L’agriculture biologique, santé du corps et de l’esprit

Par Jean Boucher

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Jean Boucher1

Résumé : Avec la diététique et la nutrithérapie beaucoup refont désormais un lien entre santé et alimentation. Mais la qualité sanitaire des aliments suppose celle des animaux et des plantes cultivées, et cette dernière nécessite encore celle des sols. Les méthodes de fertilisations devraient donc intéresser les académies de médecine autant que les académies d’agriculture. En définitive la santé repose sur 2 piliers : l’équilibre organique (entre carbon et azote), et l’équilibre minéral (entre potassium et magnésium).

Quand on me demande pourquoi je fais de l’agriculture biologique, je réponds : « parce que c’est beau, c’est dans l’ordre de la Création ».

Essayons de comprendre. Dans l’essence des choses et des êtres la vie nous a été donnée « en plénitude », avec la santé. Ceci est une notion bien différente de celle d’une prétendue immunité naturelle. Celle-ci n’est qu’un leurre, une dangereuse illusion sur la situation présente des êtres vivants à l’égard du parasitisme multiforme. Sans un effort bien étudié, ne comptons pas trop sur un retour à la santé par le simple fait de ne rien faire ni rien absorber de nuisible. Certes, cet effort est nécessaire, il est indispensable, mais insuffisant. Il faut aussi et surtout nous mettre dans un milieu de haute vitalité. Comment cela ! N’est-ce pas toujours le cas ? Eh bien non, ce n’est pas toujours le cas. Il y a des régions géologiquement favorisées, et d’autres défavorisées. Nous allons essayer de nous en expliquer.

Nous trouvons une première approche de cet état des choses dans une étude de J.Robinet (1930) publiée dans Politique préventive du cancer de P. Delbet (1942). L’auteur compare les régions à faible teneur en magnésium dans le sol français, et les régions à taux élevé de cancers. Il y a une concordance étonnante.    Au contraire, les régions à sol riche  en magnésium, sont des régions à faible taux de cancers. Le taux des suicides est lui aussi peu élevé, et la longévité accrue, si on la compare à celle des régions à sol pauvres en magnésium.

CARTE DU CANCER2

CARTE DE LA MAGNESIE3

L’étude géologique de J.Robinet venait apporter un éclairage nouveau à la découverte de Delbet (1915) sur le pouvoir curatif du chlorure de magnésium : il accélère la cicatrisation des plaies de guerre en stimulant la phagocytose, activité des leucocytes (globules blancs).

Delbet prouva ensuite que l’action protectrice du magnésium est très générale et permet de guérir rapidement des maladies graves : diphtérie, poliomyélite, tétanos, etc… Affirmations prouvées par de nombreuses observations, et qu’il faut relier aujourd’hui à la présence du magnésium comme activateur d’innombrables enzymes (plus de 300) et à son intervention dans la plupart des processus vitaux. Activité cardio-vasculaire, activité cérébrale, croissance osseuse, protection du squelette et des articulations, etc… Si l’on note encore que le magnésium est l’activateur de la chlorophylle, unique relais terrestre de l’énergie solaire, on comprendra l’importance à peu près universelle de cet élément.

A vrai dire, la découverte de Delbet guérissant des maladies sans l’intervention de toxiques n’est pas la première réalisation d’une médecine du terrain. Vingt ans plus tôt (vers 1895), René Quinton avait montré que l’eau de mer isotonisée a, elle aussi, des pouvoirs curatifs et rééquilibrants remarquables. L’œuvre de Quinton a permis de très nombreuses guérisons ; elle devrait être remise au jour  comme altenative à la transfusion sanguine. Ainsi s’appliquerait la doctrine de Claude Bernard :

« Le microbe n’est rien, le terrain est tout« .

Cette conception des lois de la vie est à la base de notre recherche pour une agriculture biologique :

Nous recevons la santé avec la vie, dans l’essence de l’être

Par suite, le parasitisme, multiforme et destructeur, n’est qu’un processus accidentel, non la règle initiale de la vie. Les parasites, insectes ravageurs, maladies, etc. peuvent être évités si l’on remet l’être vivant dans ses conditions optimales de développement. Si parfois, dans des conditions difficiles, on peut intervenir directement, ce doit être – sauf exception – par des traitements simples et sans nocivité.

L’observation des conditions de vie, depuis bientôt cinquante ans, nous montre que la santé des cultures, des animaux, et de l’homme est liée à deux équilibres :

– un équilibre organique carbo-azoté (C/N)

– un équilibre minéral magnésium-potassium (Mg/K).

L’équilibre organique a été défini par l’agronome anglais Howard dans la description de la méthode d’Indore pour l’assainissement des matières organiques4. Nous l’appliquons attentivement  dans l’obtention du fumier de ferme, et la pratique du compostage (fermentation dirigée d’assainissement-dynamisation). Elle se traduit par l’abondance de la paille dans l’entretien de l’étable : 7 à 9 kg de paille par UGB (unité de gros bétail) et par jour. Cela permet une absorption satisfaisante de la totalité des déjections. D’autres tours de mains (stabulation libre, apport de magnésium soluble dans l’alimentation) donnent dans l’étable une ambiance de santé, de salubrité : absence d’odeurs putrides…

Avec cette fumure organique assainie-dynamisée pour la première fois en 1959, nous avons obtenu un compost à action curative sur les maladies des cultures : guérissant des cultures malades : tavelure (venturia pirzina et inaequalis) des arbres fruitiers, rouille du poirier, fonte du collet de la laitue (botrytis). Réalisation évidente d’une phytomédecine du « terrain ». Notons au passage que l’équilibre C/N de Howard est la transcription agronomique de l’antique précepte d’équilibre cultural : la silva , le saltus, l’ager (la forêt, le pré, le champ). L’ager assure, par l’abondance de la paille, la salubrité de l’élevage5.

L’équilibre carbo-azoté a aussi sa transcription en diététique où il se traduit par le nécessaire équilibre glucides-protides faisant appel, soit dit en passant, aux glucides lents (sauf le fructose, raisin en particulier).

L’équilibre minéral est l’autre volet du dyptique de la santé. Pour nous, il repose essentiellement sur deux éléments clés : le magnésium et le potassium.

Le magnésium, biocatalyseur de la chlorophylle, est la clé du monde végétal6 et l’activateur privilégié d’une foule d’enzymes.

Le potassium, « pulsateur » du rythme cardiaque, est la clé du monde animal, seul doué de mobilité7. Le potassium, seul élément biotique majeur radioactif, est indispensable au règne animal (et d’ailleurs au règne végétal,  pour des raisons moins évidentes). Sa radioactivité interdit à coup sûr son emploi immodéré. C’est la remarque que faisait dès 1953, un gros maraîcher nantais : « Ça on le sait, la potasse ça fait pousser, mais ça fait pourrir« . Il en faut, mais sans excès. Il est grave que l’agronomie conventionnelle le fasse utiliser sans mesure, sans prendre en considération les caractères propres de cet élément et son antagonisme à l’égard du magnésium.

Le potassium a en propre sa radioactivité, cas unique dans les 20 éléments de la phase biotique majeure de l’hylogénese : de Z1 (l’hydrogène) à Z20 (le calcium). De plus, c’est un élément ultradilaté, plus léger que l’eau, un élément mou, un élément hydrophobe, répulsif pour l’eau (ses sels solubles cristallisent sans eau). En tous points ces caractères s’opposent à ceux du magnésium : hydrophile (cristaux des sels à 6, 7 ou 10 molécules d’eau), véritable vecteur de l’eau, essence de la vie. Le potassium est l’antagoniste du magnésium. Sa présence en excès inhibe l’assimilation du magnésium par la plante dont la teneur en Mg peut baisser au 1/10ème de sa valeur optimale (analyses reportées par Delbet dans « Equilibre minéral et santé« , R.Favier).

Si nous revenons à l’étude de Robinet sur la répartition géologique du magnésium, nous constatons pour la France – et c’est transposable dans le monde entier – qu’il existe des régions riches en Mg, de haute vitalité, et des régions pauvres en Mg, de vitalité plus fragile. Disons sommairement ; régions sans pathologie latente, régions à pathologie latente ; régions de haute vitalité, régions de faible vitalité.

Dans les premières, l’état de santé florissante est la règle, la santé est facile à entretenir ; dans les autres la santé est plus précaire, mais elle peut être améliorée – santé tant des cultures que de l’homme – par des apports minéraux riches en Mg et visant à atteindre un bon niveau de santé.

Notre pratique sera donc l’adoption d’un équilibre de teneurs souhaitables de 200 ppm en K10 échangeable et 500 ppm en MgO (moyenne de ces régions de santé) au lieu de 200 en K2O et 140 en MgO, (moyennes de toutes les régions de France).

C’est ce que nous appliquons en suivant un barème de fertilisation que nous avons publié8 et qui permet, pour les régions faibles en Mg, d’atteindre le niveau de santé des régions géologiquement privilégiées.

Je ferai remarquer, de plus, que l’amélioration du niveau de magnésium a une heureuse répercussion sur l’activité des légumineuses9. Il constitue ainsi une source importante d’azote organique et de fertilité.

Conclusion

Les deux équilibres organique et minéral, que nous venons de décrire, constituent l’essentiel de notre méthode agrobiologique AFAB* – J.B. Il faut y ajouter, dans toute la mesure du possible, deux pratiques culturales complémentaires, qui ne sont contradictoires qu’en apparence : associations végétales cultivées, et travail du sol sans labour profond. Nous pourrons nous en expliquer ultérieurement. La méthode décrite ici donne des résultats complets, décisifs sur toutes les cultures. Elle est l’avenir de l’agriculture. Elle nécessite une profonde  mise à jour  des données enseignées en agronomie.


1 Ndlr. Agronome, Jean Boucher est, depuis les années 50, un des pionniers de l’agriculture biologique en France. Avec Jean Lemaire, sélectionneur de blé, il développa la méthode « Lemaire-Boucher » qui permit la diffusion d’un pain de qualité (sous la marque de pain Lemaire). Un blé biologique peut contenir dix fois plus de magnésium qu’un blé conventionnel (cultivé avec engrais chimiques et pesticides).

2 L.Robinet (Pharmacien à Moret-sur-Loing) : Terrains magnésiens et Cancer (Avril 1930).

3 D’après la carte géologique au 1/80.000è publiée par le Ministère des Travaux publics.

4 Sir Albert Howard, Testament agricole (éd. Vie et Action, Aix-en-Provence).

5 A l’inverse, les élevages « hors sol » produisent des fumiers concentrés en déjections (C/N faible), à la fois hautement polluants pour l’environnement et malsains pour les champs qui les recueillent.

6 Lire notre étude : Le magnésium, élément protecteur essentiel, Cahier de Chiré n°9, DPF, 1997)

7 Cf. notre étude sur la radioactivité du potassium et les caractères physiocochimiques des éléments biologiques (disponible au CEP).

8 Une véritable agriculture biologique, AFAB, Nantes, p.237 et 239.

9 Mg, le cation essentiel, Norris (Brisbane, 1959)

* Association Française d’Agriculture Biologique (4 rue de Mourzouk, 44000 Nantes.

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