Le Pin longévif des Montagnes Rocheuses

Par Pierre Villeneuve

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Regard sur la création

« Car, depuis la création du monde, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’œil quand on Le considère dans ses ouvrages. » (Romains, 1 : 20)

Résumé : On connaît des arbres gigantesques, indice d’un très grand âge. Le pin longévif (pinus longaeva) découvert par le Dr Schulman (Université de l’Arizona) à haute altitude dans les Montagnes Rocheuses, semble le doyen de tous ces arbres. Le climat rude y engendre un écosystème favorable à la longévité et l’un de ces arbres, surnommé « Mathusalem » aurait 4600 ans, en appliquant les règles de la dendrochronologie. Paradoxalement, cette longévité bien attestée a permis de revoir à la baisse certaines datations par le carbone 14.

Le Dr Schulman de l’Université de l’Arizona s’intéressait à la longévité des arbres dans les années 50. Il recherchait des espèces capable de vivre longtemps et aussi des milieux de vie comportant des caractéristiques favorables à la longévité. Il orienta ses recherches dans les montagnes rocheuses à l’Ouest des Etats-Unis.

En effet, c’est dans cette région qu’on avait déjà découvert les arbres les plus grands du monde. D’immenses séquoias y vivaient et y vivent toujours depuis des siècles. C’est ainsi que l’un d’entre eux possède un tronc d’une circonférence de plusieurs dizaines de mètres, dans lequel il a été possible de creuser au niveau du sol  un tunnel suffisamment large pour qu’une automobile puisse y passer facilement, l’arbre étant toujours debout.

L’arbre le plus vieux du monde :

En 1953, le Dr Schulman découvrit dans l’Idaho un pin souple (pinus flexilis james) de plus de 1000 ans. Il continua en Californie et, pour vérifier des traditions locales, il finit par trouver un site reculé des montagnes Rocheuses, entre la Sierra Nevada et la Vallée de la Mort, les « White Mountains », qui abritait de très anciens spécimens végétaux. Là vivaient des arbres très vieux, des pins « longévifs » (Pinus Longaeva – D.K. Bailey) de plus de 4.000 ans. Il revint plusieurs fois les années suivantes visiter cette forêt extraordinaire. Il y trouva en 1957 un pin de cette espèce daté par dendrochronologie à 4.600 ans et le baptisa « Mathusalem », nom du patriarche de l’Ancien Testament qui vécut le plus vieux (il mourut l’année même du Déluge).

Si l’on se réfère à la chronologie biblique, le Déluge  eut lieu vers 2.348 avant Jésus-Christ, ce qui correspond à plus de 4.000 ans avant l ‘époque contemporaine. Le pin « Mathusalem » est donc né à l’époque noachique, il a vécu toute l’aventure humaine, toute l’Histoire Sainte, avant de parvenir jusqu’à nous.


Les graines de ces pins longévifs se sont retrouvées, après la submersion générale des continents par les eaux, à une altitude de plus de 3000 mètres et ont germé dans ce site montagneux.

Un écosystème très stable :

Comment cet arbre a-t-il pu traverser les siècles et rester vivant ? A cette altitude les conditions de vie des arbres sont très dures ; c’est paradoxalement ce qui les a conservés. En effet, éloigné de toute civilisation, le milieu est resté très stable. Il est si rude que les pins n’y rencontrent que peu de concurrence. L’oxygène y est plus rare ; le froid et l’enneigement limitent l’activité des champignons qui attaquent le cœur des arbres.

La silhouette trapue de l’arbre est adaptée aux vents violents. Ses aiguilles vivent plus de 20 ans, se renouvellent progressivement et permettent de profiter du rayonnement solaire intense en haute altitude. Une résine abondante protège le bois des attaques par les insectes, et de même une avifaune adaptée : mésange, petite sittelle, moucherolle, hirondelle, merle bleu, colin des montagnes…

Quand il est jeune , l’arbre se développe d’abord en hauteur, mais pour résister aux rafales, il ne dépasse guère 5 à 6 mètres de haut. Alors de nouvelles pousses naissent à la base du tronc et le stabilisent davantage. Les racines forment un réseau étendu, et finalement un pivot se développe, ancrant l’arbre encore plus profondément dans le sol. Même si des parties de la frondaison sèchent sur le tronc central, chaque siècle peut voir de nouvelles branches se développer.

Une longévité historique :

Grâce aux cernes annuels de croissance, on le sait, l’on peut connaître l’âge d’un arbre. Chaque cycle des quatre saisons ajoute un cerne de plus autour du tronc ; il suffit alors de les compter, du centre à la périphérie sur la coupe d’un tronc, pour connaître l’âge de celui-ci. Mais il n’est pas nécessaire de couper un arbre pour compter les cernes ; on peut faire un mince carotage du tronc en prenant certaines précautions sanitaires.


Les irrégularités des cernes mettent en évidence les caractéristiques des différentes périodes de croissance ; les larges cernes montrent une croissance rapide accompagnée de facteurs favorables : climat doux et ensoleillé, pluviométrie abondante. En revanche, les cernes serrés sont dus à des conditions difficiles : sécheresse, gel, attaques d’insectes… Les cernes relevés par le Dr Schulman sur le pin longévif ne dépassent guère un millimètre d’épaisseur.

Si l’on compare les séries et les successions d’épaisseur des cernes, il devient possible d’établir une chronologie de référence. En comparant la succession des cernes de plusieurs fragments de bois, et si on y retrouve les mêmes séquences de l’échelle chronologique de référence, on peut alors dater avec précision des objets archéologiques, des morceaux de bois tombés sur le sol ou des arbres morts.

Ainsi, après la mort du Dr Schulman, son équipe et son assistant le Dr Ferguson poursuivirent ses travaux et purent établir une échelle de référence longue de 8.200 ans pour le site de White Mountains.

Ces très vieux bois ont permis d’étudier les variations naturelles de la teneur en carbone radioactif de l’atmosphère, ce qui aboutit à la correction de plusieurs datations d’objets archéologiques obtenues précédemment par la méthode des radioéléments. Les pins longévifs ont donc contribué, à leur manière, à revoir la chronologie des civilisations préhistoriques.

Eléments de bibliographie :

« Arbres en péril », par Jean-Marie Pelt (Livre de poche)

« Arbres millénaires », aux éditions du Courrier du Livre (nombreuses photos en couleur)

« Arbres souverains », de Robert Bourdu et Michel Viard aux éditions du May (sur les plus vieux arbres de France)

Note : Quelques arbres hors du commun

Le pin longévif dépasse les autres arbres les plus anciens connus.

Le plus âgé des séquoias géants de Californie, « Grizzly Giant », n’a que … 2500 ans. Mais le cyprès « El Gigante » de Monteguma (Mexique) aurait 4000 ans, et l’un des cèdres du Liban, âgé de 3000 ans, aurait pu tomber sous la hache des Hébreux lorsqu’ils bâtirent le Temple de Jérusalem. Un gingko baobab biloba ?chinois, un sophora japonais et un baobab sud-africain auraient eux-aussi passé le cap des trois millénaires. Enfin un pin huon de Tasmanie, dont le tronc n’a « que » 1200 ans donne 10.000 ans au carbone 14 pour ses racines !.. Mais ce cas serait plutôt à verser à l’épais dossier des incohérences du radiocarbone. Quant aux dimensions, le cyprès « El Gigante » passe pour le plus gros arbre du monde : 40 mètres de circonférence et 40 mètres de haut ! Le séquoia le plus haut mesure 112 mètres, mais un arbre australien le dépasse, avec 130 mètres. De tels arbres pèsent plus de 1000 tonnes (le plus lourd atteindrait 2000 tonnes). (Source : « Le Point » n°1448 du 16/6/00)

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