Revue du Cep numéro 78

Sommaire de la revue du CEP N° 78 1er Trimestre 2017

Table des matières

Existe-t-il des lois de l’Histoire ? Dominique Tassot 2

SCIENCE ET TECHNIQUE 10

La cosmologie moderne : une déviation intellectuelle majeure (1ère partie) Francis Sanchez 10

NOS MEMBRES PUBLIENT 24

De la Noosphère à l’Apostasie, par Sancho PANÇA 24

La science, en marge des sociétés musulmanes Nadji Safir 25

HISTOIRE « Si l’homme est libre de choisir ses idées, 29

L’Église catholique dans l’Amérique coloniale : que personne ne vienne parler de liberté ! Marian T. Horvat, Ph.D. 29

SOCIÉTÉ 45

Le monde latin Maciej Giertych 45

La Taqiya Annie Laurent 57

REGARD SUR LA CRÉATION 72

Ces « arbres qui se déplacent » : des « hommes arbres » au « palmier qui marche ». Claude Timmerman 72

Notre Commencement…?, par Rémi PLUS 91

POEME 95

Le Butin (secret de l’économie) Michel Vienne 95

Existe-t-il des lois de l’Histoire ?

Dominique Tassot

Résumé : Le déroulement de l’Histoire nous paraît, même avec le recul du temps, souvent chaotique, comme livré à l’arbitraire de quelques grandes batailles décisives. Cependant, à l’échelle des civilisations, les travaux de l’historien polonais Feliks Koneczny (1862-1949) ont amplement montré que quelque six lois sous-tendaient cette apparente anarchie. J’en retiendrai quatre. Tout d’abord, la loi de « commensurabilité » : toutes les cinq dimensions dans lesquelles se réalise l’existence humaine (vérité, bonté, beauté, santé et prospérité) sont mises en œuvre d’une manière propre à chaque civilisation, qui assure leur cohérence et leur harmonie, vecteurs d’efficacité. Il peut en résulter un progrès social, ce qui requiert l’inégalité : la possibilité que des hommes exemplaires soient imités. Une civilisation tend aussi à exporter ses idéaux (principe d’expansion), mais la compénétration de deux civilisations n’aboutit nulle part à une synthèse supérieure (il n’y aurait plus alors commensurabilité), mais à un mélange, donc à une moindre efficience, de par les tensions induites entre des orientations contraires (centralisme et subsidiarité, par exemple). La prise en compte de telles lois nous permet de décrypter l’Histoire et aussi d’orienter les efforts pour redresser nos sociétés et les perfectionner.

Nous croyons savoir que « l’Histoire ne repasse pas les plats », et cependant « rien de nouveau sous le soleil ». Entre ces deux affirmations contraires, comment se décider ? Comment savoir si « les leçons de l’histoire » sont plus que des exemples individuels et ont assez de valeur prédictive pour inspirer nos choix de société et nos vues politiques ? Certes, il est parfois question de « sciences historiques », mais il s’agit souvent des disciplines annexes auxquelles recourt l’historien, comme la paléographie, l’épigraphie ou l’archéologie. Quant à l’Histoire proprement dite, comment la qualifier de « science » devant ce fatras de faits incohérents, souvent incompris des contemporains eux-mêmes et qui s’enchaînent au hasard des décisions arbitraires, relevant plus souvent de la passion que de la raison !

Or des « lois » de l’Histoire – s’il en existe ! – nous permettraient d’anticiper et guideraient nos actions, les mêmes causes produisant les mêmes effets.

À vrai dire, peu d’esprits ont osé affronter une recherche aussi considérable. Elle demande en effet de vastes connaissances historiques à un moment où la prétention à la scientificité valorise plutôt les travaux spécialisés, permettant plus facilement de cerner son sujet. Certains esprits s’étaient cependant attelés à la tâche, ainsi Vico, Joseph de Maistre ou Guizot puis, plus récemment, Spengler, Toynbee et Huntington. Mais leurs œuvres, si utiles qu’elles puissent être à certains égards, restent bien en deçà de l’objectif. Il nous faut donc saluer avec reconnaissance les récentes traductions que Maciej Giertych a données de l’œuvre de l’historien polonais Feliks Koneczny, et en particulier de son dernier ouvrage intitulé Les Lois de l’Histoire. Écrit de 1942 à 1944, en pleine guerre, sur le revers d’enveloppes postales (seul papier alors disponible), ce livre[1] mettait un point final à une œuvre considérable dont cinq titres sont désormais disponibles en langue anglaise[2].

Une des raisons justifiant notre perplexité à l’idée de « lois » de l’Histoire est peut-être le choix inapproprié de l’échelle d’observation. Qui voudrait établir une science du seul grain de blé, par exemple, n’y parviendra pas. Il faut considérer la plante entière, avec ses racines, sa tige et ses fruits pour décrire avec justesse le devenir du blé, dont le grain n’est qu’un moment. C’est donc un service inestimable, rendu par l’historien polonais, d’avoir démontré qu’il existe bel et bien des lois générales de l’Histoire, mais à l’échelle des civilisations. Le nez de Cléopâtre peut bien expliquer une bataille ponctuelle, mais la scission de l’Empire romain découlait nécessairement de la confrontation entre la civilisation gréco-romaine et celles de l’Asie. Selon Koneczny il ne fait aucun doute que l’Empire d’Alexandre aurait éclaté même si son fondateur était mort grisonnant (LH p. 479-481) : déjà de son vivant des révoltes survinrent, suite à l’introduction de traits orientaux dans son gouvernement (la déification de l’empereur, par exemple, inspirée de l’Égypte, ou les mariages mixtes imposés à ses soldats à l’encontre du personnalisme de la société grecque).

César voulut faire d’Alexandrie sa capitale et y fonder une dynastie avec son fils Césarion. Mais Cléopâtre dut attendre deux ans à Rome, dans l’espoir que le sénat accepterait de régulariser son union : en vain ! Malgré sa puissance, alors à son sommet, César ne sut introduire une brèche dans la loi romaine, et l’illégitime Césarion ne put hériter de son père, tout comme, pour Alexandre, les fils de Roxane n’avaient pu se faire accepter (LH, p. 515).

Il existe donc, dans toute association humaine, des règles à ce point fondamentales que leur transformation est perçue comme une menace existentielle.

Cela ne signifie pas que les règles sociales restent intangibles au cours des siècles. Avec le temps et les circonstances, des changements interviennent ; ainsi l’introduction du divorce avec la loi proposée par Alfred Naquet en 1884 ou, tout récemment, le « mariage pour tous ». Mais ces règles régissant la vie privée (le ternaire : propriété, mariage, héritage) sont les premières à considérer s’il s’agit de décrire et de qualifier une civilisation, c’est-à-dire « le plus large groupement au sein de l’humanité qui ait une signification historique. [Une civilisation] se définit comme une manière d’organiser la vie commune, elle consiste en une idée éthique sur la façon dont la vie privée et la vie publique doivent être menées » (LH, p. 859).

Feliks Koneczny a catégorisé 20 civilisations dont 9 survivent à ce jour. Chacune constitue une manière particulière de réaliser les 5 catégories irréductibles dans lesquelles s’inscrit l’existence humaine : vérité, bonté, beauté, santé et prospérité. Ces deux dernières, bien que matérielles, influent directement sur les autres, et réciproquement. Toutes sont importantes et irremplaçables. Ainsi Staline put-il s’emparer du Parti bolchevique parce que Trotsky, l’héritier désigné par Lénine, était tombé malade au moment critique. Les réalisations dans l’ordre du vrai et du bien supposent des moyens matériels, donc un minimum de prospérité. Selon le mot de Wociej Górski, directeur d’un lycée réputé de Varsovie : « L’homme complet doit avoir trois choses en ordre : son cœur, son esprit et sa poche. Il faut que la poche (la bourse) soit en ordre pour qu’il puisse réaliser ce que son cœur et son esprit lui dictent » (LH, p. 409).

Selon F. Koneczny, les lois de l’Histoire sont au nombre de six. Comme sa pensée est aussi originale que profonde, cet historien a dû inventer des concepts nouveaux, intraduisibles par les mots existants déjà. Ainsi la « commensurabilité », première loi de l’Histoire. L’idée est que les différents traits qui caractérisent une civilisation n’y entraînent pas contradiction interne (LH, p. 323) ; ils sont cohérents entre eux. Ainsi la civilisation dite « byzantine »[3] ne connaît qu’une seule loi (monisme légal) : la raison d’État s’impose aux comportements privés, tandis que la civilisation dite « latine » – forgée par l’Église romaine suite à la conversion des barbares – admet le principe de subsidiarité : des sous-sociétés spécifiques peuvent s’y régir selon des règles propres (droit ecclésiastique, lois des guildes par métier, coutumes locales) et l’État devra les respecter (dualisme légal). Ainsi la loi Le Chapelier, supprimant les corporations, introduisit-elle un élément « byzantin » dans notre culture. Ce trait aurait pu être « commensurable » avec le Droit ayant cours, mais, en l’occurrence, il ne le fut pas et introduisit, de ce fait, une incohérence dans nos sociétés, dont les conséquences se feront visibles plus tard. Citons-en deux, bien connues : la paupérisation de la classe ouvrière au XIXe siècle, le patronat ayant été déchargé de ses responsabilités sociales ; et le syndicalisme revendicatif au XXe siècle, dont les « actions », en réduisant la production des biens ou des services, a souvent pour effet de diminuer le surplus distribuable, donc le niveau de vie de ceux qui n’ont de revenu que par leur salaire[4].

La deuxième loi est celle de l’inégalité (de talents, de santé, de fortune, de formation, etc.). Le travail est pour les uns une bénédiction, pour les autres une malédiction. Les sociétés dites « primitives » imposent souvent à tous le même habitat, le même mode vie et répriment celui qui veut se distinguer des autres.

Dans la civilisation latine, en revanche, la famille nucléaire est autorisée à posséder et à transmettre, ce qui encourage le développement personnel et aussi la prospérité. Ainsi certains individus peuvent-ils s’élever et devenir autant d’exemples stimulants pour les autres. Cela fut rendu possible parce qu’on y distingue l’égalité et la justice : notions abstraites de grande importance. Selon Koneczny, l’Histoire est gouvernée par des abstractions dont les trois sources, à ses yeux, sont la poésie, la religion et la science.

Le principe d’expansion est la troisième loi de l’Histoire. Une civilisation tend à exporter ses idéaux. Dans la société latine, personnaliste, le consentement des époux est nécessaire à la validité du mariage. On voit aujourd’hui, sous l’influence de l’Occident, comment les mariages arrangés régressent dans les sociétés asiatiques ou africaines où ils constituaient la norme. Il y a peu, un jeune couple chinois s’est jeté d’un pont car les familles refusaient leur mariage. Il y a un siècle, ils se seraient résignés ou, plutôt, l’idée de se choisir ne leur serait même pas venue à l’esprit.

Une quatrième loi de l’Histoire, à laquelle nous nous arrêterons, est l’impossible synthèse entre des civilisations différentes. C’est là, au fond, un corollaire de la loi de commensurabilité. Si tous les traits caractérisant deux sociétés sont « commensurables », c’est que ces deux sociétés, si différentes fussent-elles de prime abord, ne sont que deux cultures au sein de la même civilisation. Il existe, par exemple, dans la civilisation latine, une culture italienne, une culture française et une culture anglo-saxonne, etc. Les différences visibles peuvent être considérables concernant l’habitat, le manger, les règles de politesse, la poésie ou les ambitions. Mais ces différences n’impliquent pas contradiction et ne font pas obstacle aux mariages mixtes, d’autant que l’unité dans la diversité est un des traits caractéristiques de la civilisation dite (par Koneczny) latine, tandis que la civilisation byzantine fait l’unité par l’uniformité[5].

Toutefois, à défaut de synthèse harmonieuse, productive car diversifiant sans introduire d’incohérence, des mélanges peuvent apparaître. La force militaire de la Rome antique était fondée sur le service armé. En cas de guerre, tout Romain pouvait être appelé à quitter son champ et à combattre. Inversement, le légionnaire libéré recevait souvent un lopin de terre qu’il pourrait défricher et gérer à sa guise. L’État n’avait pas de dettes, car il ne gouvernait pas par l’argent. Avec le transfert de la capitale à Byzance, les empereurs, n’ayant plus la ressource humaine à leur portée, se mirent à payer des mercenaires ; il fallut lever l’impôt et l’Empire mit le doigt dans l’engrenage qui devait le détruire : la richesse s’accumulant dans la capitale, il devint difficile de prospérer dans les provinces d’Asie. On ne pouvait faire fortune qu’en captant les commandes de la Cour, comme aujourd’hui en France les bonnes relations avec le gouvernement sont parfois plus décisives pour les marchés d’une entreprise que la qualité de ses produits. Une des conséquences létales fut l’introduction du servage (qui était inconnu à Rome) : considérant que la richesse d’un domaine était fonction du nombre de ceux qui le mettaient en valeur, l’impôt fut calculé sur un critère démographique. Et de peur que la base taxable ne s’évanouît, le paysan fut assigné à demeure. Étant ajouté à cela le rêve d’un Empire universel, partout tenu selon les mêmes règles, et le servage s’étendit à l’Occident ! Certes le serf pouvait encore posséder quelques biens, les transmettre, se marier, mais il s’agissait d’une régression dont Rome ne s’est jamais relevée. Le serf n’était plus un homme libre, cet homme libre autrefois respecté car il pouvait être appelé à verser son sang pour la défense de la patrie. Or, « lorsque l’État ne respecte pas la société (civile), celle-ci cesse de le considérer comme sien » (LH, p. 18). Dès lors la cohésion sociale s’affaiblit avec la perte du sens du bien commun.

Il fallut la séparation d’avec Byzance pour que l’Occident inventât sa propre organisation sociale (avec la féodalité, qui pouvait fonctionner sans administration centrale) et se lançât dans une prodigieuse suite d’inventions technologiques majeures[6] jusqu’à faire disparaître, peu à peu, un servage qui était une pratique antipersonnaliste profondément contraire à sa civilisation.

Le servage est ainsi un très bon exemple de mélange entre civilisations. Même après 5 ou 6 siècles, il ne se produisit aucune synthèse entre Rome et Byzance, et le trait étranger à la civilisation latine finit par se dissoudre. Certes, la prédication de l’Église, qui ne faisait pas de différence entre les personnes dans ses rites, a pu jouer en ce sens (comme vis-à-vis de l’esclavage[7] : l’exigence éthique finit par pénétrer le Droit), mais il y avait surtout incommensurabilité. On en revit un exemple récent avec le Goulag. Trotsky avait déclaré que l’improductivité du travail forcé n’était qu’un préjugé bourgeois ; il se félicitait de voir les ennemis de la révolution travailler au triomphe du parti. Mais 70 ans plus tard, il fallut déchanter et mettre fin à l’expérience : les fait sont têtus et les lois de l’Histoire ne cessent pas d’agir, même si on les méconnaît.

S’il a fini par disparaître, ce trait incommensurable que constitue le servage aura freiné le développement en Occident, comme le fait aujourd’hui à sa manière l’introduction de la polygamie[8]. « Il n’est pas possible d’être civilisé de deux manières différentes. Telle est la plus importante et la plus significative des lois de l’Histoire » (LH, p. 367).

Sans « commensurabilité », un mélange ne conduit pas à une synthèse supérieure mais à une a-civilisation. Nous l’avons bien vu durant cette période où coexistèrent, dans les limites de l’Empire, une population sédentaire, régie par le droit et l’administration hérités de Rome, et une population barbare utilisant la force brutale pour exiger sa part sans contribuer à la formation des richesses. Il est rassurant de constater, dit Koneczny, que les civilisations ne meurent pas inéluctablement, à l’instar d’un organisme vivant condamné à croître, à culminer puis à s’éteindre : les civilisations chinoises et juives ne semblent pas devoir disparaître malgré leur grande ancienneté ; elles s’attachent à conserver leurs traits constitutifs.

Mais, surtout, Koneczny a pu montrer qu’une civilisation progresse grâce à l’influence croissante des idéaux éthiques. Ainsi le Droit occidental s’est-il peu à peu laissé influencer par la morale évangélique.

L’abbé Alphonse Gratry notait en 1868 : « Tout l’évangile est un code en vue du progrès[9] » Effectivement, suite à l’évangélisation, il en est résulté en chrétienté un art de vivre que beaucoup ont envié. Et si les guerres n’ont pu être évitées, il y eut du moins une manière civilisée de les conduire, ce dont témoignent encore des institutions telles que la Croix-Rouge et les Conventions de Genève. Mais « quand il n’y a plus de mœurs, on fait des lois ». L’inflation législative (et réglementaire) actuelle donne donc à mesurer un recul de nos civilisations, ce dont tous ne semblent pas encore conscients.

En guise de conclusion, nous céderons la plume au préfacier du livre de l’historien polonais, le propre frère du traducteur, le P. Wociej Giertych[10] : « Si quelqu’un aujourd’hui peut être dit “ romantique ”, le mot doit être appliqué aux idéologies contemporaines qui s’imaginent que simplement par la globalisation, la centralisation du pouvoir, les migrations, le commerce, les transferts de capitaux, la promotion d’amusements superficiels, les thèses hédonistes ou même l’occupation militaire, des démocraties florissantes et paisibles vont apparaître partout. Koneczny, réaliste, prédit que le mélange de principes éthiques contradictoires issus de différentes civilisations – ce qui mène inévitablement à l’abaissement général des règles morales – nous conduira à la diminution et à l’atrophie de la responsabilité personnelle envers sa propre vie et celle des autres » (LH, p. 33). Et Koneczny aurait ajouté : « L’histoire est notre maître. Elle n’exclut pas la nouveauté, mais elle demande que le futur soit commensurable au passé, soit son perfectionnement et non sa négation » (LH, p. 299).

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SCIENCE ET TECHNIQUE

« Les rationalistes fuient le mystère

pour se précipiter dans l’incohérence. »

(Bossuet)

 

La cosmologie moderne : une déviation intellectuelle majeure (1ère partie)[11]

Francis Sanchez[12]

Présentation : Parmi les petits côtés qui perturbent la recherche scientifique, la course aux publications à tout prix est bien connue. Or elle favorise les applications faciles au détriment de recherches plus fondamentales, celles des véritables trouvailles. Paradoxalement pour de la recherche, on note une résistance aux idées nouvelles, favorisée par les positions dominantes de certains et le copiage couramment pratiqué depuis plus d’un siècle. Dans ce contexte, nous ne serons pas surpris que le fameux rayonnement à 3°K, présenté depuis 1965 comme « la » preuve du Big Bang, soit en fait une réfutation de la théorie. Les chercheurs travaillant sur l’hypothèse du Big Bang avaient prédit une température de 30° K, tandis qu’entre 1941 et 1955 plusieurs valeurs bien plus proches (entre 2,3 et 7° K) avaient été proposées. La découverte de Penzias et Wilson aurait donc dû être retenue comme confirmant l’ « Univers permanent » de Hoyle et récusant ce fameux Big Bang. Nous pouvons voir, avec cet exemple, sur quelles bases fragiles repose une cosmologie officielle, qui régit cependant les salles de presse et l’imaginaire de nos contemporains.

Section 1. L’inversion de la pyramide des compétences conduit à « l’intégrisme scientifique »[13].

Les scientifiques travaillent souvent comme des moutons. Dès qu’une idée sensationnelle est lancée par un organisme prestigieux, ou consacrée par un prix Nobel, elle fait immédiatement la une des quotidiens (ça commence généralement aux États-Unis). Alors, c’est la ruée, l’effet de mode.

Mais si, par malheur, une erreur de base s’est glissée dès le départ, il devient impossible de la corriger par la suite : c’est la course folle vers l’abîme. Cela provient du mode de fonctionnement des laboratoires : un appel permanent aux crédits. Il faut donc motiver les décideurs par du sensationnel immédiat, avec un nombre de publications toujours croissant. Car la carrière d’un chercheur dépend principalement du nombre de ses publications, ce qui provoque évidemment une inversion de la pyramide des compétences, puisque les trouveurs s’intéressent aux problèmes fondamentaux, tandis que les chercheurs ordinaires traitent de développements secondaires (voir mon site), publiant beaucoup mais ne découvrant rien. Comme disait Peter Ustinov : « Si le monde explose, la dernière voix audible sera celle d’un expert, disant que la chose est impossible. »

Une fois que leur carrière est lancée, certains arrivistes prennent le pouvoir et bloquent toute initiative dérangeante, en particulier par la pratique de l’expertise scientifique anonyme[14], qui permet la collusion générale d’une « communauté d’experts » auto-proclamée et la censure de toute déviation, y compris toute observation « hérétique » (voir le témoignage d’Halton Arp dans mon site). Ainsi les chercheurs censurent-ils les trouveurs. Maurice Allais a déclaré en ce sens : « Cette résistance aux idées nouvelles, d’autant plus virulente qu’elle est plus ignorante et incompétente, dérive d’un postulat toujours sous-jacent : toute théorie, tout modèle, toute expérience, toute étude, qui s’écarte des vérités établies ou les contredit, ne peut être qu’erronée. » Et quand l’Académie des Sciences refusa un article d’Allais, celui-ci menaça d’instruire un procès retentissant, si bien que l’Académie s’exécuta, prouvant par là qu’elle savait pertinemment que sa pratique de l’expertise anonyme serait intenable étalée en public. Le président de l’Académie déclara d’ailleurs : « Publions et n’en parlons plus ! » Ce en quoi il se trompait lourdement, car depuis la publication de mon article, dans un hebdomadaire[15], certains académiciens semblent revoir leur mode de fonctionnement, notamment Vincent Courtillot, connu par ailleurs pour être, à juste titre, climato-sceptique.

En France, l’inversion des compétences est amplifiée par le fait que les normaliens, sélectionnés pour leur aptitude à gérer une Pensée unique, ont été placés en tête de la Recherche. Une conséquence lourde est que l’on utilise toujours des constantes arbitraires, présentées comme constantes universelles, comme la constante de Boltzmann ou les ridicules perméabilités et permittivité du vide, ce qui nuit grandement à l’enseignement de la physique : comment s’étonner de voir le nombre de ses étudiants décroître ?

Avec le copinage, le copiage devient la règle. Comme le signale Vladimir Arnold : « De même que l’Amérique ne porte pas le nom de Colomb, les résultats mathématiques ne portent presque jamais le nom de ceux qui les ont découverts… C’est arrivé systématiquement à mes maîtres (Kolmogorov, Petrovski, Pontriaguine, Rohlin) comme à mes élèves. Le professeur Michael Berry a formulé les deux principes suivants. Principe d’Arnold : si une notion porte un nom propre, ce n’est pas celui de son créateur ; principe de Berry : le principe d’Arnold s’applique à lui-même. »

L’exemple le plus marquant est celui d’Einstein, copieur de Gibbs et Nernst en thermodynamique, de Poincaré en relativité restreinte et de Hilbert en relativité générale. C’est pourquoi il n’y eut aucun prix Nobel pour les travaux sur les relativités (voir l’ouvrage de Jules LEVEUGLE[16]). Même la relation E = mc² est due à Poincaré, comme Einstein a été obligé de le reconnaître dans un article de 1906, après que Planck lui eut fait remarquer que son célèbre article de 1905 démontrait 0 = 0 (Herbert IVES, Derivation of the Mass-Energy Relation, JOSA, 42, 8, 540-3, et aussi Christian BIZOUARD, E = mc², l’équation de Poincaré, Einstein et Planck, mis en ligne par l’Observatoire de Paris).

Un entretien, paru dans Le Monde du 14 mai 2012[17], d’un des auteurs de l’ouvrage Un autre Cosmos ? , qui s’interroge pertinemment sur la sous-détermination des hypothèses cosmologiques – ce qui signifie qu’on est obligé de rajouter des « épicycles » –, se termine par la question suivante :

Pierre Barthélemy. Dans ce livre, vous « remerciez » les astrophysiciens et les cosmologistes qui vous ont traités par le mépris…

En caricaturant, on a l’impression qu’il faut accepter le modèle dominant pour avoir le droit de faire de la cosmologie et d’entrer dans la caste. Qu’est-ce que cela nous dit sur le fonctionnement de la recherche ?

Jean-Marc Bonnet-Bidaud : Cela nous dit quelque chose de pas très amusant. Il y a de nombreux cas dans l’histoire qui montrent que, quand on s’accroche à une description, quand les pensées se figent et deviennent très peu perméables aux critiques, la science perd dix, vingt ans, voire des siècles. J’aimerais bien que la science bouge, que les débats s’instaurent, que les connaissances progressent, mais j’ai le sentiment personnel que cet aspect frigorifié ralentit l’avancée de la recherche. C’est peut-être lié à son économie : pour proposer un projet, il faut pratiquement que vous soyiez sûr du résultat que vous allez trouver. Or ce n’est pas la démarche naturelle de la science : on devrait explorer et faire autant d’expériences pour invalider les concepts que pour les valider. Dans ce livre, nous voulions souligner à quel point notre conception de l’Univers est fragile. Le modèle du Big Bang nous sert de colonne vertébrale et je n’ai rien contre. Cette façon de penser l’Univers dans sa globalité et son évolution était un bon excitateur de neurones au départ. Mais cela fait sans doute vingt ou trente ans qu’on aurait dû s’apercevoir qu’on est sur une forme de fausse piste. Quand cela ne marche pas, il faut regarder ailleurs, mais trop peu d’efforts sont faits dans cette direction. On ne veut pas trop aller dans l’inconnu et il faudra sans doute des découvertes fortuites très fortes pour faire basculer les choses. Je serais un jeune chercheur, je serais moyennement enthousiaste à l’idée de me lancer dans la cosmologie puisqu’on nous dit que tout est trouvé. Cela me fait penser à lord Kelvin qui prétendait, à la fin du XIXe siècle, qu’il n’y avait plus rien à découvrir en physique et qu’on allait seulement raffiner des décimales. C’était juste quelques années avant l’arrivée de la relativité et de la mécanique quantique.

Section 2. Le fond thermique, qui réfute le Bang, présenté à tort comme sa confirmation.

C’est la découverte du fond de rayonnement micro-onde qui a précipité un glissement paradigmatique conduisant la cosmologie au blocage actuel (2017) : l’enfermement dans une série infernale d’épicycles (principe anthropique, inflation, dissymétrie matière-antimatière, masse noire, énergie sombre, Multivers).

Une redite de l’affaire Copernic. Une nouvelle illustration du fait que la principale leçon de l’Histoire est que les peuples ne retiennent pas les leçons de l’Histoire. Comment en est-on arrivé là ?

Tout commence en 1965 : une équipe de Princeton, dirigée par Robert Dicke, avait entrepris depuis peu de rechercher une trace thermique du Big Bang, avec une température estimée à 30 degrés Kelvin par le jeune physicien de l’équipe, Jim Peebles.

En parallèle, Arno Penzias et Robert Wilson, deux ingénieurs de la prestigieuse entreprise Bell, travaillant à la fréquence de 4 GHz, détectaient un signal radio bizarre, provenant de toutes les régions de l’espace avec la même intensité, constante depuis plusieurs mois.

Apprenant ce fait, Dicke en déduisit immédiatement, sans chercher plus loin, que c’était la trace refroidie du Big Bang, ce modèle de l’atome primitif proposé par Georges Lemaître, qu’on avait oublié depuis 35 ans, mais que Dicke avait invoqué pour justifier la corrélation des grands nombres de Dirac-Eddington. Il avait ainsi acquis une certaine notoriété, totalement imméritée d’ailleurs puisque la véritable explication réfutait précisément le Big Bang (voir Section suivante). Le premier épicycle était donc cette solution boiteuse, qui sera reliée au « principe anthropique » par Brandon Carter quelques années plus tard.

Pourtant la « température d’antenne » à la longueur d’onde utilisée (7,3 cm) et le niveau de rayonnement correspondaient à 3,5° K, température très différente de celle prévue par Peebles (30° K). Comme le rayonnement thermique d’un corps (Cf. note 1) est fonction de la puissance 4 de sa température, cela correspond ici à un écart de l’ordre de 5 000, donc Dicke ne pouvait prétendre à aucune prédiction sérieuse concernant la température du fond. Même avec l’estimation minimale de Gamow (5° K), que Dicke s’est bien gardé de mentionner, l’écart de 20 correspondant était encore beaucoup trop grand.

Or ce n’était nullement la première observation du fond thermo-cosmique. En 1941, Mac Kellar (Pub. Dom. Astrophys. Observatory, Victoria, B.C., 7, 251) avait mesuré, d’après les populations des niveaux vibrationnels de la molécule CN, une température de 2,3° Kelvin, suffisamment proche des 3,5° Kelvin de Penzias et Wilson pour que cela devînt significatif, mais cette observation avait été « oubliée », suite aux événements dramatiques de cette époque.

Pourtant, la présence d’un fond isotrope de rayonnement avait été confirmée, entre les années 1955-57, par deux observateurs, l’un français, Émile Le Roux (au radiotélescope de Nançay) et l’autre russe, Tigran Smaonov, mais l’évaluation de la température était par trop imprécise (entre 1 et 7° K). Dicke n’en parla pas, et le comité Nobel, qui attribua le prix de Physique aux deux ingénieurs de la Bell en 1978, n’a pas procédé – semble-t-il – à une étude historique suffisante. D’ailleurs, l’un des deux ingénieurs, Wilson, était partisan de l’Univers permanent ; c’était un élève du célèbre Fred Hoyle qui, pour se moquer du concept de début tonitruant de l’Univers, avait, dans une émission radio (à la BBC), inventé le terme de Big Bang, qu’il voulait ridicule, mais qui fit florès. Car Hoyle soutenait la « Cosmologie permanente » (steady-state model), où l’Univers ne connaît ni début ni fin, et dans lequel la fuite des galaxies est compensée par l’apparition continue de nouvelle matière. Cela revient en somme à remplacer une « création », surgie brutalement lors d’un Bang, par une « création » continue, d’ailleurs trop faible pour pouvoir être mesurée : environ 1 atome par siècle dans le volume d’une cathédrale. Autrement dit, remonter le cours du temps de la récession galactique ne signifie pas nécessairement une augmentation de température et de densité. Cette idée de vouloir établir la permanence de l’Univers, malgré la récession galactique, était venue à Thomas Gold, après avoir visionné un film étrange Dead of the night, où la fin est identique au début. Le soir même, il en aurait discuté avec Herman Bondi et Fred Hoyle, mais ce dernier en fit une publication séparée de celle des deux autres cosmologistes.

Alors même que la population d’Hélium était au cœur des considérations nucléaires de Peebles, celui-ci n’a pas constaté que la population d’Hélium était directement reliée à la température de 3° K, calcul qui avait été fait en 1955 par les trois concepteurs susnommés de la « Cosmologie permanente », mais qui ne fut pas publié à l’époque, car il semblait qu’il y manquait un élément capable de thermaliser le rayonnement stellaire ; il aurait suffi, en fait, d’interpréter le rayonnement de fond comme l’émanation d’un Grand cosmos…

Voilà ce qu’écrit, avec regret, Hoyle dans l’ouvrage A Different Approach to Cosmology, p. 83 : « Si l’on avait procédé avec méthode en 1955, il est facile de comprendre que, lorsque fut détecté le fond cosmique de micro-ondes à 3° K environ, la valeur proposée en 1955 aurait été jugée plus exacte que l’estimation “au-dessus de 5° K ” faite par Gamow, Alpher et Herman en 1948… et si Bondi, Hoyle et Gold avaient eu la présence d’esprit de se souvenir de la valeur de 2,3° K mesurée par McKellar, grâce à l’excitation thermique de la molécule CN, il est vraisemblable que la théorie du Big Bang n’aurait pas du tout été mise en avant. »

On ne peut être plus clair : la cosmologie officielle du Bang ne résulte que d’un montage médiatique.

Le 21 mai 1965, des millions d’Américains médusés lirent à la « une » du New York Times : « Des signaux confirment que l’Univers est né d’un Big Bang », nouvelle qui fit le tour du monde, interdisant tout retour en arrière, sous peine de ridicule.

Mais Hoyle était-il en droit de porter de telles accusations ? Sa compétence en matière nucléaire était-elle comparable à celle d’un Gamow ou d’un autre soutien du modèle Bang, le médiatique Robert Oppenheimer, spécialiste des réactions nucléaires (n’oublions pas le célèbre programme « Manhattan »…) ? Il n’y a pas photo : c’est Hoyle lui-même qui avait montré aux physiciens nucléaires, travaillant à la nucléosynthèse par addition de neutrons, comment franchir la barre des noyaux atomiques à 5 et 8 nucléons, en prédisant une coïncidence entre certains niveaux d’énergie de nucléons différents. Ce qui s’avéra exact, à la stupéfaction générale, car aucune théorie n’est, aujourd’hui encore, capable de démêler cette affaire ! Cette anecdote est tellement marquante et célèbre qu’elle a été souvent reprise par les tenants du principe anthropique pour illustrer ce fameux « réglage fin » qui relie les constantes mystérieuses de la physique, en oubliant bien sûr de préciser que ce même Hoyle avait aussi réfuté l’origine « banguiste » du rayonnement de fond. Mais que peut faire un simple découvreur contre la puissance de la Presse internationale ?

Trois missions satellites furent dédiées à ce fond de rayonnement, entre 1990 et 2009 : COBE, WMAP, et PLANCK. Les résultats furent décisifs : la distribution spectrale fut la meilleure représentation de la courbe théorique de l’équilibre thermique (voir note 1) qu’on eût jamais obtenue, même dans les laboratoires métrologiques les plus pointus. Cela confirmait magnifiquement la principale cosmologie concurrente du Big Bang, la « Cosmologie permanente », car le rayonnement thermique est caractéristique d’un équilibre (alors que l’hypothèse d’une explosion Bang ne peut en répondre ; voir ci-dessous le grossier amendement du Bang : l’inflation). Il fallait aussi en induire que la cosmologie est la plus simple des Sciences, annonçant la primauté de l’holisme par rapport au réductionnisme.

Du coup, tout s’unifie, et le principe d’immergence devait devenir la règle générale, remplaçant avantageusement les classiques et inexplicables « émergences ». La Biologie s’intègre alors dans la Cosmologie, remplaçant un darwinisme par ailleurs réfuté (cf. note 2), ce qui est confirmé par une relation très simple entre la température des mammifères et la température de fond, laquelle est directement reliée aux températures des points critiques de l’Hydrogène, de l’Oxygène et de l’Eau. (Sanchez 2006).

En particulier, j’ai montré que le rayon R de l’Univers observable (défini comme le rayon de fuite des galaxies) a la même expression que le rayon de Bohr, simplement en opérant une symétrie gravitation-électricité, cette jonction que la physique théorique est incapable de faire, ce qui relie la corrélation des grands nombres à la série de Catalan-Mersenne, déjà connue des Égyptiens, ce qui relie le nombre électrique 137 = 3 + 7 + 127 et le nombre gravitationnel 2127 (cf. note 3).

Mais comme rien n’est plus éloigné d’un équilibre thermique qu’une explosion, on s’aperçut enfin que le scénario Bang ne pouvait pas expliquer l’équilibre thermique (ni même la simple isotropie), si bien qu’on introduisit d’urgence le deuxième épicycle : une inflation géante qui, juste après le Bang initial, multipliait les dimensions de l’Univers par un facteur énorme, de sorte que notre Univers apparût seulement comme une toute petite portion, isotrope et thermalisée. De plus, cette portion était, géométriquement, pratiquement plate, ce qui revenait à justifier la relation critique d’Eddington, centrale en Cosmologie permanente. On retrouvait donc une certaine simplicité, mais moyennant cet épicycle monstrueux qu’est l’inflation. Or j’ai montré que cette relation de platitude (ou « condition critique ») a une explication beaucoup plus simple, en faisant intervenir le Principe holographique (cf. note 5), ce qui relie géométrie et physique quantique (pli cacheté de mars 1998, ouverture prévue en mars 2018), au prix d’exploser le « mur de Planck » d’un facteur 1061.

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Note 1. Le rayonnement thermique : la loi quantique de Planck-Poincaré

C’est le rayonnement électromagnétique, émis quand on chauffe un corps, qui absorbe par ailleurs tous les rayonnements qu’il reçoit : c’est pourquoi il est appelé « rayonnement du corps noir » : c’est le cas d’un four par exemple[18].

Sa distribution énergétique en fonction des longueurs d’onde (« spectre ») est restée une énigme pendant longtemps, mais c’est cependant une fonction mathématique très simple, découverte par Planck en 1900, qui correspond bien aux spectres mesurés. Mais le physicien allemand ne put l’obtenir qu’en introduisant des transferts d’énergie discontinus qui violaient les présupposés des physiciens de l’époque, à savoir que le Monde est continu ; des mathématiciens particulièrement maladroits avaient osé baptiser « nombres réels » des nombres affectés à la description de l’invraisemblable « continu », une anomalie linguistique qui n’est toujours pas corrigée à ce jour, en 2017… En fait, les transferts d’énergie matière-rayonnement sont des multiples entiers du produit de la fréquence radiative par une nouvelle constante universelle : h (la constante de Planck). Personne n’y avait cru, jusqu’à ce qu’Henri Poincaré démontrât qu’il n’y avait pas d’autre moyen pour justifier cette loi thermique (qu’il faudrait donc appeler loi de Planck-Poincaré). C’est donc bien Poincaré qui est le vrai père de la Physique quantique. De même, la relation E = mc² est due à Poincaré, comme Einstein l’a reconnu lui-même dans un article de 1906 – après qu’il eut corrigé son article de 1905, où il ne citait pas le génial physicien français – qui n’était qu’une pure tautologie, « démontrant » que 0 = 0 ! Rares sont ceux qui, comme Jules Leveugle, dénoncent la supercherie.

La science qui traite des corps en équilibre est appelée maladroitement « thermodynamique » ; il faudrait bien sûr dire « thermostatique ». Des corps constituant un ensemble finissent par interagir moyennant un rayonnement d’équilibre thermique.

Ainsi, dans le modèle cosmique le plus simple, constitué d’étoiles à une certaine température, réparties de façon homogène, le ciel nocturne devrait montrer cette même température. Or il est pratiquement noir : c’est le « paradoxe d’Olbers ».

Réciproquement, l’observation d’un rayonnement céleste à la température T implique l’existence d’un ensemble quasi-infini d’univers extérieurs, eux-mêmes à cette même température T : le Grand cosmos. Or celui-ci n’est pas infini, car l’infini est exclu de la Physique (voir la note 6) ; l’équilibre thermique n’est donc pas parfait, d’où les inhomogénéités du fond de rayonnement.

Note 2. Principe d’immergence et remplacement du darwinisme

Ce principe nouveau s’oppose au célèbre « principe d’émergence », lequel veut que, par un soi-disant « effet de complexité », le tout deviendrait supérieur à la somme de ses parties.

C’est pourquoi les physiciens ne comprennent rien à la biologie et que, de manière générale, toutes les disciplines sont séparées les unes des autres. Le principe d’immergence propose plutôt que les parties sont inférieures au tout : c’est pourquoi j’ai déconseillé à mes étudiants d’Arts plastiques à Paris VIII de découper leurs hologrammes. Cela signifie que tout peut se déduire du Tout. La Cosmologie doit donc être la science la plus simple alors qu’elle est considérée à tort comme la plus complexe par les officiels : c’est pour cela que personne n’a pu admettre qu’on puisse calculer le rayon de l’Univers en mélangeant simplement 3 constantes universelles, ni que le nombre d’Eddington soit, au % près expérimental, le nombre d’atomes d’Hydrogène dans l’Univers.

En particulier, dans la thèse de l’évolution biologique, alors qu’on pourrait admettre qu’une sélection darwinienne s’applique à l’intérieur d’une espèce, il est exclu que la transformation d’une espèce en une autre ait pu s’opérer par des mutations hasardeuses, comme le montre l’absence de quelque 100 000 chaînons manquants (cf. Rémy CHAUVIN, Le Darwinisme ou la fin d’un mythe, 1997). Donc le darwinisme est une autre escroquerie intellectuelle, qu’une majorité a acceptée servilement, faute d’explication alternative[19].

L’immergence répond à ce manque en qualifiant le Cosmos comme cause première de l’apparition d’une nouvelle espèce. Cela implique que le Cosmos est un calculateur capable de définir à l’avance tout nouvel organisme : alors qu’une chienne ne fait habituellement pas de chats, ça peut quand même arriver, si le Cosmos en décide ainsi. Ce n’est pas du simple créationnisme, car le Cosmos se réfère à ses calculs antérieurs avant de procéder au changement d’espèce : c’est pour ça que l’embryon passe par des stades successifs d’approximation avant d’arriver à l’organisme final. Ce processus d’approximations est typique en Physique, mais inconnu des mathématiciens actuels, ce qui confirme que la Mathématique est incomplète[20].

En effet, on observe une adéquation entre les constantes physiques et les caractéristiques de l’ADN[21].

Ce principe d’immergence et son aspect calculatoire, rendu évident par la Biologie, rentrent dans le cadre plus général du Principe harmonique (ouvrage à paraître).

Note 3. Série de Catalan-Mersenne, série harmonique et temple de Karnak

Tout nombre de type 2n – 1 est appelé nombre de Mersenne et jouit de propriétés mathématiques très particulières. Ainsi le plus petit après l’unité est 3 (pour n = 2), ce qui relie le Yin (2) et le Yang (3) des traditions orientales. Si l’on prolonge la série, en restreignant les exposants aux seuls nombres de Mersenne, on obtient le 7 (pour n = 3), et la somme est la fameuse Tétractys 3 + 7 = 10 des pythagoriciens qui est très remarquable car c’est la somme des 4 plus petits nombres et aussi 2 × 5, montrant une relation entre les quatre plus petits nombres premiers de la « série holique » 2, 3, 5, 7 (SANCHEZ, Cambridge, 1995).

Le terme suivant est 127 (pour n = 7), donc la somme totale est la « Tétractys étendue » 137, nombre justifié par Eddington pour expliquer l’électricité (les mesures ont donnée 137.036, mais on a montré que ce nombre est lié au 137 (SANCHEZ, Coherent Cosmology).

Le terme suivant est 2127 – 1 , qui correspond à la gravitation. Or c’est l’inverse de ce nombre qui intervient : c’est pour ça qu’il s’agit d’une force beaucoup plus faible que l’électricité. C’est le dernier terme de la Hiérarchie combinatoire (T. BASTIN & C. W. KILMISTER, Combinatorial Physics, 1995).

Or, contrairement à 10, la simple Tétractys, 137 est un nombre premier, qui apparaît dans le cinquième terme de la suite mathématique la plus simple : la « série harmonique », c’est-à-dire la somme des inverses d’entiers. Or cette suite est la plus simple des séries de Riemann, liée à la distribution mystérieuse des nombres premiers. Les mathématiciens auraient dû mettre en avant ce nombre 137.

Or les Égyptiens n’utilisaient que ce type de fractions, les inverses d’entiers, donc ils avaient forcément repéré ce nombre 137. De plus, ils connaissaient sa liaison avec la série ci-dessus, dite de Catalan-Mersenne, comme en témoigne la répartition très spéciale des immenses colonnes de la salle hypostyle du temple d’Amon à Karnak. En effet, entre les 2e et 3e pylônes, cette salle comporte 134 colonnes. Comme 134 = 7 + 127, en ajoutant les 3 pylônes, cela fait bien 137.

Il est clair que l’architecte, pour représenter un nombre impair, était obligé de se ramener à un nombre pair pour assurer une symétrie architecturale autour de « l’axe divin ». De plus, les colonnes sont rangées par alignements de 7, ce qui est tout à fait exceptionnel (dans tous les autres temples, il y a un nombre pair de colonnes). La signification du 7 apparaît clairement quand on réalise que la première rangée de 7 colonnes est complétée par une des 12 colonnes super-géantes centrales, ce qui illustre la relation du nombre de Mersenne 7 = 8 – 1. Deux de ces 12 colonnes sont partiellement encastrées dans la cloison, comme si l’architecte avait voulu représenter la racine de 137, légèrement inférieure à 12.

Il y a plus. Les 67 = 134/2 colonnes situées de part et d’autre de l’axe central se décomposent en 6 colonnes géantes centrales et 61 colonnes latérales, elles-mêmes séparées par « l’axe royal » en 61 = 33 + 28 colonnes. Or 137 est le 33e nombre premier, et 28 le deuxième nombre parfait (le premier étant justement 6). Rappelons que l’inverse d’un nombre parfait est le complément à l’unité de la somme des inverses de ses diviseurs non triviaux : ainsi 6 = 2 × 3 et 1/6 = 1 – (1/2 + 1/3).

Donc les nombres 6 et 28 étaient forcément adulés par les Égyptiens. Le groupe de 33 colonnes est constitué d’un groupe de 12, qui reproduit le motif central des 12 colonnes géantes et d’un groupe de 21, constituées de 3 rangée de 7 colonnes, qui, ajoutées aux 4 rangées de 7 colonnes situées de l’autre côté de l’axe royal, constituent un carré de 7 par 7. Or la série harmonique d’ordre 6 est 7²/20, et celle d’ordre 7 est 33²/420, ce qui montre que les nombres premiers maximaux de la série harmonique forment la suite 3, 11, 5, 137, 7, 11 : le 137 apparaît comme un monstre arithmétique situé entre les deux 11. Or 11 est le nombre de dimensions en Supergravité, et 137 = 11² + 4², 4 étant le nombre de dimensions de notre espace-temps, et 11 coupes[22] produisant le nombre premier 67 ci-dessus.

Le plus invraisemblable est que cette série révélatrice 3, 11, 5, 137, 7, 11  semble avoir échappé aux mathématiciens modernes.

Dans la liste des séquences d’entiers (on-line encyclopedia of integer sequences), on la trouve sous le n° A120299, avec ce titre anodin Largest prime factors of Stirling numbers of first kind, qui exhibe le nombre 61 ci-dessus en dixième position. La série A001008 est plus explicite : Numerators of harmonic numbers : 1, 3, 11, 25, 137, 49, 363 : on voit bien que les termes entourant le 137 sont des carrés parfaits, et que 11² divise le 7e terme.

La répartition très spéciale des colonnes illustre donc bien la liaison entre le 137 et la série harmonique, d’importance centrale chez les Égyptiens. Le temple de Karnak illustre le fait que 137 est commun aux deux séries, l’harmonique et celle de Catalan-Mersenne.  

L’Histoire raconte que le pharaon, le seul – à part les prêtres – à pouvoir pénétrer dans la salle hypostyle, méditait au croisement de l’axe divin et de l’axe royal. Comme si les Égyptiens avaient deviné que l’immensité du ciel était liée au terme suivant 2127 – 1 de la série de Catalan-Mersenne. Ce qui est effectivement le cas, à 0,6 % près, pour le demi-rayon de l’Univers observable, en prenant pour unité naturelle la longueur canonique de l’électron ħ/mec. De plus, ce nombre 2127 – 1 est une célébrité mathématique : il est resté pendant 17 ans le plus grand nombre premier connu. Personne avant moi, apparemment, n’avait fait le lien avec la cosmologie (le lien avec la gravitation a été vu par le groupe de Kilmister à Cambridge).

Le fait que les Égyptiens en savaient plus sur le nombre 137 que nos « médailles Fields » actuels peut surprendre. Mais Pythagore avait passé 13 ans en Égypte. Selon Christian Velpry (Euclide L’Africain ou La géométrie restituée : enquête mathématique et historique, 2004), le « miracle grec » pourrait n’être qu’un mythe oblitérant un « miracle égyptien ».

Note 5. Transfert dimensionnel et rappel sur l’holographie

Comme nous l’avons vu, la Cosmologie permanente n’utilise pas les équations différentielles de la Relativité générale, qui doivent être remplacées par des équations intégrales, où il n’y a pas de constante d’intégration. Les plus simples de ces relations intégrales sont des « transferts dimensionnels » : on égalise des quantités géométriques de dimensions différentes, par exemple une surface et un volume.

D’où le rapprochement avec l’holographie, cette technique permettant de visualiser des scènes 3D, à partir d’un hologramme mince 2D. C’est ainsi que des théoriciens ont introduit un « principe holographique », qui apparaît comme essentiel en physique théorique.

Mais il s’agit d’un abus de langage, car ce n’est pas ce qui se passe vraiment dans un hologramme, lequel transforme une surface d’onde dénuée d’information (la surface d’une sphère) en une autre surface d’onde, mais celle-là chargée d’information (surface sphérique déformée). Cela se produit par diffraction sur des micro-strates (invisibles à l’œil) situées sur la surface de l’hologramme. Et comment réalise-t-on ces micro-strates ? Il suffit d’enregistrer (par photographie à grain très inférieur à la longueur d’onde dans les hologrammes optiques) les franges d’interférences entre une onde pure, sphérique, avec l’onde chargée d’information qui provient de la scène à holographier. C’est une technique d’une extrême simplicité, et aussi d’une grande généralité, applicable à toutes formes d’ondes, des ondes acoustiques aux brogliennes associées aux particules, mais une technique qui exige que les franges d’interférences soient immobiles pendant la prise de vue, donc qu’une seule fréquence soit utilisée. C’est pourquoi les hologrammes optiques nécessitent un laser suffisamment cohérent, donc suffisamment monochromatique (contrairement à une opinion trop répandue, les lasers ne sont pas tous aptes à l’holographie).

Alors pourquoi parle-t-on de 3D en holographie ? C’est que la vision est liée à une reconstruction mentale 3D. Le cerveau reconstruit le volume, d’après l’expérience acquise (c’est pour ça qu’un bébé attrape tout), grâce à la vision binoculaire, puisque chaque œil voit la scène sous un angle différent, et le mouvement de l’observateur produit une variété de points de vue, mais ce, toujours à partir d’une surface d’onde 2D.

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NOS MEMBRES PUBLIENT

De la Noosphère à l’Apostasie, par Sancho PANÇA

En donnant à imprimer sa Lettre ouverte à tous les Don Quichotte et à tous les chevaliers errants donneurs de leçons et moralisateurs…, qu’il nous avait déjà présentée au Colloque d’Orsay en 2014, notre ami Sancho Pança, revenu d’Espagne, a fait œuvre utile. Car cet ouvrage au titre énigmatique est une gibecière emplie d’arguments concrets permettant de contrer la désinformation ambiante. Fruit d’un long parcours personnel, le livre signé par le fidèle Sancho Pança est une mine d’informations condensant de vastes lectures ; c’est aussi un témoignage : le style, c’est l’homme ! L’auteur nous montre ainsi par l’exemple qu’une synthèse harmonieuse est possible, une vision du monde où prennent leur place à la fois nombre de faits pertinents, que le lecteur aura plaisir à découvrir, mais aussi maintes réflexions roboratives qui donnent sens à ces faits, les font comprendre en profondeur et nous rendent plus intelligents, si tant est que l’intelligence consiste à relier ce que nous avions cru être sans rapport. Il est impossible de résumer un tel ouvrage, émaillé de citations et de considérations personnelles, mais il convient de souligner qu’il est magnifiquement écrit, à la fois personnel, clair et vivant, ce qui fait de sa lecture un plaisir. Tel n’est pas toujours le cas et il importait de le dire.

(Paris, Éd. Société des Écrivains, 2014, 400 p., 20,95 €)

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La science, en marge des sociétés musulmanes

Nadji Safir[23]

Présentation : Un rapport annuel de l’Unesco présente des statistiques par pays concernant le nombre des publications scientifiques et le nombre des brevets déposés. Il y a là un assez bon indicateur de la contribution des divers États aux progrès des sciences et des techniques. L’auteur, chargé de cours à Alger, a eu l’idée de colliger les données concernant les pays de l’OCI (Organisation de la Coopération Islamique), soit 57 États regroupant 1,677 milliard d’habitants. Ces statistiques globales, qui demanderaient à être interprétées en détail, signalent une très faible contribution des pays musulmans aux progrès des sciences et une nette faiblesse de leur enseignement universitaire. Il semble qu’Ibn Khaldoun, en 1377, avait déjà conscience des conséquences à long terme de l’esprit de « soumission » (c’est l’étymologie du mot arabe islam ) sur la connaissance scientifique.

La nouvelle édition du « Rapport de l’Unesco sur la science », Vers 2030[24], a été rendue publique en novembre 2015, alors que, certainement plus que jamais, nous vivons une phase historique dominée par les enjeux liés à la connaissance.

À propos de celle-ci, le philosophe André Gorz a écrit qu’elle était « devenue la principale force productive », ce qui implique donc que « les produits de l’activité sociale ne sont plus, principalement, du travail cristallisé mais de la connaissance cristallisée ».

C’est donc sous cet angle qu’il convient de faire le point sur la situation prévalant dans les pays musulmans, tels qu’identifiables comme membres, au nombre de 57, de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), regroupement qui n’est pas fait dans le rapport de l’Unesco, mais qu’il m’a semblé pertinent d’opérer.

Au regard de deux des principaux indicateurs disponibles dans le rapport – nombre total de publications scientifiques et nombre de publications scientifiques par million d’habitants (ps/M) pour l’année 2014 –, il est permis d’établir que le total des publications enregistrées pour les pays membres de l’OCI est de 110 294 ; soit, en tenant compte de la population considérée (1,677 milliard), 66 ps/M.

Ces performances sont éloignées de celles des principaux pays producteurs de science dans le monde, qui demeurent ceux de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et qui, en 2014, représentent 70,8 % du total des publications, la Chine en représentant 20,2 %. En valeur absolue, l’ensemble de la production de publications scientifiques des 57 pays de l’OCI correspond sensiblement au tiers de celle des États-Unis et dépasse de peu celle de l’Allemagne. Exprimée en ps/M – soit 66 –, elle est éloignée des performances de certains pays, tels que la Suède (2 269), Israël (1 431), la Corée du Sud (1 015) ou encore les États-Unis (998).

Si l’on prend en considération un autre indicateur, centré sur la dimension technologique de la pratique de la science, celui des brevets, il est possible de dégager des tendances similaires. En effet, le rapport de l’Unesco examine les brevets attribués en 2008 et 2013 par l’institution américaine chargée de ces questions, l’United States Patent and Trademark Office (USPTO). Or, sur le site internet de l’Office, il est possible de disposer de l’information sur l’ensemble des brevets attribués du 1er janvier 1977 au 31 décembre 2014.

« Dans beaucoup de pays musulmans se met en place une spirale de crise, alimentée par les déficits en matière de connaissance, puis d’innovation, puis de croissance, puis de création d’emplois. »

On peut donc établir que, sur cette longue période, 6 084 brevets ont émané des pays de l’OCI[25].

En termes absolus, ce nombre est inférieur à celui de 8 097 pour la Norvège et de 8 996 pour Singapour, et très éloigné de 1 014 977 pour le Japon, de 146 153 pour la Corée du Sud et de 32 095 pour Israël – étant entendu que 95,2 % des brevets ont été attribués à des citoyens de pays de l’OCDE.

Dans le domaine de l’enseignement pré-universitaire, à chaque fois que des pays membres de l’OCI ont participé aux deux grandes enquêtes internationales visant à évaluer les performances des élèves dans les domaines des mathématiques et des sciences – PISA et TIMSS –, ils furent au-dessous de la moyenne mondiale.

Pour celui de l’enseignement supérieur, dans les différents classements d’Universités tels que celui dit de Shanghaï de 2015, 10 établissements de pays membres de l’OCI sont présents ; le premier apparaissant à partir du 150e rang. Alors qu’y sont identifiées 12 universités sud-coréennes, 11 suédoises (dont 3 parmi les 100 premières) et 6 israéliennes (dont 2 parmi les 100 premières).

Enfin, l’examen de nombreux autres indicateurs disponibles sur l’état de la connaissance dans le monde permet d’établir toujours le même constat de faibles performances pour les pays membres de l’Organisation de la Coopération Islamique. Tout se passe comme si ces indicateurs, relatifs à l’état de la connaissance dans les pays musulmans, pouvaient être considérés comme autant de signaux révélateurs de déficits à l’origine de crises déjà en cours et annonciateurs de celles à venir. En effet, l’amplitude des écarts par rapport aux pays les plus performants (États-Unis, Europe) et à ceux porteurs des plus forts potentiels (Chine et autres pays asiatiques) conduit à envisager un risque de marginalisation durable des pays musulmans, non seulement dans les domaines liés à la connaissance, mais aussi dans les secteurs et segments de l’économie les plus créateurs de valeur.

Et c’est ainsi que, dans beaucoup de pays musulmans, se mettent en place les conditions de fonctionnement d’une spirale de crise, alimentée par des déficits en matière de connaissance, puis d’innovation, puis de croissance, puis de création d’emplois – notamment en direction de millions de jeunes constituant un important « précariat », base sociale de diverses formes de contestation de l’ordre établi –, puis de capacité institutionnelle à assurer la sécurité et la stabilité, cela entraînant des conséquences négatives sur les activités liées à la connaissance, et ainsi de suite.

Alors que bien des paradigmes qui structurent la modernité de nos sociétés trouvent leurs fondements dans des myriades d’algorithmes, instituant la raison numérique qui régente même nos vies quotidiennes, il est paradoxal que, dans les pays musulmans, l’état de la connaissance soit aussi dégradé. Notamment parce que le mot « algorithme » trouve son origine dans le nom d’un mathématicien – un des pères de l’algèbre, mot d’origine arabe – ayant produit l’essentiel de son œuvre en langue arabe, principalement à Bagdad, et originaire d’une région située dans l’actuel Ouzbékistan, qui lui donnera le nom sous lequel il est connu : Al Khawarizmi (environ 780-850 ap. J.-C.).

Dans les faits, aujourd’hui, dans bien des pays musulmans, ce sont les différentes logiques individuelles et collectives fondatrices du rationalisme dont la connaissance et l’innovation ont besoin pour s’épanouir, qui, dans des contextes plutôt hostiles, peuvent de moins en moins être socialement assumées. En 1377, l’éminent historien et philosophe de l’histoire Ibn Khaldoun, dans sa Muqaddima, écrivait quelques lignes qui, aujourd’hui encore, doivent être méditées : « Lorsque le vent de la civilisation eut cessé de souffler sur le Maghreb et l’Andalous, et que le déclin de la civilisation entraîna celui des sciences, les sciences rationnelles disparurent, à l’exception de quelques vestiges qu’on peut rencontrer encore chez un petit nombre de personnes isolées, soumises à la surveillance des autorités de la Sunna[26]. »

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HISTOIRE « Si l’homme est libre de choisir ses idées,

il n’est pas libre d’échapper aux conséquences des idées qu’il a choisies. »

(Marcel FRANÇOIS)

L’Église catholique dans l’Amérique coloniale : que personne ne vienne parler de liberté[27] !

Marian T. Horvat, Ph.D.

Résumé : Le premier amendement de la Constitution américaine (1787) établit qu’aucune religion ne peut être entravée légalement. Mais on oublie souvent que l’histoire du peuple américain a connu une longue époque coloniale (1600-1775) durant laquelle l’anticatholicisme fut si puissant qu’on peut parler de véritable « persécution ». Notamment les emplois publics ou donnant autorité étaient interdits aux catholiques. Le plus étrange, à première vue, est que les historiens catholiques eux-mêmes minimisent cette période répressive. La raison s’en trouve peut-être dans la volonté de se faire enfin accepter dans une société largement protestante. Il fallait pour cela minimiser les différences et faire de la « séparation de l’Église et de l’État » un bien, au moment où la papauté y voyait un principe néfaste. De là cette lettre de Léon XIII au cardinal Gibbons, en 1889, condamnant « l’américanisme ». Condamnation restée d’autant plus inopérante que la perte des États pontificaux allait bientôt rendre le Vatican financièrement dépendant, notamment, des catholiques américains.

On n’a accordé que peu d’attention à l’implacable hostilité envers les catholiques de nos 13 colonies britanniques dans la période qui a précédé la Révolution américaine. Au lieu de cela, les historiens ont préféré se concentrer seulement sur l’histoire de l’expansion de la petite communauté catholique de 1785, ne comptant pas d’évêque et à peine 25 prêtres, pour devenir la puissante organisation que nous voyons aujourd’hui déployée de l’Atlantique au Pacifique.

Montrer ce progrès du catholicisme est légitime et bon. Mais éviter d’exposer la persécution que l’Église de la période coloniale pré-révolutionnaire a subi donne une vue incomplète ou partiale de l’histoire. Cette vision ignore l’histoire originelle de nos ancêtres catholiques. Ce serait comme écrire l’histoire de l’Église seulement à partir de l’édit de Milan, lorsque l’Église émergeait des catacombes, en prétendant qu’une glorieuse mais terrible période de martyre n’avait jamais eu lieu.

Une vision optimiste en désaccord avec la réalité.

Cette situation d’omission générale du catholicisme de la période coloniale (1600-1775) dans le milieu catholique ne devrait pas surprendre, en raison des récits optimistes écrits par des historiens catholiques aussi renommés que John Gilmary Shea, Thomas Maynard, Theodore Roemer et Thomas McAvoy[28]. Ces historiens, dont les œuvres ont servi de socle aux manuels catholiques d’histoire jusqu’à une date récente (lorsqu’un révisionnisme historique est venu les remplacer), ne reconnaissent que brièvement et minimisent une période de répression et de persécution des catholiques.

Ce qu’ils ont souligné est ce qu’on pourrait appeler l’étape « positive » de l’histoire catholique coloniale qui a commencé avec la révolution américaine. Cette période a été enjolivée par l’idée chimérique que la liberté de religion était fermement établie et que l’anticatholicisme profond et solidement enraciné s’était dissous dans la nouvelle atmosphère de tolérance et de liberté pour tous. En fait, cela ne s’est jamais produit.

Les racines d’un mauvais œcuménisme.

Je me propose ici de dissiper le mythe d’une Amérique qui, dès son origine, se serait faite la championne de la liberté de religion. En réalité, pendant la période coloniale régnait un anticatholicisme virulent, et les harcèlements et persécutions des catholiques s’appuyaient sur une législation limitant leurs droits et leur liberté.

Il est important que les catholiques le sachent afin de comprendre comment cette persécution a marqué la mentalité des catholiques américains dans leur histoire originelle et engendré un comportement libéral caractérisé par deux phases différentes d’accommodement au protestantisme :

Premièrement, avant et surtout après la révolution américaine, certains catholiques adoptèrent un esprit de tolérance envers la culture et le genre de vie protestants, afin d’être acceptés dans la société. Je prétends que cet accommodement existe encore de nos jours.

Deuxièmement, pour entrer dans le domaine politique et éviter les soupçons d’être monarchistes ou « papistes », les catholiques de l’Amérique coloniale étaient disposés à accepter l’idée révolutionnaire de la « séparation de l’Église et de l’État » comme un grand bienfait, non seulement pour leur pays, mais aussi pour l’Europe catholique. Les autorités civiles et religieuses en Amérique proclamaient ouvertement la nécessité d’abandonner les « conceptions médiévales » supposées archaïques face aux conditions actuelles et à la démocratie.

Pour ces raisons, quelque cent ans après la révolution américaine, le pape Léon XIII adressa au cardinal Gibbons sa fameuse lettre Testem benevolentiæ (22 janvier 1889), accusant et condamnant la complaisance envers le protestantisme et l’adoption par les catholiques américains des principes du naturalisme. Il appela cette attitude coupable l’ « américanisme ».

Ainsi, l’américanisme fut-il essentiellement une expérience religieuse, un précurseur du mauvais œcuménisme inventé dans notre pays, alors qu’en même temps le modernisme se développait en Europe avec des tendances et des idées analogues. La présentation partiale de l’histoire de l’Amérique coloniale par tant d’auteurs contribue à maintenir cet esprit œcuménique erroné. J’espère que montrer la haine historique du protestantisme envers le catholicisme – comme je me propose de le faire – servira à mettre fin à ce comportement américaniste, libéral ou moderniste, chez les catholiques de notre pays.

Une longue histoire d’anticatholicisme.

Bien que le catholicisme ait été un facteur influent dans les établissements français de l’Ohio et de la vallée du Mississippi et, plus tard, dans les régions espagnoles de Floride, du sud-ouest et de Californie, les catholiques étaient incontestablement minoritaires dans les 13 colonies initiales. Comme on le voit dans le premier rapport sur l’état du catholicisme de John Carroll en 1785, les catholiques n’étaient qu’une poignée. Il estimait prudemment à 25 000 la population catholique de ces colonies. Sur ce total, 15 800 résidaient dans le Maryland[29], environ 7 000 en Pennsylvanie et 1 500 à New York.

Considérant que, selon le premier recensement fédéral de 1790, la population s’élevait à 3 939 000 habitants, les catholiques étaient moins de 1 %, donc sûrement pas une force importante dans ces 13 colonies britanniques[30].

Fig. 1. Les 13 colonies initiales ayant formé les États-Unis (1763)

Après plusieurs pages consacrées à la colonie catholique de lord Baltimore au Maryland, les livres d’histoire catholiques ont tendance à commencer l’histoire du catholicisme aux États-Unis avec l’année critique, tant pour la nation que pour le catholicisme : 1789.

En effet, 1789 marque à la fois la formation du nouveau gouvernement sous la Constitution et l’établissement d’une structure pour l’Église catholique américaine. Le premier événement fut l’élection de George Washington en avril et le second la nomination par le Pape de Son Excellence John Carroll comme premier évêque de Baltimore, en novembre.

L’histoire de l’Église catholique en Amérique, cependant, a des racines beaucoup plus profondes et moins triomphales. La plupart des Américains savent que l’esprit des habitants des colonies de la Nouvelle Angleterre était hostile au catholicisme. Mais peu connaissent la vigueur et la persistance de cet esprit entretenu pendant toute la période coloniale. Peu de catholiques savent que, dans toutes les colonies sauf trois d’entre elles, les catholiques étaient soumis à des mesures pénales d’un genre ou d’un autre pendant cette période. Dans la plupart des cas, l’Église catholique avait été proscrite très tôt, comme en Virginie où l’acte de 1642 proscrivant les catholiques et leurs prêtres donna le ton pour le reste de la période coloniale.

Même dans le Maryland, supposé tolérant, les choses avaient bien changé pour les catholiques dans les années 1700. À cette époque, le code pénal contre les catholiques comportait des serments de contrôle destinés à les écarter de certains postes, une législation empêchant les catholiques d’exercer certaines professions (comme celles de juriste), et des mesures avaient été prises pour leur interdire d’hériter ou d’acheter des terres. En 1718, le droit de vote fut retiré aux catholiques du Maryland, suivant ainsi l’exemple des autres colonies, et les parents pouvaient même être condamnés à une amende s’ils envoyaient leurs enfants à l’étranger pour y recevoir une éducation catholique.

Dans la décennie précédant la révolution américaine, la plupart des habitants des colonies auraient été d’accord avec Samuel Adams lorsqu’il déclara (en 1768) : «  J’ai vraiment cru, et je le crois encore, qu’il y a beaucoup plus à craindre de l’expansion du papisme en Amérique que du Stamp Act[31], ou que de n’importe quel autre acte destructeur des droits civils[32]. »

La haine anglaise de l’Église romaine.

La civilisation et la culture qui posèrent les fondations des colonies américaines étaient anglaises et protestantes. La poursuite aux XVIe et XVIIe siècles de la révolution religieuse anglaise est donc essentielle pour comprendre les aspects religieux de la colonisation américaine. Des explorateurs furent envoyés vers la fin du XVe siècle par un roi catholique, Henry VII, mais l’installation effective fut différée. Ce n’est qu’en 1607, sous Jacques Ier, qu’une installation permanente fut réalisée à Jamestown, en Virginie. À cette époque, le divorce de l’Église anglicane avec Rome était déjà consommé.

L’anticatholicisme en Angleterre avait été attisé par des livres tels que le Book of Martyrs de John Fox, illustrant certains des près de 300 protestants brûlés entre 1555 et 1558 sous le règne de la reine Marie Ire. Cette tradition avait été intensifiée par les rumeurs de la conspiration des Poudres de 1605, lorsqu’un groupe de catholiques fut supposé avoir voulu attenter à la vie du roi Jacques ; mais le complot, découvert à temps, avait échoué.

La politique internationale était également impliquée. La France et l’Espagne, ennemies de l’Angleterre, étaient catholiques. En 1570, le pape saint Pie V excommunia Élisabeth Ire et déclara ses sujets libérés de leur allégeance, ce qui alimenta la propagande anglaise disant que les sujets catholiques nourrissaient des sentiments de trahison[33].

Au XVIe siècle, les Anglais commencèrent leur longue, violente et cruelle tentative de soumission des catholiques d’Irlande[34].

 

Fig. 2. Les prétendus conspirateurs catholiques projetant de faire sauter le Parlement anglais furent exécutés en public. Plus tard, des jésuites furent également arrêtés et tués.

Les Anglais étaient capables de « résoudre » n’importe quel problème de conscience en se convainquant eux-mêmes que les Gaéliques irlandais, papistes catholiques, étaient un peuple grossier et déraisonnable. Forts de leur croyance d’avoir affaire à un peuple celte (et non anglo-saxon…) de culture inférieure, les protestants anglais s’imaginaient dispensés de toute restriction éthique normale. Ils conservèrent cette attitude vis-à-vis des colons américains[35].

À ces facteurs, il faut ajouter le rôle de la secte puritaine. Ses relations avec les catholiques dans l’Amérique coloniale représentèrent l’apogée du préjugé protestant envers le catholicisme.

Bien que l’Église anglicane eût remplacé l’Église de Rome, pour beaucoup de puritains l’Église d’Élisabeth était encore trop chargée de pratiques et de croyances romaines. Pour diverses raisons, ces puritains quittèrent leur patrie pour fonder de nouvelles colonies en Amérique du nord. Un exode puritain majeur vers la Nouvelle Angleterre commença en 1630 et, en une décennie, près de 20 000 hommes et femmes avaient émigré et s’étaient installés au Massachusetts et dans le Connecticut[36]. Ils furent les principaux responsables de la haine virulente du catholicisme dans les colonies américaines.

L’âge pénal : 1645-1763

On trouve la preuve de cette attitude anticatholique dans les lois votées par les législatures coloniales, les sermons prêchés par les ministres et divers livres et brochures publiés aux colonies ou importés d’Angleterre[37].

Par exemple, bien qu’aucun catholique n’eût habité la Baie du Massachusetts pendant les 20 premières années, ou plus, de l’existence de la colonie, cela n’empêcha pas le gouvernement puritain de promulguer une loi anti-prêtre en mai 1647, menaçant de mort « tout jésuite, prêtre de séminaire, missionnaire ou autre ecclésiastique nommé ou ordonné par n’importe quelle autorité, pouvoir ou juridiction, provenant, contestée ou prétendue, du Pape ou du Siège de Rome[38] ».

 

Fig. 3. Par son vêtement, ses manières et son esprit, le puritain était l’antithèse du « gentilhomme » (gentleman) catholique de l’époque.

Lorsque la Géorgie, la treizième colonie, fut créée en 1732 par une charte du roi George II, sa garantie de liberté religieuse suivait le modèle arrêté : la pleine liberté religieuse était promise à tout futur colon « sauf aux papistes » c’est-à-dire aux catholiques[39].

Même le Rhode Island, célèbre pour sa politique supposée de tolérance religieuse, introduisit une clause anticatholique imposant des restrictions aux fidèles romains dans le premier code de lois de la colonie publié en 1719. Ce n’est qu’en 1783 que cet acte fut révoqué[40].

Pour voir comment ce préjugé contre les catholiques romains était gravé même chez les jeunes, observez ce « poème de John Rogers » dans l’abécédaire de Nouvelle Angleterre :

« Abhorrez cette fieffée putain de Rome et tous ses blasphèmes ;

Ne buvez pas à sa coupe maudite ; n’obéissez pas à ses décrets. »

Cette période de mesures pénales contre les catholiques dans les colonies dura au-delà de la révolution américaine.

Quelqu’un se souvenant des leçons de ses classes d’histoire catholique pourrait objecter : mais qu’en est-il des exceptions à la règle dans les trois colonies de Maryland, New York et Pennsylvanie, où la tolérance envers les catholiques existait pendant la période coloniale ?

De nouveau, cette impression vient d’une réécriture très optimiste et libérale de l’Histoire plutôt que de la réalité vraie.

Le catholicisme au Maryland

Examinons maintenant « l’expérience du Maryland », après que Charles Ier eut accordé une charte généreuse à un éminent catholique converti de l’anglicanisme, lord George Calvert, pour la colonie américaine du Maryland. Calvert mourut peu après, mais son fils Cecil put donner suite au projet. Dans la nouvelle colonie, la tolérance religieuse pour tous ceux qui se disaient chrétiens fut garantie par Calvert jusqu’en 1654. Cette année-là, les puritains de Virginie réussirent à renverser la décision de Calvert, bien que celui-ci eût reconquis le pouvoir quatre années plus tard. Le dernier soulèvement politique majeur eut lieu en 1689, lorsque la « Glorieuse Révolution » de Guillaume et de Marie alluma une nouvelle révolte anticatholique au Maryland et que le gouvernement du second lord Baltimore, Charles Calvert, fut renversé.

Par conséquent, en 1692, le fameux Acte de tolérance religieuse du Maryland fut officiellement abrogé et l’Assemblée érigea l’Église d’Angleterre en religion officielle de l’État, financée par des impôts. Des restrictions furent imposées aux catholiques pour le culte public, et les prêtres pouvaient être poursuivis pour avoir dit la messe.

Bien que les catholiques eussent réussi en général à conserver leur statut social, on leur déniait le droit de vote ou de participer autrement au gouvernement de la colonie que leurs ancêtres avaient pourtant fondée[41]. Cette histoire réduite ici à l’essentiel est la véritable histoire de la fameuse liberté religieuse du Maryland colonial.

La Loi de tolérance religieuse de 1649, instituant la tolérance pour toutes les religions dans le Maryland initial, a généralement été interprétée comme une conséquence du fait que Cecil Calvert était catholique.

Les histoires catholiques américaines expliquent habituellement la fondation du Maryland par l’ardent désir de Calvert d’établir un havre pour les catholiques anglais persécutés. D’un autre côté, des interprétations protestantes présentent Calvert comme un opportuniste audacieux, motivé par les plus bas mobiles pécuniaires[42].

Des travaux récents donnent une analyse beaucoup plus cohérente de la psychologie derrière la tolérance religieuse que Calvert accorda. En fait, Calvert suivait simplement une longue tradition des catholiques anglais, qui avaient tendance à demander seulement la liberté de prier en privé comme ils l’entendaient et à être aussi inoffensifs que possible envers les protestants[43].

Une directive du premier Lord propriétaire en 1633 stipulait, par exemple, que les catholiques ne devaient « souffrir qu’aucun scandale ni tort » fût fait à aucun protestant, qu’ils devaient pratiquer tous les actes de la religion catholique de façon aussi privée que possible et qu’ils devaient rester silencieux durant les discours publics traitant de religion[44].

En fait, dans les premières années de la colonie du Maryland, les seules poursuites pour délits religieux concernèrent des catholiques qui avaient irrité des protestants à propos de leur religion.

En pragmatiste réaliste, Calvert comprit qu’il devait être tolérant en matière religieuse afin que sa colonie, qui ne fut jamais de majorité catholique, pût prospérer. Ce fut cette attitude de conciliation et de compromis que les Calvert importèrent dans la colonie du Maryland. En outre, les Calvert mirent en pratique la séparation de l’Église et de l’État, que d’autres catholiques anglais avaient seulement théorisée.

Le catholicisme à New York

Ni les Hollandais ni les Anglais ne furent heureux lorsque le duc d’York se convertit au catholicisme en 1672. Sa nomination du colonel Thomas Dongan, d’origine catholique irlandaise, comme gouverneur de la colonie de New York, fut suivie par le passage d’une charte de libertés et de privilèges pour les catholiques. Mais l’épée à double tranchant du préjugé anglo-hollandais contre les « Romains » se dégagerait bientôt du fourreau dans lequel elle était brièvement rentrée.

Après la « Glorieuse Révolution » de 1688, Jacob Leisler, un anticatholique virulent, répandit des rumeurs de complots « papistes » et de fausses histoires d’attaque imminente des Français et des Indiens contre les colonies anglaises, rumeurs selon lesquelles les catholiques de New York étaient complices de leurs coreligionnaires français. Leisler prit le titre de commandant-en-chef et, à la fin de l’année, avait renversé Dongan et pris le poste de lieutenant-gouverneur de la colonie par la même occasion. Son gouvernement lança des ordres pour arrêter tous les « papistes » supposés, abolir les franchises des catholiques et révoquer tous les catholiques titulaires d’offices[45]. Après 1688, le gouvernement était si hostile aux catholiques, écrit l’historien catholique John Ellis, « qu’il est douteux qu’aucun soit resté à New York[46] ».

Ce fait rend d’autant plus incongrue la sévérité des mesures qui continuèrent d’être prises contre les catholiques, comprenant par exemple la loi draconienne de 1700 prescrivant l’emprisonnement à vie des jésuites et des messagers « papistes ». Ce fort préjugé anticatholique persista même durant la période fédérale. Lorsque New York rédigea sa constitution en 1777, la ville accorda la tolérance pour toutes les religions, mais les fidèles du catholicisme romain n’eurent pas droit à la pleine citoyenneté. Cette loi ne fut pas abolie avant 1806[47].

Le mythe de la tolérance religieuse envers les catholiques de New York se fonde donc sur la brève période de 16 ans, de 1672 à 1688, quand un catholique fut gouverneur de la colonie.

Le catholicisme en Pennsylvanie

En raison de la large tolérance distinguant les colonies Quaker de William Penn, l’histoire des catholiques en Pennsylvanie est la plus positive de toutes les 13 colonies originelles. La position de William Penn sur la tolérance religieuse procura une liberté mesurée aux catholiques de Pennsylvanie. Le cadre gouvernemental de 1701, sous lequel la Pennsylvanie sera gouvernée jusqu’à la Révolution, comprenait une déclaration de liberté de conscience pour tous ceux qui croyaient en Dieu. Cependant, la contradiction entre le plaidoyer de Penn pour la liberté de conscience et son inquiétude croissante devant l’essor d’une religion, le catholicisme romain, finit par porter des fruits amers.

Pour remplacer les clauses libérales assurant une liberté de conscience presque illimitée et une tolérance envers ceux qui croyaient au Christ, les fonctionnaires devaient remplir les conditions de l’Acte de Tolérance de 1689 accordant aux dissidents leurs propres lieux de culte, des professeurs et des prédicateurs, mais sous réserve de la prestation de certains serments d’allégeance.

Cet Acte ne s’appliquait pas aux catholiques, considérés comme potentiellement dangereux puisqu’ils étaient loyaux envers le Pape, chef d’une puissance étrangère. Les offices publics étaient ainsi pratiquement interdits aux catholiques[48].

Malgré le gouvernement plus restrictif imposé par Penn après 1700, les catholiques furent attirés par la Pennsylvanie, surtout après le début de la période pénale du Maryland voisin. Malgré tout, le nombre de catholiques immigrants en Pennsylvanie était relativement faible comparé à celui des protestants émigrant du Palatinat et de l’Irlande du Nord. Un recensement effectué en 1757 donnait un total de 1 365 catholiques en Pennsylvanie. Dans une colonie estimée entre 200 000 et 300 000 habitants, l’hostilité envers les quelques catholiques vivant dans cette colonie témoigne pour le moins d’un préjugé historique[49].

Malgré les rumeurs incessantes et plusieurs crises (p. ex. le prétendu complot « papiste » de 1756), aucune mesure extrême ne fut prise ni aucune loi promulguée contre les catholiques. Une bonne mesure de la prospérité de l’Église en 1763 peut être attribuée aux fermes des jésuites des missions Saint-Paul à Goshehoppen (202 ha) et Saint-François-Régis à Conewago (49 ha), qui contribuèrent substantiellement au soutien des entreprises missionnaires de l’Église[50]. On a appelé l’histoire des jésuites celle de l’Église catholique naissante des colonies, car aucun autre organisme du clergé catholique, séculier ou régulier, n’apparut sur le terrain plus d’une décennie après la Révolution[51].

Relâchement de l’anticatholicisme pendant la période révolutionnaire.

Cet épisode de persécution intense du catholicisme prit fin durant la période révolutionnaire (1763-1820). Pour diverses raisons, l’ouverture des hostilités et le gain de l’indépendance forcèrent les protestants américains à tempérer, au moins officiellement, leur hostilité envers le catholicisme. Avec le relâchement des mesures pénales les visant, les catholiques poussèrent un grand soupir de soulagement, réaction légitime bien normale.

Toutefois, au lieu d’adopter un comportement conforme à la pureté de leur sainte foi, beaucoup de catholiques adoptèrent un style de vie ignorant ou minimisant les points de doctrine que le protestantisme attaquait. Ils fermèrent aussi les yeux sur le mal de l’hérésie protestante et de sa mentalité. Une telle attitude s’explique par le désir naturel d’obtenir le succès social et économique ; c’était néanmoins une attitude honteuse eu égard à la gloire de Dieu et à la doctrine selon laquelle l’Église catholique est la seule vraie religion.

La persistance et l’intensification de cette attitude catholique libérale engendrèrent une sorte de camaraderie entre catholiques et protestants comme tels. Ainsi, une première ébauche de mauvais œcuménisme s’instaura, où l’opposition doctrinale entre les deux religions était sous-évaluée et la satisfaction affective d’être, comme catholiques, acceptés dans une société majoritairement protestante, surévaluée.

Ces facteurs psychologiques aident à comprendre la première phase de l’implantation, chez nos ancêtres catholiques, de cette hérésie que le pape Léon XIII appela « américanisme ».

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SOCIÉTÉ

« Il a plu à Dieu qu’on ne pût faire aucun bien aux hommes

qu’en les aimant. » (P. LE PRÉVOST)

 

Le monde latin

Maciej Giertych[52]

Résumé : En bon disciple et traducteur de Feliks Koneczny d’une part, et fort de son expérience politique d’autre part, l’auteur a cherché comment faire progresser la civilisation européenne ou, plus exactement, « latine ». Il faudrait bien sûr préserver la pluralité d’États nationaux, voire en créer par scission négociée : l’unité dans une civilisation se fait par l’éthique commune et non par la suppression des frontières, toujours source de conflits ; mais une éthique respectant la loi naturelle. Le principe de subsidiarité, constitutif de la civilisation latine, implique de lutter contre le centralisme bureaucratique et contre l’étatisme, ne laissant aux États que leurs missions régaliennes. Telles sont quelques-unes des propositions découlant d’une analyse que partagent plusieurs penseurs et hommes politiques contemporains.

Évidemment, le monde que nous connaissons change. Certains changements sont prévisibles, d’autres, non. Je crois qu’il vaut la peine de voir comment les changements devraient se produire. Nous devons avoir un but. Il ne sera pas possible de tout réaliser, mais cela vaut la peine d’avoir un idéal vers lequel tendre.

Je suis un adepte de l’enseignement de Feliks Koneczny. J’accepte sa vision de la division du monde en civilisations et sa conviction que la synthèse entre civilisations est impossible.

 

Le multiculturalisme est manifestement un échec. L’idée que des civilisations différentes puissent coexister en paix, s’intégrer et s’enrichir mutuellement a échoué. Selon Koneczny, il y a actuellement neuf civilisations dans le monde (par ordre d’ancienneté) : chinoise, brahmane, juive, tibétaine, numidienne (berbère), touranienne (Russie, Turquie), byzantine (Prusse, Serbie), latine (le monde occidental) et arabe. Il n’y a aucune chance qu’elles puissent s’unifier.

En accord avec la thèse de Koneczny, des voix s’élèvent aujourd’hui pour défendre la pureté de la civilisation et sa prospérité.

C’est ainsi qu’il y a peu, Michael Jones a écrit que « la loi de la vie culturelle est soit d’occuper son propre territoire culturel, soit de le laisser occuper par des forces étrangères[53] ».

Soit une civilisation est en expansion, soit elle se rétrécit en se soumettant aux autres ; cela dépend de nous, la génération actuelle. Il ne faut pas avoir uniquement une attitude défensive concernant sa propre identité ; il faut aussi avoir la volonté de propager cette identité chez les autres peuples qui protègent mal leur propre civilisation. Je souhaite présenter un projet pour la défense et l’expansion de notre civilisation latine.

Pour commencer, mon projet comprend une coopération formelle des États et des nations de civilisation latine. Il est nécessaire d’avoir un accord sur la base des principes de cette civilisation. Il n’est pas question d’instaurer un État unique.

Tout au contraire, il faut maintenir le principe que les États sont nationaux, et donc que leur identité spécifique ne soit pas remise en question par leurs voisins.

Le premier et principal principe liant ces nations devrait être qu’il n’y ait pas de guerre entre elles et que tous les conflits soient réglés par négociation. Il faut des relations paisibles comme celles qui existent aujourd’hui entre l’Espagne et le Portugal ou entre les États-Unis et le Canada. Il peut arriver qu’une communauté parvienne à une conscience nationale et souhaite former un État indépendant. Si telle est la volonté de la majorité, cela devrait être accepté, mais la scission de l’État devrait se faire par référendum et négociation, comme ce fut le cas lors du divorce entre les Tchèques et les Slovaques.

Lorsque les civilisations sont différentes, comme par exemple dans l’ex-Yougoslavie où Slovènes et Croates sont latins et les Serbes byzantins, le divorce est violent et sanglant. Aujourd’hui, les hétérogènes Bosnie et Herzégovine comprennent des Croates et des Serbes, des catholiques, des orthodoxes et des musulmans. Je crois que si les Écossais, les Catalans ou les Québécois persistent dans leur désir de former des États séparés, cela se fera pacifiquement. En effet, la civilisation latine respecte les consciences nationales.

Le principe suivant, qui doit lier les nations de civilisation latine, est le respect d’une éthique unique et identique pour la vie privée, communale, nationale et internationale. Cette éthique doit être unique et doit s’appliquer à tout ce qui est fait. Dans la civilisation byzantine, l’État n’est pas contraint par l’éthique ; il doit réussir, ce qui lui donne le droit de s’affranchir de l’éthique. Les lois sont écrites pour servir l’intérêt de l’État et non pour satisfaire l’éthique. Dans un État de civilisation « touranienne », le dirigeant n’est pas astreint par l’éthique : sa volonté fait la loi.

Dans la civilisation juive, il y a beaucoup d’éthiques : une en Palestine, une autre dans la diaspora, une envers les coreligionnaires et une autre envers les Gentils. Nous-mêmes devons avoir une éthique unique en toutes circonstances ; mieux : nous devons exiger une éthique totale, obligatoire pour toutes les activités et dans tous les domaines.

Quelle sorte d’éthique faut-il ? Évidemment, l’éthique fondée sur la loi naturelle, dont la meilleure expression est celle de l’Église catholique. Beaucoup de pays protestants ignorent qu’ils acceptent au fond l’éthique de la loi naturelle. Aujourd’hui, nous constatons que des lois ne respectent pas la loi naturelle. Cela concerne aussi les pays catholiques.

Mais remarquons que les lois sur les droits des homosexuels, l’euthanasie et l’avortement invoquent la tolérance, la justice, l’égalité, la liberté, etc. donc des soucis éthiques et non pas l’intérêt de l’État, la volonté du dirigeant ou une attitude différente envers les étrangers. Ici, la forme de pensée du législateur est donc latine, bien que sa conscience éthique soit défectueuse. Aucune éthique civilisationnelle ne peut sortir de cette loi écrite. Avec des lois aberrantes, seule une amoralité, en fait une non-civilisation, peut émerger. En Chine, la politique de l’enfant unique vient des préoccupations de l’État. L’avortement était interdit dans l’Allemagne d’Hitler, mais encouragé dans la Pologne occupée (éthique double). Pour décharger l’État, les malades mentaux pouvaient être liquidés[54].

Il est important de distinguer entre une chose mala in se « mauvaise en soi » et mala quia prohibita « mauvaise parce qu’interdite ».

Évidemment, dans la civilisation latine, nous essayons de promulguer des lois, des interdictions et des obligations prenant en considération la loi naturelle et l’accord avec l’éthique. Nous changeons constamment la loi pour être en accord croissant avec l’éthique. Nous n’avons pas le droit de faire le mal même si la loi écrite le permet. Lorsque la loi est défectueuse, l’éthique passe avant la loi. En Allemagne, après la Seconde Guerre mondiale, les criminels de guerre se défendaient en disant qu’ils avaient simplement obéi aux ordres. Ainsi le seul coupable devenait Hitler.

Une telle défense était impensable chez nous, même dans la Pologne communiste. Aucun des tueurs de saint Jerzy Popieluszko ne s’est défendu par l’argument qu’on lui avait donné l’ordre de tuer.

Dans la civilisation latine règne le principe d’une double légalité : il y a une législation publique et une législation privée. En vertu de cette autonomie de la société civile, ses diverses institutions forment et écrivent librement leurs propres règlements internes, et ceci ne regarde pas l’État. Cela s’applique aux partis politiques, aux syndicats professionnels, universités, écoles privées, communautés ethniques, classes et à ces diverses organisations dont la pluralité est une des caractéristiques de la civilisation latine. Ce qu’on entend par « liberté », c’est cela et rien d’autre. Le droit public concerne les sujets intéressant tous les citoyens. Le droit d’un individu, d’une famille ou d’un groupe se termine là où commence le droit d’un autre. La structure d’une école de philatélie, ou d’un club sportif, d’un syndicat ou de la Sorbonne, ne devrait en rien concerner l’État[55].

De même, l’État ne devrait pas intervenir dans le fonctionnement des communautés religieuses, églises, couvents, paroisses et diocèses. C’est dans les États de civilisation byzantine que le principe cujus regio ejus religio, « à chaque région, sa religion », était obligatoire[56]. Dans les États latins prévaut la liberté religieuse.

Cependant, tout le monde, y compris l’immigrant d’une autre religion, doit respecter la loi publique qui défend, par exemple, le meurtre d’autrui, l’esclavage, les relations sexuelles avec des mineurs ou l’excision.

Dans le monde latin, nous reconnaissons deux autorités, la civile et la spirituelle. Les Églises ne devraient pas chercher à « cléricaliser » l’État. Cela conduirait à une socialisation alors que la civilisation latine est basée sur le personnalisme, sans la sacralisation que nous constatons dans les civilisations brahmane, arabe et juive. D’un autre côté, dans les civilisations touranienne et byzantine, l’État assujettit la religion. Dans la civilisation latine, on cherche à ce que ni l’État n’intervienne dans le fonctionnement des Églises, ni les Églises dans le travail de l’État. Cela concerne également la loi. La religion ne la détermine pas, contrairement à ce qui se fait dans les civilisations brahmane et juive. Mais cette réalité ne libère pas les Églises de l’obligation de définir ce qui est moral et ce qui ne l’est pas. Le pouvoir législatif a besoin de ces indications dans son travail quotidien. Nous visons à tout redresser et nous souhaitons le faire en accord avec l’éthique. C’est en ceci, en ceci seulement, que gît la suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir civil.

Il vaut peut-être la peine de rappeler, en passant, que le concubinage et la cohabitation sont des affaires privées, alors que le mariage est affaire publique et donc une affaire d’État. Celui-ci doit protéger l’institution du mariage sans se mêler de l’adultère. La monogamie à vie est un fondement de la civilisation latine ; il ne devrait pas exister d’approbation de la polygamie, occasionnelle ou permanente.

La légalité unique, qu’il s’agisse de la loi publique comme dans la civilisation byzantine ou de la loi privée dans les civilisations touranienne et chinoise, conduit à une mécanisation de la vie sociale. La forme devient plus importante que le contenu.

Dans la civilisation latine, il y a dualisme légal avec lois de l’État et des règles privées, ce qui favorise la vie organique de la société. Une législation du seul État conduit à la mécanisation et à la répression de la société civile.

Pour le bon fonctionnement de la société le pouvoir judiciaire doit être indépendant du pouvoir exécutif. Il ne peut pas être soumis à la volonté des dirigeants, ce que seule la civilisation latine assure[57]. Toutes les tentatives d’intervention de l’État dans le judiciaire et dans les poursuites sont des symptômes signalant l’influence de civilisations autres.

Dans la civilisation latine, l’unité est obtenue par la promotion de la diversité. Les civilisations byzantine et touranienne détestent la diversité : chez elles, tout doit ressembler au centre. La centralisation est le principal rôle des autorités dans ces civilisations.

Dans la nôtre, nous avons adopté le principe de subsidiarité. Le plus grand nombre possible de questions doit être traité au niveau le plus bas. Le département ne doit pas intervenir dans ce qui peut être résolu par la commune, la région par le département, l’État par la région. Le même principe s’applique aux unions d’États telles que l’Union Européenne : Bruxelles ne devrait pas s’occuper des questions pouvant être réglées par les États membres.

Officiellement, le principe de subsidiarité est obligatoire[58], cependant on observe beaucoup d’interventions des autorités de l’UE dans les affaires internes des pays membres. Ces interventions signalent l’influence de la civilisation byzantine, d’origine surtout germanique.

Il faut tout à l’inverse respecter l’autonomie des États membres comme celle des Länder (en Allemagne), des États (aux États-Unis), des comtés, des villes, des communes et même des familles. Nous devons fuir la centralisation !

Bien entendu, cette attitude conduit à des inégalités. Mais n’ayons pas peur de l’inégalité ! Au contraire, voyons-y un mécanisme de progrès. En observant ceux qui sont meilleurs, plus riches, plus sages, nous essayons de les imiter, voire de les dépasser, et ainsi le progrès est assuré. Cela est vrai pour les individus et les diverses communautés, y compris l’État. Suivez le champion ! Voilà quel devrait être le principal « cri de guerre » (slogan) de la civilisation latine.

Cela implique de faire confiance à l’individu, à la promotion du développement individuel de chacun. D’autres civilisations préfèrent le collectivisme.

Le principal rôle de l’État est d’assurer la sécurité intérieure et extérieure. L’État devrait chercher à ce qu’il y ait le plus grand nombre possible d’entités économiquement indépendantes et à empêcher que les plus faibles soient avalés par les plus forts. Dans la civilisation latine, toute autorité doit être au service de la société et avoir une attitude bienfaisante. Dans d’autres civilisations, la société est au service de l’État.

Dans la civilisation latine, toutes les fonctions étatiques et judiciaires devraient être dans les mains de gens qui acceptent cette civilisation, qu’ils y soient nés ou qu’ils l’aient assimilée.

Je propose la coopération entre les États de civilisation latine à une échelle globale. Je pense que cette union pourrait comprendre tous les pays des Amériques du Nord et du Sud, l’Australie, la Nouvelle Zélande et, évidemment, le berceau de cette civilisation, l’Europe de l’Ouest, en pratique l’Union Européenne. L’Allemagne soulève une difficulté spécifique. Pendant des siècles, l’Allemagne fut une zone de compétition entre les civilisations latine et byzantine.

Le cœur de la civilisation byzantine en Allemagne fut la Prusse. Ce furent les empereurs combattant les Papes à l’époque des Othon – et qui suivaient le byzantinisme (sous l’influence de Théophano Skleraina (v. 955-991), une princesse byzantine qui régna avec Othon II puis fut régente et imposa aux Allemands son style de cour) – aussi bien que les Chevaliers teutoniques – qui apportèrent des idées byzantines de l’Est – qui ont donné à la Prusse ses normes de civilisation. La civilisation byzantine s’y est épanouie. Elle atteignit son apogée à l’époque de Bismarck avec le centralisme, le militarisme et le culte de l’État.

D’un autre côté, la civilisation latine domine en Bavière et dans les pays du Rhin [au catholicisme très présent] ; elle est représentée par Benoît XVI et Konrad Adenauer, l’un des fondateurs de l’Union Européenne.

Après la chute de l’Allemagne de l’Est et l’exode massif des gens de l’Est vers l’Ouest, les influences byzantines (prussiennes) ont diminué en Allemagne. Espérons que les Allemands se montreront capables de s’intégrer dans l’union latine. Il est cependant certain que les Russes et les Turcs, qui persévèrent dans la civilisation touranienne, ne s’intègreront pas.

Cette union devrait être ouverte aux pays postcoloniaux d’Afrique ou d’Asie, qui seraient capables de respecter les normes obligatoires de l’Union, telles qu’elles ont été définies plus haut. Cela pourrait concerner des pays comme la Tanzanie ou les Philippines.

Je dois mentionner un autre sujet. Dans la liste des normes, je n’ai pas mentionné la démocratie. Il y a des pays qui ont été dirigés de façon dictatoriale et qui, néanmoins, sont restés dans la civilisation latine : on peut citer l’Espagne de Franco, le Portugal de Salazar ou le Chili de Pinochet. Dans le passé, le monde latin n’a pas toujours été démocratique, alors qu’aujourd’hui nous prenons ce système représentatif comme une norme. Nous voudrions voir les dirigeants choisis par la volonté du peuple.

La construction d’une telle union est-elle réaliste ? Je le crois au vu de l’échec de l’idéologie multiculturelle et de l’augmentation des conflits de civilisation. Sont symptomatiques des projets tels que le NAFTA (North America Free Trade Association), le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership) ou le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement[59]. Diverses voix dans cette direction se sont manifestées récemment.

Le cardinal Arinze, du Nigeria, a déclaré dans un récent entretien : « Il y a aussi le défi de la religion et de la vie publique. Nous ne voulons pas mélanger religion et politique, mais nos convictions religieuses devraient influencer notre vie publique, nos principes, nos motifs, l’idéal qui informe notre vie. Les vertus chrétiennes de solidarité, d’entraide et de subsidiarité (où l’organisme supérieur ne se mêle pas de ce que l’organisme inférieur, la famille par exemple, peut faire tout seul) doivent être développées[60]. »

Michael Jones, éditeur de Culture Wars, écrit : « Notre seule défense contre le règne du riche et de la minorité puissante est la loi morale, avec un gouvernement voulant reconnaître la loi morale comme la seule base d’un ordre social juste[61]. »

Le Premier ministre de Hongrie, Victor Orban, a déclaré le 6 septembre 2016, lors du 26e Forum économique de Krynica : « Nous avons une excellente occasion, maintenant que l’Europe doit constater ses erreurs, de dire que l’identité est importante, avec les valeurs nationales et religieuses. Elles doivent être protégées et inscrites dans les documents européens[62]. »

À cette même conférence de Krynica, le célèbre cinéaste polonais Krzysztof Zanussi a prédit un retour du christianisme en Europe, parce que « les projets concurrents de restauration du monde, les diverses sources d’espoir sont morts, mais l’Évangile demeure[63] ».

Dans The Fatima Crusader (n° 116, automne 2016), il est écrit : « L’Islam est en guerre contre l’Ouest, pas contre une nation occidentale particulière, mais contre l’entière culture de l’Europe et des Amériques. »

Commentant le Brexit, le journaliste italien Enza Ferreri a écrit : « Si le vote du Brexit pouvait être un choc pour le système et le guider vers l’idéal chrétien originel de l’unité de l’Europe, il pourrait s’avérer une bonne chose[64]. »

Le journaliste américain Patrick Buchanan, après avoir analysé divers maux du monde d’aujourd’hui, conclut : « Quel est l’enjeu ici ? Finalement, c’est la civilisation occidentale[65]. »

Ces voix et d’autres semblables montrent que les élites chrétiennes sont de plus en plus conscientes de la nécessité de défendre la civilisation latine. Cela vaut la peine de le faire ensemble et à l’échelle globale. 

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La Taqiya[66]

Annie Laurent[67]

Présentation : Nous avons tendance à considérer qu’un homme honnête doit être véridique et fiable. S’il s’est trouvé à Rome des chrétiens pour brûler de l’encens devant la statue de l’empereur, l’Église ne les a jamais approuvés et leur imposait même une lourde pénitence avant de les réadmettre en son sein. Or ce principe connaît une dérogation en islam : la taqiya « dissimulation », ou parfois la ketman « restriction mentale ». Cette pratique est ancienne puisque le Coran la mentionne à deux reprises. Le Coran permet donc la dissimulation à l’égard d’infidèles en position de force, dès lors qu’elle procure un avantage (échapper à la persécution, obtenir une protection). Au VIIe siècle, les chiites persécutés par les sunnites firent même de la taqiya une obligation religieuse. Cela revient à dire qu’un musulman peut ou même doit dissimuler sa pensée en s’adressant à un adversaire (soit un incroyant, soit un hérétique), dès lors qu’il est avantageux pour lui-même (individuellement) ou pour l’Islam (collectivement) d’agir ainsi. Il y a là un point fondamental, capable d’empêcher toute confiance mutuelle vraie, ce qui porte à conséquences tant dans les rapports personnels que dans les relations collectives, notamment entre les chrétiens et les musulmans.

L’islam interdit formellement aux musulmans de renoncer à leur religion, sous peine de châtiments divins et de malédictions éternelles (cf. Coran, sourate 2, verset 217 ; 3, 87 ; 4, 115 et 16, 106). Les musulmans ne peuvent donc, en principe, dissimuler leur identité religieuse et travestir leurs croyances.

Cependant, le Coran et la tradition prophétique (la Sunna) ouvrent la voie à des dérogations quant au caractère absolu de la croyance dans le Dieu de l’islam et surtout quant à l’obligation de son attestation publique, ainsi qu’à l’observance du culte ou de la loi islamique (la charia).

De tout temps et selon des formes variées, des oulémas « docteurs de la Loi » ont légitimé la pratique de la taqiya « dissimulation », que l’on appelle aussi ketman, « secret ou restriction mentale ». Ces agissements se sont manifestés en diverses circonstances historiques et retrouvent une certaine actualité de nos jours.

Le Coran contient deux passages sur lesquels s’appuient les théoriciens de la taqiya. Ces passages correspondent à deux types de situations particulières :

1/ « Celui qui renie Dieu après avoir eu foi en Lui – excepté celui qui a subi la contrainte et dont le cœur reste paisible en sa foi –, ceux dont la poitrine s’est ouverte à l’impiété, sur ceux-là tomberont le courroux de Dieu et un tourment terrible » (16, 106).

Dans ce verset, pour notre sujet, c’est l’incise qui compte (soulignée). La taqiya est donc autorisée en cas de contrainte extérieure, quelle qu’en soit la forme : persécution, menace sur la vie, absence de liberté religieuse (de conscience et de culte), etc.

2/ « Que les croyants ne prennent pas pour alliés des infidèles au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion d’Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux. Allah vous met en garde à l’égard de Lui-même. Et c’est à Allah le retour. Dis : Que vous cachiez ce qui est dans vos poitrines ou bien que vous le divulguiez, Allah le sait. Il connaît tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. Allah est omnipotent » (3, 28-29).

Les deux membres de phrases soulignés sont manifestement importants. Comme ailleurs dans le Coran, Dieu recommande ici aux musulmans (eux seuls sont qualifiés de « croyants ») de ne pas entretenir de relations d’amitié ou de sujétion avec les non-musulmans (cf. 3, 118 ; 5, 51 ; 9, 23 ; 60, 13), mais il autorise des dérogations à ce principe lorsque les « croyants » sont en danger face à des « infidèles ». La sécurité ou le besoin de se faire accepter priment alors sur l’affirmation de la religion.

En fait, dans de telles situations, ce qui compte, c’est l’intention du musulman ou la réalité intime de sa croyance. Peu importe alors la profession de foi publique puisque Dieu connaît les dispositions des cœurs et les pensées.

Telles sont les sources qui fondent la doctrine de la dissimulation, en matière de religion islamique et de tout ce qui peut lui être connexe. La validité du recours à la taqiya a été confirmée et précisée par les oulémas « docteurs de la Loi » dès les débuts de l’islam, notamment par Tabarî (m. 923).

Il en résulte qu’un musulman peut abjurer extérieurement ses croyances, professer publiquement une autre religion, accepter d’être réputé non-musulman ou renoncer aux exigences cultuelles et législatives conformes à l’islam, tout cela s’il se trouve dans des conditions qu’il estime être de contrainte justifiant une telle attitude. Si l’on veut comparer avec la position chrétienne sur ce sujet, il convient de se référer à une parole de Jésus-Christ dans l’Évangile : « Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera » (Mc 8, 35).

La taqiya a donc toujours existé dans l’Oumma « la Communauté des musulmans », mais elle s’est d’abord surtout développée en milieu chiite, ceci pour des raisons de nécessité, suite à la « Grande discorde » (Fitna) qui a engendré au VIIe siècle le clivage avec l’islam sunnite (cf. PFV n° 109, ancienne série). Depuis cette rupture, les sunnites ont le plus souvent gouverné l’Oumma. Durant ces périodes, les chiites, toujours minoritaires, ont recouru à la taqiya pour défendre leur identité, souvent niée par l’autorité qui les assimilait au sunnisme, ou pour échapper aux persécutions. Les imams chiites ont justifié, et même conceptualisé, cette pratique, qui a dès lors été comprise comme une obligation de conscience, donc comme faisant partie de la religion musulmane. Tous les traités chiites contiennent un chapitre spécial, intitulé « Livre de la taqiya ».

Selon Sami Aldeeb Abou-Sahlieh, professeur de droit islamique à l’université de Lausanne, la tradition chiite rapporte trois cents récits dans ce sens. En voici un aperçu :

« La dissimulation fait partie de ma religion et de la religion de mes ancêtres » ;

« Si tu agis par dissimulation, ils ne pourront rien contre toi. La dissimulation sera une forteresse pour toi et servira de digue entre toi et les ennemis de Dieu, qu’ils ne pourront jamais percer. Si tu dis que celui qui abandonne la dissimulation est comme celui qui abandonne la prière, alors tu dis la vérité » ;

« La dissimulation est le meilleur des actes du croyant parce qu’elle sert à le sauvegarder et à sauvegarder ses frères des impies. » (Cf. Le Secret entre droit et religion, 2004, diffusion Internet).

Henri Lammens (1862-1937), jésuite belge, orientaliste arabisant de renom établi au Liban, a écrit à ce sujet :

« Parmi les adversaires de ses croyances, il [le chiite] peut parler et se conduire comme s’il était un des leurs. En agissant de la sorte, en prêtant, s’il le faut, des faux témoignages et des faux serments, quand l’intérêt de la communauté l’exige, ou simplement en vue d’un avantage personnel, il croit obéir à l’ordre de l’imam suprême. »

Et de commenter :

« Inutile de relever les conséquences morales de cette théorie, de cette loi du secret, laquelle entretient et légitime une perpétuelle équivoque et rend les chiites impénétrables[68]. »

À l’instar des chiites, les adeptes de confessions dissidentes du chiisme (alaouites, alévis, druzes, ismaéliens) ressortissants d’un califat ou d’un État sunnite, parce que minoritaires, ésotériques, considérés comme hérétiques et donc maltraités pour ces motifs, ont le devoir de pratiquer la taqiya pour se protéger, en tant qu’individus et communautés. On retrouve cette situation chez les bahaïs dans la République islamique d’Iran, chiite. Ces minorités recourent par ailleurs à la taqiya lorsqu’elles ont besoin de légitimer une position dominante qu’elles ont pu acquérir.

Ainsi, quand Hafez El-Assad (père de Bachar, l’actuel président syrien), membre de la communauté alaouite, s’est emparé du pouvoir à Damas, en 1970, il a multiplié les gestes destinés à se faire passer pour un musulman orthodoxe aux yeux du monde sunnite (prière rituelle à la mosquée des Omeyyades à Damas, fatwa de l’imam libanais chiite Moussa Sadr reconnaissant l’appartenance des alaouites à l’islam, construction d’une mosquée à Qardaha, le village natal des Assad, alors que traditionnellement les alaouites ne prient pas dans des mosquées, etc.). La taqiya existe donc au sein du milieu islamique, et pas seulement dans un contexte non-musulman.

Les musulmans sunnites ne rejettent pas la taqiya, mais elle n’est pour eux qu’une permission. Ils s’appuient sur des enseignements dispensés par certains de leurs oulémas, tel que celui-ci : « El-Chawkani dit que celui qui devient mécréant sous la menace de mort ne commet point de péché si son cœur est tranquille dans la foi » (S.-A. ABOU-SAHLIEH, op. cit.).

La taqiya a été observée légitimement par les Morisques vivant sous un pouvoir chrétien en Andalousie. Ainsi, en 1504, le mufti Ahmed Ibn Jumaïra publia une fatwa « avis juridique » donnant des consignes précises à ce sujet. Si les chrétiens obligeaient les musulmans à injurier Mahomet, ils devaient le faire en pensant que cette parole était prononcée par Satan. S’ils étaient obligés de boire du vin ou de manger du porc, ils pouvaient le faire, mais en sachant que c’était un acte impur et à condition de le condamner mentalement. S’ils étaient forcés de renier leur foi, ils devaient essayer d’être évasifs ; si on les pressait, ils devaient intérieurement nier ce qu’on les obligeait à dire.

De nos jours, les musulmans sont présents sur tous les continents. Vivants en dehors de leurs territoires traditionnels, ils sont donc sur des « terres de mécréance » (Dar el-Kufr) où il leur est permis, voire recommandé, de pratiquer la taqiya, mais sous une autre forme, à titre individuel ou collectif.

Il s’agit de s’adapter extérieurement au contexte en respectant les lois, principes et habitudes des pays concernés, tant que les circonstances ne sont pas favorables à l’instauration de l’islam comme religion dominante et à la pleine application de la charia.

L’esquive consiste à utiliser un vocabulaire qui plaît aux Occidentaux pour décrire l’islam comme une religion inoffensive, apportant « la paix, la tolérance et l’amour ». Certaines personnalités musulmanes profitent de l’ignorance de leurs interlocuteurs non-musulmans pour faire passer des messages tronqués quant à l’enseignement véritable de l’islam, en particulier sur certains sujets sensibles : violence, liberté de conscience, droits de l’homme, statut de la femme, respect des non-musulmans, égalité entre les hommes, etc.

Ces personnalités utilisent dans ce but les tribunes qui leur sont ouvertes dans la presse ou même les rencontres de dialogue interreligieux. Il s’agit en réalité de rassurer les non-musulmans quant aux valeurs libérales et pacifiques de l’islam, en présentant les comportements moralement inacceptables comme étant des dérives, des déformations, voire des trahisons de la religion musulmane. On peut comparer cette attitude avec la parole du Christ : « Que votre langage soit : “Oui ? oui”, “Non ? non” » (Mt 5, 37).

Imam de la grande mosquée de Bordeaux, ancien militant de l’Union des Organisations islamiques de France (UOIF, d’obédience Frères musulmans), Tareq Oubrou préconise pour les musulmans d’Europe l’acceptation d’une « charia de minorité ». Pour lui, « il s’agit de mettre en relation la norme avec la réalité concrète, tout en restant fidèle aux méthodes qui régissent l’application de la charia à la réalité […]. Cela permet l’élaboration d’un canonisme mobile[69]».

D’après l’islamologue Dominique Urvoy, cette position est à comprendre comme une application de la taqiya :

« Tareq Oubrou adopte constamment cette ligne d’action : il affirme qu’il est possible de tout résoudre ponctuellement par des fatwas ; si une règle démocratique va à l’encontre de la règle islamique, on peut abroger cette dernière momentanément, mais on la rétablira le jour où… On met les choses en veilleuse, mais il s’agit bien de les réactiver tôt ou tard, et cela parce que le Coran est considéré comme étant la parole incréée de Dieu ; par exemple, le djihad, auquel les musulmans doivent renoncer quand ils vivent en Occident, ou auquel ils doivent donner une dimension exclusivement intérieure, mais qu’ils ont le devoir de rétablir dès que cela sera possible[70]. »

Un jugement identique peut être porté sur les positions de Tariq Ramadan, universitaire suisse d’ascendance égyptienne, petit-fils par sa mère d’Hassan El-Banna, le fondateur des Frères musulmans. Ramadan joue habilement, dans ses livres et ses conférences, sur certains concepts et mots familiers aux Européens. En voici deux exemples :

  1. Le « réformisme », qui évoque en Occident la modernisation de la pensée, est le plus souvent compris dans l’Islam comme l’islamisation de la modernité ;
  2. Le « témoignage », vocable à connotation pacifique et respectable, sert à promouvoir l’instauration d’une société régie par les sources scripturaires de l’islam, Coran et Sunna, dans une Europe déchristianisée et sécularisée.

Pour T. Ramadan, Dieu a établi des musulmans sur le Vieux Continent afin de le régénérer dans tous les domaines. Il estime que l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne a un rôle à jouer dans cette mission : « L’islam est une religion européenne de fait, et la Turquie habite culturellement, politiquement et économiquement, son avenir » (Le Monde, 17 avril 2009).

Après l’avoir longtemps soutenu, le père Christian Delorme, prêtre lyonnais, a écrit à son sujet :

« Je me demande si le discours de Tariq Ramadan, qui déprécie constamment la culture occidentale, va dans le sens d’une réelle intégration des jeunes musulmans » (Le Monde, 29 septembre 2000) ;

« Je suis aujourd’hui convaincu, et j’ai mis du temps à le comprendre, que la pensée et l’action de T. Ramadan sont dangereuses […].

Il sait charmer son auditoire, mais en réalité il veut une séparation des musulmans d’avec les autres communautés[71]. »

En 2003, l’universitaire Dominique Avon, après avoir analysé l’œuvre de Ramadan, a publié ses conclusions dans la revue Nunc dédiée à l’anthropologie, à la philosophie et à la théologie.

« Son projet consiste à faire émerger un corpus universel (valeurs, devoirs, droits) à partir de la source islamique vouée à se substituer aux notions historiquement formulées en Europe, en Amérique du Nord, à leurs références législatives et juridiques qui les inspirent » (n° 4, octobre 2003).

Pour évaluer l’opportunité du recours à la taqiya et en doser l’usage, les musulmans sont donc en principe invités à tenir compte des rapports de forces dans les lieux où ils vivent. Selon Marie-Thérèse Urvoy, professeur d’islamologie à l’Institut catholique de Toulouse, la dissimulation « est connaturelle à l’islam primitif, du vivant du Prophète, et […] les musulmans n’en sont dispensés que lorsqu’ils sont en situation de supériorité, lorsque “Dieu leur donne la puissance”[72] ».

Il faut enfin souligner que, face aux horreurs commises par des djihadistes, dont souffrent également d’autres fidèles de l’islam, certains intellectuels, dirigeants politiques[73] et responsables religieux musulmans dénoncent aujourd’hui l’utilisation de la taqiya, demandant un examen lucide des textes sacrés sur lesquels se fondent les adeptes de la violence (Cf. PFV n° 30-31-32).

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Annexe 1. Petite leçon de taqiya pratique[74]

Les circonstances ont fait que j’ai été amené à aider une famille d’Irakiens chrétiens qui ont fui Mossoul à la dernière extrémité. Lui médecin hospitalier, sa jeune épouse pharmacienne hospitalière et la maman professeur de physique-chimie, son mari et son fils aîné ayant été tués par les assassins de l’État islamique. Tous les trois ont un bon niveau de formation, mais sont anglophones. Je leur ai trouvé dans une université d’une grande ville de province des cours de français ; ils sont dans trois cours différents eu égard à des niveaux de maîtrise différents de notre langue. Or, dans ces cours, se trouvent des Syriens et des Maghrébins musulmans.

Alors que surviennent les attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Les professeurs en profitent, d’une façon qui n’est pas illégitime, pour s’entretenir avec les étudiants sur les événements. Le discours se fait gentiment consensuel et, bien entendu, leur administre du « pas d’amalgame » additionné d’une pincée de république et d’un zeste de laïcité. Et voilà nos musulmans d’enchérir ouvertement sur le scandale inacceptable de ces attentats avec force protestation de loyalisme à l’égard de la France !

C’est là que le témoignage de ces chrétiens prend tout son poids. Par la suite, dans les conversations privées, avec mes amis chrétiens, le discours des mêmes (en arabe) change du tout au tout, même à l’égard de celle qui porte le signe des chrétiens.

En substance, le propos est le suivant : « On les a mis à genoux, la France est à notre merci ! » et le reste est tout entier constitué par le mépris du pays d’accueil. Cela dans trois cours différents avec une similitude de langage qui ne saurait être le fruit du hasard.

Me rapportant ces propos, nos malheureux amis étaient bouleversés. Voilà donc que l’horrible scénario, vécu par eux il y a un peu plus d’un an en Irak, risquait de se reproduire et, me disaient-ils : « S’ils deviennent majoritaires, devrons-nous fuir de nouveau ? »

Taqiya donc, dissimulation en public en terre de mécréance, mais aussi et surtout, la question qui se pose est : quelle différence entre islam et islamisme ? Seulement celui du passage à l’acte ? Je laisse à chacun le soin d’en juger. Pour ma part, c’est déjà fait. (Olivier PICHON).

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Annexe 2. À propos d’un communiqué du CFCM[75]

Afin de faire croire que la décapitation du prêtre de l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray n’a rien à voir avec l’islam, les membres du Conseil Français du Culte Musulman ont publié, le 28 juillet 2016, un communiqué dans lequel un texte islamique a été travesti.

J’aimerais signaler que le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) a menti aux Français dans son communiqué appelant les musulmans à se rendre le dimanche dans les églises pour soutenir les chrétiens en deuil suite à la décapitation d’un prêtre catholique.

Le père Jacques Hamel a été décapité à l’intérieur-même de l’église Saint-Étienne-du-Rouvray, à Rouen, après avoir été forcé de se mettre à genoux, comme pour les exécutions que nous avons vues ces dernières années en Syrie ou en Irak. L’attentat a été revendiqué par l’État Islamique.

Le Figaro a publié cet appel du CFCM, mais pas un de ses journalistes n’a pris la peine de procéder à une vérification qui lui aurait permis de constater que le CFCM ment[76]. D’autres journaux français ont publié ce communiqué, sans procéder à la moindre investigation.

Dans son communiqué, le CFCM invite « les responsables de mosquées, les imams et les fidèles à rendre visite aux églises qui leur sont proches, notamment à l’occasion de la messe du dimanche matin, pour exprimer à nouveau à nos frères chrétiens la solidarité et la compassion des musulmans de France ».

À l’appui de sa demande, le CFCM cite un hadith [« communication orale » de Mahomet transmise par ses fidèles] truqué. Voici le hadith tel qu’il est cité par le CFCM :

« Celui qui fait du mal injustement à un juif ou à un chrétien me trouvera en adversaire le jour du jugement dernier. » Voici maintenant ce hadith traduit fidèlement : « Celui qui nuit à un dhimmi me nuit, et celui qui me nuit me trouvera son adversaire le jour de la résurrection. »

Or un dhimmi [« protégé tributaire »] est un chrétien ou un juif qui paie la capitation aux musulmans, ce fameux « impôt » de la jizya, que les musulmans ne paient pas, ce qui leur permet de vivre sur le dos des chrétiens et des juifs dominés par eux. Ces Messieurs du CFCM ont donc truqué un hadith pour gruger les Français et leur faire croire que Mahomet ne voulait aucun mal aux juifs et aux chrétiens, alors qu’il s’agit uniquement des juifs et des chrétiens qui vivent sous le joug de l’islam, et qui sont dûment victimes d’extorsion par les musulmans.

En fait, le CFCM ment doublement : 1/ En citant un hadith travesti par ses soins. 2/ En présentant comme un hadith de Mouslim une citation qui ne figure dans aucun recueil des hadîths de Mouslim. Ce hadith figure dans d’autres recueils, mais il n’est pas classé authentique.

Au contraire, il figure parmi les hadîths dont la chaîne de transmission est considérée comme faible [donc sujette à caution]. Or pour être valide et pouvoir être cité publiquement à la décharge de l’islam, un hadith doit être classé authentique et figurer dans les recueils de l’auteur auquel on l’attribue (Mouslim, en l’occurrence, auteur de volumineux recueils de hadîths). Et surtout, la traduction du hadith en français ne doit pas être trafiquée !

Précisons qu’il existe un hadith classé authentique sur ce même thème, que le CFCM n’a pas cité : « Qui tue une personne ayant signé un pacte avec les musulmans ne sentira pas l’odeur du paradis, bien que son odeur soit perceptible à une distance de 40 ans[77] » (Hadith authentique de Boukhâri 3 166, livre 58, hadith n° 8).

Là encore, ce hadith parle d’une personne non-musulmane à laquelle les musulmans ont imposé un pacte, donc un dhimmi, qui représente une source de revenus pour les musulmans. Or il est logique que Mahomet ne veuille pas que sa source de revenus se tarisse. Cela ne veut pas dire que le statut de dhimmi est sécurisant, car un « protégé tributaire » n’est laissé en vie que tant qu’il est utile aux musulmans. La dhimmitude est un statut provisoire : il peut durer des années, des décennies même, mais il reste un statut provisoire, car, à terme, le but est de combattre jusqu’à ce que l’islam triomphe partout sur la terre, et que « le culte soit rendu à Allah seul » (sourate 8, verset 40).

De plus, le CFCM feint d’ignorer qu’un musulman n’a pas le droit d’entrer dans une église, sauf par taqiya, pour rassurer les chrétiens par exemple, ou pour infiltrer un milieu chrétien. Un musulman peut également entrer dans une église pour tuer des chrétiens.

Le jihad rend licite tout ce qui est en principe illicite. « Ô croyants ! Ne prenez point pour amis les juifs et les chrétiens, ils sont amis les uns des autres. Celui qui les prend pour amis est des leurs » (sourate 5, verset 56).

On peut également feindre l’amitié avec les chrétiens pour se prémunir contre eux, ce qui correspond à la situation actuelle en France. L’islam est en train d’être démasqué alors que les musulmans ne sont pas encore majoritaires. Donc il est urgent que les musulmans réajustent le tir en amadouant les chrétiens et les autres non-musulmans, car ils sentent que la coupe est pleine et ont besoin de gagner du temps, jusqu’à ce qu’ils deviennent majoritaires.

Cette attitude se base sur le verset 28 de la sourate 3 du Coran : « Que les croyants ne prennent point pour alliés des infidèles plutôt que des croyants. Ceux qui le feraient ne doivent rien espérer de Dieu, à moins que vous n’ayez à vous prémunir contre eux. »

Pour finir, j’aimerais signaler cette autre tentative d’enfumage du CFCM, qui appelle l’ensemble des quelque 2 500 mosquées de France « à saisir l’occasion du prêche de la prière de vendredi prochain pour évoquer la place prépondérante qu’occupe dans la religion musulmane le respect des autres religions, ainsi que le respect des hommes de foi qui les portent ».

Vous aurez remarqué que le CFCM ne pousse pas l’amour, la paix et la tolérance musulmans jusqu’à demander que l’on prie dans les mosquées pour le repos de l’âme de ce prêtre, ou pour les victimes des autres attentats perpétrés par des musulmans. Car il est interdit pour un musulman de prier pour l’âme d’un défunt non-musulman : « Il ne sied point au prophète ni aux croyants [musulmans] d’implorer le pardon de Dieu pour les idolâtres [non-musulmans], lorsqu’il est devenu évident qu’ils seront livrés au feu » (sourate 9, verset 114).

Autrement dit, un musulman peut prier pour un non-musulman vivant, dans l’espoir qu’il se convertisse à l’islam. Mais si le non-musulman est mort dans la mécréance, alors qu’il avait eu connaissance de l’islam mais ne s’y était pas converti, il n’est plus possible de prier pour lui, car sa destination est l’enfer, ce dont il a été averti quand il était encore en vie.

Il est logique que les musulmans ne puissent pas prier pour ceux que le Coran leur ordonne d’exterminer[78], et qu’ils insultent 17 fois par jour dans leurs prières, chaque jour de leur vie[79]. Cette question se posa suite aux attentats de Bruxelles, en mars 2016. Le Conseil des Imams Belges refusa de prier pour les âmes des victimes non-musulmanes. Le sheikh Abdelhadi Sewif, imam de la grande mosquée de Bruxelles, a précisé :

« Nous ne pouvons pas prier pour l’âme des non-musulmans, mais si nous devons le faire, nous ne sommes pas tenus d’appeler ça une prière. Nous pouvons l’appeler autrement, par exemple : solidarité avec les familles des victimes. Nous pouvons les soutenir, mais pas prier pour leurs morts. »

Voici ce que déclare l’imam Mohammad Ghali : « Certains disent que prier pour l’âme des non-musulmans est prohibé, mais comme les victimes de cet attentat sont des musulmans et des non-musulmans, nous demandons pour tous la paix, la miséricorde, et la santé[80]. »

La santé ? Ça ne m’a pas l’air d’une prière pour les morts. En revanche, les imams prient pour l’âme des musulmans qui commettent les attentats terroristes.

Et bien qu’ils nous martèlent que ces terroristes n’ont strictement rien à voir avec l’islam, ils les enterrent invariablement selon le rite musulman, et toujours dans des cimetières musulmans. (Eva).

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Annexe 3. Sur l’étonnante exhortation du Président Al-Sissi, prononcée le 28 décembre 2014 devant les oulémas de l’université Al-Azhar, au Caire.

Le maréchal Al-Sissi incita les oulémas à une véritable transformation de l’islam (il a même employé le mot de « révolution »). Dans un contexte politique tendu, avec sa lutte déterminée contre les Frères Musulmans, il est difficile de croire de sa part à un acte de taqiya. En tous cas, ce n’est pas ainsi que les coptes d’Égypte l’ont compris. Il convient de souligner que l’université Al-Azhar est la plus haute autorité intellectuelle et morale de l’islam sunnite. Voici quelques extraits de l’exhortation du Président égyptien : « Ce corpus de textes et d’idées que nous avons sacralisé depuis de nombreuses années, au point que s’en éloigner est devenu presque impossible, suscite à notre égard l’hostilité du monde entier. »

« Il est impossible que la pensée que nous tenons pour la plus sacrée puisse faire de l’entière communauté des croyants une source d’anxiété, de danger, de meurtre et de destruction pour le reste du monde. » « Est-il concevable que 1,6 milliard de personnes puissent penser qu’ils doivent tuer les autres membres de l’humanité, qui compte sept milliards de personnes, aux fins de pouvoir vivre ?… Je dis ces mots ici, à Al Azhar, devant cette assemblée d’oulémas… Tout ce que je vous dis, vous ne pouvez pas le comprendre si vous restez coincés dans cet état d’esprit. Vous devez sortir de ce que vous êtes pour être en mesure d’observer et de réfléchir dans une perspective plus éclairée.

Je dis et je répète que nous sommes face au besoin d’une révolution religieuse. Vous, les imams, êtes responsables devant Dieu. Le monde entier, je le répète, le monde entier attend votre prochain mouvement… car la communauté des croyants est ravagée, détruite ; elle est perdue, et elle l’est à cause de nous ! »

Ces fortes paroles semblent avoir porté quelques fruits. En effet un événement surprenant vient de se produire : « Un Égyptien de confession musulmane a été condamné à mort jeudi par un tribunal d’Alexandrie pour le meurtre d’un concitoyen chrétien qui vendait des boissons alcoolisées, ont indiqué des responsables de la sécurité et de la justice. La cour d’Alexandrie a émis son verdict – qui peut encore faire l’objet d’un appel – après avoir consulté le grand mufti d’Égypte (cheikh Shawki Allam), chargé d’interpréter la loi musulmane auprès des autorités, mais dont l’avis n’est pas contraignant et qui avalise généralement les peines capitales. Adel Abou al-Nour el-Sayed, 50 ans, était accusé d’avoir tué le 2 janvier dans la ville d’Alexandrie Youssef Lamei, un Copte de 61 ans. Il s’était approché du sexagénaire assis devant son magasin de boissons alcoolisées et lui avait tranché la gorge, a indiqué à l’AFP Tony Youssef, le fils de la victime qui a assisté à la scène. Sayed, arborant une longue barbe à la manière des musulmans fondamentalistes, avait affirmé à la cour pendant le procès qu’il tuerait tous les vendeurs d’alcool s’il le pouvait, selon des sources judiciaires. L’accusé était présent à la cour jeudi, a indiqué une source de la sécurité. » (Source : L’Orient-Le Jour, 9 mars 2017, cité par L’Observatoire de la Christianophobie du 10 mars)****

REGARD SUR LA CRÉATION

« Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu,

sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil nu

quand on Le considère dans ses ouvrages. » (Rm 1, 20)

Ces « arbres qui se déplacent » : des « hommes arbres » au « palmier qui marche ».

Claude Timmerman

Résumé : Il existe maintes légendes d’hommes-arbres ou d’arbres qui marchent. Derrière ces légendes se trouvent des réalités biologiques. Ainsi une anomalie génétique provoque la croissance de fibres kératineuses sur les mains et les pieds. Cette sorte d’écorce fait donc des « hommes-arbres », dont certains ont pu être opérés. Les forêts qui se déplacent, chantées par Ovide dans ses Métamorphoses ou par Shakespeare dans Macbeth, correspondent également, mais à petite échelle et très lentement, à des processus naturels, tels le marcottage naturel, les drageons et l’étonnant « palmier à échasses ». Cet arbre, dont les racines ont une partie aérienne pouvant atteindre deux mètres, donne l’impression qu’il peut marcher, mais c’est une illusion.

Depuis la plus haute antiquité, les mythes grecs, celtes ou indiens font référence à des « hommes arbres » et à des arbres qui se déplacent…

La frontière devient mince alors entre l’homme « végétalisé »… et le végétal « humanisé » à qui l’on prête des capacités très anthropomorphes d’action ou de raisonnement…

Ovide dans ses Métamorphoses [X, 86-105] évoque cette humanisation des végétaux qui accourent dans la plaine charmés par la lyre d’Orphée :

« Une colline à son sommet se terminait en plaine.

Elle était couverte d’un gazon toujours vert ; mais c’était un lieu sans ombre. Dès que le chantre immortel, fils des dieux, s’y fut assis, et qu’il eut agité les cordes de sa lyre, l’ombre vint d’elle-même. Attirés par la voix d’Orphée, les arbres accoururent ; on y vit soudain le chêne de Chaonie, le peuplier célèbre par les pleurs des Héliades, le hêtre dont le haut feuillage est balancé dans les airs, le tilleul à l’ombrage frais, le coudrier noueux, le chaste laurier, le noisetier fragile ; on y vit le frêne qui sert à façonner

les lances des combats, le sapin qui n’a point de nœuds, l’yeuse courbée sous ses fruits, le platane dont l’ombre est chère aux amants, l’érable marqué de diverses couleurs, le saule qui se plaît sur le bord des fontaines, l’aquatique lotus, le buis dont la verdure brave les hivers, la bruyère légère, le myrte à deux couleurs, le figuier aux fruits savoureux. Vous accourûtes aussi, lierres aux bras flexibles, et avec vous parurent le pampre amoureux et le robuste ormeau qu’embrasse la vigne. La lyre attire enfin l’arbre d’où la poix découle, l’arbousier aux fruits rouges, le palmier dont la feuille est le prix du vainqueur, et le pin aux branches hérissées, à la courte chevelure ; le pin cher à Cybèle, depuis qu’Attis, prêtre de ses autels, dans le tronc de cet arbre fut par elle enfermé. »

Tolkien dans Le seigneur des anneaux reprend les légendes nordiques, qui évoquent les « hommes arbres », et il replace dans sa « Terre du Milieu » le peuple des « Ents », les esprits de la forêt : ces créatures humanoïdes à l’apparence d’arbres font partie des peuples mythiques les plus anciens.

Leur nom provient du vocable scot  ent , terme qui désigne un « géant », un membre de la « race mystérieuse » aux pouvoirs importants…

Shakespeare dans la célèbre prophétie de Macbeth reprend le mythe des arbres en marche. À l’acte IV, trois sorcières réunies autour d’un chaudron déclarent à Macbeth – qui s’inquiète de ce que son crime soit découvert – qu’il doit se méfier de Mac Duff qui le soupçonne d’avoir tué le roi Duncan…

Elles le rassurent sur le fait qu’il restera invincible car « aucun homme né d’une femme » ne pourra le vaincre et qu’il ne risquera rien tant que « la forêt de Birnam ne se mettra pas en marche vers la colline de Dunsinane », et elles lui confirment enfin que « la descendance de Banquo régnera sur l’Écosse ». 

La suite est connue : réfugié en Angleterre, Mac Duff apprend la mort des siens et jure de se venger. Il rallie l’armée levée par Malcolm pour marcher contre Macbeth. La noblesse écossaise, fatiguée de la tyrannie de Macbeth, apporte son soutien au prétendant, de même que le comte de Northumberland et son fils Young Siward.

Les soldats, pour progresser vers le château, se dissimulent alors sous des branches d’arbres coupées dans la forêt de Birnam qui semble se mettre en marche vers Dunsiname.

Macbeth, qui a tué Siward durant la bataille qui s’ensuit, se retrouve face à face avec Mac Duff.

Ce dernier lui apprend alors qu’il peut accomplir la prophétie des sorcières, car il est né par césarienne : ayant été arraché avant terme du ventre de sa mère, il n’est donc pas « né d’une femme » et Macbeth sera tué par Mac Duff…

Tout ceci nous montre que cette « humanisation » du végétal est une notion très présente, même dans le monde européen du Haut Moyen Âge… Et nous allons voir qu’elle l’est encore aujourd’hui dans le monde indien et dans le monde amérindien…

Mais ces croyances reposent-elles sur une réalité biologique ?

I. Les « homme à écorce » : une réalité génétique

1) L’hyperkératose épidermolytique

Sous ce nom se cachent deux affections, génétiquement distinctes, qui induisent une prolifération de fibres kératineuses dans l’épiderme conduisant à un aspect écailleux de peau de poisson et, dans les cas les plus graves, à des formes plus exubérantes provocant des excroissances foliacées particulièrement spectaculaires sur les extrémités, mains et pieds.

L’épiderme est constitué de cellules appelées kératinocytes, qui se forment dans la couche basale (couche cellulaire située à la jonction du derme et de l’épiderme).

Les kératinocytes évoluent et migrent naturellement vers la surface. En vieillissant, ils perdent leur noyau et se chargent de kératine.

Ils forment alors le stratum corneum, ou couche cornée. Ils sont ensuite éliminés par desquamation. Ce cycle cellulaire dure environ 40 jours. Il existe un équilibre régulé entre la multiplication cellulaire par mitose des kératinocytes et leur évacuation par desquamation.

Les affections évoquées proviennent d’une synthèse kératinique très excédentaire, sinon dérégulée, d’origine génétique.

Il existe essentiellement deux formes de l’affection, classées suivant la présence (Type II) ou non-présence (Type I) de kératomes sur les paumes des mains et les plantes des pieds (Type II) ou non (Type I).

– Le type I est lié à la synthèse de cytokératine10 (CK-10) ou plus simplement Kératine 10 (K 10).

La synthèse de cette protéine est gouvernée par le gène KRT 10 situé sur le chromosome 17 (17q21).

– Le type II est lié à a synthèse de cytokératine 1 (CK 1) associé à un gène situé dans un complexe génique porté par le chromosome 12 (12 q12-q13).

Comme on le voit, ces deux types sont gouvernés par des mutations autosomales, dominantes et distinctes. Pour être complet, nous mentionnerons qu’il existe un troisième type, dérivé des précédents, associé à un syndrome de surdité.

La lignée d’Edward Lambert : les « Hommes porcs-épics » britanniques.

Dénommé « l’homme porc-épic », Edward Lambert est né en 1716 dans une famille de paysans du Suffolk (sud de l’Angleterre) de parents phénotypiquement sains.

Fig. 1 : Edward Lambert, vu de face

Fig. 2 : Edward Lambert, vu de dos

 

 

C’est le seul enfant présentant cette affection épidermique kératinisée « écailleuse » – baptisée icthyosis hystrix gravior – qui s’est développée à partir de sa septième semaine, couvrant tout le corps sauf la tête, les paumes des mains, les fesses et les plantes des pieds, parmi les huit frères et sœurs. Il avait été présenté à la Royal Society en 1731, pour y être revu en 1755.

Personne n’avait encore vu une hyperkératose généralisée, de ce type écailleux, couvrant tout le corps, mais il faut croire que cette affection conféra à ses porteurs une certaine séduction puisque Edward eut une descendance sur trois générations !

Fig. 3. Edward Lambert dans son arbre généalogique.

Fort célèbres de leur temps, ces « hommes porcs-épics » connurent une vie financière relativement aisée en s’exhibant dans les foires du Sud de l’Angleterre. Aucune autre famille n’est historiquement connue pour avoir présenté un tel syndrome.

L’interprétation en termes de transmission génétique montre clairement qu’on ne peut ici parler de stricte ségrégation mendélienne simple, directe, autosomale dominante[81]*.

On notera cependant qu’il apparaît clairement que la maladie atteignait pratiquement uniquement les individus masculins.

Les deux seuls cas de type féminin – notés en outre comme morts en bas âge – ne sont d’ailleurs pas absolument avérés mais répertoriés comme tels à la suite d’observations indirectes, donc malgré tout plus ou moins sujettes à caution. Si ce doute pouvait être levé, et les individus de type féminin finalement exclus du pool d’individus présentant l’affection, il serait possible d’imaginer l’incidence d’un chromosome sexuel X muté à caractère récessif conjointement présent avec le chromosome autosomal muté responsable de l’hyperkératinisation. Mais ceci reste à ce jour une hypothèse de travail.

On notera en revanche que cette affection, si spectaculaire soit-elle, ne semble pas avoir eu d’incidence particulière sur la longévité des individus : la proportion d’individus morts dans l’enfance reste globalement conforme au taux de mortalité infantile du temps.

 

2) L’épidermodysplasie verruciforme

L’épidermodysplasie verruciforme, également appelée syndrome de Lutz-Lewandowsky, est aussi une affection cutanée rare d’origine génétique. Elle se caractérise en outre par une sensibilité anormale du revêtement cutané aux papillomavirus.

L’affection commence habituellement entre 4 et 8 ans, le plus souvent avant l’âge de 20 ans, mais peut exceptionnellement apparaître plus tardivement, et dure tout le reste de la vie.

Elle se traduit par l’apparition de macules squameuses et de papules parfois exubérantes, situées essentiellement au niveau des mains et des pieds, mais jamais sur la plante des pieds ni sur la paume des mains.

De ce fait, cette affection se rapproche d’une hyperkératose épidermolytique de type I où les excroissances montrent la présence de papillomavirus essentiellement des types 5 et 8.

Cependant d’autres types de Papillomavirus ont été découverts dans les lésions de certains sujets. On constate d’ailleurs que les gènes impliqués, EVER1 et EVER2, sont situés sur le locus EV1 du chromosome 17, le chromosome précisément porteur de l’hyperkératose épidermolytique de type I !

90 % des patients présentent des carcinomes cutanés. Ils se développent le plus souvent en zones photo-exposées.

L’épidermodysplasie verruciforme empêche de développer une défense immunitaire vis-à-vis des papillomavirus à tropisme cutané.

On a recensé environ 200 personnes atteintes de cette affection, également appelée « la maladie de l’homme-arbre ».

Dédé Koswara : un « homme arbre » indonésien

Dédé Koswara, pêcheur indonésien, fut longtemps surnommé « l’Homme-arbre » en raison de la spectaculaire infection qu’il a développée : son corps entier s’est couvert d’excroissances ayant l’aspect de champignons ou de racines, faisant paraître sa peau telle de l’écorce, notamment à ses extrémités.

Fig. 4. Les mains de Dédé Koswara

Fig. 5. Dédé Koswara et la plante de ses pieds

 

Il fut opéré en 2008, pour le débarrasser de ces excroissances afin de retrouver un aspect et une vie normaux.

Il est décédé le 30 janvier 2016 dans des circonstances connues, sans aucun lien avec sa maladie.

Abul Bajandar : un « homme arbre » bangladais

Fig. 6. Abul Bajandar

Atteint de la même affection, le Bangladais Abul Bajandar a également été opéré avec succès en 2008 et mène depuis une vie à peu près normale.

Ces exemples montrent que ces affections rarissimes mais pas inexistantes ont pu laisser des traces durables dans l’imaginaire populaire, les légendes et traditions populaires qui en découlent.

C’est ainsi que la chaîne Arte vient de diffuser une série suédoise « Jordskott » traitant des peuples cachés de la grande forêt où certains humains, initiés, protecteurs du « peuple des arbres » acquièrent la faculté de régénérer leur corps en puisant dans le sol par leurs mains les éléments nécessaires : leurs mains se transforment en racines lorsqu’elles s’y enfouissent.

On comprend aisément, à travers les manifestations spectaculaires que nous venons d’évoquer, l’origine de cette tradition légendaire…

II. Le mythe des arbres qui se « déplacent »…

La botanique est riche d’exemples des capacités de multiplication végétative des plantes qui laissent imaginer à terme un « déplacement du végétal ».

1) Le marcottage naturel

Le marcottage correspond à la régénération d’une plante nouvelle, complète, à partir d’un sarment ou d’une tige d’une plante, abusivement alors qualifiée de « mère », qui s’enracine en étant naturellement ou accidentellement mis durablement en contact avec le sol.

Le phénomène est bien connu notamment chez les ronces qui envahissent le terrain par marcottage naturel du bout des tiges. Il est plus rare chez les arbres.

Fig. 7. Le platane du château de Chamarande

Pourtant certains cas naturels sont célèbres, tel le platane du château de Chamarande, vieux de deux siècles, dont des branches traînant au sol se sont enracinées pour donner naissance à trois nouveaux arbres devenus indépendants du « pied mère » (à droite).

Des cas accidentels sont également observés, tel le catalpa, foudroyé, du parc de la maison de Chateaubriand, où l’arbre couché a donné naissance à ramifications secondaires aujourd’hui devenues autonomes.

Fig. 8. La catalpa du parc de Chateaubriand

Il est clair qu’à long terme, on peut finir par laisser croire, le pied mère ayant disparu, que l’arbre – secondairement remplacé en fait par une marcotte – s’est déplacé…

Le botaniste français Francis Hallé va encore plus loin dans la confusion et n’hésite pas à dire, en citant le cas des palétuviers et du palmier Phytelephas[82] :

« Chaque fois que le Phytelephas atteint une certaine hauteur, sa base se couche sur le sol sous l’effet du poids de ses feuilles et de ses fruits. Une fois tombé, il va pousser par un bout et mourir par l’autre pour reprendre une pousse verticale.

Il y a énormément de plantes qui fonctionnent comme cela dans ces forêts[83]. »

Il s’agit bien simplement d’un type de ce marcottage naturel tel que nous l’avons évoqué : le palmier qui a un appareil racinaire des plus réduits finit par se déraciner naturellement s’il est trop haut, par se coucher sur le sol où  il va régénérer depuis sa tête, si l’irrigation de la sève est maintenue, une nouvelle plante.

Il n’y a là vraiment rien de nouveau !

Cette propriété de marcottage, connue depuis la plus haute antiquité, est classiquement utilisée en arboriculture (agrumes, vigne, camélias, etc.) et exploitée commercialement pour la multiplication des végétaux en horticulture.

2) Le rejet ou drageon

À l’inverse de la marcotte où des tissus d’organes aériens et les tiges produisent des racines pour recréer une plante autonome, c’est ici la racine qui va produire un méristème et bourgeonner une tige aérienne, véritable « plante fille ».

C’est une propriété connue aussi en arboriculture où elle est très largement exploitée. Le fait est particulièrement spectaculaire chez le noisetier ou le framboisier.

Il est très fréquemment observé chez le lilas ou surtout l’ailante glanduleux (Ailanthus altissima) dont les capacités de rejet sont ahurissantes.

D’origine chinoise, l’ailante glanduleux dit « faux vernis du Japon » a été introduit comme variété botanique dans tous les arboretums du monde et comme plante ornementale, mais ses capacités d’essaimage vont très vite le faire redouter…

En Australie, il a été classé comme espèce envahissante en Nouvelle-Galles du Sud et dans l’État de Victoria ; en Nouvelle-Zélande, il est répertorié par l’Accord national de lutte antiparasitaire des végétaux comme plante « indésirable » !

Le baobab n’est pas connu pour avoir de telles capacités, même si Saint-Exupéry nous explique que les drageons de baobab, qui risqueraient de faire exploser sa planète s’ils se développaient, sont la hantise du Petit Prince qui les arrache très consciencieusement jour après jour […].

Si nombre d’arbustes sont susceptibles de rejeter, il s’en trouve un, bien connu des notaires, qui a la capacité inverse : l’épine noire ne rejette jamais !

Cette propriété est admise par le Code Rural qui a entériné le bornage des limites cadastrales fondées sur la présence de cette plante, ce qui explique aussi son omniprésence dans les haies du bocage (enfin, là où il en reste encore…)

Si le peuplement végétal peut se déplacer sous l’effet du drageonnage, les individus en eux-mêmes ne se déplacent pas !

3) Le palmier à échasses : Socratea exorrhizza

Originaire des forêts d’Amérique Centrale et du Sud, il doit son nom à ses « racines-échasses » qui forment un cône soutenant le stipe (ou « tronc ») au-dessus du sol. Ce cône racinaire apparaît dès le plus jeune âge.

Chacune de ses racines extérieures peut mesurer jusqu’à 2 mètres de long. Le stipe peut mesurer 10 à 20 mètres de hauteur pour seulement 10 à 20 cm de diamètre.

Fig. 9. Le palmier à échasses.

Les racines aériennes sont très utilisées par la pharmacopée indienne : la partie interne est employée comme aphrodisiaque, le mucilage a la propriété de dilater le col de l’utérus : il est utilisé pour faciliter les accouchements, ou en infusion pour traiter l’hépatite.

Son fruit est comestible.

L’arbre sert de support à de nombreux épiphytes.

Le palmier à échasses (Socratea exorrhizza) est l’un des végétaux les plus étonnants qui existent, sinon par ses capacités, au moins par les délires qu’il a pu susciter dans le monde scientifique.

Ce palmier, d’après les traditions indiennes, est en effet réputé « capable de se déplacer pour se faire une place au soleil » : c’est pourquoi il est surnommé par elles « palmier marcheur » ou « arbre qui marche ».

Là, le déchaînement des tenants de « l’adaptation » n’a plus connu de bornes et très vite le déplacement de l’arbre, sous l’influence du phototropisme, est devenu un dogme !

Si la lumière est « meilleure d’un côté », les racines vont pousser préférentiellement de ce côté-là et mourir de l’autre, et donc l’arbre se déplacer du côté où il y a plus de lumière en gagnant jusqu’à un mètre par an. [sic !]

La quantité de racines (de l’ordre de 10 à 20) montre clairement que leur agencement ne va pas clairement pouvoir faire écran à la lumière et différencier nettement un côté sombre et un côté clair… Mais cela permet de noircir du papier et de mettre en évidence le côté obscur de la recherche à défaut de la faire progresser…

– Pour se protéger des inondations, les racines échasses pourraient être une adaptation permettant au palmier de croître dans des forêts de zones marécageuses. [resic !]

Fig. 10. Le palmier à échasses : racines.

Manque de chance, la plupart des individus observés, notamment au Nicaragua, ne fréquentaient absolument pas ce type d’habitat et préfèrent les flancs des collines les plus pentus !…

Mais des stratégies encore beaucoup plus élaborées ont été proposées !

– En 1980, John H. Bodley et Benson ont suggéré que « les racines échasses permettaient au palmier de se déplacer depuis

son point de germination, si un autre arbre lui tombait dessus et le renversait ».

Si un tel événement se produisait (ce qui doit arriver statistiquement tous les jours ?), alors le stipe produirait de nouvelles échasses verticales et pourrait ainsi se redresser car, finalement on observerait une certaine forme de marcottage au long ou en bout du stipe, tel que nous l’avons déjà vu.

Le schéma proposé à l’appui est d’ailleurs éclairant :

1 – sujet initial

2 – accident

3 – reprise de végétation aboutissant à la génération d’un nouvel appareil racinaire

4 – redressement du sujet néoformé.

Le déplacement potentiel du sujet n’excède évidemment jamais la hauteur du stipe !

L’année 1983 a été particulièrement fertile :

a) Swaine a proposé que « les racines-échasses permettent au palmier de se déplacer afin d’éviter les débris organiques. » [sic !]

Il est vrai que les éléments organiques sont particulièrement néfastes pour les végétaux, c’est de notoriété publique !

Il a également suggéré que « les racines échasses permettent une stratégie de croissance verticale unique ». [resic !]

Chacun sait que les pins et les séquoias sont réputés pour leur « croissance aléatoire » : cela doit être lié au manque de racines échasses…

Quant aux palétuviers, dotés eux de racines échasses, ils ont évidemment une croissance verticale unique : il suffit de les regarder !

  1. Staghorn, lui, a suggéré que « des racines échasses pouvaient faciliter la croissance rapide vers la canopée lorsque la lumière devenait disponible dans le sous-étage ».

Curieux de comprendre cet étrange engouement scientifique pour accréditer des rumeurs fantaisistes issues des traditions indiennes, Gérardo Avalos, directeur de la School of Field Studies au Center of Sustainable Developpement Studies (États-Unis), entreprit une étude systématique et statistique au Costa Rica où il a observé des dizaines de sujets sur une pente de plus de 45°.

Ses conclusions sont nettes, publiées dans une étude parue en 2005 : « Dans des conditions normales, le palmier ne se déplace pas ! Le palmier ne glisse pas vers le bas le long de la pente. S’il ne le fait pas sur une pente aussi forte, il y aurait peu de chance qu’il le fasse en terrain plat… »

On s’en doutait un peu…

Pour évaluer l’incidence du phototropisme, G. Avalos a par ailleurs mesuré le degré d’inclinaison (écart de la verticale) des stipes de plus de 50 sujets, qui se sont tous retrouvés dans une fourchette de 5°.

L’ensemble des résultats est donc remarquablement homogène et traduit que ces palmiers ont des stipes parfaitement verticaux, indépendamment de la déclivité du sol comme du phototropisme associé à leur environnement !

Le palmier à échasses ne se déplace pas, il ne « marche » pas non plus !

Fin de la récréation scientifico-mythologique !

Les nostalgiques de Shakespeare pourront toujours faire un pèlerinage dans le comté de Perth sur les rives de la Tay, près du village de Dunkel : on leur y montrera le dernier chêne – selon la tradition – témoin de l’antique forêt de Birnam…

Lui non plus semble n’avoir jamais marché un jour jusque-là….

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NOS MEMBRES PUBLIENT

Notre Commencement…?, par Rémi PLUS

Sous ce titre énigmatique, Rémi PLUS nous donne une nouvelle oeuvre apologétique largement fondée sur la science. Ayant tout d’abord rappelé l’importance des Écritures, tout particulièrement les Évangiles, l’Auteur revient sur l’importance de la Création, vérité trop oubliée alors que rien n’est intelligible sans elle. Suit un passionant résumé de l’histoire des sciences depuis le 18e siècle, permettant de comprendre comment les affirmations prématurées des premiers évolutionnistes – n’oublions jamais que la génétique n’existait pas à l’époque de Lamarck ou même de Darwin! – soulèvent un tel nombre de difficultés infranchissables qu’il est navrant de voir tant d’esprits savants s’obstiner à les négliger. La raison de cette obstination n’est donc pas scientifique et ce livre formule des conclusions diversifiées, s’adressant aux non-croyants puis aux croyants. Suivent 40 pages d’annexes ciblées, notamment sur l’inerrance biblique, le Péché originel et la paléontologie.

(252 pages reliées. Envoi gratuit sur demande auprès de N.D. de Fatima, 486 rue Belharra, 40230 Saint-Geours-de-Maremne. Une contribution volontaire sera bienvenue)

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COURRIER DES LECTEURS

De Monsieur X. B. (Indonésie)

Quant au courrier du P. Yannik Bonnet dans Le Cep 76. Cette personne très compétente en chimie évoque la difficulté de synthétiser des acides aminés, qui sont pourtant des briques très simples dans l’architecture de la cellule. Ça coince déjà à ce niveau élémentaire, vous vous rendez compte ! A fortiori quand il faut combiner les dits acides aminés pour en faire des protéines parfaitement fonctionnelles dans leur structure 3D pour accomplir leur mission dans la cellule. Ce scénario des cellules s’auto-édifiant et acquérant progressivement des capacités reproductrices sans programme établi, dans une soupe originelle, devient risible! 

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De Monsieur O. A. (Centre)

Voici une information qui n’est pas très récente (elle date de 2012), mais qui devrait vous intéresser. « En Corée du Sud, une offensive anti-Darwin a porté ses fruits au mois de mai. Une pétition lancée par la Société pour la révision des manuels a demandé le retrait des références à l’évolution darwinienne dans les livres scolaires. Le mois dernier, le ministère sud-coréen de l’Éducation, de la science et de la technologie a révélé que de nombreux éditeurs allaient suivre cette pétition qu’il leur avait transmise. Ces derniers publieront donc des versions révisées de leurs manuels, en omettant les schémas de l’évolution de l’espèce humaine. 41 % des Sud-Coréens estiment que cette conception manque de preuves scientifiques. » (source : Novopress.info, 12/06/2012, Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine [http://fr.novopress.info/]

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De Monsieur A. M. Bonnet de Viller (Cher)

Passionné par les aventures du Poisson Globe, je me suis remémoré quelques souvenirs familiaux sur les mœurs des poissons exotiques, que je vous livre, tels qu’ils meublent ma mémoire.

Dans les années 1930, mes parents, père et mère, pratiquaient avec passion l’aquariophilie. Voici une petite aventure qui survint, celle du « garnement rusé » qui lutta d’intelligence avec mon père.

Ce garnement battait d’autres poissons, cohabitant dans la même enceinte que lui ; ce dont mon père voulut le corriger de quelques coups de manche de son épuisette. Mais ce garnement rebelle trouva moyen de se cacher. Dès que mon père prenait l’épuisette, le garnement disparaissait, sans que mon père pût le voir, malgré ses recherches sur toutes les faces de l’aquarium ; puis il reprenait son manège dès que mon père avait le dos tourné. Sa ruse était simple. Abandonnant sa position horizontale, il se mettait à la verticale, derrière le tuyau (de diamètre 1,5 cm) servant au chauffage et à l’oxygénation du site. Il devenait invisible à mon père, mais ce dernier, plus large que ledit tuyau, lui restait visible de part et d’autre. Et quand mon père, à sa recherche, tournait autour de l’aquarium, il tournait, toujours vertical, dans l’autre sens, derrière son tuyau.

Son manège ne fut éventé que par ma mère, regardant de l’autre côté de l’aquarium ! Il fallut donc isoler le « garnement » dans une autre enceinte. Bête comme un poisson ? Pas si bête, celui-là, qui lutta d’intelligence avec un homme !

Mes parents élevaient un couple de poissons exotiques, dont les revues scientifiques disaient qu’il était impossible de le faire se reproduire en aquarium.

Mes parents y parvinrent cependant, par la chance d’un hasard (un vrai celui-là !). Par accident, la vitre de couverture fut cassée et une partie fut immergée, l’autre restant à l’air. Lorsque mon père fut à même de réparer cette vitre, il observa un manège inhabituel. Se tenant près de la partie émergée de la vitre, le mâle arrosait celle-ci en l’aspergeant avec ses nageoires !

Surpris, mon père observa, et vit les œufs sur la partie de la vitre à l’air. La femelle avait donc profité de la circonstance pour sauter hors de l’eau et pondre ses œufs à l’air ! Puis elle était, par glissade, retournée dans l’eau, tandis que le mâle fécondait les œufs en les arrosant régulièrement avec ses nageoires. Quelques temps après, les œufs éclorent et, par glissade sur la vitre, les petits rejoignirent leurs parents dans leur milieu naturel. Mon père communiqua son expérience à une revue de l’époque. Ce petit poisson pond ses œufs au sec, à l’air ; ce qui ne lui est pas possible dans un aquarium ordinaire !

Ces petites histoires ne sont pas sans intérêt. Que de merveilles de la Création ne nous reste-t-il pas à découvrir parmi les milliers de ces petites créatures !

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À noter sur vos tablettes :

Colloque du CEP à Paris (Orsay)

Les 23 et 24 septembre 2017

Thème : La montée des religiosités

POEME

Le Butin (secret de l’économie)

Michel Vienne

Le butin est un genre de cause première,

Toute l’économie, seconde, en procède.

Les économistes traitent des causes secondes,

le butin est la vraie cause première.

Toute théorie économique n’est que verbiage

pour éviter ce mystère… Le butin.

Certains disent qu’il faut une guerre…

Ce n’est pas exact, seul compte le butin !

Un livre religieux a tout compris,

Le butin y figure au premier plan.

Un livre religieux a tout compris,

Il associe le butin et la religion.

Un livre religieux a vraiment tout compris :

Le butin, c’est le paradis sur terre.

Le nouvel ordre mondial

veut le butin mondial.

Il réalisera le paradis sur terre,

Mais ce ne sera que pour bien peu d’élus,

Et pour peu de temps !

*

* *

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  1. Ici désigné par les initiales LH, Komorów, Éd. ANTYK, 2013, 898 p.

  2. Sur le site ebay.pl en tapant Feliks Koneczny dans la fenêtre.

  3. Elle a subsisté après la conquête turque sous sa version allemande. Il revint à Guizot d’avoir aperçu cette transmission de traits de civilisation depuis la Byzance inaugurée par Constantin jusqu’au Saint-Empire romain germanique puis à la Prusse.

  4. Les confirmations données à ce sujet par RAKOVSKI, un des chefs du bolchevisme, sont éclairantes (cf. Le Cep n° 26 à 32).

  5. Ainsi l’iconographe doit-il se conformer à des modèles sacrés, tandis que le peintre occidental, à tort ou à raison, recherchera l’originalité.

  6. Cf. « Faudrait-il en revenir au Moyen Âge ? », in Le Cep n° 59, p. 1-10.

  7. Cf. « L’Église et l’esclavage », in Le Cep n° 5, p. 1-11.

  8. Seules les civilisations qui adoptent la monogamie respectent les personnes, note Koneczny.

  9. A. GRATRY, La Morale et les lois de l’Histoire, Paris, 1868, t. I, p. 278.

  10. En 2005, le dominicain Wociej Giertych fut nommé théologien de la Maison pontificale par Benoît XVI, en remplacement du cardinal Cottier.

  11. Francis Michel SANCHEZ, vixra.org, janvier 2017.

  12. Sorti major de l’École supérieure d’Optique en 1969, docteur ès Sciences ayant enseigné à l’ESO et à l’université Paris XII, F. Sanchez révolutionna les techniques holographiques dans les années 1980 et chercha à étendre le « principe holographique » à toute la physique, ce qui l’amena à repenser la cosmologie et en particulier à réfuter le modèle standard du Big Bang. De là sa relative mise à l’écart : on comprendra pourquoi.

  13. Ndlr. Le mot « intégrisme » est ici intentionnel, l’auteur sous-entendant que la Science officielle est considérée comme une nouvelle religion.

  14. Sur ce contestable « examen par les pairs » anonymes (peer review), relire J. MOREAU : « “Examen par les pairs” : déontologie et fraude chez les chercheurs scientifiques », in Le Cep n° 76, septembre 2016.

  15. « L’expertise anonyme plombe les sciences », art. en ligne sur Le Nouvel Observateur, Parole des lecteurs du 22 mars 2013.

  16. J. LEVEUGLE, La Relativité. Poincaré et Einstein, Planck, Hilbert. Histoire véridique de la théorie de la Relativité, Paris, L’Harmattan, 2004, 330 p.

  17. Le texte intégral en a été repris dans Le Cep n° 73, décembre 2015, p. 16-22.

  18. Un four est une enceinte fermée, à part un trou. Dans le four idéal, l’ouverture est très petite : tout rayonnement qui y pénètre se verra absorbé par les parois. Celles-ci réémettent un rayonnement « thermalisé », canonique en spectre ; donc le petit trou émet ce rayonnement du corps noir. Un tel four était le meilleur exemple d’un « corps noir », avant qu’on ne découvrît le rayonnement de fond, émanation du Grand cosmos qui, effectivement, absorbe intégralement tout rayonnement qu’il reçoit.

  19. Ndlr. Il serait plus exact de dire : par refus de l’explication donnée depuis des siècles à l’origine de l’Univers comme à celle des êtres vivants, explication très simple, complète et cohérente, mais qui porte à conséquences dans de multiples domaines. Pour reprendre la formule de l’auteur, il suffit que le Tout préexiste.

  20. Cf. article à paraître dans le Journal de Mathématiques pures.

  21. F. SANCHEZ, Coherent Cosmology and applications to Microphysics and Biology, QSCP XX, Varna, Bulgarie, 2015. Se reporter aussi à la conférence donnée par Christian BIZOUARD et Francis SANCHEZ au colloque du CEP à Angers en 2005 : L’Harmonie du Cosmos (CD 0506).

  22. Un gâteau divisé en n coupes successives produit un maximum de n(n+1)/2 + 1 morceaux, soit 67 pour n = 11.

  23. Nadji SAFIR, chargé de cours à l’Institut de sociologie de l’université d’Alger, ancien chef de division du développement social à la Banque africaine de Développement, membre du conseil scientifique de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée et Moyen-Orient, et consultant international.

  24. Accessible sur : http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002354/235407f.pdf

  25. Ndlr. En allant sur le site officiel de l’OCI, « La voix collective du Monde musulman », apparaît un « Département des Sciences et la Technologie (y compris l’Environnement, la Santé et l’Enseignement supérieur) ». Mais pour ce Département, le site n’offre que la mention : « Aucune activité encore publiée. »

  26. IBN KHALDOUN, Le Livre des exemples. Autobiographie, Muqaddima, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, t. I, 2002.

  27. Repris de Let None Dare Call it Liberty : The Catholic Church in Colonial America, http://traditioninaction.org./, aimablement communiqué et traduit par Claude EON.

  28. Theodore MAYNARD, The Story of American Catholicism, 2 vol., New York, 1941 ; Theodore ROEMER, The Catholic Church in the United States, St. Louis, Londres, 1950 ; John Gilmary SHEA, The History of the Catholic Church in the United States, 4 vol., New York, 1886-1892.

  29. Ndlr. Colonie fondée en 1632 par un aristocrate catholique, lui-même fils de George CALVERT, premier baron de Baltimore qui avait été ministre d’État sous Jacques Ier et s’était démis de sa charge pour se convertir au catholicisme. Le Maryland fut ainsi nommé en l’honneur d’Henriette-Marie de France, la fille d’Henri IV. La colonie se proposait d’accueillir les catholiques persécutés en Angleterre. Lord Baltimore fut le premier catholique à jouer un rôle dans les entreprises coloniales anglaises. La capitale du Maryland s’appelle Baltimore.

  30. Thomas T. McAVOY, A History of the Catholic Church in the United States,Londres, Notre-Dame, 1969, p. 50-51.

  31. Ndlr. Loi votée par les Communes en 1765 pour instituer dans la colonie un timbre fiscal (payant) sur tous les documents ou contrats, livres, journaux, etc., au profit du budget anglais. Fit partie des éléments déclencheurs de la Révolution.

  32. Ibid., p. 387.

  33. James HENNESEY, S. J. American catholics : a History of the Roman Catholic Community in the United States, New York/Oxford, 1981, p. 36-37.

  34. Peter MANCALL, Envisioning America : English Plans for the Colonization of North America 1580-1640, Boston/New York, 1995, p. 8-11.

  35. « The Ideology of English Colonization : from Ireland to America », in Colonial America, Essays in Politics and Social Development, New York, Éd. Stanley N. Katz & John M. Murrin, 1983, p. 47-68.

  36. Jay P. DOLAN, The American Catholic Experience : A History from Colonial Times to the Present, New York, 1985, p. 70-71.

  37. Une utile collection de citations et de sources a été rassemblée par sœur Mary Augustina RAY dans son livre : American Opinion of Roman Catholicism in the Eighteenth Century, New York, 1936.

  38. Id., p. 27.

  39. Francis CURRAN, S.J., Catholics in Colonial Law, Chicago, 1963, p. 54.

  40. Patrick CONLEY & Mattew J. SMITH, Catholicism in Rhode Island, the Formative Era, Providence, 1976, p. 7-9.

  41. John Tracy ELLIS, « Catholics in Colonial America », in Benedictine Studies, Baltimore, 1965, p. 315-359.

  42. Alfred Pearce DENNIS, « Lord Baltimore’s Struggle with the Jesuits, 1634-1649 », in Annual Report of the American Historical Association, 1900, 2 vol., Washington, 1901, t. Ier, p. 112.

    C. E. SMITH, Religion under the Barons Baltimore, Baltimore, 1899.

  43. Kenneth CAMPBELL, The Intellectual Struggle of the English Papists in the 17th Century : the Catholic Dilemma, Lewiston, Queenston, 1986.

  44. Solange HERTZ, The Star-Spangled Heresy : Americanism. How the Catholic Church in America became the American Catholic Church, Santa Monica, 1992, p. 32.

  45. ELLIS, op. cit., p. 344-46 ; p. 367-8.

  46. Id., p. 363.

  47. Id., p. 360-370.

  48. Sally SCHWARTZ, “A mixed multitude” : The Struggle for Toleration in Colonial Pennsylvania, New York, Londres, 1987, p. 17-19 & 31-34.

    Joseph J. KELLEY, Jr., Pennsylvania : the Colonial Years 1681-1776, New York, Garden City, 1980, p. 15-16.

  49. ELLIS, op. cit., p. 370-380.

  50. Joseph L. J. KIRLIN, Catholicity in Philadelphia, Philadelphia, 1909, p. 18.

  51. Thomas HUGHES, The History of the Society of Jesus in North America : Colonial and Federal, t. Ier, Londres, New York, Bombay & Calcutta, 1907, 2de édit. 1970.

  52. Ancien généticien à l’Académie des Sciences de Pologne, Maciej Gertych est aussi homme politique (Président d’honneur de la Ligue des familles polonaises, parti qui a compté plusieurs ministres). Il fut député européen dès l’adhésion de la Pologne à l’Europe. Connu des lecteurs du Cep par divers articles scientifiques (consultables sur le site le-cep.org), mais aussi – comme préalable à ce nouvel article, pourrait-on dire – par « Guerre des civilisations en Europe » (Le Cep n° 40 & 41) qui donnait la traduction française d’une plaquette alors publiée en anglais par le Parlement européen.

  53. E. Michael JONES, The Jews and Moral Subversion, Fidelity Press, 2016, p. 58 (existe en Kindle). Ndlr. Universitaire puis écrivain américain, ayant retrouvé la foi catholique à la lecture de Thomas MERTON, E.M. JONES apparaît régulièrement sur Russia Today et PressTV.

  54. Cf. Jean-Louis LHIOREAU, « Du racisme à l’eugénisme », in Le Cep n°56, juillet 2011.

  55. Ndlr. Le bien commun demandera cependant de pouvoir recourir aux tribunaux publics pour invalider certains contrats ou règlements qui seraient contraires aux principes éthiques de la civilisation latine.

  56. Ndlr. Principe sur lequel fut conclu la Paix d’Augsbourg (compromis signé en 1555, qui consacrait la division de l’Allemagne entre principautés catholiques et principautés protestantes : la religion du prince devenait celle de ses sujets (sauf dans les territoires directement rattachées à l’empereur), ce qui impliquait son ingérence notamment dans les nominations des ministres du culte. La Paix d’Augsbourg fut un échec pour la politique unificatrice de Charles-Quint et joua sans doute un rôle dans l’abdication progressive de cet empereur des Romains et dans son retrait du monde.

  57. Ndlr. Il est clair que la société française a subi une influence croissante de la civilisation byzantine et, ce, depuis l’intervention des « légistes » au XIVe siècle : le droit romain dont ils s’inspiraient était le droit tardif dans lequel l’influence orientale était visible. De là le centralisme introduit par Richelieu et que la Révolution a renforcé. Le paradoxe est ainsi que, par bien des aspects, les sociétés de culture anglo-saxonne sont plus « latines » que la France. L’émigration des talents en est une preuve tangible.

  58. Ndlr. Ce principe apparaît effectivement dans le traité de Lisbonne (2007), mais avec un sens inversé : c’est aujourd’hui Bruxelles qui détermine ce qu’elle va laisser à l’initiative des États membres, c’est-à-dire en pratique les questions mineures qui ne constituent aucun enjeu de pouvoir.

  59. Ndlr. Il n’est pas sûr du tout que l’esprit dans lequel ces traités sont négociés, en écartant les élus politiques, voire en leur interdisant l’accès à l’information, soit celui de la civilisation latine.

  60. The Wanderer, 18/8/2016.

  61. Id., p. 107.

  62. pch24.pl/victor-orban-namawia-do-przemiany-europy-razem-jest-nas-100-milionow-zrobmy-kontrrewolulucje,45825,i.html#ixzz4JZShVZnG

  63. deon.pl/religia/kosciol-i-swiat/z-zycia-kosciola/art,27374,prymas-aprobata-dla-nacjonalizmu-jest-herettycka.html

  64. Culture Wars, oct. 2016.

  65. The Wanderer, 13 /10/2016.

  66. Repris avec autorisation de La Petite Feuille Verte (abrégée en PFV) n° 33, diffusée numériquement par l’association Clarifier.

  67. Annie LAURENT est titulaire d’un doctorat d’État en sciences politiques pour une thèse sur le Liban où elle a vécu cinq ans, y éditant le périodique Libanoscopie (1988-1992). Elle avait été nommée par Benoît XVI experte au Synode spécial des évêques du Proche-Orient, qui s’est tenu à Rome en octobre 2010.

  68. H. LAMMENS, L’Islam, croyances et institutions, Beyrouth, Imprimerie catholique, 1943, p. 190-191, réédité aux Éd. du Trident en 2014.

  69. Tareq OUBROU, Profession imâm, Paris, Albin Michel, 2009, p. 37-41.

  70. D. URVOY, « La place du secret dans la pensée religieuse musulmane », in L’Islam en France, hors-série de la revue Cités, Paris, PUF, 2004, p. 646.

  71. Cité par Lina MURR-NEHMÉ, Fatwas et Caricatures, Paris, Salvator, 2015, p. 139.

  72. M.-T. URVOY, Entretiens sur l’islam, avec Louis Garcia, Avignon, Éd. Docteur angélique, 2015, p. 54.

  73. Ndlr. Cf. Annexe 3 ci-après.

  74. Source : http://eurolibertes.com/tribune/petite-lecon-de-taqiya-pratique/ (26 mars 2016).

  75. Source : Riposte laïque.

  76. http://lefigaro.fr/flash-actu/2016/07/28/97001-20160728FILWWW00198-les-musulmans-invites-a-aller-a-la-messe-dimanche.php

  77. http://sunnah.com/bukhari/58/8

  78.  http://ripostelaique.com/mon-coran-mautorise-a-tuer-tous-les-musulmans.html

  79. https://twitter.com/AlainJeanMairet/status/759800566398713856

  80. https://jihadwatch.org/2016/03/belgium-imams-refuse-to-pray-for-the-souls-of-the-non-muslim-victims-of-brussels-jihad-massacre

  81. L’arbre généalogique présenté ici est le dernier publié, dressé par L. S. PENROSE & C. STERN, « Reconsideration of the Lambert pedigree (Ichtyosis hystrix gravior) », in Ann. Hum. Genet., 1958, p. 22, 258-283.

    C’est celui qui est repris dans les publications de la Fondation Lejeune.

  82. Phytelephas est un genre de palmier de la famille des Arécacées qui regroupe des espèces originaires d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale. Il est aussi dénommé « palmier à ivoire » car lorsque son fruit se durcit, il devient de l’ivoire végétal aussi appelé corozo, massivement utilisé avant l’emploi des matières plastiques pour l’usinage des boutons, et toujours en usage dans la bijouterie de fantaisie.

  83. Cité par Sabah RAHMANI, in Le Monde n° 2 217, du 27 avril 2016.


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