Existe-t-il une possibilité de passer de la marche quadripédique à la marche bipédique ?

Par le Dr Jean-Maurice Clercq

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Résumé : La mythologie évolutionniste (en témoignent les  manuels scolaires) nous montre souvent notre « ancêtre » simiesque se redressant peu à peu pour s’adapter à un nouveau mode de vie. Or la station debout suppose une interaction très complexe entre divers capteurs sensoriels et les muscles rectifiant en permanence l’équilibre vertical du corps. En analysant ces processus, la posturologie montre l’impossibilité de passer graduellement de la quadrupédie à la bipédie.

Les ouvrages traitant de l’origine de l’homme admettent  que l’Homo erectus descend d’un pré-hominien lequel s’apparentait à un singe1. Le singe2 serait descendu de son arbre pour s’aventurer dans la savane parmi de hautes herbes qui l’ont obligé à se redresser de plus en plus fréquemment et c’est ainsi qu’il serait devenu bipède. Cette position, debout sur deux pattes, aurait eu pour conséquence de libérer les membres antérieurs et d’accroître le volume du cerveau et du cervelet, permettant à l’intelligence de se développer et d’acquérir l’esprit d’abstraction3.

Ainsi seraient apparus les ancêtres de l’homme ! Tout cela est raconté avec force détails comme si l’un de nos éminents savants en avait été témoin.

Dans cette hypothèse du redressement, une question se pose : ce préhominien s’est-il redressé progressivement ? Ou épisodiquement avant que ce caractère ne devins se définitif après plusieurs générations ? Ou brusquement en l’espace d’une génération ? En un mot, peut-on vraiment passer à la position debout (de 4 à 2 pattes), et comment ?

Essayons de chercher la réponse dans les dernières connaissances relevant de la « posturologie » (étude des mécanismes de la posture humaine et des conditions de son maintien). En station bipédique l’être humain se trouve en effet dans la situation la plus instable qui soit : celle du pendule inversé. Mais il parvient à se maintenir debout, c’est-à-dire en équilibre, grâce à une série de capteurs qui, par le rôle « cybernétique »4 du cervelet, agissent sur le système tonique postural régissant la tension des chaînes musculaires :

– Les capteurs : situés principalement dans les pieds (peau – articulation – muscles) ; dans l’oeil ; et dans le système manducateur (articulation de la mâchoire – dents – muscles). Accessoirement : dans l’oreille interne, la peau et le centre cérébral supérieur.

– Le système tonique postural ascendant : composé de la chaîne musculaire dorsale ascendante (jambes-cuisses-rachis lombaire-colonne vertébrale avec vertèbres, ligaments, muscles, ceinture scapulaire, etc…)

– Le système tonique postural descendant : composé des muscles de la face antérieure du corps à partir de la mâchoire inférieure.

– Le système manducateur : il est le point de rencontre des  deux systèmes toniques posturaux lorsqu’ils s’équilibrent quand l’être humain se tient debout.

Les deux systèmes toniques posturaux, ascendant et descendant, peuvent se comparer à une maquette de bateau à voile : toute actions sur l’un des haubans va créer une série de tensions sur certains tandis qu’il va en détendre d’autres.

De même une perturbation de l’un des capteurs va immédiatement modifier la tension des chaînes musculaires. Cette modification de tension induit alors un trouble de la posture, toujours douloureux.

Exemples :

– En position debout, la fermeture des paupières neutralise les capteurs des yeux et provoque une perte d’équilibre en quelques secondes.

– Une mauvaise posture du pied à la suite d’une contusion ou d’une entorse à la cheville pourra se compenser et la douleur se reporter au niveau du genou parce qu’il se trouvera fonctionnel en position déviée. Mais si cette articulation voit son déséquilibre compensé par une excellente tenue ligamento-musculaire, le trouble va se trouver porté au bassin ou plus haut sur la chaîne ascendante : aux vertèbres lombaires ou dorsales ou cervicales, ou au point charnière de l’articulation de la mâchoire. Il peut redescendre par la chaîne descendante et se localiser aux muscles thoraciques, etc…

– Combien de patients souffrent du genou ou de la hanche à la suite d’une vieille entorse de la cheville qui a laissé le pied légèrement dévié ?

– L’affaissement d’une voûte plantaire du pied  ou un mauvais travail de semelles orthopédiques peuvent affecter la chaîne musculaire descendante et provoquer des difficultés respiratoires à l’occasion d’efforts ou de légers troubles d’incontinence au niveau de la vessie.

– Une talonnette orthopédique peut déclencher tout une série de douleurs dorsales et musculaires sur un sujet équilibré.

– Une discopathie des vertèbres cervicales peut provoquer une douleur à l’articulation de la mâchoire.

– Un pied dévié dans le jeune âge peut induire un léger strabisme (oeil qui louche) de même sens.

– Une rotation non corrigée du bassin va entraîner une usure prématurée des dents d’un seul côté de la mâchoire.

– Une personne totalement édentée et ne portant pas d’appareils dentaires, sera plus voûtée que la normale.

– Une dent en mal-occlusion va entraîner un trouble de l’articulation de la mâchoire qui pourra être lui-même douloureux mais aussi générer des douleurs sur le sommet de la tête, à l’occiput, autour de l’oeil, ou à l’épaule.

La présence du système dentaire (dents-articulation de la mâchoire et muscles manducateurs) parmi les capteurs du système tonique postural nous permettant de nous tenir debout est bien établie. Un appareillage permettant une série d’enregistrements posturographiques donne la projection du centre de gravité d’un sujet sur son polygone de sustentation. L’enregistrement dure une minute à raisons de 20 mesures de projections par seconde.

Exemple n°1 : Sujet normalement équilibré. Yeux ouverts Figure 14


Exemple n°2 : Sujet édenté de ses molaires, souffrant à son articulation de la mâchoire, avec les signes associés classiques : cervicalgie, céphalées, vertiges, dorsalgie, lombalgie.


Exemple n°3 : Sujet souffrant de son articulation de la mâchoire avec les répercussions suivantes : maux de tête, otalgies bilatérales, torticolis, entorses à répétition du genou et des chevilles.


Ces expériences nous font comprendre que le système de mastication (articulation de la mâchoire et système neuro-musculaire oro-facial) dépend du système nerveux central et que toute affection de ce système nerveux central, par des facteurs psychologiques et physiologiques, lors de fonctions telles que la mastication, la déglutition, la phonation, la posture, la gestion du stress, etc… réagit sur le système de mastication et inversement.


Figure 10 : La triade du système manducateur (il existe une relation étroite entre la triade occlusion, articulation temporomandibulaire et la posture cranio-spinale).


Ainsi un traumatisme, une respiration buccale, une mauvaise posture cranio-cervicale (scoliose ou hyper lordose cervicale) peut changer l’adaptation neuro-musculaire, créer une hyperactivité des muscles rétracteurs, une tension des muscles du cou et du système cervico-manducateur pour aboutir à une posture en avant de la tête avec une perte de la lordose naturelle entraînant des douleurs et une modification de la posture générale.

Ces notions de posturologie sont nécessaires pour bien saisir la complexité et l’interdépendance des mécanismes qui nous permettent de nous tenir debout, et pour bien comprendre que toute modification d’un seul des éléments du système tonique postural, si minime soit-elle, va immédiatement ou à moyen terme déclencher un processus pathologique douloureux.

Programmée génétiquement, la position de l’homme semble pour ainsi dire fixée dans un équilibre harmonieux et délicat entre tous les muscles, les articulations et la colonne vertébrale, empêchant ainsi la moindre modification. Les connaissances actuelles en posturologie nous interdisent d’imaginer un instant qu’il soit possible pour être vivant marchant à quatre pattes de pouvoir passer à une marche habituelle sur deux pattes. Et ce, tant d’une manière brusque que par des stades intermédiaires.

Ainsi la science posturologique, qui se développe actuellement à des fins thérapeutiques, dénonce sans le vouloir un des points clés des théories évolutionnistes affirmant que les préhominiens ont dû passer de la marche quadripédique à la marche bipédique en se redressant.

La marche de l’homme

Nous sommes tellement habitués à marcher en chaussures que nous n’y pensons plus. Seules les personnes passant chez elles leurs journées en pantoufles et qui finissent par souffrir de la voûte plantaire ou des mollets comprennent l’utilité de marcher en chaussures.

Que se passe-t-il lorsque nous marchons nu-pieds sur un sol dur ? En dehors de la sensibilité (qui s’atténuera par des callosités), le fait de marcher sans semelles adaptées va accentuer toutes les courbures naturelles du dos : la lordose lombaire, la syphose dorsale, la lordose cervicale avec mauvais fonctionnement du muscle digastrique affectant la croissance de la mâchoire. Les noirs d’Afrique qui marchent pieds-nus connaissent bien ces problèmes.

Mais alors, l’homme n’ayant pas été créé pour marcher avec des chaussures, à quel sol était-il destiné ? Un sol relativement meuble mais non mou et relativement ferme, comme un épais tapis de mousse… faute de quoi nous devons porter des chaussures avec talons et semelles soutenant la voûte plantaire… En poussant le raisonnement jusqu’au bout, et puisque nous ne sommes pas adaptés au sol actuel, pour le sol de quel paradis perdu nos pieds et notre marche étaient-ils et programmés et préadaptés ?


1 Les préhistoriens développant cette thèse oublient que les singes n’ont pas le même nombre de chromosomes que les hommes. Ce n’est pas le passage de la condition quadripédique à la position bipédique qui a pu influencer le chiffre chromosomique. Il y a ici un argument insuffisamment utilisé : à lui seul il dément notre « cousinage » avec les primates.

2 Le singe marche à 4 pattes, ordinairement en appui sur ses membres antérieurs.

3 A l’époque de Darwin, on pensait que l’intelligence d’un animal dépendait de la taille de son cerveau. En réalité, elle est sous la dépendance du nombre des circonvolutions. Ainsi, Alphonse Allais, brillant esprit du début du XXème siècle, se trouvait être « le plus petit chapeau de Paris ».

4 La cybernétique (du mot grec Kybernétès, pilote de navire, qui a donné « gouvernail ») est la science des régulations automatiques.

4 M.Langlade et H.Poulet, La cervicométrie au service de l’analyse posturale du patient dysfonctionnel, Le chirurgien dentiste de France, n°589 (12/9/91), p.39 squ.

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