Réflexions sur le rejet d’Aristote dans l’enseignement

Par Hugh Owen

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De M. Hugh Owen (U.S.A.)

Je me suis récemment rendu dans un institut romain, dont le recteur désirait me rencontrer ainsi que mon ami, le Dr Thomas Seiler, physicien, pour discuter des moyens de contrecarrer l’endoctrinement évolutionniste dans les universités et séminaires romains.

La manière dont ce recteur en vint à douter de sa foi en l’évolution – presque universellement acceptée par les intellectuels de ce pays – est très intéressante. Il suivait un cours de bioéthique et écoutait un de ses professeurs parler de « la mort cérébrale. »

À un moment, il se sentit obligé de demander à son professeur comment il pouvait être sûr que le patient en « mort cérébrale » était réellement mort. À sa grande surprise, le professeur ne put pas répondre à la question. Cette expérience l’incita à regarder de plus près le sujet de la mort cérébrale. Il découvrit que, dans le monde entier, des patients dans des hôpitaux catholiques, ayant un pouls normal, une température normale, une respiration et des battements cardiaques normaux, sont déclarés en « mort cérébrale » à cause d’une baisse d’activité électrique du cerveau, permettant d’arracher à ces patients catholiques (ou non) les organes de leur corps alors qu’ils sont en vie. Ceci amena ce prêtre alors relativement jeune, maintenant recteur d’un institut qui abrite et supervise des prêtres poursuivant des études supérieures, à mettre en doute la philosophie évolutionniste à la base de l’abomination de la « mort cérébrale. »

Lorsque le Dr Seiler et moi-même avons rencontré le recteur, il fut très intéressé d’apprendre que, pour nous,  l’abandon de la philosophie immortelle d’Aristote pour celles de Hegel, de Descartes ou des penseurs matérialistes, était directement responsable de l’adoption de l’évolution biologique et de tout son cortège d’erreurs, y compris la « mort cérébrale. » Lorsque les Pères de l’Église et les Docteurs, tels que saint Jean Damascène en Orient et saint Thomas d’Aquin en Occident, canonisèrent la philosophia perennis d’Aristote, ils donnèrent aux scientifiques le cadre et les instruments parfaits pour scruter la nature.

Dans ce cadre, les scientifiques pouvaient partir du principe que la nature était faite de créatures bien conçues, abîmées mais non détruites par le péché originel, et montrant des formes et des fonctions stables.

La philosophie d’Aristote leur permettait de comprendre tout ce qui est dans la nature avec les quatre causes : matérielle, formelle, efficiente et finale. Je suis sûr que vous savez cela, mais pour que cela soit bien clair, prenons l’exemple de la Pietà de Michel-Ange. La cause matérielle de la statue est le marbre dont elle est faite. La cause efficiente est l’agent qui a produit la sculpture, en l’occurrence Michel-Ange utilisant un ciseau.

La cause formelle est la disposition intelligente des éléments matériels, la forme spécifique permettant de reconnaître une Pietà, qu’elle soit en bois, en bronze, en marbre, en plastique ou tout autre matériau. La cause finale est la raison pour laquelle la chose est faite, dans ce cas pour rendre gloire à Dieu en inspirant la dévotion envers le Seigneur et Sa Sainte Mère, spécialement dans leurs douleurs. Cette philosophie éternelle était si bien intégrée dans la théologie de l’Église qu’en 1312 le concile de Vienne définit que « l’âme est la forme du corps humain », manifestant par là pour toujours que le corps humain n’est pas une collection de parties bricolées avec le temps, mais une unité dès le commencement, faite d’une collection d’organes et de systèmes physiologiques, intelligemment disposés selon l’âme spirituelle de l’homme.

Avec la révolution évolutionniste du XIXe siècle, la philosophie éternelle fut rejetée par la plupart des scientifiques, qui remplacèrent la présomption de forme et de fonction stables par une présomption de fluctuation et de dysfonctionnement. Cette révolution élimina aussi les causalités formelle et finale (sauf chez les hégéliens qui conservèrent la cause finale en un vague sens panthéiste) et tenta de réduire toute la nature aux causes matérielle et efficiente. Avec cette vue appauvrie de la nature, les organismes biologiques, homme compris, n’étaient plus vus comme des concrétisations de formes stables, mais comme des collections d’éléments matériels, eux-mêmes produits par des causes matérielles.

Avec cette vision pervertie de la nature, on ne comprenait plus l’homme comme corps et âme, celle-ci agissant comme forme du corps dès le commencement. Dans la mesure où l’âme était quand même reconnue, on la voyait, ainsi chez Descartes, comme « un fantôme dans la machine » du corps plutôt que comme la forme du corps, disposant et coordonnant intelligemment les organes et composants physiologiques du corps.

Dans la philosophie hégélienne, on considère l’esprit comme une sorte de force intelligente à l’intérieur de la matière, qui réalisa un développement progressif des formes matérielles par un processus de conflits et de résolutions. Ceci, à son tour, ouvrit la voie à l’hypothèse darwinienne d’une évolution pièce par pièce du corps humain pendant des siècles, conduisant finalement à la croyance que le caractère distinctif de l’homme est celui qui a évolué en dernier et d’une meilleure manière que pour les autres primates : son cerveau. À partir de là, l’étape logique fut de conclure que l’humanité de l’homme résidait dans le fonctionnement de son cerveau et que, lorsque celui-ci cesse de fonctionner son humanité cesse d’exister.Ainsi comprise, il n’est pas difficile de voir que la fidélité à la philosophie traditionnelle de l’Église aurait évité aux clercs de commettre une gaffe aussi énorme et destructrice que d’approuver la « mort cérébrale » et ainsi de condamner des milliers et des milliers de gens à une mort douloureuse et ignominieuse. Remercions Dieu pour les gens courageux comme notre ami le recteur, prêts à risquer leur « carrière » pour rétablir la vérité qui, seule, sauvegarde l’honneur de Dieu et la santé spirituelle et matérielle de l’humanité

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