le nomma chef des troupes romaines de Syrie et de Judée pour réprimer des révoltes en Judée. Il arriva là-bas début 67 Il frôla la mort lors d’une révolte juive en Chalcédoine où il fut encerclé et blessé. Il resta en Palestine en 68, jusqu’en fin 69. Sur la recommandation du juif Tibère Alexandre, préfet d’Egypte, il fut proclamé empereur avant la reconnaissance de Rome qui le nomma empereur ‘de loin’ le 22 septembre 69, il semble avoir résidé d’abord essentiellement à Alexandrie d’où il envoya son fils Titus prendre sa suite à la tête de 4 légions (les Vème, Xème, XIIème, XVème) avec mission de détruire

Jérusalem.

Avant qu’il ne rentre à Rome on imprima des monnaies à son nom (Imp Caesar VESPASIANVS AVGustus, ou TITVS FLAVIVS SABINVS VESPASIANVS… Précisons que plusieurs empereurs romains sont représentés sur leurs pièces (sesterces, dupondius, as…) avec deux feuilles de laurier, ce qui donne l’impression qu’ils portent une, deux, ou 3 cornes… Sur les premières monnaies de Vespasien, on garda le profil de Vitellius faute de posséder à Rome de profil de Vespasien. Nommé empereur il serait allé en Egypte et finit par rejoindre Rome. Il restaura la paix et l’ordre dans l’empire et fit régner une stricte économie favorable aux provinces. Les nobles du Sénat s’opposèrent à lui. Immédiatement après son accession au trône, Vespasien chargea son fils Titus de prendre sa suite en Judée pour y soumettre Jérusalem. Dès le début il associa ses deux fils, Titus et Domitien au pouvoir.

En 67 il commença la guerre contre les juifs. Vespasien mourut de mort naturelle bien qu’on ait dit qu’il ne voulut pas mourir couché er se serait relevé car un empereur devait mourir ‘debout’ (cf. Gaultier (1621) Table Chronographique, p.9): ‘In contrast to his immediate imperial predecessors, Vespasian died peacefully at Aquae Cutiliae near his birthplace in Sabine country on 23 June, A.D. 79, after contracting a brief illness. The occasion is said to have inspired his deathbed quip’: “Vae,

Malheur, je deviens un demi-dieu!”(EB)

TITUS: TITVS FLAVIVS VESPASIANVS; ou TITVS FLAVIVS SABINVS VESPASIANVS.

Né le 30 décembre 39, mort le 13 septembre 81; devint empereur immédiatement à la mort de son père le 23 juin 79. Empereur de 79 à 81. ‘Après la mort de Néron, en Juin 68 il soutint fermement la cause de son père.

Se retrouva avec son père, Vespasien, en Judée en 67.

Réconcilia Vespasien avec le légat de Syrie, Licinius Mucianus… Immédiatement après la nomination de Vespasien comme empereur, il fut chargé par son père de la guerre contre les juifs.

Revint en Palestine vers le milieu 70 en provenance d’Alexandrie.

Captura Jérusalem le 28 septembre 70 (Suètone, Titus, 6).

Quitta peut-être aussitôt la Palestine pour l’Italie en vue de l’installation de son père sur le trône de Rome. Fut associé par son père ainsi que Domitien son frère à la tête de l’empire, sans pour autant avoir le titre d’empereur: ‘particeps atque etiam tutor imperii’ (‘sharer and even protector of the empire’). Il perdit de sa popularité, en particulier en Palestine, surtout du fait de ses relations avec Bérénice, la fille d’Hérode Agrippa II, qui vécut dans son palais avec lui et espérait devenir sa femme. Il revint probablement en Palestine juste après. Il fut fait commandant de la garde prétorienne en 71. On dit qu’il est mort à l’instigation de son frère Domitien avec lequel ses relations étaient mauvaises.

DOMITIEN: TITVS FLAVIVS DOMITIANVS

Né le 24 octobre 51, empereur de 81 à 96. Il fut haï par l’aristocratie.

Second fils de Vespasien, il succéda à son frère, l’empereur Titus. En 83, Domitien, de son nom latin complet Titus Flavius Domitianus, se rendit en Germanie et vainquit les Chattes. Il y commença la construction du limes, une ligne de fortifications marquant la frontière romaine entre le Rhin et le Danube.

En 84, il étendit la domination romaine jusqu’en Écosse. En 88, il repoussa les Daces de l’autre côté du Danube. (Ces mêmes Daces qui se convertirent très tôt, et dont il est fort probable que provienne le Roi Arthur et plusieurs de ses chevaliers, tel Lancelot (voir l’admirable film ‘The King Arthur’ avec Clive Owen)

En 85, il se nomma lui-même censeur à vie. Après la révolte de Saturninus, et en particulier au cours des trois dernières années de son règne, Domitien terrorisa l’aristocratie. Il est connu aussi comme persécuteur de chrétiens. D’après l’Encycl. Brit. et bien d’autres livres, c’est sous Domitien (81-96) que l”Apocalypse aurait été écrite. (voir à ‘Revelation’, book of). En 89, il réprima une révolte dirigée par Antonius Saturninus, légat de la Germanie supérieure. Populaire auprès de son armée, Domitien était détesté des sénateurs, qu’il avait écartés du pouvoir ; en outre, ceux-ci étaient indignés qu’il eût pris le titre de ‘Dominus et Deus’, ‘maître et dieu’.

En 96, le 16 septembre, il fut assassiné sur l’ordre de l’aristocratie et de son épouse Domitia.

NERVA: MARCVS COCCEIVS NERVA

Né en 30, mort en 98, empereur du 18.09.96 au 27-28.01.98, meurt dans son lit.

TRAJAN: MARCVS VULPIVS TRAIANVS

Né en 53, empereur en janvier 98, mort le 8 août 117.

Fut adopté par Nerva qui voulait le voir lui succéder. Très apprécié en tant qu’empereur, il repoussa les frontières de l’empire, en particulier en soumettant les Daces (101-102 et 105-106) Il en fit un bastion de l’empire. Sa guerre contre les Parthes en 113 lui permit de renforcer les frontières Est de la Mer Rouge jusqu’au Caucase. Ces guerres furent commémorées sur la colonne Trajane à Rome (inaugurée en 113) où l’on voit la Ménorah (le chandelier du Temple) qui vint ensuite en France.

A2. Interprétations et autres théories

Le livre de l”Apocalypse est certainement le plus controversé des Écritures; ceci est dû à la diversité des interprétations, et des oppositions.

« Heureux celui qui lit et ceux qui entendent les paroles de la prophétie et qui gardent les choses qui y sont écrites ! Car le temps est proche. » (Ap. 1:3).

On conseille de voir Allo (1933) qui offre une des biographies les plus complètes des commentateurs de l’Apocalypse.

Aujourd’hui, il faut écouter les télévisions des

Evangélistes où interviennent d’excellents spécialistes du Nouveau et de l’Ancien Testament (God TV, Rory et Wendy, Inspiration TV, Benny Hinn, David Pawson, Perry Stone, Chuck Missler, etc). Dans nos prochains travaux et notre livre nous analyserons les interprétations publiées depuis l’antiquité. Nous finirons par les plus modernes. Citons seulement Tresmontant qui a fait un travail considérable mais s’est trompé plusieurs fois, en particulier sur la date de mort de saint Jean vers 54, sauf évidemment si l’on suppose que ce n’est pas saint Jean qui a écrit les chapitres étudiés ici. Quant à Mordillat et al, qui ont fait croire à une enquête exhaustive auprès de plus de 52 ‘grands savants’ ou ‘spécialistes’, exégètes et professeurs, il leur manquait l’essentiel. On ne peut non plus que s’étonner de la complaisance des médias et de nombre d’universitaires. Le pire est la traduction du verbe pipto, πίπτώ, par ‘passer’ au lieu de ‘tomber’ la Bible de Jérusalem (cf. Chassang (1872) Dict. Grec. p.774). Avec cela aucun chrétien ou chercheur ne pourrait comprendre l’Apocalypse!

A3. L’Apocalypse et la Prophétie des 70 Semaines de Daniel Dans l’énigmatique Prophétie des 70 semaines, Daniel prophétise ce qui suit :

« Il y a 70 semaines déterminées sur ton peuple, et sur ta ville sainte, pour abolir le crime, pour consumer le péché, pour faire propitiation pour l’iniquité, et pour amener la justice des siècles, et accomplir la vision et la prophétie, et pour oindre le Saint des saints. »

De là il faut compter 7 semaines et 62 semaines jusqu’à la venue d’un oint. Et après ces 62 semaines un oint sera retranché… puis le peuple d’un conducteur qui viendra, détruira la ville et le sanctuaire, et la fin en sera avec débordement, et les désolations qui ont été déterminées, arriveront à la fin de la guerre » (Dan. 9.24-27)

Le « peuple d’un conducteur » [l’armée de Vespasien] et le « arrivera à la fin de la guerre » [destruction du Temple par Titus, après la ‘guerre des juifs’ relatée par Flavius Josèphe et concernant Vespasien et Titus] deviennent clairs après ce que nous venons d’établir. Plus loin il est dit:

« Et il confirmera l’alliance à plusieurs dans une semaine [tout le monde n’était pas contre les Romains] et à la moitié de cette semaine-là, il fera cesser le sacrifice et l’oblation, puis par le moyen des ailes abominables qui causeront la désolation, jusqu’à l’entière ruine qui a été déterminée, la désolation fondra sur le désolé. » (Dan. 9.27)

Les « ailes abominables » sont celles des aigles romaines. On n’a pas remarqué jusqu’à présent que la dernière semaine de Daniel couvre la période où Vespasien arrive en Palestine au printemps 67 jusqu’à la prise-suicide de Massada vers le printemps 74. Que celui qui a de l’intelligence calcule… cela fait 7 ans, la dernière semaine d’années prédite par Daniel plus de 200 ans auparavant, avec le milieu de la semaine signant la fin du Temple en 70. La résolution du problème posé par l’Apocalypse vient donc confirmer plus qu’il n’en faut la prophétie de Daniel, jamais décryptée ainsi à ce jour.

A4: Messages de l’Apocalypse pour notre temps

L’Apocalypse amène à trouver des signes dans les événements du temps.

<<Bien-aimé, n’imite pas le mal, mais le bien. Celui qui fait le bien est de Dieu..Mais vous, bien-aimés, souvenez-vous des choses annoncées d’avance par les apôtres de notre Seigneur JésusChrist. Ils vous disaient qu’au dernier temps il y aurait des moqueurs, marchant selon leurs convoitises impies; ce sont ceux qui provoquent des divisions, hommes sensuels, n’ayant pas l’Esprit. Pour vous, bien-aimés, vous édifiant vous-mêmes sur votre très sainte foi, et priant par le Saint Esprit, maintenez-vous dans l’amour de Dieu, en attendant la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle. Reprenez les uns, ceux qui contestent; sauvez-en d’autres en les arrachant du feu; et pour d’autres, ayez une pitié mêlée de crainte.>> (Ep.Jean 3.11)

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In memoriam : Jean-Marie Georgeot (1923-2009)

C’est dans l’enceinte de l’Abbaye Notre Dame d’Œlenberg, près de ses Vosges natales, que repose désormais, depuis le 2 octobre, ce passionné d’Ecriture sainte.

Admis à l’école Centrale de Paris en pleine guerre de 1940, il interrompit assez vite sa carrière industrielle dans l’aéronautique pour devenir un professionnel reconnu en sylviculture. Mais l’administration de ses forêts n’empêcha pas (aida même peut-être à mûrir) une vocation d’exégète à laquelle il consacra en totalité les dernières décennies de son existence terrestre. Après la mort de son fils, en 1992, pour être mieux à même de travailler jour et nuit, pour profiter aussi des inspirations qui lui venaient dans sa stalle au chœur, il avait choisi et obtenu de résider au monastère même .

Ce n’est pas ici le lieu de commenter en détail une œuvre monumentale (22 tomes de grand format[26]) issue initialement d’un commentaire littéral de Saint Marc, considérant pour chaque mot grec son ordre d’apparition dans le texte et sa présence ou son absence dans le reste du Nouveau Testament. Il suffira de dire qu’il en résulte, selon ses propres mots, ” une démonstration scientifique de l’existence historique de Jésus-Messie et de l’Inspiration (origine divine) de l’Ecriture “.

Outre cette méditation sur les mots, qui lui fera composer un dictionnaire grec-français approprié, on notera une confrontation minutieuse avec les textes païens contemporains, notamment Tacite, Pline et Suétone, montrant que l’Empire romain suivait de très près la prédication apostolique.

La vérité est emballée et cachée dans les profondeurs” (Sénèque, De beneficiis, VII, I), avait-il mis en exergue sur l’un de ses ouvrages. Cette vérité, il l’avait si assidûment recherchée et mise au jour pour notre profit! Nul doute que ce travail acharné lui sera compté comme la plus belle œuvre de miséricorde.

Requiescat in pace

__________________________

REGARD SUR LA CRÉATION

Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu quand on Le considère dans ses ouvrages.” (Romains, 1 : 20)

L’œil est fait pour voir (3ème partie)[27]

Dr Louis et Paul Murat

Présentation: Darwin écrivit que l’œil, rien qu’à y penser, lui donnait la fièvre! Encore n’avait-il de cet organe qu’une connaissance très sommaire, suffisante toutefois pour montrer que la sélection naturelle ne pouvait manifestement pas en expliquer l’apparition: une ébauche d’œil, non fonctionnelle, ne saurait constituer un avantage sélectif dans la lutte pour la vie! Avec les progrès ultérieurs du microscope optique, l’anatomie de l’œil (ou plutôt du “système visuel”) révéla un luxe incroyable de sous-organes minutieusement et intelligemment disposés. Comment des esprits rationnels, prétendument objectifs, peuvent-ils encore prétendre que le hasard ait quelque fonction causale que ce soit dans la réalisation d’un système d’un tel niveau de complexité, puisque la vison engage, outre l’œil proprement dit, un ensemble coordonné de muscles, et un bon million de fibres optiques réparties entre 800 faisceaux afin d’agir adéquatement sur le milliard de cellules de la zone cérébrale affectée à la vison. Car à l’extrémité de chaque fibre se place une arborescence la mettant en relation avec plusieurs cellules du cerveau, phénomène sans doute nécessaire à l’acuité visuelle et à la reconnaissance des formes.

Ce n’est pas une simple fièvre que le système visuel devrait occasionner aux évolutionnistes, mais un coma cataleptique!

Le nerf optique, câble formé de filaments nerveux, transmet donc immédiatement, comme un véritable téléphote, au cerveau, récepteur électrique central, l’impression instantanée et d’une extrême complexité que donnent les myriades de rayons lumineux formant à chaque instant une nouvelle image.

A cette télévision de nos neurones cérébraux se rattachent les phénomènes de résistance électrique des conducteurs fibrillaires venus de l’appareil visuel périphérique, cônes et bâtonnets, résistances variables suivant leur épaisseur, leur longueur, etc. Ces questions ont déjà fait, de la part de certains biologistes, l’objet de travaux intéressants.

Différents de longueur et d’épaisseur, diversement résistants aux électricités de tensions différentes en raison de leur longueur et de leur épaisseur, les ramuscules du plexus (quintuple plexus rétinien) livrent passage, suivant leur résistance, à des électricités de tensions différentes. Ainsi se trouvent divisés et répartis les éléments différents de l’impression, et nous ne pouvons qu’y reconnaître le mécanisme élémentaire de la sélection ou intellection des courants nerveux. L’intellection a pour siège le plexus et pour objet la séparation diélectrique des courants, en raison des tensions et des résistances[28].

Le trajet des fibres du nerf optique, depuis les cônes et les bâtonnets jusqu’au cerveau, est le suivant :

Les cellules visuelles (cônes et bâtonnets) recueillent les rayons lumineux et en transmettent l’impression, par les pinceaux de fibrilles nerveuses qui constituent leur prolongement basal, aux grains de cône ou de bâtonnet, petites sphères brillantes suspendues dans le filament (premiers neurones périphériques). Ceux-ci la transmettent par un pinceau nouveau aux cellules bipolaires (deuxièmes neurones) qui, à leur tour, la communiquent de la même manière aux cellules ganglionnaires (troisièmes neurones).

Chaque fois le pinceau fibrillaire constituant un tronc unique s’engrène avec l’article suivant par un véritable chevelu des fibrilles. On dirait des arbres superposés, les racines étalées de l’un venant au contact des branches de celui qui est audessous.

Ces arborisations nerveuses n’offrent pas moins de divisions dans leur riche ramure qu’un grand chêne dépouillé de ses feuilles ne présente de brindilles.

Le dessin de ce dernier est du reste imité d’une façon saisissante par l’image micrographique. Telle est la chaîne des neurones périphériques ou cellules nerveuses formant chacune, avec ses prolongements, comme un tout indépendant.

D’après Cajal, les buissons nerveux terminaux que l’on constate ainsi dans les diverses couches de la rétine et qui produisent pour chaque cône de multiples surfaces de contact des fibrilles qui en sont issues “ont pour effet de rendre possible l’existence d’un grand nombre de voies de transmission assez distinctes sur un petit espace de la rétine[29].

Après avoir donc été en rapport avec les divers éléments des couches de la rétine –corbeilles fibrillaires, sphères, fuseaux, cellules en forme d’araignées, cellules en forme d’étoiles, etc., éléments dont certains, comme les cellules horizontales, sont des neurones d’association et peut-être de coordination ou de différenciation- les fibres nerveuses se portent par la surface interne de la rétine (couche des fibres nerveuses) jusqu’à la papille optique, puis suivent le nerf optique dans toute son étendue.

Parvenues ainsi à la base du cerveau, les fibres se rendent d’abord au chiasma où la moitié d’entre elles se croisent avec celles du nerf opposé. Le nerf optique est dès lors composé d’un faisceau direct et d’un faisceau croisé.

Le croisement incomplet des fibres a pour but de favoriser la vision binoculaire qui présente de multiples avantages (appréciation de la distance, perception du relief, etc.), et de déterminer la coordination parfaite et la solidarité des mouvements conjugués des deux yeux. Ceux-ci marchent sympathiquement quoique des mouvements différents soient nécessaires pour regarder un même objet et porter son image sur la tache jaune de chaque œil.

Les réflexes de direction et de convergence sont de précieux et parfaits viseurs.

Point n’est besoin ici pour chacun des organes, comme dans les appareils photographiques, d’un viseur particulier, viseur clair redresseur ou à visée horizontale dans toutes les positions ; point n’est besoin de niveau à bulle d’air, d’aiguille de mire, etc.

Ajoutons que “l’amplitude de convergence et l’amplitude d’accommodation sont deux fonctions synergiques[30].

Enfin, de même que la diffusion des impressions rétiniennes dans les plexus de la rétine par enchevêtrement des éléments conducteurs, le croisement incomplet dans le chiasma permet une analyse plus précise et plus complète des impressions et une suppléance, au besoin, entre les conducteurs.

Quand le chiasma est lésé, on constate un rétrécissement particulier du champ visuel, dit hémianopsie hétéronyme. Le syndrome morbide chiasmatique s’accompagne de troubles des mouvements associés binoculaires, d’hémianopsie bitemporale, etc.

A la base du cerveau, les fibres du nerf optique gagnent la région pédonculaire, le corps genouillé externe, le pulvinar, les tubercules quadrijumeaux, qui constituent, suivant l’expression des physiologistes, des protoneurones sensoriels centraux, des premiers et des deuxièmes neurones de relais.

Enfin ces fibres se jettent dans le centre ovale, traversent le cerveau et viennent émerger au niveau des lobes occipitaux dans le manteau des hémisphères où elles constituent les neurones corticaux de perception.

Ces derniers sont reliés, d’autre part, au labyrinthe acoustique en vue d’une action synergique dans les complexes fonctions d’équilibration dans l’immobilité, dans la marche, etc. (E. de Cyon).

Tels sont les centres cérébraux visuels, récepteurs télégraphiques compliqués, on le voit, où aboutissent les impressions venues des appareils analysateurs externes.

Dans cette projection de la rétine sur l’écorce cérébrale, les impressions des éléments rétiniens transmises à la surface des hémisphères –images ou représentation des images- y restent renversées. Notre esprit redresse les images par le fait de l’habitude ou par une disposition préétablie.

Faut-il supposer dans l’écorce des lobes occipitaux à nouveau un appareil terminal aussi complexe que celui de la périphérie, l’œil lui-même, pour la transcription distincte de tous les détails et de toutes les nuances, leur traduction et comme leur communication en clair au moi psychique, appareil non discernable évidemment et caché dans la profondeur et le mystère de l’infini ultramicroscopique ?

De quelle manière les impressions physiques peuvent-elles devenir des sensations ? “Voilà ce qui reste toujours pour nous une énigme”, écrit Max Verworn. (Physiologie générale, 1900). Et quand on songe que des pigeons voient sans cerveau ou que des grenouilles et des chiens entièrement décérébrés (Schrader, Goltz, etc.) non seulement voient, mais regardent et se dirigent très sûrement à travers les obstacles malgré l’absence de tout aboutissant intracérébral, on se demande comment de tels phénomènes peuvent se produire et s’expliquer, et l’on pressent, dans le mécanisme organique préétabli et les dispositifs de suppléance, des abîmes nouveaux de merveilles finalistes au seuil desquels s’arrête la science humaine, impuissante à nous guider.

Ce n’est là qu’un faible exemple des miraculeuses énigmes toujours insondées que recèlent la vie et le moi des êtres. En ce qui concerne la structure du nerf optique, disons que ce dernier “est constitué par des gaines et des faisceaux de fibres. Celles-ci seraient au nombre de 1 000 000 suivant Krause, groupées en de nombreux faisceau – environ 800 – séparés par des tractus conjonctifs nourriciers.” P. 397).

On constate, ajoutent ces auteurs, que les cônes et les bâtonnets sont plus nombreux que les fibres et que chaque fibre semble être reliée dans les parties latérales de la rétine à trois cônes et même à sept bâtonnets. Salzer avait déjà estimé à 500 000 le nombre des fibres. Ces fibres représentent des cylindres-axes, prolongements nerveux, jusqu’aux organes périphériques, des cellules nerveuses (neurones) de l’écorce cérébrale.

Le cylindre-axe de chaque cellule, strié en long, est “composé de fibrilles très fines juxtaposées” (Debierre, Le cerveau, 1907), “qui semblent accolées” (Laumonnier).nous avons compté en moyenne cent vingt fibrilles par cylindre-axe dans les images micrographiques des préparations de Cajal (Histologie du système nerveux, 2 vol. gr. In-80, 1910), Golgi, Kossel et Schiefferderker, etc.

Ramon y Cajal a appliqué sa remarquable méthode de coloration aux neurofibrilles de la rétine. Ce célèbre histologiste, aujourd’hui lauréat du prix Nobel, a observé qu’à chaque cône, dans la tache jaune, correspond une cellule bipolaire. Chievitz a constaté que chaque cellule bipolaire est à son tour reliée à une cellule multipolaire spéciale d’où part une fibre. Ainsi, en ce point, chaque impression est transmise au nerf optique par un cylindre-axe isolé traversant des cellules particulières échelonnées (relais, transformateurs, etc.).

Pour le reste de la rétine, un cylindre-axe ou pinceau de fibrilles transmet au cerveau les impressions de plusieurs cônes ou bâtonnets. (Voir « Etude cytologique et physiologique sur la rétine ciliaire, » in Archives d’anatomie microscopique, 3o juillet 1910.) Bartels, par la méthode de Bethe (1909) au bleu de toluidine, a trouvé que chaque cône dans la tache jaune reçoit plusieurs fibres nerveuses.

Les cônes et les bâtonnets étant plus nombreux dans les zones latérales que les neurones périphériques et ceux-ci que les neurones centraux, il en résulte une apparence de condensation dans la marche de l’influx nerveux vers le cerveau ; mais, malgré les groupements progressifs, il reste toujours les striations fibrillaires initiales.

Chaque cône ou bâtonnet recevant en définitive, au moins un filament distinct relié au nerf optique, on établit, en prenant pour base les chiffres de cônes et de bâtonnets, apparemment plutôt faibles, fournis par Lubbock, qu’il y a ainsi trente-trois millions de fibrilles nerveuses — ou de faisceaux de fibrilles en ce qui concerne surtout les fibres de cônes — s’épanouissant sur la rétine et desservant ses éléments terminaux.

Le million de fibres, striées longitudinalement, qui ont été constatées dans le nerf optique, se divise et se subdivise en de nombreux filaments d’une excessive finesse, dont les plus ténus formés de neurotagmes, particules longitudinalement striées, « échappent à l’observation microscopique ». (Prenant, Bouin et Maillard, Traité d’histologie, en voie de publication, t. I, p. 324.) Les pinceaux de fibrilles arrivant à chaque cône rendent compte, comme nous l’exposerons, de la vision des diverses couleurs. Chaque fibrille montre, en outre, nous l’avons vu, à plusieurs étages de la rétine, tout un chevelu de divisions. Il y a, de la sorte, dans l’épaisseur de la rétine, pour chaque élément de multiples associations de fibres, par des filaments enchevêtrés qui vont des unes aux autres et font communiquer plus ou moins, pour des buts encore très incomplètement connus, l’influx entre les différents éléments de la même couche.

C’est ainsi que la couche plexiforme interne et la couche intergranuleuse en particulier — quatrième et sixième couches — forment un réticulum touffu de milliards apparemment de fibres nerveuses, qui réalisent sans confusion leurs fonctions conductrices propres. La couche intergranuleuse est formée par des cellules dites amacrines. Ces cellules sont « des éléments équilibrateurs des impressions reçues et de contre-sensation, agissant comme des vases communiquants ». (William Nicati, Physiologie oculaire, gr. in-8, 1909.)

Elles diffusent les courants et atténuent les chocs nuisibles, sur les éléments si délicats de la rétine, des impressions trop vives. Elles dessinent entre elles des tubes en U à large base et à courtes branches, et rayonnent de leur pourtour un nombre très élevé de divisions. Les arborisations se dirigent en sens inverse de celles des autres cellules et servent aussi aux contrecourants. « Ces fibres représenteraient des terminaisons cylindraxiles apportant une excitation d’origine centrale et seraient peut-être un chemin de retour pour les sensations extérieures, ce qui permettrait d’expliquer comment le souvenir, le rêve, l’hallucination, font revoir pour ainsi dire, avec une remarquable.intensité, des images antérieurement perçues. »

(Laumonnier, Physiologie générale, 1897, p. 582.)

Aux trente-trois millions de cônes et de bâtonnets correspondent enfin autant de corps lentiformes, de cellules bipolaires en fuseaux, de cellules araignées, etc., échelonnés sur les conducteurs.

Ajoutons que si, d’une part, « chaque cône communique avec plusieurs cellules bipolaires et chacune de celles-ci avec plusieurs cellules ganglionnaires, de même qu’à l’extrémité intracérébrale chaque fibre nerveuse se termine par une arborisation en relation avec plusieurs cellules » (Berdal), d’où la diffusion possible des impressions en dehors même des éléments horizontaux, — d’autre part, d’après Cajal, la rétine pourrait concentrer facultativement les impressions lumineuses à mesure que celles-ci avanceraient dans ses diverses couches. ************************** Nos lecteurs publient:

Le Grand Siècle de l’Action Française,

par François-MarieAlgoud

C’est maintenant le troisième et dernier tome de son œuvre Actualité et présence de Charles Maurras (1868-1952), que François-Marie Algoud nous donne dans une magnifique édition (papier Rives vergé ivoire naturel). Cet ouvrage imposant (484 pages abondamment illustrées au format 21×24 cm) se lit indépendamment des tomes précédents. Il relate nombre de faits historiques oubliés, méconnus ou occultés, l’auteur bénéficiant souvent d’informations de première main. Ecrit dans un style magnifique où perce la plume du poète (et c’est là sans doute une des raisons de l’attachement de François-Marie Algoud pour le grand écrivain provençal), l’ouvrage donne à connaître nombre de textes remarquables et de citations dignes de passer à la postérité; il comporte en outre un vaste index qui en fait un véritable dictionnaire maurassien. Un connaisseur, Jean-Marie Cuny, écrit: “Ce travail essentiel doit avoir sa place dans toutes les bibliothèques; il doit rester à portée de main de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des idées et des événements qui ont marqué notre histoire.”

Editions de Chiré, 484 p., 60 € (Ajouter 6 € de frais de port pour envoi par correspondance: SA D.P.F., BP 1, 86 190 Chiré-en-Montreuil)

La Mélanine : l’écran solaire juste à fleur de peau[31]

Randy J. Guliuzza

Résumé: L’exposition au soleil, si recherchée pour le bronzage, n’est pas sans danger. L’énergie des rayons ultra-violets peut détruire les kératinocytes, ces cellules qui régénèrent la peau superficielle, endommager l’ADN et même provoquer des cancers (mélanomes). Il existe donc un processus protecteur, sorte d’ombrelle incorporée au sein même de l’épiderme: grâce à un composé complexe, la mélanine, la coloration de la peau absorbe l’énergie des rayons UV et la dissipe sous forme de chaleur.

Les mélanocytes, qui produisent la mélanine, sont plus nombreux sur le dos de la main (exposé au soleil) que dans la paume. De même les mélanosomes (agglomérats localisés de mélanine) sont plus nombreux au dessus du noyau des cellules, afin de protéger l’ADN. En cas d’exposition répétée au soleil, les mélanosomes se multiplient (jusqu’à 100 millions par cm2) afin de renforcer la protection solaire. Encore faut-il que les mélanosomes soient acheminés là où ils seront utiles. Ce sont d’infimes microtubules (3000 fois plus fins qu’un cheveu!) qui se mettent en place pour ce transfert réalisant le bronzage. Commet ne pas voir dans ce dispositif si perfectionné une preuve manifeste de l’intelligence et de la sollicitude du Créateur? .

La plupart des gens au nord de l’équateur ont le teint bronzé en août. Ironiquement, le désir d’être dehors est souvent associé à un autre désir vif d’être à l’abri du soleil, comme le prouvent les ventes de parasols et autres ombrelles.

D’un point de vue biologique, l’énergie du soleil doit toujours être contrôlée. Ceci signifie qu’il y a une machine biologique complexe pour gérer la lumière solaire d’une certaine façon. Cette machinerie n’existerait pas sans une information dans l’ADN prescrivant ses matériaux, sa fabrication et son fonctionnement. Le bronzage résulte de cette machine biologique spéciale qui fonctionne comme une ombrelle interne à l’épiderme “protégeant du soleil” les cellules de la peau.

Le processus est si important que, s’il n’existait pas, les gens auraient une bien plus forte probabilité d’être tués simplement par l’énergie brutale du soleil.

L’énergie du soleil endommage la peau.

La couche supérieure hautement vulnérable de la peau – cette partie qui est dure, calleuse et finalement part en lambeaux – est faite d’une protéine, la kératine, produite par les cellules appelées kératinocytes. La lumière du soleil, et surtout la partie ultra-violette (UV) de son spectre, est cancérigène. Elle peut pénétrer les kératinocytes, endommager l’ADN et même amener certaines cellules à devenir cancéreuses, comme dans le mortel mélanome. L’effet cumulatif sur l’espèce humaine d’un ADN endommagé à la longue par le soleil n’est pas insignifiant. La survie de l’humanité dépend fortement d’un mécanisme pour gérer la lumière solaire et réparer l’ADN endommagé. Les humains produisent un composé complexe appelé mélanine qui dissipe en chaleur l’effet nocif de l’UV et contribue aussi à empêcher les cancers de la peau par d’autres moyens, mais jusqu’à un certain point seulement.

Les pigments colorés de la peinture protègent les revêtements extérieurs des maisons contre les dégâts du soleil. La mélanine est un pigment coloré pour les humains, l’un de plusieurs composés donnant à la peau sa couleur, donnant généralement des nuances de rouge, de brun ou de noir. La mélanine est produite par les mélanocytes. Tout le monde a à peu près le même nombre de mélanocytes – quelle que soit la couleur de la peau – mais ils sont concentrés différemment dans différentes parties du corps pour répondre à des besoins spécifiques. Il y en a plus de 150 000 par centimètre-carré sur le dos de la main, hautement exposé au soleil, contre 70 000 par centimètre-carré sur la paume.

Les mélanocytes produisent différents types et quantités de mélanine selon les instructions génétiques héritées et selon une codification dynamique des gènes en réponse au changement d’environnement de la personne. Ceci détermine la couleur de peau de chaque personne et lui permet de réagir à la lumière UV nocive.

La mélanine peut contrôler l’énergie nuisible.

La mélanine est contenue dans de petits paquets appelés mélanosomes, littéralement “corps foncés”. Le pigment mélanine n’est pas réparti au hasard dans toutes les cellules de la couche supérieure de la peau, les kératinocytes. Puisque c’est surtout l’ADN dans le noyau des cellules de la peau qui a besoin de protection, il serait logique de placer les mélanosomes comme écran ou comme parasol au-dessus du noyau. Cette disposition de parasol du côté exposé au soleil du noyau est exactement là où se trouvent la majorité des mélanosomes. Avec une exposition prolongée au soleil, encore plus de mélanosomes sont fabriqués et tassés sur le côté du noyau exposé au soleil, formant parfois plusieurs couches. Puisqu’une personne peut accumuler plus d’une centaine de millions de mélanosomes par centimètre-carré pour protéger les noyaux des cellules de la peau, celle-ci apparaitra de plus en plus foncée, situation communément connue comme …le bronzage.

Alors comment la mélanine protège-t-elle le noyau ? Il y a deux étapes principales. Une étape rapide est produite par la lumière UV elle-même qui induit dans la mélanine une réaction chimique la rendant plus foncée. Elle devient ainsi capable d’absorber encore plus d’UV. (Les ingénieurs chimistes travaillent eux aussi à développer des pigments de peinture pouvant changer automatiquement de nuance). La seconde étape consiste inciter les mélanocytes à produire davantage de mélanine.

Réfléchissez à cette coopération cellulaire: un mélanocyte peut “servir” de nombreuses cellules de la peau en fabriquant de la mélanine pour protéger leur ADN et, pareillement, les cellules de la peau servent les mélanocytes en leur assurant une protection vitale.

Comment est produite la mélanine?

Il existe au moins six voies majeures pour provoquer la production de mélanine. Celle-ci a d’autres fonctions dans le corps sans rapport avec la protection contre l’UV. Mais toutes les voies exigent un très strict contrôle par plusieurs protéines enzymes et si l’une quelconque de ces enzymes manque, la mélanine ne sera pas produite. Finalement toutes ces voies stimulent un messager (appelé cAMP) capable d’agir sur les gènes du noyau des mélanocytes pour qu’ils produisent davantage de mélanine. La lumière UV agit comme un stimulus.

Un autre stimulus est très étonnant. Dans des conditions moyennes d’exposition au soleil, le taux de dommage à l’ADN de la cellule de la peau d’une personne et sa réparation (un processus très complexe) reste dans d’étroites limites. Les mélanocytes surveillent indirectement le taux de réparation et, s’il augmente, – indiquant un dommage solaire accru – la production de mélanine est stimulée pour protéger l’ADN contre des dégâts plus importants. Les gestionnaires appellent cela résoudre la cause du problème et pas simplement réparer les conséquences.

Un mélanosome est en fait une organelle dans une cellule. Cela veut dire qu’il fonctionne à l’intérieur de la cellule dans un but défini, exactement comme un organe, comme le rein dans le corps. Mais les mélanocytes fabriquent régulièrement des mélanosomes tout neufs. Un mélanosome est initialement constitué d’une base semblable à un réseau de fibres déposée par une protéine spéciale (Pmel 17) propre aux mélanocytes.

A quoi s’ajoute un pigment sensible à la lumière appelé le L-DOPA quinone, fabriqué dans une série de processus à partir des acides aminés phénylalanine ou tyrosine.[32]

Le transfert des mélanosomes du mélanocyte aux cellules de la peau est unique en biologie humaine, demandant que toute une organelle spécifique d’un type de cellule soit transférée à un type de cellule complètement différent. Comment celà ? Le mélanocyte va former de grands bras qu’il va étendre entre les cellules de la peau. A l’intérieur se développent des microtubules (si fins que la section d’un cheveu humain pourrait en contenir 3.000), qui agissent comme des rails pour véhiculer les mélanosomes. De microscopiques moteurs de protéine fabriqués pour les microtubules extirpent les mélanosomes vers l’extérieur. Sous la direction d’au moins deux autres gènes, et contrôlé par quatre protéines transporteuses, le mélanosome est placé dans une vésicule de transfert à l’extrémité du bras. Celle-ci s’adapte à un endroit spécialement invaginé sur la cellule de la peau dans lequel le mélanosome est alors injecté. Les cellules de la peau transportent alors les mélanosomes sur le côté de leurs noyaux exposé au soleil.

Chose intéressante, le nombre variable de mélanosomes tant dans les mélanocytes que dans les cellules de la peau, modifie dans une certaine mesure leur métabolisme et leur activité. C’est un moyen par lequel la réponse du corps à l’environnement peut être surveillée de façon centralisée au niveau cellulaire dans le tissu le plus exposé au stress externe. Les mélanosomes peuvent aussi manipuler les interactions de beaucoup de composés tels que les électrolytes et les neurotransmetteurs, et faire ainsi la régulation d’activité d’autres cellules dans leur environnement.

Concluons: Les évolutionnistes prétendent que parce que la terre est “ouverte” à l’énergie du soleil, la vie aurait pu commencer et croître en complexité sans Créateur. Cette idée est scientifiquement incorrecte. Comme le montre la peau humaine, l’énergie brutale du soleil doit être gérée par des systèmes biologiques complexes préexistants, sinon elle tue la vie.

Ce simple fait naturel pèse plus que toutes les spéculations évolutionnistes. En 2009, [aux États-Unis] environ 68.000 cas de mélanome seront diagnostiqués avec une estimation d’un million de cas nouveaux de cancers, pour la plupart guérissables, touchant les cellules basales[33] et de cellules squameuses de la peau – principalement chez les Américains de complexion plus claire. La mélanine constitue certes une mesure de protection naturelle, mais personne n’est à l’abri d’un cancer de la peau, quelle qu’en soit la couleur. Lorsque les gens s’exposent trop au soleil ou ne protègent pas leur peau, ou s’ils ont un défaut du processus de fabrication du pigment, l’énergie UV du soleil peut finalement détruire les mécanismes de protection et de réparation de la peau, avec des conséquences mortelles.

Le Verbe créateur a constitué le corps humain pour fonctionner comme un tout. Avec un génie inégalé Il a conçu un processus complexe – utilisant de nombreux systèmes différents – capable de générer la mélanine protectrice. Avec un pouvoir défiant la compréhension, Sa parole créa un ensemble autorégulé qui requiert environ cent gènes dirigeant des centaines de réactions enzymatiques – lesquelles ne sont pas disposés en séquences linéaires, mais dans un vaste réseau multidirectionnel – avec des étages de rétroaction et de contrôle se chevauchant, le tout agissant d’une manière orientée vers un même but. Quelle admirable manifestation d’intelligence et de sollicitude pour Ses créatures ! (Traduction Claude Eon)

Courrier des lecteurs

De Monsieur Y.R. (Alpes maritimes)

Dans le Dictionnaire de la Bêtise et des idées reçues de Guy Bechtel et J.-C. Carrière, on note à l’article “darwinisme” l’anecdote suivante :

En 1894, la flèche de l’église de Sainte-Marie, à

Shrewsbury[34], s’écroula, causant à l’église elle-même de graves dommages. À cette occasion, le recteur, M. Pointz, fit un sermon pour expliquer que cet accident devait être considéré comme un châtiment de Dieu. Les habitants de Shrewsbury s’apprêtaient en effet à élever un monument à Darwin, leur concitoyen. Avec le recul du temps, on ne peut que donner raison à M. Pointz !

_________________________________

De Monsieur J.-M. M. (Drôme)

Un chrétien rencontre un athée néo-darwinien (donc de la non stricte observance évolutionniste, puisque n’affirmant plus que l’homme descend du singe… comme le croyait bêtement Charles DARWIN):

  • (le chrétien): Alors, l’homme descendrait de quel ‘animal’ ?
  • (l’athée néo-darwinen): L’homme et son proche cousin le singe descendent tous les deux d’un ancêtre commun. – Fort bien, mais quelle allure avait donc cet ancêtre commun? Possédait-il deux pieds et deux mains, ou bien au contraire quatre mains?
  • (en aparté): Aïe! si je dois entrer dans les détails je suis perdu!

Tant qu’on en reste aux généralités, tout va bien, on peut s’embusquer dans les nuages comme disait si justement JeanHenri FABRE, mais dès que l’on revient au réel terre à terre, déboulent alors des tas de questions insolubles, y compris dans la ‘soupe primitive’! Si je réponds ‘deux pieds et deux mains’, il va relever que c’était donc un homme et il va me demander pourquoi le singe a ‘attrapé’ deux mains de plus au passage! Si je réponds ‘quatre mains’, c’est donc que cet ancêtre était un singe comme un autre… Et voilà que le problème n’aura pas avancé d’un pouce… – Alors, cette réponse, elle vient? Vous mettez les pouces, je vois!

  • (toujours en aparté): Aïe! aïe! me voilà fait comme un singe en cage! Il va bien falloir dire quelque chose. Mais je ne peux quand même pas soutenir que l’ancêtre du singe et de l’homme était manchot et cul-de-jatte, ça ne ferait pas sérieux! – Vous n’allez tout de même pas me dire qu’il était cul-dejatte et manchot!
  • (toujours en aparté):Aïe, aïe, aïe, je suis découvert! Faut que je me décide à répondre quelque chose de solide. Du genre: l’ancêtre commun avait trois mains et un pied, ou au contraire, trois pieds et une seule main ( la gauche? la droite? j’ai pas d’a priori…) À bien y réfléchir, cela fait un peu bancal… Et il ne faut pas que j’oublie que Dame Nature ne fait pas de saut ni de demi-saut ( bien qu’elle fasse des sots, et même des sots-et-demi, on le constate tous les jours!)…
  • Alors? on cale, hein!
  • Ah! ça y est! j’ai trouvé: l’ancêtre commun avait…

quatre pieds!

_________________________________

De Monsieur P.R. (Aveyron)

Le texte de J.M.M dans le n°48 m’a d’autant plus intéressé que je suis né en terre d’Islam (le Maroc) un an après l’arrivée de mes parents dans ce beau pays. J’y ai vécu quarante ans.

Une remarque préliminaire : ne peut-on pas considérer l’Islam comme une aggravation de l’arianisme qui niait la divinité du Christ (mais pas sa mort sur la croix, ce que les musulman, ne peuvent pas admettre ; par contre ils admettent l’ascension de Jésus à sa place auprès de Dieu)

Jean Paul II a toujours redouté l’amalgame fait par les nonchrétiens, entre “Occident” (actuel) et “Christianisme”. Il est plus que temps, pour les chrétiens d’Occident, de travailler à détruire cet amalgame que les fanatiques musulmans du Moyen Orient utilisent pour rejeter les chrétiens hors de leur terre ancestrale?

**********************************

Une date à retenir : le samedi 27 mars 2010

Journée du CEP à Paris :

Le vertige du pouvoir

Conférences de:

Claude Eon : La face occulte des théories scientifiques

Adrien Loubier : Du Concordat au Ralliement, la culture du compromis.

Claude Polin : La vraie nature du totalitarisme

et son hostilité à l’Église

Jean-Pierre Moreau : Le terrorisme pastoral

Renseignements auprès du Secrétariat ou sur le site du CEP

Dévoiement

Carl Christaki

Le pauvre Teilhard de Chardin Invité par les adversaires de Dieu, s’est trompé de jardin…

Et ce n’était pas nécessaire

Faux savant, poète, mondain

Pas forcément toujours sincère, Il a descendu les gradins

Montés par saint Thomas naguère

Son dada, l’ÉVOLUTION Ne fait pas état du péché

Que rien d’ailleurs n’eût empêché

Et par des révolutions Depuis le grand-père animal

Apparaît l’homme, pas si mal!

___________

Serait-ce le Christ en gestation?

*

* *

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  1. La vie et la correspondance de Charles Darwin, avec un chapitre autobiographique, publiés par son fils, M. Francis Darwin (1887), trad. fr. par Henry de Varigny, Paris, Reinwald, 1888, vol. I, p. 83.

  2. Darwin, De l’Origine des espèces (1859), trad. fr. G. Flammarion, Paris, 1992, p. 334.

  3. M. Caullery, Le problème de l’Évolution, Payot, 1931, Avant-propos.

  4. R. Lewontin, « Billions and Billions of Demons », The New Yorker, 9 janv.1997, p.31, souligné par nous.

  5. “Darwin made it possible to be an intellectually satisfied atheist”. Richard Dawkins, The blind watchmaker, Harlow, Longman, 1986, p. 6.

  6. Repris de Invention et Finalité en Biologie, Paris, Flammarion, 1941, pp. 160-166.

  7. Membre de l’Académie de Sciences, naturaliste reconnu, Lucien Cuénot (1866-1951) était évolutionniste. C’est donc sous la contrainte irrémissible des faits qu’il admet ici la finalité manifestée chez les êtres vivants.

  8. Ndlr. Du grec télos, fin, but, objectif. De là “a-télique”. Ici: qui n’a pas de finalité directe. Il est clair que c’est son évolutionnisme qui inspire à Cuénot l’idée que des organes résiduels peuvent avoir subsisté mais n’ont plus de finalité. En 1931, Alfred Wiedersheim avait établi une liste de 180 organes « vestigiaux » chez l’homme ! Le progrès des connaissances a permis de connaître la fonction ou les fonctions de tous ces organes.

  9. Terme évidemment impropre, dont on se sert faute de mieux.

  10. Pleige : Caution, garant.

  11. Cette partie, ainsi que la suivante, correspondent à une conférence donnée le 18 octobre 2009 à Paris lors d’un colloque sur La responsabilité de la « Super classe mondiale » dans la Crise économique mondiale, organisé par le Club de l’Horloge. Les chiffres placés entre crochets, renvoient aux références bibliographiques listées en fin de communication.

  12. Démographe, Président de l’AIRAMA, Alliance Internationale pour la Reconnaissance des Apports de Maurice Allais en Physique et en Economie, http://allais.maurice.free.fr/AIRAMA/Statuts.htm ème

  13. En pages 13 à 28 de son livre [1]

  14. George Soros, La vérité sur la Crise financière, Denoël, 29 août 2008.

  15. La masse monétaire M1 (monnaie en circulation, plus dépôts à vue) s’était accrue de 3,8 % et la masse monétaire M2 (MI plus dépôts à temps) de 10,8%. La monnaie de base B (monnaie manuelle + dépôts auprès du Federal

  16. Pour aider les chômeurs, il n’y avait alors que la charité privée.

  17. Consumer credit, mortgages, et corporate liabilities

  18. Considérées indûment par les États-Unis comme de simples dettes commerciales.

  19. Lors de la crise de 1837, le révérend Leonard Bacon déclarait dans son sermon du 21 mai : « A few months ago, the unparalleled prosperity of our country was the theme of universal gratulation. Such a development of

  20. Sur les crises du XIXème siècle, Clément Juglar écrivait déjà en 1860 : «Les crises commerciales sont le résultat d’altérations profondes dans le mouvement du crédit… Qu’est-ce que le crédit, le simple pouvoir d’acheter en échange d’une promesse de payer ? … La fonction d’une banque ou d’un banquier est d’acheter des dettes avec des promesses de payer… La pratique seule du crédit amène ainsi, par l’abus qu’on est porté à en faire, aux crises commerciales.

    Le crédit est le principal moteur, il donne l’impulsion; c’est lui qui, par la signature d’un simple effet de commerce, d’une lettre de change, donne une puissance d’achat qui paraît illimitée… Ce qui favorise le développement des affaires et la hausse des prix, c’est le crédit… Chaque échange d’un produit donne lieu à une nouvelle promesse de payer… » » (in Clément Juglar. Des Crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis (1862), 2ème édit., 1889).

  21. J’ai présenté une analyse synthétique des relations de cause à effet de la dynamique monétaire dans l’Introduction à la deuxième édition de mon ouvrage Économie et intérêt, pp. 115-174. (Éd. Clément Juglar, 62, av. de Suffren, Paris 15ème. Tél : 01.45.67.48.06). Pour une bibliographie étendue de mes analyses, voir pp. 116 et 117, 154 et 164-165.

  22. Ce n’est qu’à partir de la publication en 1911 de l’ouvrage fondamental d’Irving Fisher, The purchasing power of money, qu’il a été pleinement reconnu que le mécanisme du crédit aboutit à une création de monnaie.

  23. Comme les variations de la dépense globale dépendent à la fois de l’excès de la masse monétaire sur le volume global des encaisses désirées et des

  24. Copyright R.P. Jouvenroux et CEP, septembre 2009. Toute reproduction partielle ou totale interdite sans l’autorisation de l’auteur. Merci de citer la référence pour toute exploitation. Toute dérogation à cette demande sera considérée comme un vol intellectuel.

  25. Docteur ès Sciences.

  26. Consultable sur le site des Bibliothèques de l’Eglise de Pologne, par un lien sur son article dans Wikipédia.

  27. Extrait des Merveilles de l’œil, Paris, Bloud et Cie, 1911, pp. 35-46.

  28. Nicati, Physiologie oculaire, in-8°, 1909.

  29. Druault, in Traité d’anatomie de Poirier, t. V, fasc.II. Masson, éditeur, 1906.

  30. Lagrange, loc.cit., p.38.

  31. Repris de Acts & Facts, Août 2009, I.C.R.

  32. La phénylalanine est convertie en tyrosine par une enzyme, la phénylalanine hydroxylase; la tyrosine est alors transformée en mélanine par la tyrosinase. Une des anomalies de fonctionnement de ces gènes est à l’origine de l’albinisme. (NdT).

  33. Les cellules basales sont situées à la base d’un tissu épithélial, tel que l’épiderme. (NdT)

  34. Ndlr. C’est à Shrewsbury que naquit Darwin, le 12 février 1809. Si l’on compare cette statue érigée par des villageois qui avaient du moins quelque raison objective d’évoquer leur concitoyen, avec les innombrables célébrations de notre année 2009 à la louange d’un homme dont l’œuvre a porté tant de fruits délétères pourtant bien visibles désormais, que ne sommes-nous pas en droit de craindre dans un proche avenir?


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