La création de la femme et l’institution de la famille

Par Jean-Marc Berthoud

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La création de la femme et l’institution de la famille*

Résumé : L’auteur a longuement réfléchi sur la notion de création divine, avec tout ce que cette idée implique à l’égard de la science, de la morale et de la société. De là une intense activité menée notamment dans le cadre de l’Association Création, Bible et Science et de l’Association vaudoise de Parents chrétiens. Il scrute ici les richesses contenues dans le récit de la création d’Ève, avec ce qu’elles apportent concernant la nature, la mission et la dignité propre de la femme auprès de son époux. On pressent sur cet exemple comment la vision chrétienne du monde, en accueillant scrupuleusement l’intégralité du message biblique, pourrait renouveler en profondeur nos sociétés. Car la mission que Dieu a tracée pour l’homme et pour la femme est inévitablement plus belle, plus subtile et plus fructueuse que les séduisants mirages déployés devant nos yeux par le Tentateur.

Selon le récit de la Genèse, il semble que les animaux – poissons, oiseaux, bêtes, mammifères – furent créés par couple, mâle et femelle, en une seule action créatrice divine. Il n’en fut pas ainsi pour l’homme et la femme. Leur création donna lieu à deux actions distinctes, dont témoignent les deux récits de la création.

En ce qui concerne l’homme, Adam, il fut d’abord façonné par Dieu à partir de la poussière de la terre, comme un potier pourrait lui-même façonner un pot de l’argile. Puis, dans une seconde action, Dieu lui insuffla la vie, et ce corps inanimé, devint alors une âme vivante, un être animé façonné à l’image et à la ressemblance du Créateur, Père, Fils et Saint-Esprit (Gn 1, 26-29). Dans un premier temps, l’homme Adam fut créé seul, sans compagne, et en cela sa création fut différente de celle des autres êtres animés.

L’Éternel Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide qui sera son vis-à vis. » (Gn 2, 18)

La création de cette aide qui sera son vis-à-vis, ou selon la traduction du chanoine Osty, de celle qui lui soit assortie, sera l’acte final, définitif, de l’œuvre créatrice de Dieu. Le mot ici traduit par dit peut aussi bien se traduire par réfléchit. Nous avons vu qu’en ce qui concerne la création de l’homme, Dieu s’arrêta pour considérer – il s’agit d’une réflexion entre les membres de la Sainte Trinité –  sur l’œuvre nouvelle qui allait maintenant être accomplie. Le texte de la Genèse nous parle ici d’une délibération divine :

Faisons l’homme à notre image. (Gn 1, 26)

Il en fut de même pour la création de la femme.

Pour la création de l’homme et de la femme, Dieu procéda de la même façon : il dit ou réfléchit, c’est-à-dire : il prépara son œuvre, puis l’accomplit souverainement par un acte de création libre et efficace. Nous nous souvenons qu’après le sixième jour – car, dans le deuxième chapitre de la Genèse, nous nous trouvons toujours au sixième jour de la création –  Dieu avait trouvé son œuvre tout entière (dont la création de l’homme et de la femme) très bonne. Nous avons également remarqué que Dieu avait créé l’homme de manière directe, à partir de la terre, sans l’intervention du moindre intermédiaire biologique. Ce fait, rappelons-le, rend intenable toute forme d’évolution de l’homme à partir d’êtres vivants inférieurs, qu’elle soit théiste ou matérialiste. Cette action immédiate de Dieu pour la création du genre humain est confirmée par la création de la femme. Car elle, comme Adam, fut formée par une action directe, souveraine et originale de Dieu.

Enfin, l’affirmation : Il n’est pas bon que l’homme soit seul, démontre bien le caractère intrinsèquement social et politique de l’homme. Aristote a donc raison : l’homme est un animal politique, lié par sa nature même à la vie de la cité. Il n’est aucunement cet individu coupé de toute relation sociale, cet atome isolé des autres atomes sociaux que l’anthropologie du siècle des Lumières a inventé en se modelant sur le schéma d’une nature atomisée, conception qui était celle des sciences physiques et humaines nouvelles de Descartes et de Vico, de Galilée et de Hobbes, de Rousseau et de Laplace. Non, l’homme est par sa nature même un être social.

Les relations sociales, dont nous voyons l’ébauche ici dans la structuration créationnelle de la première société humaine, la famille, font aussi intégralement partie de la nature de l’homme, de son essence. La famille humaine, père, mère et enfants (sans parler des grands-parents et des cousins), est elle-même le reflet de la Famille divine, Père, Fils et Saint-Esprit. C’est pour cette raison que le système des droits individuels inaliénables de l’humanitarisme moderne est radicalement faux. Et c’est pour cette même raison que le caractère social et communautaire de l’homme, dont la structure morale et légale est décrite dans ses principes par les Dix commandements, correspond si parfaitement à la nature de l’homme tel qu’il est créé par Dieu. Car l’homme ne fut pas créé pour demeurer seul. Enfin, l’intervention directe de Dieu, tant pour la création de l’homme que pour celle de la femme, démontre bien qu’aux yeux du Créateur les deux éléments complémentaires du genre humain sont d’une commune valeur.

Homme et femme, il les créa (Gn 1, 27).

Ainsi tous les deux sont faits à l’image même de Dieu.

Comment donc Dieu, qui créa toutes choses très bonnes, peut-il alors affirmer au sixième jour, entre le moment de la création de l’homme et celui où il façonna la femme : qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul (Gn 2, 18) ? Comment donc cela peut-il se faire que la moindre chose dans son œuvre parfaite puisse ne pas être bonne ? Il ne s’agit pas ici de quelque chose qui en soi serait mauvais, comme ce sera le cas plus tard avec le premier péché. Mais ce que Dieu déclare ici, c’est que son œuvre créatrice n’était pas encore parfaite, complète, entièrement accomplie. Pour que l’œuvre créatrice de Dieu atteigne à sa perfection, il lui manquait quelque chose.

Et ce qui manquait à la plénitude de la création, c’était une aide pour l’homme, une compagne qui soit pour lui un vis-à-vis, un complément indispensable, une épouse qui lui soit parfaitement assortie. C’est seulement après la création de la femme que pourra s’exprimer sans réserve l’entière satisfaction divine face à son œuvre créatrice maintenant devenue parfaite, complète, entièrement accomplie.

Dieu vit alors tout ce qu’il avait fait, et voici : c’était très bon. (Gn 1, 31)

Notre texte revient maintenant en arrière, à la création des animaux, qui eut lieu au début du sixième jour, avant celle de l’homme. Le récit cherche à montrer à la fois la proximité de l’animal avec l’homme et l’immense distance qui les sépare. Notre temps qui, par un réductionnisme maladif, cherche à tout simplifier, ne retient que la première partie de cette affirmation : les ressemblances qui rapprochent les animaux de l’homme. Si l’on ne veut pas être tenu pour hérétique – ce mot signifie choix – il nous faut tenir ensemble tous les éléments de la révélation divine.

L’Éternel Dieu forma du sol tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel. Il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait, afin que tout être vivant porte le nom que l’homme lui aurait donné. L’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs ; mais, pour l’homme, il ne trouve point d’aide qui fut son vis-à-vis. (Gn 2, 19-20)

Ce texte montre, en effet, la ressemblance entre l’homme et les animaux, mais aussi leur dissemblance foncière. Regardons d’abord la ressemblance. Ce sont tous des êtres animés, des âmes vivantes tirées de la terre. Mais leur dissemblance est tout aussi forte. L’homme ne peut trouver une compagne, cette aide qui lui manquait, parmi tous ces animaux que Dieu lui amène pour qu’il les nomme. Rappelons que, pour la Bible, le fait de nommer quelque chose ou quelqu’un confère à celui qui nomme une autorité sur la réalité nommée par lui. C’est un aspect capital du mandat créationnel que Dieu a donné à l’homme :

[…] pour qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre. (Gn 1, 26)

Ajoutons que ce pouvoir que détient Adam de nommer les animaux a aussi un caractère, à proprement parler, scientifique. Il ne s’agit aucunement de l’attitude épistémologique qu’on appelle en philosophie nominaliste, position qui postule qu’il n’existerait aucune relation réelle entre le nom donné par Adam et l’animal nommé. La possibilité d’une telle coupure entre la chose nommée et le mot employé pour la désigner, entre le langage et la réalité, ne viendra qu’avec le premier péché par lequel l’homme décidera arbitrairement de la différence entre le bien et le mal. Car, par le premier péché, l’homme choisit aussi de déterminer, contre le sens que Dieu donne à ses créatures, la signification des choses créées. Ceci le conduira à ne plus connaître avec précision (c’est-à-dire selon la Parole de Dieu) ce  qui est bien et ce qui est mal. Car les choses créées par Dieu correspondent aux concepts divins, puisque c’est en fonction de ces idées qui sont en Lui que le Créateur les a façonnées. Comme le disait si souvent Cornelius Van Til, c’est ainsi qu’Adam donna aux animaux leurs noms d’après la pensée même de Celui qui les avait créés. En nommant les animaux, il arrivait tout naturellement à Adam de penser les pensées de Dieu après lui, si grande était sa communion intellectuelle et spirituelle avec son Créateur. C’est ici une des tâches capitales de l’homme régénéré : restaurer le langage des hommes, c’est-à-dire rétablir le rapport vrai entre les pensées dévoyées de l’homme révolté et celles de son Créateur d’une part, et de l’autre, les ramener à l’ordre des choses telles que Dieu les a créées au commencement.

Comme l’a si bien dit l’Apôtre Paul, texte que Thomas d’Aquin se plaisait à citer en toute occasion :

Nous renversons les raisonnements (les faux noms) et toute hauteur (l’orgueil intellectuel et spirituel) qui s’élèvent contre la connaissance de Dieu, et nous amenons toute pensée captive à l’obéissance du Christ. (2 Co 10, 4-5).

Adam nommait très simplement les animaux que Dieu lui présentait. Étant sans péché et n’ayant encore aucune fausse pensée, il leur donnait des noms qui correspondaient très exactement à leur nature. Le nom qu’il prononçait correspondait à l’animal placé devant lui et en manifestait le caractère propre et unique. Face à la grandeur du premier homme, nous sommes poussés à nous écrier comme le psalmiste :

Qu’est-ce que l’homme pour que tu te souviennes de lui ?

Et le fils de l’homme, pour que tu prennes garde à lui ?

Tu l’as fait de peu inférieur à Dieu,

Et tu l’as couronné de gloire et de splendeur.

Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains,

Tu as tout mis sous ses pieds,

Les brebis comme les bœufs tous ensemble,

Et même les bêtes des champs,

Les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,

Tout ce qui parcourt les courants marins.

Éternel, notre Seigneur !

Que ton Nom est magnifique sur toute la terre !

(Ps 8, 5-9)

Mais  bien que ces animaux pussent en quelque sorte devenir ses compagnons, même parfois ses amis, l’homme ne trouvait en eux aucune compagne qui pût lui correspondre, et cela ni dans le bétail (les animaux domestiques), ni dans les oiseaux du ciel, et encore moins dans les animaux des champs (les bêtes sauvages).

Alors (YHWH Élohim) l’Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme qui s’endormit ; il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme et il l’amena vers l’homme. (Gn 2, 21-22)

Dans ce bref récit qui nous décrit l’origine de la femme, nous voyons Dieu pleinement actif. Il est la cause unilatérale première de tout ce qui va se produire. En revanche, l’homme, est lui totalement passif. Il s’agit ici de l’acte créateur final de Dieu.

Après la création de la femme, Dieu se reposera pour toujours de toutes les œuvres qu’il avait créées.

Ainsi, Dieu avait amené l’homme dans le Jardin et lui avait présenté tous les animaux pour voir s’il pourrait trouver parmi eux la compagne qui lui était si nécessaire. Mais non ! Il s’agissait d’espèces différentes de l’homme, séparées de lui pour toujours par des catégories créationnelles inamovibles. Aujourd’hui, c’est ce qu’il nous faut rappeler plus que jamais : la différence de nature, de substance ou d’essence entre l’ordre animal et cet ordre plus complet, ordre qui récapitule et résume tous les autres ordres en lui-même, l’espèce humaine dont toutes les potentialités étaient réunies en Adam, le premier homme.

Le texte ici indique cinq actions divines distinctes :

a) Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme.

b) Il lui prit une de ses côtes et de la chair.

c) Il referma la chair à sa place.

d) Dieu forma la femme de la côte et de la chair prise à l’homme.

e) Dieu amena la femme à l’homme.

Dans toutes ces actions, l’homme demeure passif (et la femme bien sûr également) et Dieu est seul à agir. Prenons ces actions les unes après les autres.

a) Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme.

D’après l’usage biblique courant de ce mot, il s’agirait ici d’un sommeil profond et extraordinaire suscité par Dieu. C’est souvent pendant ce genre de somme que Dieu se révèle à l’homme.

b) Il lui prit une de ses côtes et de la chair.

Le mot traduit ici par côte, tsela en hébreu, se traduit habituellement par côté, ou par moitié. Le mot signifie habituellement le côté d’un objet. En fait Dieu ne prit pas simplement une côte de l’homme mais une bonne partie de son côté, chair et os ensemble, puisque plus tard Adam pourra décrire sa femme comme os de mes os et chair de ma chair.

John E. Hartley tire les implications suivantes de la création spéciale de la femme :

« Cette image décrit le caractère intime du rapport entre l’homme et la femme comme ils se tiennent de manière égale devant Dieu. Comme Dieu est le Créateur de la femme, elle sera personnellement responsable devant lui pour le culte qu’elle devra lui rendre. Elle n’est pas une simple extension de l’homme ; elle possède une individualité unique qui lui est propre. Il n’y a aucune indication ici que la femme lui serait inférieure. Mais puisque son corps a été formé à partir de celui de l’homme, il se trouve une réelle continuité entre les deux, ce qui fait qu’ils ne peuvent trouver de relation pleinement satisfaisante que l’un avec l’autre, ceci à l’exclusion de tout autre élément de la création. »1

Cependant, il faut faire remarquer que la lecture de notre texte proposée par Hartley laisse entendre, selon l’idéologie égalitariste qui prévaut aujourd’hui, l’exclusion de toute notion de hiérarchie entre l’homme et la femme, entre le mari et son épouse. L’apôtre Paul n’était, lui, pas influencé par une telle idéologie égalitaire.

Voyons comment il commente ce texte, de manière inspirée et infaillible, dans les recommandations pastorales qu’il adresse à son disciple Timothée :

« Je veux donc que les hommes prient en tout lieu, en élevant les mains pures, sans colère ni contestation. De même aussi que les femmes, vêtues d’une manière décente, avec pudeur et modestie, se parent non pas de tresses, ou d’or, ou de perles somptueuses, mais d’œuvres bonnes, comme il convient à des femmes qui font profession de piété. Que la femme s’instruise en silence, avec une entière soumission. Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme mais qu’elle demeure dans le silence. »

Paul nous donne ici deux raisons pour justifier cette hiérarchie entre les sexes, la première tirée de l’ordre de la création, la seconde des conséquences du péché.

Car Adam a été formé le premier, Ève ensuite; et ce n’est pas Adam qui a été séduit, c’est la femme qui, séduite, s’est rendue coupable de transgression. (1 Tim 2, 8-14)

Dans sa première lettre aux Corinthiens, Paul précise davantage sa pensée, affirmant que si l’homme est la gloire de Dieu, la femme est la gloire de l’homme. Et il ajoute ces paroles importantes pour bien faire comprendre la distinction d’ordre créationnel entre l’homme et la femme :

« Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile. L’homme ne doit pas se voiler la tête, puisqu’il est l’image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l’homme ; et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. C’est pourquoi la femme, à cause des anges, doit avoir sur la tête une marque de l’autorité dont elle dépend. »

Et Paul de conclure :

« Toutefois, dans le Seigneur, la femme n’est pas sans l’homme, ni l’homme sans la femme. Car de même que la femme a été tirée de l’homme, de même l’homme naît par la femme, et tout vient de Dieu. » (1 Co 11, 6-12)

Si tous sont un en Christ (il n’y a plus ni homme, ni femme, ni Grec, ni Juif, etc. Gal 3, 11 et Col 3, 28), et si dans l’ordre de création tous sont également créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, cependant, sur le plan de cette création, il existe un ordre, une hiérarchie voulue par Dieu, ordre et hiérarchie auxquels nous devons nous conformer si nous voulons lui être agréables.

Cet ordre, cette hiérarchie entre l’homme et la femme reflètent, en fin de compte, l’ordre fondamental, la hiérarchie première, entre le Créateur et la créature, entre le Christ et son Église.

c) Dieu referma ensuite la chair d’Adam.

Il fit ceci sans qu’il ne lui manque quoi que ce soit.

d) Dieu forma alors la femme de la côte et de la côte prise à l’homme.

De cette côte, Dieu bâtit ou construisit une femme. Ici le mot est très spécifique. Ce n’est ni le mot de créer ni celui de faire qui est employé ici, mais celui de bâtir. C’est comme si Dieu utilisait la matière prise à l’homme pour construire, pour façonner un être qui, tout en étant différent de lui, lui serait parfaitement complémentaire. L’égalitarisme féministe moderne n’est rien d’autre que la volonté des femmes de vouloir singer l’homme. Ce faisant, elles manifestent une faiblesse foncière en rejetant leur propre nature féminine (1 P 3, 7).

Évelyne Sullerot, sociologue protestante française bien connue, milita longtemps dans les rangs féministes. Puis en septembre 1976, elle organisa pour le compte du Centre Royaumont pour une science de l’homme un Congrès à Paris dont le but était de prouver une fois pour toutes, et cela de la manière la plus scientifique et dans les domaines les plus variés, l’égalité irréfutable entre hommes et femmes. Afin d’atteindre ce but, elle rassembla les meilleurs chercheurs du monde entier  pour se pencher sur les divers aspects de cette question. Le résultat fut des plus nets. Toutes les contributions, sans la moindre exception, démentirent la thèse égalitariste. Toutes prouvèrent exactement le contraire de ce que cherchaient à démontrer les organisateurs du Congrès. La différence créationnelle irréductible entre l’homme et la femme se manifestait ainsi clairement dans tous les domaines étudiés. Évelyne Sullerot eut le courage d’encaisser la leçon que la science lui infligeait si brutalement. Elle devint alors non seulement un défenseur résolu de la famille, telle qu’elle est traditionnellement conçue, mais également du rôle et de l’autorité du mari dans le couple et dans la communauté familiale2. L’emprise du féminisme sur l’immense majorité des femmes d’aujourd’hui montre bien à quel point elles doivent être protégées contre les dangers que leur fait courir cette idéologie égalitariste si funeste.

e) Dieu amena la femme à l’homme.

La femme une fois formée, aide assortie à l’homme, épouse qui était le complément qui lui manquait, Dieu l’amena à Adam, la lui confia pour qu’il en prenne soin, qu’il l’aime et la protège.

« De même, les maris doivent aimer leurs femmes comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne, en effet, n’a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et en prend soin, comme Christ le fait pour l’Église, parce que nous sommes membres de son corps. C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, pour s’attacher à sa femme, et les deux deviendront une seule chair. Ce mystère est grand ; je dis cela par rapport à Christ et à l’Église. Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme respecte son mari. » (Éph 5, 28-33)

Et Pierre ajoute cette recommandation aux maris :

« Honorez-les comme cohéritières de la grâce de la vie, afin que rien ne fasse obstacle à vos prières. » (1 P 3, 7)

Terminons cette partie avec deux citations d’excellents commentateurs de la Genèse. De son côté, Umberto Cassuto écrit:

« Comme la côte se trouve au côté de l’homme et lui est attachée, de même la bonne épouse, la côte de son mari, se tient à son côté comme une aide qui lui est bien assortie et dont l’âme lui est attachée. »3

Sur un mode plus poétique, Matthew Henry reprend certaines réflexions des Pères de l’Église. La femme, dit-il :

[…] « ne fut pas faite de la tête de l’homme pour le dominer, ni de ses pieds pour être piétinée par lui, mais de son côté pour être son semblable, sous son bras pour être protégée par lui et près de son cœur pour qu’il l’aime. »4

À la vue de la femme, Adam la reconnut comme son semblable et s’écria :

« Cette fois, c’est l’os de mes os,

La chair de ma chair !

C’est elle qu’on appellera  »femme » [‘icha],

Car elle a été prise de l’homme [‘ich]! » (Gn 2, 23)

Tant le français que l’anglais utilisent l’expression les liens du sang pour parler des relations familiales immédiates. En hébreu, il est question de relations de chair et d’os. Dans ce chant d’exultation, Adam exprime sa joie immense à la vue de la femme que Dieu lui a donnée. Entre le mot hébreu pour homme, mot spécifique signifiant le sexe masculin, ceci en contraste avec le mot Adam qui signifie humain en général, et celui pour femme, utilisé pour le sexe féminin, il se trouve en hébreu un jeu de mots intraduisible. Masculin en hébreu se dit ‘ich (et s’écrit aleph + yod + shin) tandis que féminin s’exprime par le mot ‘icha (écrit aleph + shin + hé). C’est comme si on parlait d’homme et d’hommesse, ce qui évidemment ne se dit pas en français. Mais en hébreu, en ôtant du mot ‘ich, le yod central et en ajoutant un (désinence du féminin), on obtient ‘icha, ce qui les différentie tout en préservant leur ressemblance. Si le mot ‘femme’ vient de celui de ‘homme’, c’est que la femme fut, au commencement, prise de l’homme lui-même. C’est peut-être pour cette raison que, dans les sociétés chrétiennes, la femme, lorsqu’elle se marie, prend souvent le nom de son mari.

Ce petit poème biblique, véritable merveille littéraire, met en œuvre en quelques lignes une étonnante variété de procédés de la poésie hébraïque : parallélisme, assonance, chiasme, répétition de mots, jeux de mots, sans oublier le jeux de lettres…

L’institution divine du mariage entre un homme et une femme est scellée par un ordre qui conduit nécessairement à l’établissement d’une nouvelle communauté familiale :

C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. (Gn 2, 24)

Même si le mariage chez les Hébreux était souvent patrilocal, c’est-à-dire que le mari continuait à vivre à proximité de la maison paternelle, cependant sur le plan institutionnel, pour l’homme il y avait rupture entre son ancien foyer et la nouvelle communauté familiale qu’il fondait. Cette rupture conduisait à la création d’une nouvelle institution familiale. C’est le mari qui devait quitter ses parents afin de fonder une nouvelle famille indépendante de l’ancienne. Cet acte de rupture marque le fait que le nouveau lien unissant mari et femme est plus étroit que l’ancien qui attachait l’enfant à ses parents. Le mot utilisé pour l’attachement de l’homme à sa femme est très fort ; il pourrait se traduire par le verbe coller. Dans la société hébraïque, les membres de la famille du conjoint deviennent réellement ses frères et ses sœurs, lien qui interdisait tout mariage entre eux lors de veuvage ou de divorce. La seule exception à cette règle est le droit du lévirat où le beau-frère d’une veuve sans fils avait l’obligation de prendre la place du mari défunt pour lui susciter un  héritier et ainsi lui assurer une descendance et, par ce fils, la continuité de l’héritage patriarcal.

Comme le texte nous l’indique, c’est le mari et non l’épouse qui quitte son père et sa mère pour fonder une nouvelle famille. L’épouse ne quitte pas la position qui est la sienne : celle d’être toujours placée sous une autorité. Par l’acte public du mariage, elle passe de l’autorité de son père à une autorité nouvelle, celle de son mari.

Quittant son ancienne famille, elle s’attache à sa nouvelle famille. C’est pour cette raison que, selon une coutume assez largement respectée encore aujourd’hui, la fiancée entre dans l’Église au bras de son père, qui la confie alors personnellement à son mari. C’est ainsi que le père transmet son autorité et son devoir de protection sur sa fille à son gendre. Lors d’un récent mariage, j’ai entendu le prédicateur affirmer – contrairement aux mots que nous avons devant les yeux – que les conjoints étaient tous deux appelés à quitter leurs pères et mères respectifs pour s’attacher l’un à l’autre. C’est ainsi que des prédicateurs se permettent de fausser le texte de la Bible et de saper la structure d’autorité établie par Dieu. Car les structures de l’ordre social furent établies par Lui lors de la création de la première famille. Est-il alors étonnant de constater que, dans bien des Églises dotées de tels pasteurs, les femmes soient elles-mêmes autorisées à assumer des fonctions d’autorité que la Bible ne réserve qu’aux seuls hommes qualifiés par Dieu pour de telles charges ?

Entre l’état de célibat et celui du mariage, la structure et la hiérarchie des devoirs du mari changent. La tranquillité de son épouse et la stabilité de leur mariage dépendent dans une importante mesure du fait que le mari puisse explicitement reconnaître son changement de statut social et agir en conséquence. L’homme célibataire doit d’abord honorer Dieu, puis ses parents. L’homme marié doit toujours donner la première place à Dieu (Dieu premier servi), mais il doit ensuite rendre honneur à son épouse ; en troisième lieu seulement, il devra rendre à ses parents l’honneur qu’il leur doit toujours. C’est pour se conformer à cet ordre créationnel que mon père, Alexandre Berthoud (dont les parents habitaient avec lui dans la cure), lorsqu’il introduisit ma mère dans son nouveau foyer, eut la sagesse de dire à ses parents: « Vous n’êtes plus chez moi, mais chez Madeleine, mon épouse. » C’est en se conformant ainsi à l’ordre de Dieu que l’on peut construire un mariage solide et durable. L’union du couple, nous dit le texte, conduit à ce que les conjoints deviennent une seule chair. Cela est tout aussi vrai pour signifier l’union charnelle des époux que le fruit de cette union, l’enfant.

Notre texte se termine par l’affirmation de l’innocence parfaite du premier couple :

« L’homme et la femme étaient tous les deux nus et n’en avaient pas honte. » (Gn 2, 25)

Le mot hébreu pour la  »honte » buwsh se rapporte davantage à la honte publique, c’est-à-dire au fait d’être rendu confus devant autrui, de perdre la face, d’être dans la confusion publique, qu’au seul sentiment intime de honte. Le dévergondage actuel est tel que non seulement nos contemporains n’éprouvent plus de honte devant la nudité – ce qui devrait être une réaction normale pour des êtres pécheurs – mais ils ont également très largement perdu l’aspect positif de cette honte ressentie devant autrui, le sentiment de la pudeur. Le grand prédicateur français Jacques Saurin, qui a exercé au début du XVIIème siècle un ministère fécond aux Pays-Bas, décrit ainsi l’innocence bénie de nos premiers parents :

« Ces deux favoris du Ciel vivaient ainsi dans le Paradis. Comme les saisons y étaient modérées, ils n’avaient pas besoin de se défendre contre les injures de l’air. Et comme tous les mouvements de leur corps étaient parfaitement soumis à leur volonté, qui était elle-même entièrement assujettie à celle de Dieu, ils n’avaient pas besoin de se couvrir. « Ils étaient nus et ils n’avaient point de honte« . Et de quoi auraient-ils rougi ? Si nous avons encore quelque peine à comprendre cette circonstance de l’Histoire Sainte, c’est que la plupart de nos jugements sont faux depuis le péché, et que nous avons perdu également les idées de la véritable honte, et celles de la véritable Gloire5

Conclusion

« L’Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise à l’homme et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit :  »Cette fois c’est l’os de mes os, la chair de ma chair ! C’est elle qu’on appellera femme, car elle a été prise de l’homme. » » (Gn 2, 22-23)

Dans l’Évangile de Jean, au récit de la crucifixion de notre  Seigneur, nous lisons :

Arrivés à Jésus et le voyant déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes ; mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l’eau. (Jn 19, 33-34)

Dans sa seconde Épître aux Corinthiens, l’Apôtre Paul nous dit:

Car je suis jaloux à votre sujet d’une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure. (2 Co 11, 2)

Et aux Éphésiens il écrit :

Jamais personne, en effet, n’a haï sa propre chair ; mais il la nourrit et en prend soin, comme le Christ le fait pour l’Église, parce que nous sommes membres de son corps. (Ép 5, 29-30)

Jean, pour sa part, nous dit dans sa première lettre :

C’est lui, Jésus-Christ, qui est venu avec de l’eau et du sang, non avec l’eau seulement, mais avec l’eau et avec le sang ; et c’est l’Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, la Parole et l’Esprit-Saint. Et ces trois sont un. Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre : l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois sont d’accord. (1 Jn 5, 6-8)

De son côté, Jean-Baptiste s’écriait :

Celui qui a l’épouse, c’est l’époux ; mais l’ami de l’époux, qui se tient là et qui l’entend, éprouve une grande joie à cause de la voix de l’époux : aussi cette joie qui est la mienne est complète. (Jn 3, 29)

Enfin, dans l’Apocalypse nous lisons :

Réjouissons-nous, soyons dans l’allégresse et rendons gloire à Dieu, car les noces de l’Agneau sont venues, et son épouse s’est préparée. Il lui a été donné de se vêtir de lin fin , éclatant et pur, ce sont les œuvres justes des saints. (Ap 19, 7-8)

Ce sera Paul qui conclura pour nous :

Maris, aimez chacun votre femme, comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier après l’avoir purifiée par l’eau et la parole, pour la faire paraître devant lui, cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée. (Ép 5, 25-27)

De manière mystérieuse, la création de la femme à partir de la chair et de l’os tirés du côté d’Adam, nous parle du Christ et de son Église. Le sommeil d’Adam annonce la mort du Seigneur. Le côté d’Adam percé par Dieu pour y extraire la première femme ne nous parle-t-il pas aussi du côté du Sauveur percé pour notre salut d’où est sortie l’Église même de Dieu ? N’est-ce pas Dieu le Père qui au jour des noces de l’Agneau présentera lui-même à son Fils l’épouse issue de son propre corps, l’Église du Dieu vivant, parfaite et sans tache ? En attendant ce jour bienheureux, faisons nôtre la prière de toute l’Église :

« L’Esprit et l’épouse disent : Viens ! Que celui qui entend, dise : Viens ! Que celui qui a soif, vienne ; que celui qui veut, prenne de l’eau de la vie, gratuitement ! Je l’atteste à quiconque entend les paroles de la prophétie de ce livre : Si quelqu’un y ajoute, Dieu ajoutera (à son sort) les fléaux décrits dans ce livre. Et si quelqu’un retranche des paroles du livre de cette prophétie, Dieu retranchera sa part de l’arbre de Vie et de la ville sainte, décrits dans ce livre. Celui qui atteste ces choses dit :  »Oui, je viens bientôt ! » Amen ! Viens, Seigneur Jésus ! Que la grâce du Seigneur Jésus soit avec tous ! Amen! » (Ap 22, 17-21)


* Repris de Création, Bible et Science, Lausanne, l’Âge d’Homme, 2008, pp.97-114.

1 John E. Hartley, « Sela », Theological Wordbook of the Old Testament, Moody Press, Chicago, 1980, Article 1924, p.768.

2 Évelyne Sullerot, Le fait féminin. Qu’est-ce qu’une femme ? Préface d’André Lwoff, Paris, Fayard, 1978 ; Quels pères? Quels fils?, Fayard, 1992.

3 Umberto Cassuto, A Commentary on Genesis. Part One from Adam to Noah, The Magnes Press, The Hebrew University of Jerusalem, 1961, t. I, p. 134.

4 Matthew Henry’s Commentary on the Whole Bible, Fleming H. Revell, Old Tappan, t. I, p.20.

5 Jacques Saurin, Discours historiques, critiques, théologiques et moraux, sur les événements du Vieux et du Nouveau Testament, t.1er « Sur la Genèse », Amsterdam, Henri du Sauzet, 1720, p.30.

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